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La face cachée de l’Emmanuel

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L’Église catholique de France, dans la toile tissée par l’Emmanuel 

 

Quel catholique français pratiquant aujourd’hui n’a jamais entendu parler de la Communauté de l’Emmanuel ? Quel catholique n’a jamais chanté l’un de ses chants, lu l’un des très nombreux livres édités par sa maison d’édition, vu l’un des films distribués par sa société SAJE, participé à l’un de ses événements spirituels ou ses activités associatives, ou bien encore, écouté l’un de ses prêtres en paroisse ou sur les réseaux sociaux ? Il est tout simplement impossible d’être catholique aujourd’hui en France sans jamais avoir directement ou indirectement été en contact avec les actions de l’Emmanuel.

 

 

Mais alors comment une communauté du Renouveau charismatique, qui compte au maximum 6000 membres dans l’Hexagone, parvient-elle à être aussi puissante et influente dans la vie de la communauté catholique de notre pays ? Que savons-nous vraiment sur son fonctionnement, ses objectifs et son rapport à la foi ? L’Emmanuel serait-elle l’une des seules communautés du Renouveau charismatique à avoir réussi à éviter les abus de pouvoirs, spirituels et sexuels ? Ou bien bénéficie-t-elle d’une certaine complaisance, favorisée par un réseau d’influence habilement tissé, et d’une grande habileté dans la préservation de son image et de ses intérêts ?

 

 

Pour le savoir, j’ai enquêté pendant plusieurs années sur l’Emmanuel afin de regarder par-delà l’apparence ouverte et lisse de son image et de sa communication. Je me suis servi des contenus médiatiques traitant de cette association publique internationale de fidèles pour approfondir mes recherches et ma compréhension de son fonctionnement. Pour cette enquête, j’ai lu des centaines d’articles de presse, visionné de nombreuses vidéos des événements de la Communauté, pris connaissance de dizaines d’ouvrages de membres de l’Emmanuel ou de personnes ayant écrit sur le sujet, et interrogé plus d’une cinquantaine de personnes, dont l’un des responsables actuels de la Communauté.

 

 

Ce que j’ai découvert a largement dépassé ce que je pouvais imaginer autour de la Communauté de l’Emmanuel. Il s’agit sans aucun doute de la communauté catholique la plus influente de France. Ses réseaux s’étendent du Vatican à des personnalités politiques très marquées à droite, en passant par des grands industriels et des financiers influents. La diversité et le nombre de ses structures et associations lui assurent un « soft power » qui lui permet de se développer massivement sur l’ensemble du territoire national et d’obtenir la gestion massive de paroisses et de lieux spirituels.

 

 

Malgré un très grand manque de transparence sur les dérives en son sein, j’ai pu rappeler ou mettre en lumière plusieurs cas de violences sexuelles, de pédocriminalité, d’emprise psychologique ou d’abus de pouvoir de la part de prêtres de la Communauté de l’Emmanuel, parfois commis par des personnalités influentes.  Mes échanges avec les victimes de certains de ses prêtres me laissent penser que les responsables de l’Emmanuel sont très loin de mettre en place « la tolérance zéro » demandée par le pape François contre les abus.

La toute-puissance de l’Emmanuel

Dans une période de crises successives pour l’Église catholique de France, malgré ses tentatives de faire diversion avec la hausse inattendue des baptêmes d’adultes et d’adolescents en 2025, nous devons collectivement être vigilants sur les structures et les personnalités qui pourraient tirer profit de cette situation en se rendant indispensables à notre institution religieuse. Nous pouvons par exemple citer Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire catholique d’extrême droite qui souhaite investir sa fortune pour faire gagner le Rassemblement national en 2027 avec son fameux projet PERICLES. Dominique Greiner, directeur général de Bayard Presse, avait déclaré au sujet de l’influence de ce milliardaire sur l’Église de France à La revue des médias : « L’argent corrompt. L’Église catholique se retrouve aujourd’hui en difficulté pour se positionner, notamment face à Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. Ils polluent le débat par leur puissance économique et financière et promeuvent une forme de catholicisme. Qui n’est que ça : une forme du catholicisme. Très étroite, par ailleurs. Ils ont arrosé tous les mouvements de l’Église, qui aujourd’hui ne peuvent plus se passer de leurs fonds. […] C’est une question de positionnement pour l’Église. Saura-t-on, à un moment donné, dire : « Non, ça suffit » ? »1. Concernant la situation de l’Emmanuel, ce n’est pas tant une dépendance financière, mais bien une capacité à se rendre indispensable dans des domaines variés mais primordiaux pour l’Église catholique de France. Si bien que les évêques ne semblent plus en capacité de poser un cadre et des limites aux responsables de l’Emmanuel, notamment à cause des statuts très particuliers qu’ils ont obtenus de la part du Vatican. Pourtant, mon travail d’enquête révèle des implantations agressives de la part de la Communauté au sein de différentes paroisses en France, des valeurs prônées incompatibles avec l’accueil inconditionnel de chacun et de chacune, un mépris pour les pratiques religieuses autres que celles de l’Emmanuel, un développement de la Communauté au détriment de la vie paroissiale, etc. Tout cela provoquant de la souffrance chez de nombreux fidèles et le départ forcé de paroissiens se sentant expropriés de leurs paroisses historiques. La Conférence des évêques de France a-t-elle encore la possibilité de dire « non, ça suffit ! » face à l’Emmanuel ? Cette limite sera peut-être posée par le Vatican lui-même, à la suite de la visite apostolique annoncée en mars 2025. La fin de l’impunité et de la toute-puissance à l’Emmanuel  ? Olivier PerretPour aller plus loin : https://www.golias-editions.fr/produit/la-face-cachee-de-lemmanuel/

 

1. Dominique Greiner, DG de Bayard Presse : « Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin polluent le débat par leur puissance économique et financière ». (s. d.). La Revue des médias.

Une réponse sur “La face cachée de l’Emmanuel”

  1. Ce que l’on apprend, c’est que le conseil de direction de l’Emmanuel est en crise, tirailée chez les responsables entre une tendance conciliante et une autre radicale dans un extrêmisme « tradi », à la mode dans la société française aujourd’hui (antiimigration, nationalisme, retour aux valeurs traditionnelles, antivaccins, trumpisme,stigmatisation des évêques, au point que le responsable général a dû donner sa démission et s’en est remis à Rome. Il faudrait creuser cette question.

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