Délitement du système de santé, du système éducatif, des mentalités… Délitement de l’Église catholique ? Sous jacentes au mot, des impasses financières Quelles réalités concrètes, en termes institutionnels, justifient ce vocabulaire ? De technique, « Découpage d’une pierre en différentes couches », le mot est devenu littéraire : « Le fait de se déliter, de perdre sa cohésion ; désagrégation » (Larousse). L’exemple concret d’un diocèse particulier, nous est venu des propos de son économe diocésain face aux déficits récurrents « ça ne peut plus durer » tandis que son évêque minimisait, les quatre millions prélevés chaque année sur l’épargne du diocèse de Lille1. Appliquer le délitement à ce diocèse particulier sera facilement étendu aux diocèses français, éclairant leur passé, leur présent et leur devenir. Le passé figé par les Annuaires pontificaux, le présent éclairé par le document justifiant en 2025 un appel pressant au denier de l’Église, permettront-ils de retrouver la confiance et l’adhésion aux messagers de l’Évangile ?
1980-2000 L’espoir fait vivre
Tandis que le premier volet fera ressortir les données démographiques de 1950 à 2023, les deux suivants, s’intéresseront aux « chiffres » tirés des rapports comptables de ce diocèse particulier sur la période 2000-2024. Ils illustreront l’inéluctable progression dans les difficultés financières justifiant le titre donné à une précédente publication : « Vers une faillite des diocèses ? »2
Au cours de la période 1980-2000, la perspective d’une restauration était prégnante. Certes le nombre de prêtres et de religieux religieuses avait chuté, mais ceux qui restaient le seraient statistiquement jusqu’à la mort. Une nouvelle génération de « vocations » apparaissait, les diacres mariés pouvaient suppléer les prêtres, et réserver ceux-ci à la Messe et au sacrement de réconciliation. Les séminaires interdiocésains prenaient en charge des jeunes déjà matures. Moins nombreux, plus conscients de la difficulté de la tache, plus centrés sur la liturgie, capables d’affronter le « monde », ils tiendraient fermement la boutique avec soutane ou col romain. Un monde continuant d’aller à sa perte (sic), des fidèles continuant de se détacher de la pratique religieuse et de ses croyances, le constat était devenu évident, mais tout cela ne pouvait être que passager. La prophétie attribuée à Malraux ministre de la culture du Général de Gaulle « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas »3 justifiait toutes les espérances, et puis il y avait le Pape Jean Paul II, les communautés nouvelles, le Cardinal Lustiger : pas la peine de s’inquiéter le retournement aurait lieu.
Au cours de la décennie 1990 pourtant les doutes commençaient à s’installer : tous les diocèses rentraient dans une phase de regroupement des paroisses. Des diocèses avaient été pionniers mais à présent, tous s’y mettaient. Les prêtres approchant de la soixantaine étaient invités à rester jusqu’à 75 ans. Ils avaient à manager les paroisses regroupées, en faisant appel aux laïcs pour assurer la relève dans toutes les taches que leur « vocation baptismale » les enjoint d’assumer sauf la présidence eucharistique, les sacrements et la prédication. Le délitement était en cours dans les effectifs, dans le patrimoine, dans les frais de fonctionnement… Mais les « réserves » permettraient de tenir, en attendant la venue du Grand siècle de Spiritualité… ou le désastre qui ne serait pas pour nous, tandis que nous serions au Ciel.
2000-2020 : le nez dans le guidon
2025, les difficultés financières des diocèses ne sont ni méconnues, ni minimisées, mais la tendance restent à les placer sous les conséquences des deux années Covid puis de la médiatisation des abus sexuels après le rapport CIASE. Les conséquences financières de ces révélations sont passées sous silence. L’illusion risque de se perpétuer : l’intendance ne peut que suivre pense-t-on toujours ! L’enquête de l’hebdomadaire Le Point au milieu de cet été salue « La nouvelle vague catho ». « L’Église pourtant en crise montre des signes de vitalité : sanctuaires bondés, baptême d’adultes en hausse ». 3000 prêtres étrangers exercent dans l’hexagone. Le Jour du Seigneur cartonne. Le collège des Bernardins, et les Universités cathos sont un succès : on tait leurs éventuelles difficultés de fonctionnement. Léon XIV fait le pont entre tradition et modernité. L’audience du Cardinal Sarah aux 400 ans de la statue Sainte Anne découverte près d’Auray mérite une photo. Le dépassement du clivage entre tenants des deux rites Pie V et Paul VI est en cours. Les jeunes ne s’intéressant pas à ce genre de débat, le nouvel évêque de Saint Denis Mgr Guillet constate « clairement dans nos quartiers populaires, la sécularisation n’a pas pris tout l’espace », à l’image des musulmans parlant volontiers de leur foi, les jeunes n’ont pas honte de s’affirmer chrétiens. Huit influenceurs « font bouger la cathosphère »4
A l’appui de cette enquête Tristan Reynaud reproduit en graphiques les données fournies par la Conférence des évêques de France : forte hausse des baptêmes d’adolescents et d’adultes… mais baisse chez les plus jeunes, deux fois plus de diacres de 2000 à 2023 mais deux fois moins de prêtres et de religieux pour la même période. Nous serions au creux de la vague. Une nouvelle ère de l’Église de France se mettrait-elle en place sereinement ( ?), sans que les leçons des cinquante dernières soient prises en compte : fuite des fidèles sur la pointe des pieds, cléricalisation renouvelée, incroyance à l’égard des affirmations dogmatiques, homélies ne prenant toujours pas en compte les apports exégétiques et les découvertes archéologiques. Rien sur les finances, rien sur l’intendance, notre enquête par les rapports comptables du diocèse de Lille, va replonger le nez de nos évêques dans les impasses d’un système en bout de course. Jean Doussal
- https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/lille/on-prend-4-millions-d-euros-par-an-dans-notre-epargne-en-deficit-le-diocese-catholique-de-lille-est-a-la-recherche-de-donateurs-3136735.html
- Jean Doussal, « Vers une faillite des diocèses ? » in Golias Magazine, n° 207, Nov-déc 2022 p 7-33.
- https://www.laculturegenerale.com/malraux-le-xxie-siecle-sera-religieux-ou-ne-sera-pas/
- Le réveil catho, Le Point, 14 aout 2025, n° 2768, p 36-43.





3 réponses sur “Le délitement de l’Église de France”
Pitoyable comme analyse.
Verifiezvos sources
La modération : quelles sont les vôtres pour épauler votre propos ?
En tout cas, la crise n’est pas visible . Les scandales se suivent et ne sont pas mediatises comme celui J-M Petitclerc. . On se vante du nombre de baptisés adultes … bref cela pose questions et demande une enquête approfondie.