120 ans après la loi du 9 décembre 1905, la question reste légitime, et les innombrables confusions autour de ce principe républicain partent de la réponse donnée à cette question.
En ce domaine plus qu’en d’autres, chacun·e a souvent tendance à identifier sa propre vision subjective à ce que la laïcité devrait être dans l’absolu. À l’ère de la post-vérité, cela est peut-être encore plus marqué aujourd’hui qu’hier.
La laïcité, c’est, juridiquement, la séparation entre les organisations religieuses et l’État. Il en découle la neutralité de celui-ci — et de l’administration publique en général —, et son impartialité vis-à-vis des citoyen·nes, quelles que soient leurs convictions ou religions. Jusque-là, tout le monde est à peu près d’accord.
Mais allons plus loin : comment s’applique la laïcité sur le terrain ? Qu’est-ce qui est autorisé et interdit ? Qui est soumis à la neutralité et quand ? A-t-on le droit de manifester ses convictions dans l’espace public et, le cas échéant, de quelle manière ? Qu’en est-il de la gestion des faits religieux dans l’entreprise ? D’ailleurs, d’où vient la laïcité ? Comment a-t-elle été pensée ? Est-ce une exception française ? Y a-t-il différentes « laïcités » ?
Toutes ces questions renvoient à des idées reçues largement répandues dans la population. Cela tient aussi au fait que, reconnaissons-le, nombre de prescripteur·trices d’opinion (éditorialistes, chroniqueur·ses, polémistes, intellectuel·les, journalistes, personnalités politiques, etc.) se laissent aller à la petite phrase qui fera le buzz et le clic, ou au culte du clash et de l’immédiateté, renforcé par l’information en continu et les réseaux sociaux ainsi que par leurs algorithmes.
Les Français·es ne sont pas dupes. Ils·elles sont nombreux·ses (67 %) à estimer que « la laïcité est trop souvent instrumentalisée par les personnalités politiques » (sondage Viavoice pour l’Observatoire de la laïcité, 2021), ce qui peut la transformer en élément de conflit ou de divisions, alors qu’elle devrait être un élément de concorde.
Lorsqu’elle est bien comprise et bien appliquée, la laïcité est un trésor et un formidable outil de cohésion nationale, comme le serait l’outil d’un maçon pour bâtir la maison commune. Mais lorsqu’elle est pervertie, c’est cette même cohésion nationale qui en est la première victime.
Alors que la France et le modèle démocratique laïque dans le monde traversent une crise protéiforme et que les tensions sociales sont vives, faisons, collectivement, preuve de responsabilité.
C’est dans ce contexte que le livre En finir avec les idées fausses sur la laïcité (éditions de l’Atelier) connaît une 3ème édition, que j’ai voulu largement augmentée et actualisée, à l’occasion des cent vingt ans de la loi du 9 décembre 1905. Je reviens, le plus précisément et le plus clairement possible, sur des affirmations erronées, répétées souvent sans contestation sur les plateaux télé, les radios, les réseaux sociaux ou dans certaines réunions publiques. Je souhaite qu’il puisse permettre, à toutes et tous, d’y voir plus clair et de participer activement à la pédagogie de la laïcité autour de nous. Car la laïcité se vit et se pratique au quotidien. Bien sûr, certain·es sont plus concerné·es que d’autres : les fonctionnaires, et en particulier les enseignant·es, les élu·es locaux·ales, les encadrant·es des mouvements d’éducation populaire, les responsables associatifs, etc. Mais chacun·e de nous est amené·e un jour à appliquer la laïcité, même parfois sans le savoir : en tant que salarié·e d’une caisse primaire d’assurance maladie, ai-je le droit de porter un signe religieux sur mon lieu de travail ? En tant que responsable d’un culte, ai-je le droit d’organiser une manifestation religieuse sur une place de ma ville ? En tant que candidat·e à une élection, puis-je faire état de mes croyances ? En tant qu’usagère d’une piscine publique, m’est-il possible de venir en maillot couvrant ma tête ? En tant que militaire en opération extérieure, puis-je demander un repas casher ? En tant qu’aumônier·e, m’est-il possible d’aller à la rencontre de l’ensemble des patients d’un service d’hôpital ? En tant que fonctionnaire, ai-je le droit de me rendre à une cérémonie religieuse à titre officiel et dans quelles conditions ? En tant que sportif·ve, puis-je porter en compétition un accessoire pour me conformer à ma pratique religieuse ? Etc.
Ce livre rappelle que, s’il y aura toujours des débats d’idées sur la laïcité et une multitude d’interprétations intellectuelles à son sujet, il n’y a en droit et au regard de son histoire qu’une seule laïcité qui s’applique.
J’essaie ici de l’expliquer et de la décliner sur tous les grands sujets pratiques et d’actualité, en la rendant concrète, vivante, accessible et compréhensible par toutes et tous. Ce que je vous propose, c’est donc, loin des polémiques stériles des plateaux médiatiques, un voyage en laïcité concrète. Nicolas Cadène
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