Le livre du Canadien québécois Yves St-Arnaud1, que Golias Hebdo vous présente cette semaine au travers d’une substantielle interview, s’inscrit dans le courant des chrétiens d’ouverture. Depuis plusieurs décennies, ces derniers ont commencé à inscrire en France, dans la voie catholique, un espace de recherche et de pratique reposant sur la liberté de pensée, la révolution de l’exégèse biblique, la prise de conscience de l’obsolescence des croyances traditionnelles. Sans en faire une énumération exhaustive, ce courant s’exprime en France à travers les Réseaux du Parvis, la Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones, les chrétiens de Saint-Merry Hors-les-Murs, les lecteurs de Témoignage Chrétien… Cet ensemble n’est ni structuré, ni homogène, mais il apparaît comme une mouvance qui se distingue du bloc central de l’Église catholique, dont, rappelons-le, la pratique dominicale comme marqueur d’appartenance tourne aujourd’hui autour de 2 %, en dépit de son appareil hiérarchique, des nombreux prêtres encore à son service et de ses théologiens classiques en activité dans les Instituts catholiques. Ce courant d’ouverture se distingue encore de la mouvance traditionnelle et dure, appuyée par les puissants réseaux médiatiques que nous connaissons.
Le livre d’Yves St-Arnaud est en quête d’une croyance saine qui aille au-delà du théisme et du sacré traditionnels. Un chantier qu’ont ouvert des chercheurs comme Pierre Teilhard de Chardin, Marcel Légaut, Joseph Moingt, John Shelby Spong, Bruno Mori, Jacques Musset, José Arregi et bien d’autres. La recherche de notre auteur renforce l’idée que Dieu est non représentable, qu’il est au-delà de toute perception intellectuelle et qu’il désigne comme le facteur M (M comme Mystère). Plus même, il dit dans son interview ci-dessous : « Il faudra peut-être des chrétiens sans Dieu et sans religion pour tirer des ruines la vision du Nazaréen. »2
Ce livre est publié dans la collection Sens & Conscience, créée en 2015 par Robert Dumont, et qui compte aujourd’hui plus de quarante titres. L’objectif de cette collection est de donner à des auteurs la possibilité de risquer leur pensée et d’écrire leur parcours, en proposant des réflexions innovantes sur l’acte de croire, en vue d’un christianisme libéral, inclusif et progressiste. Des réflexions qui prennent en compte les attentes de la culture moderne, notamment la philosophie des sciences. La parution de L’art de croire, cet automne 2025, se fait conjointement avec la publication en français des ouvrages de l’Espagnol Marià Corbí, Vers une spiritualité laïque. Sans croyances, sans religions et sans dieux, et du Suisse Pierre-Marie de Valmoras, Dieu, une construction de l’esprit. Entre orthodoxie religieuse et athéisme3. Deux ouvrages sur lesquels Golias Hebdo reviendra sans doute. J’ajoute une précision qu’il nous faut prendre avec modestie : ces trois auteurs non-français nous ont confié que la collection Sens & Conscience a représenté pour eux, dans leur quête éditoriale, une boussole intellectuelle, indépendante et responsable.
Nous vivons aujourd’hui des temps difficiles, tant sur le plan de nos nations que sur le plan géopolitique. Les pays de l’Europe l’éprouvent avec la guerre d’agression en Ukraine, avec des problèmes sociaux inédits et avec la compétition économique qui caractérise la situation mondiale. Certes, le cosmos et la planète n’ont jamais cessé de traverser des périodes difficiles et éprouvantes au cours de leur longue histoire. Pour résister et faire face, il faut laisser parler notre conscience et se souvenir que Jésus a été un combattant spirituel et un prophète des temps nouveaux, non seulement pour son époque, mais aussi par son rayonnement et son exemple payé du prix de sa vie pour chaque génération après lui. Robert Ageneau (directeur, avec Serge Couderc, de la collection Sens & Conscience)
Yves St-Arnaud, L’art de croire. À la recherche d’une croyance saine, Karthala, 2025, 200 p., 23 €. Pour tout contact avec l’auteur : ystarnaud@icloud.com
L’auteur a publié en 2010 Je crois sans Dieu. Parcours d’un psychologue en quête de sens (Bellarmin) et en 2015, avec Jocelyn Giroux, L’hypothèse Dieu. Débat avec les croyants (Liber).
Marià Corbí, Vers une spiritualité laïque. Sans croyances, sans religions et sans dieux, traduit de l’espagnol par Teresa Guardans, Paris, Karthala, 2025, 264 p., 26 € ; Pierre-Marie de Valmoras, Dieu, une construction de l’esprit. Entre orthodoxie religieuse et athéisme, Paris, Karthala, 2025, 116 p., 19 €.
Cet article est réservé aux abonnés à Golias Hebdo. Déjà abonné ? Connectez-vous ci-dessous. Pas encore abonné ? Choisissez une formule. Vous pouvez également acheter ce numéro de Golias Hebdo
Golias Hebdo
Chaque semaine, un autre regard sur l’information.
Golias Magazine
Bimestriel. Un outil d’information indispensable pour une véritable résistance spirituelle.
Golias Magazine + Golias Hebdo
Tout Golias : nos publications à un tarif préférentiel.





2 réponses sur “L’Avent : l’art de croire autrement”
Excellent article ! Beaucoup se retrouveront dans votre cheminement, Yves Saint-Arnaud.
J’oserais, si vous le permettez, relever un point, le 3° de votre Credo :
« Je crois que la mort est définitive, qu’il n’y a aucune vie après la mort, que mes traces s’évanouiront »
D’expérience purement personnelle, je ne serais pas si catégorique : ayant rencontré à de nombreuses reprises des personnes décédées, que j’avais connues vivantes ou non, certaines étant « mortes » depuis plusieurs siècles, je reste persuadé (encore une fois, c’est personnel), qu’il y a une vie après la mort physique. Notre être spirituel poursuit (s’il ne rencontre aucun obstacle), son chemin de lumière au-delà de son temps d’incorporation, et participe à l’énergie cosmique dont nous bénéficions tous. Lire entre autres, les ouvrages de Jacques Rabitz : Connaissance point 1 et Connaissance point 2).
Ceci est également valable pour le règne « animal », comme en témoignent de nombreux spécialistes, parmi lesquels Leila del Monte.
Des compliments « à la pèle » pour l’excellence de l’article et le beau travail de décapage…, bien sûr !
Mais, vu que pour Y. St-Arnaud aussi, ce « FACTEUR M. » est « indéniable », peut-on s’adresser à Lui ?
Est-Il « PERSONNEL »?….
Qu’en pensait B. Spinoza ?
Domenico Zago