Le tempo s’est accéléré comme jamais depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée : jamais depuis la Libération, l’extrême-droite n’a été aussi proche du pouvoir. Jamais depuis la première partie du 20e siècle, elle n’a bénéficié d’autant de complicités et de ralliements. A l’été 2024, la dissolution décidée par le chef de l’État avait pour but, selon l’intéressé même, de donner une majorité au RN, dans l’espoir de lever l’hypothèque pour les futures présidentielles. Si la mobilisation de la gauche a entravé ce scénario, un séisme politique a néanmoins eu lieu : pour la première fois, le barrage républicain n’a été respecté ni par les électeurs de droite ni par les grands patrons.
« En résumé, le patronat est passé, entre 2011 et 2024, d’un barrage républicain fondé sur des principes démocratiques, à un barrage économique en 2012 et 2017, pour finalement adopter une stratégie de barrage anti-NFP en 2024 », note le journaliste et cofondateur de Médiapart, Laurent Mauduit, dans son dernier ouvrage, Collaborations dans lequel il enquête sur les liens que l’extrême-droite et les milieux d’affaires ont renoués.
Ce changement de ligne parmi les dirigeants d’entreprises est sans doute l’élément le plus grave pour notre système politique pluraliste, comme le rappelle Laurent Mauduit, à la suite d’analyses classiques datant des années trente et suivantes (Fascisme et grand capital de Daniel Guérin, Le Pouvoir et l’argent d’Ernest Mandel, plus récemment Les Irresponsables de l’historien Johann Chapoutot). Pour étayer sa thèse, il puise aussi dans plusieurs travaux de chercheurs qui documentent depuis quelques années cette tectonique des plaques comme La Finance autoritaire de Marlène Benquet et Théo Bourgeron.
« S’il y a une leçon à retenir, c’est que l’extrême-droite ne parvient jamais au pouvoir sans que les milieux d’affaires y consentent, d’une manière ou d’une autre », souligne Laurent Mauduit. Dans l’Italie du début du siècle dernier, ceux qui président aux destinées des grands groupes financiers et industriels repèrent et soutiennent Mussolini dès 1915, avec l’assentiment de Wall Street et de la City.Ce fut aussi le cas en Allemagne de la fin des années 1920 où ils ont soutenu Hitler avant de profiter de ses politiques. En France aussi, dans une moindre mesure, de nombreux chefs d’entreprise ont financé les ligues d’extrême-droite avant de collaborer avec l’occupant et de soutenir le régime de Vichy.
Entre la presse qui diffuse les idées du RN, la partie de la gauche qui attise la désespérance sociale en conduisant invariablement des politiques d’austérité, la macronie dont les responsables concoctent des lois sur l’immigration destinées à amadouer les électeurs du RN ou la droite dite républicaine qui ne cesse de courir après l’extrême-droite, les responsabilités sont innombrables mais les grands patrons peuvent tout faire basculer. Pierre Lagnel
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