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Euphémie

C’est une tendance naturelle de l’esprit humain, qui ne se satisfait pas de la vision normale, factuelle des choses, qu’elle recouvre pour s’en protéger d’un voile embellissant. Mais cette intention consolatrice ne doit pas faire oublier la falsification du réel, dans le but fréquent de tromper.

Premier exemple. Récemment une annonce immobilière proposait un minuscule local de 2 m² à acheter dans le XIIᵉ arrondissement, pour la modique somme de 14 000 euros. Le vendeur vantait la possibilité d’en faire un espace « cosy et intimiste ». En réalité sur les photos, le bien, au lieu d’un logement, n’est qu’un petit débarras. L’annonce évoquait pourtant « une opportunité exceptionnelle au cœur de Paris » et un « potentiel incroyable pour une rénovation personnalisée ». (Source : actu.orange.fr, 12/11/2025)

On voit l’incroyable disproportion, entre la réalité de ce qui est évoqué et le discours chargé d’en faire l’éloge, à des fins mercantiles. Les internautes se sont levés en masse pour dénoncer le procédé, et évidemment ils ont eu raison de l’insupportable falsification. Voilement : le voile ment.

… Mais une autre actualité, toute différente, a montré qu’à l’inverse l’euphémie est parfois préférée par beaucoup, tandis que la vision du réel nu suscite leur hostilité. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a déclaré, lors du dernier Congrès des maires de France, que face à un possible conflit armé impliquant la France « dans trois, quatre ans » il fallait « accepter de perdre nos enfants », trouver « la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est ». Ces propos ont provoqué des réactions très vives au sein de la classe politique, qui les a jugés dangereusement « guerriers ». (Source : actu.orange.fr, 19/11/2025)

Mais qu’a dit ce général de répréhensible ? Au moins a-t-il été franc dans son langage, n’a-t-il pas euphémisé, menti sur le réel qu’il a évoqué. La guerre est toujours possible, et elle tue, c’est évident. Vaut-il mieux éluder ce fait, endormir les gens, les anesthésier par de belles paroles embellissantes ? Ou bien au contraire les réveiller d’une naïve illusion pacifiste ?

Bien sûr il est des cas où l’euphémie est nécessaire pour rendre la vie supportable, et ce n’est pas le lieu de le développer ici. Mais merci à ces deux exemples de m’avoir permis de montrer ses défauts. Michel ThéronRetrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (littéraire et artistique)

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