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Les fausses idées sur l’alimentation- Quelle égalité devant l’assiette ?

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Si les enjeux liés à l’alimentation se limitaient à ne plus avoir faim et à éprouver du plaisir, les choses seraient sans doute plus simples. Mais la nourriture que l’on consomme, la façon dont elle est produite et la manière dont on y accède ont des conséquences directes ou indirectes, à la fois sur notre santé, sur l’environnement et sur les conditions de vie d’autres personnes en France et dans le monde. Manger ne se résume ni à remplir un ventre ni à un acte purement individuel, c’est un acte social.

C’est à travers ce prisme que l’on peut comprendre le combat mené par des organisations de la société civile, des chercheurs et chercheuses et aujourd’hui certains politiques, qui promeuvent l’idée de transition vers une alimentation plus saine et plus durable. Une transition nécessaire pour répondre à des enjeux écologiques, de santé publique et de justice sociale. Pour avancer dans cette réflexion, ils et elles appellent à sortir d’une vision individualiste qui consiste à faire porter la responsabilité des maux de notre alimentation aux consommateurs, supposés libres de leurs choix. Cette idée reçue nourrit souvent le discours d’acteurs de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution qui se dédouanent ainsi de toute responsabilité. Mais aussi celui de personnes militantes qui ne comprennent pas pourquoi tout le monde n’adopte pas un comportement alimentaire plus vertueux d’un point de vue nutritionnel comme écologique. Or, considérer avant tout que « les gens ne veulent pas bien manger », c’est ne pas chercher à comprendre pourquoi l’alimentation saine et durable est devenue, ces dernières décennies, un « marqueur social » au lieu d’être un projet commun. 


C’est croire que l’offre ne fait que servir la demande et ne pas voir la stratégie de segmentation menée par les industriels et les grands distributeurs qui ont toujours considéré les aliments de meilleure qualité comme des produits à « forte valeur ajoutée », dans une logique de profit et non pas de démocratisation. C’est ne pas avoir conscience que la question de l’« accessibilité sociale » a longtemps été un angle-mort dans le développement d’alternatives à l’industrie agro-alimentaire, guidées avant tout par des motivations sanitaires, écologiques et économiques (notamment de soutien aux petits producteurs). C’est enfin ne pas s’intéresser à la complexité de ce qui détermine le contenu de nos assiettes, nos représentations de l’alimentation et notre rapport aux normes sociales en vigueur.
On ne réussira pas davantage à résoudre l’équation d’une alimentation saine et durable accessible à tous et rémunératrice, si on se contente, à l’inverse, de faire porter la responsabilité des conséquences écologiques ou sanitaires des politiques productivistes aux individus qui n’en sont que les exécutants, à savoir les agriculteurs.


En effet, on a souvent tendance, lorsqu’on parle d’alimentation, à faire un raccourci du champ à l’assiette, en occultant le rôle prépondérant des industriels et des commerçants dans notre système. L’influence de ces derniers, en particulier de la grande distribution, sur les pratiques agricoles comme sur les comportements des consommateurs et consommatrices, est pourtant considérable.


L’émergence et le maintien du modèle agro-industriel est aussi le fruit de choix politiques, à travers des discours, des accords commerciaux, des financements publics, des réglementations. L’avènement d’un système alimentaire plus vertueux ne pourra donc se faire sans l’action volontariste et cohérente des pouvoirs publics, à tous les niveaux, de la production à la consommation. Au regard de tout cela, « manger mieux » ne peut rester une injonction faite aux consommateurs et aux producteurs, c’est un projet de société. Benjamin Séze, auteur du livre En finir avec les idées fausses sur l’alimentation (éd. L’Atelier, 2025)

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