Un autre regard sur l’information !

Joseph Moingt en héritage :
aux racines de la foi

Humanisme évangélique et foi critique dans un sens fraternel et universel, à la source des premiers jaillissements précurseurs… Jean-Pol Gallez développe, dans son dernier ouvrage1, une réflexion sur l’esprit du christianisme propre à réveiller la liberté et l’audace créatrices. Le théologien laïc apporte des clés de lecture pour comprendre la pensée de l’un des plus grands théologiens de notre temps, Joseph Moingt, décédé à 104 ans, il y a maintenant plus de trois ans.

 

Golias Hebdo : D’où est né ce projet sur l’immense travail d’écriture de Joseph Moingt ? Quels en sont les objectifs ?


Jean-Pol Gallez : Le projet a germé dans ma tête dès mes premières conférences sur Moingt, en 2015 environ. Celle que j’ai donnée en octobre 2017, lors des Assises de la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones, constitue un peu la matrice de l’ouvrage. L’intuition fondatrice y est facilement repérable : montrer que la réflexion fondamentale sur l’essence profonde du christianisme doit toujours animer toute considération sur le visage historique concret de l’Église, et sur la vie chrétienne en général. D’où la centralité – pour ne pas dire la focalisation – de Moingt sur ce qu’il appelle « l’idée de Dieu ». C’est en creusant toujours davantage celle-ci que l’Église parviendra à laisser transparaître l’originalité de la voie chrétienne. Voici donc un premier « objectif ». Ce lien est congénital à la démarche de Moingt. Et il se repère, en partie du moins, dans ses ouvrages « grand public » (Croire quand même, L’Évangile sauvera l’Église, Faire bouger l’Église catholique). Mais cette « ecclésiologie fondamentale » est beaucoup plus marquée encore dans son œuvre théologique comme telle, surtout dans Dieu qui vient à l’homme (2002, 2005 et 2007) et Croire au Dieu qui vient (2014 et 2016).


D’où le second objectif de l’ouvrage : faire connaître ces œuvres dans lesquelles Moingt exerce un travail approfondi et érudit afin de fonder ses thèses majeures sur le christianisme et l’Église. Avec L’Homme qui venait de Dieu (1993), nous parlons de 3.500 pages de théologie, beaucoup plus techniques et d’une grande densité intellectuelle. Mon livre cherche à en exposer l’essentiel. Mais l’essentiel seulement, ce qui justifie le troisième objectif, à savoir susciter le désir du lecteur de se mettre au travail lui-même en allant vérifier les argumentations de Moingt dans ses propres ouvrages, sur l’un ou l’autre point de son choix, selon ses attentes et ses questionnements. En ce sens, mon ouvrage est conçu comme un « outil de travail ». Moingt a toujours souhaité que les chrétiens réfléchissent par eux-mêmes et prennent la parole au nom de l’Évangile. J’espère que mon livre peut les y aider. Des petits groupes de chrétiens en recherche pourraient s’en saisir dans cette perspective.

Bienvenue au monastère :
Du pif… dans le P.A.F. ?

Trois éléments sont à considérer : le pif, le P.A.F et le point d’interrogation. Le pif, on en a ou on n’en a pas. Ceux et celles qui ont eu le Covid ont souvent connu l’agueusie et l’anosmie, la perte temporaire du goût et celle de l’odorat. Autrement dit, avoir du pif, vulgo dictum, c’est avoir de la jugeote, du jugement, du discernement. Et pour ça, le temporaire n’existe pas. Quand on n’en a pas, ce n’est pas la peine de chercher à en avoir : ça ne s’acquiert pas. Je le dis pour tous mes confrères qui ont été ordonnés sans en avoir. Même en montant dans la hiérarchie, ça ne vient pas. La grâce ne supplée pas la nature. On considérait jadis que la principale qualité du prêtre était le jugement. On ferait bien d’y revenir. En précisant tout de même qu’une session de formation au discernement ne vous en donne pas nécessairement. Le jugement ne s’obtient pas par diplôme.

 

Le P.A.F., c’est le paysage audiovisuel français. Comme l’a remarquablement développé une enquête d’Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué dans Le Monde du 20 décembre, le roi du P.A.F. est « Vincent Bolloré, parrain d’une alliance entre la droite et l’extrême droite ». En matière religieuse, on y apprend que « l’abbé Gabriel Grimaud, un prêtre traditionaliste rattaché au diocèse de Paris » (Mgr Laurent Ulrich pourrait-il expliquer pourquoi il le laisse à la tête de la Maison Jean-Bosco ?), et que « l’abbé Seguin, demeuré le fidèle du milliardaire breton quoiqu’il ait été condamné, en septembre 2020, par l’Eglise, pour des agressions sexuelles » (cf. Golias Hebdo n° 774) sont les « Bolloré Boys » pour « la croisade de Vincent Bolloré (qui abhorre le pape François) » dans le but d’instaurer « un catholicisme des plus traditionnels », c’est-à-dire marqué par le « dogmatisme identitaire ». La preuve va nous être donnée à partir du 12 janvier 2024, par une séance de télé-réalité au couvent de Corbara, en Corse, dans une émission de la chaîne C8 « Bienvenue au monastère ».

 

Je ne vais pas m’étendre, façon de parler, sur les gentils people qui vont faire mumuse au monastère, surtout en raison de la présence de Clara Morgane qui n’a pas besoin de moi pour la présenter. C’est même elle qui mériterait un mot bienveillant de ma part. On avait eu « La croisière s’amuse ». On a maintenant « On se bidonne au couvent ». Car si on veut bien me pardonner, le réemploi d’une vanne ecclésiastique très usée, à la question de savoir comment se reproduisent les frères de Saint-Jean et les sœurs des Béatitudes, la réponse est infaillible : « en couvent ». Et donc, on va s’amuser dans l’ancien couvent de relégation des Dominicains à problème, lieu où fut envoyé en son temps l’inépuisable Thomas Philippe (1905-1993), de triste mémoire. Rien ne valait mieux, pour la retraite au couvent, que deux illustres représentants de ces deux communautés déviantes que l’Eglise peine à supprimer malgré la liste interminable de leurs abus en tout genre. Mais la télé-réalité lave tout plus blanc que les autres, et donc le frère Baudouin Ardillier et la sœur Catherine Thiercelin, sanctifiés par leur amitié avec le cher Gad Elmaleh qui n’en peut mais, vont nous recycler la Communauté Saint-Jean et la Communauté des Béatitudes, d’un seul coup d’un seul. Avec le coup de pouce, tout de même, du cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio, fort de ses nombreux passages dans les médias de l’empire Bolloré.

 

Baudouin Ardillier est un moine sympathique hyperactif. Il intervient sur terre, sur mer et dans les airs. Entré à 18 ans dans la Communauté Saint-Jean et n’ayant reçu d’autre (dé)formation que celle-là, il est capable de tout improviser. Il coache les hauts potentiels, vous exorcise pour un rien sans mission officielle, publie à tour de bras sur tout ce qu’il y a d’expérience spirituelle controversée et vous emmène pèleriner à 25 mètres sous la Méditerranée au cap Saint-François à Calvi. Je n’ai hélas plus l’âge d’expérimenter la prière vocale en langue de poisson. On n’a de sa part, pas plus que de celle de sœur Catherine, aucun déni formel des perversions de leurs fondateurs. Je ne doute cependant pas qu’ils sauraient plaire au cas où Vincent Bolloré inviterait les cardinaux Aveline et Bustillo sur son yacht. Ce serait si beau d’engager l’évangélisation de la France selon les vues de Monsieur Vincent.

 

C’est là que nous en arrivons au moment où les Croisés se mirent aux fenêtres en abordant le point d’interrogation. L’Eglise de France peut-elle laisser le nouveau roi des médias lui voler sa pastorale et sa communication ? Nos cardinaux et nos évêques ont-ils encore suffisamment de discernement (de pif dans le P.A.F.) pour faire au moins un communiqué pour signaler que l’amusement au couvent n’est pas et ne peut être la représentation de l’évangélisation qu’ils entendent promouvoir à la suite du pape François ? Qu’en aucun cas la figuration du frère Baudouin et de la sœur Catherine ne valent quitus pour leurs communautés déviantes, et, surtout, car c’est leur faire courir un danger plus grave, que des jeunes gens et des jeunes filles sensibles à ce bigote-show n’entrent dans ces communautés. Que Monsieur Bolloré se rassure : je ne le connais pas et je ne m’en prends qu’à ses intentions de mainmise sur l’Eglise de France. Ce n’est pas lui le plus fautif, mais ceux qui lui laissent la voie libre. Si certains de ses membres sont vénaux, l’Eglise de France, elle, n’est toujours pas à vendre. Pierre Vignon

Bénédiction des couples homosexuels : un non-événement pour une bénédiction non liturgique

La tradisphère au complet se regroupe en meutes pour donner l’assaut à Bergoglio, comme ils disent car, pour eux, il ne s’agit évidemment pas du pape François. A la recherche d’un casus belli depuis le début de son pontificat, mais surtout après la remise en ordre qu’il a faite de la liturgie en raison de l’abus qui était fait des concessions accordées par feu le pape Benoît XVI (1927-2022) dans son motu proprio Summorum Pontificum pour la célébration de leur messe fantasmée qu’ils appellent abusivement « la messe de toujours », les agences de fake-news intégristes sont montées au créneau de leur forteresse idéologique pour verser leur haine bouillonnante.

 

Ce qui a permis de rassembler le ban et l’arrière-ban, c’est la Déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la Foi du 18 décembre 2023 sur la signification pastorale des bénédictions. Le pape François ne pouvait qu’approuver ce texte d’Eglise intelligemment rédigé sous la conduite du cardinal préfet du Dicastère, Victor Fernandez. Le cardinal Gerhard Müller, que Benoît XVI avait nommé en 2012 à la tête du Dicastère, a crié trop vite au blasphème. Il aurait dû pourtant comprendre que le cardinal Fernandez était un théologien trop subtil pour se permettre de tomber grossièrement dans l’hérésie ou dans la provocation au schisme.

 

Car il ne s’agit que d’une Déclaration, il faut le répéter, sur la signification pastorale des bénédictions. On apprend donc que la Bible comporte trois types de bénédictions : celle qui descend du ciel, celle qui monte de la terre et celle que les humains se donnent entre eux. La bénédiction d’En-haut est réservée pour les situations régulières ou assimilées. Le texte en est codifié par la liturgie. Et c’est là que s’ouvre la porte aux nombreux croyants en situation irrégulière : entrez, vous aussi, dans la maison de Dieu car vous êtes vous aussi des enfants en chemin. L’Eglise vous aime et vous accompagne : sans rien renier de l’appel exigeant de la Parole de Dieu, vous n’êtes pas pour autant exclus de sa promesse.

 

En clair, c’est l’avènement de l’Eglise de la Miséricorde qui triomphe de celle de la Condamnation (Jc 2, 13 : la miséricorde triomphe du jugement). Réjouissons-nous en. Le pape François est le pape de la Miséricorde. Sa devise, tirée du commentaire de saint Bède le Vénérable (672-735) sur la vocation du futur saint Matthieu le démontre : miserando atque eligendo (en le regardant avec amour, il le choisit). N’oublions pas non plus l’année sainte de la Miséricorde en 2015-2016. Tout le pontificat de François doit être lu dans cette lumière. C’est pour cela que les cardinaux du Conclave de 2013, constatant le triste état de la Sainte Église, l’avaient placé sur le Siège de Pierre : réformer l’Eglise dans le sens de la Miséricorde ; ouvrir les portes des bastions. Et il faut reconnaître qu’il fait plutôt bien son travail, d’une façon admirable pour un homme de son âge. La réforme des Finances est réussie : l’enjeu était de les reprendre aux mains des Italiens qui les géraient depuis Jules Il (1443-1513). La réforme structurelle et la réforme spirituelle sont en cours. Ceux qui se scandalisent de la Déclaration sur la signification pastorale des bénédictions doivent se demander s’ils ne seraient pas en train de prendre la posture du fils aîné dans la parabole de l’enfant prodigue (Lc 15, 11-32). C’est qu’il faut se garder de confondre détermination volontaire et abus de pouvoir. François est accusé par les tenants du fils aîné d’être dans la confusion mentale la dictature et à la provocation ouverte à la division de l’Eglise.

 

Si on regarde en profondeur, on ne constate rien de tout cela. On voit seulement un pape qui fait entrer de l’air frais dans le temple du Seigneur pour sortir l’Eglise du grand confinement de ces derniers siècles. Il se peut que des évêques et des cardinaux désorientés par la perte de leur traîne soient victimes de quelques virus : on les enterrera en ouvrant le livre de la grande Histoire de l’Eglise au chapitre nouveau de la Miséricorde que le Seigneur veut nous voir écrire et que saint Karol Wojtyla (1920-2005) avait appelé de ses vœux en lui consacrant le nouveau millénaire (le 17 août 2002 au sanctuaire de Lagiewniski). Réjouissons-nous vraiment : la période du Jugement en vue de la Condamnation est terminée ; celle de la Miséricorde est bien ouverte. La guerre des homos n’aura pas lieu puisque ce n’est pas ça l’événement (mais oui, Monseigneur, relevez votre mitre qui vous tombe sur le nez et vous verrez comme c’est beau), mais les enfants prodigues qui commencent à entrer dans l’Eglise. Faisons-leur bonne figure. Pierre Vignon

N’oubliez pas de vous
faire bouleverser !

Nous n’avons rien à envier aux habitants de la Palestine du premier siècle de notre ère. La violence, polymorphe, règne encore, laissant les plus fragiles sur le bord de la route. L’expression de Luc : « Il n’y avait pas de place pour eux » est toujours d’actualité. Certes, ils sont nombreux, ceux et celles, individus ou collectifs, qui peuvent s’emparer de cette parole pour partager le récit de leur vie de « perdants ». Les migrants, perdus entre les deux rives de la Manche ; les mineurs ou personnes vulnérables, les femmes, abusées notamment par des prêtres. Pour ne citer que quelques exemples géographiquement proches.

 

Événements dramatiques qui nous rappellent le cri de Rachel, évoqué par Matthieu au moment de la violence d’Hérode. Mais il en est d’autres qui n’auront pas leur place dans nombre de crèches catholiques : les sciences humaines. Tout spécialement les études sur le genre et l’intersectionnalité. La survenue de l’inouï de Dieu, venu partager notre chair, nous invite à écouter ce que ces sciences peuvent nous révéler de ce que cachent nos troubles. L’Eglise est encore sous le choc des révélations de la Ciase, et il n’est pas innocent que les attaques dont a fait l’objet ce rapport concerne la méthodologie de la sociologie. Ensuite, nous ne pouvons plus dire que Dieu s’est fait homme !

 

Le cri des chrétiens de Palestine : Noël de l’autre côté du mur

Si, comme l’écrit Jean dans son prologue, « le Verbe est devenu chair », on ne voit pas comment oublier, dans cette incarnation, la moitié de l’humanité. Il n’est pas dit que le Verbe s’est fait mâle. Plus encore, n’est-il pas opportun de s’interroger sur le renoncement à la chair (pour reprendre le titre de l’étude de Peter Brown) du clergé catholique ? D’autant que la manière dont les prêtres gèrent le genre masculin a pu favoriser la culture du secret et générer les abus qui sont aujourd’hui révélés. Nous vous proposons de mettre dans la crèche un sociologue… ou plutôt sa thèse qui vient d’être publiée aux PUF. Josselin Tricou nous entraîne à redécouvrir l’adage patristique selon lequel le Verbe a assumé toute l’humanité. Un « iel » avant l’heure ? Il nous faudra sortir des sentiers de la théologie pour répondre à cette question et demander l’aide des sciences humaines, comme les premiers chrétiens firent appel à Platon et saint Thomas à Aristote. Comme Jésus qui préférait les routes de la Galilée à l’atmosphère fumeuse et commerçante du Temple. Pour l’heure, le propos est plus modeste : cette étude, clairement située mais pas dans une perspective d’hostilité, nous permet de mettre au jour les stratégies d’une tendance identitaire de l’Eglise qui place au centre de son dispositif le prêtre orienté pour agir au nom du Christ… voire à sa place ! Noël nous invite à redécouvrir que Jésus n’était pas prêtre selon le sacerdoce d’Aaron… Mais alors, qui est-il ? Et à quoi appelle-t-il son Eglise aujourd’hui ? Il n’y a pas de réponse unique. Pour célébrer la « symphonie du salut » selon le mot d’Irénée, N’oubliez pas de vous laisser bouleverser. Pascal Janin

Affaire Becciu : « J’ai toujours travaillé pour le bien du Saint-Siège »… 

Le tribunal du Vatican a rendu, le 16 décembre dernier, son verdict dans le procès mettant en cause le cardinal Becciu pour utilisation frauduleuse des fonds de la Secrétairerie d’État. Cinq ans et six mois d’emprisonnement, l’interdiction perpétuelle d’exercer une fonction publique et 8 000 euros d’amende. C’est la peine qui a été signifiée au cardinal Giovanni Angelo Becciu. Retour sur le déroulement d’un procès inédit au sein de la « Ville éternelle ». En partenariat avec le site d’information Adista (www.adista.it)

 

Le procès pour l’utilisation frauduleuse des fonds de la Secrétairerie d’État dans l’affaire de l’immeuble londonien de Sloane Avenue s’est poursuivi ces dernières semaines avec les plaidoiries de dix accusés. Parmi ces derniers figuraient le cardinal Giovanni Angelo Becciu et l’homme d’affaires Gianluigi Torzi, le courtier accusé d’avoir trompé le Saint-Siège dans la négociation sur l’immeuble de luxe londonien, au moment où le Vatican cherchait à en reprendre possession. Torzi aurait détenu pour lui-même 1 000 actions de la société qui gérait l’immeuble, les seules avec droit de vote, qui lui permettaient de contrôler le palais de Sloane Avenue, malgré le fait que le Saint-Siège en avait 30 000. Torzi étant accusé d’avoir exigé 15 millions d’euros supplémentaires pour sortir définitivement de la propriété. Cette affaire a revêtu un aspect décisif dans le déroulement du procès. En effet, la défense du courtier soutenait que le Saint-Siège avait signé des contrats réguliers pour chaque acte de la vente, et que par conséquent cela ne constituait pas de délit. D’autant que les avocats de la défense s’appuyaient sur la décision de la justice anglaise qui, sur le fond, a donné tort au Vatican en faisant valoir qu’il s’agissait d’une affaire dans laquelle tous les aspects formels et contractuels avaient été respectés… En somme aucune irrégularité n’avait été constatée. En revanche, si par la suite un représentant du Saint-Siège avait signé des accords, de manière improvisée, c’est un autre discours.

 

Le cardinal Becciu, qui, comme tous les autres accusés, revendique le caractère non fondé des chefs d’accusation qui le concernent. A la barre du tribunal, l’ancien substitut de la Secrétairerie d’État a déclaré : « Je continue à me proclamer innocent et je peux dire que je n’ai jamais volé, jamais amélioré ma position économique : je n’ai pas de villas, je n’ai pas de maisons, je n’ai pas d’appartements et mes comptes sont très, très modestes. » Angelo Becciu, impliqué dans trois volets de l’enquête : l’achat du palais de Londres pour le compte de la Secrétairerie d’État, les fonds accordés à Cecilia Marogna (son assistante et conseillère diplomatique), et l’argent donné à la Caritas d’Ozieri où travaille son frère Antonino, se défend, en déclarant : « Mon intention était seulement de créer des avantages pour le Saint-Siège, de ne faire que le bien du Saint-Siège. Si d’autres en ont profité, ces autres en répondent. »

Mgr Perlasca, l’homme à tout faire

De leur côté, les avocats du cardinal, Maria Concetta Marzo et Fabio Viglione, avaient soutenu que « dès le début, l’accusation a manqué de cohérence. Comment évaluer la position du chef du bureau administratif – son Excellence Perlasca – qui faisait, voyait et évaluait tout, et prétendre dans un même temps poursuivre le cardinal qui approuvait ce que le chef de bureau lui proposait ? » Mgr Alberto Perlasca, d’abord visé par l’enquête lui aussi, est ensuite devenu, dans la stratégie du promoteur de justice, Alessandro Diddi, un super témoin de l’accusation. Cependant, au cours du procès la crédibilité de ce témoin a été ébranlée, car de nombreuses zones d’ombre sur son rôle dans cette affaire n’ont pas été dissipées. En ce sens le témoignage du successeur du cardinal Becciu, l’archevêque vénézuélien, Son Excellence Edgar Peña Parra, a apporté un éclairage nouveau à la salle d’audience. Il décrit le bureau administratif, dirigé par Perlasca lui-même, comme une sorte d’organisme autonome qui décidait souvent par lui-même, sans consulter les supérieurs, à commencer par le Substitut, et ce en contrevenant avec les règlements de la Secrétairerie d’État. Et les avocats de la défense d’ajouter : « Le cardinal Becciu a toujours agi en harmonie avec les dirigeants du Saint-Siège, et dans le respect de la Constitution apostolique et de toute autre norme en vigueur à l’époque… Sous sa responsabilité, l’obole de saint Pierre n’a jamais été utilisé pour les investissements contestés, mais toujours et seulement pour les finalités auxquelles il était destiné. »

Clientélisme et favoritisme

En réalité, en dehors de toute rhétorique, le Denier de Saint-Pierre, auquel on a souvent fait référence – tout au long du procès – en parlant des fonds de la Secrétairerie d’État, avait dans le passé été souvent utilisé pour soutenir les finances vaticanes. Le thème de fond qui semble émerger du procès, est plutôt celui des finalités internes des dépenses, c’est-à-dire en définitive de la transparence financière, étroitement liée aux comportements et aux choix, au sens des responsabilités, des fonctionnaires individuels, des collaborateurs extérieurs ; et aussi du choix des personnes de confiance pour accroître le patrimoine, pourtant nécessaire à l’engagement évangélisateur et caritatif du Saint-Siège. Dans un mémorial, rédigé par son Excellence Peña Parra, qui a été remis au tribunal sur l’affaire Sloane Avenue, le prélat témoigne du climat qu’il a trouvé à la Secrétairerie d’État au lendemain de sa nomination, en août 2018, par le pape François. Dans la partie introductive de son texte, avant d’aborder le fond de l’affaire londonienne, il décrit le mode opératoire des bureaux de la Secrétairerie d’État : « Plusieurs fois, dans ce modus operandi, il m’a semblé percevoir des traits de clientélisme qui, au fil du temps et une connaissance plus approfondie de la Secrétairerie d’État, m’a permis de constater qu’ils étaient largement généralisés. »

 

« En parlant de clientélisme – poursuit Peña Parra – je me réfère à un système de rapports entre le Bureau Administratif et les différents fournisseurs (restauration, chapelets, cadeaux offerts au Saint-Père, médailles, images, etc.) fondées uniquement sur un intérêt personnel mutuel et des échanges de faveur au détriment de la Secrétairerie d’État. » Le substitut explique comment un mécanisme, fondé sur des favoritismes personnels, touchait également le réseau des représentations pontificales dans le monde : « Avec certains on était assez généreux, voire généreux ; avec d’autres de manière inexpliquée on était durs et économes. » Des millions d’euros étaient ainsi gérés, alors que, il faut le rappeler, les finances du Vatican étaient dans le rouge. Franceso Peloso

Affaire Di Falco : en appel de la procédure civile

Vingt ans après une plainte au pénal déposée en 2001 pour viol et abus sexuels à l’encontre de celui qui est alors évêque auxiliaire de Paris, l’affaire Di Falco (que Golias a contribué à révéler) connaît une nouvelle étape. Jean-Michel Di Falco a dû se présenter le 5 décembre 2023 devant la Cour d’appel de Paris, pour des accusations d’abus sexuels portées contre lui au début des années 2000 par un homme âgé de douze ans au moment des faits (cf. Golias Hebdo n° 737). Les recours pénaux ayant tous été épuisés pour cause de prescription, la victime présumée s’est engagée dans une procédure civile. Pierre-Jean Pagès demande 550 000 euros de dommages et intérêts à Jean-Michel Di Falco. Les faits se seraient produits alors que la victime était élève de l’école privée Saint-Thomas d’Aquin, à Paris, dont Jean-Michel Di Falco était le directeur. Si l’Eglise l’a toujours soutenu, il sera toutefois nommé en 2003 évêque auxiliaire de Gap et d’Embrun (Hautes-Alpes) où il restera jusqu’à sa retraite en 2017. Un éloignement qui en dit long… A. B.

L’Annonciation : comment Jésus
est-il fils de Dieu ?

Année B 4ème Dimanche de l’Avent, Lc 1, 26-38 : Les collégiens connaissent l’histoire de Créuse et Ion. Une jeune femme violée par Apollon va retrouver plus tard son fils, Ion, dans le sanctuaire du dieu. Si les Grecs racontaient de telles histoires, c’était dans le but de bâtir une réputation à quelqu’un (Ion, un roi grec) dont les contemporains suspectaient l’honorabilité. Comme Ion avait une naissance dont la légitimité prêtait à soupçon, il avait fallu lui inventer une lignée merveilleuse qui voile la sienne. Il n’est absolument rien dans le récit de l’Annonciation qui ressemble un tant soit peu à ce récit grec. Lorsque les Évangiles sont publiés, dans les années 90 à 110, leurs auteurs veulent convaincre de la qualité de Fils de Dieu de Jésus de Nazareth, non à la manière des Grecs (filiation résultant d’un viol) mais à la manière des Sémites. En hébreu, l’expression « Fils de Dieu » signifie simplement « habité par Dieu ». Fils de Dieu comme on dirait « fils de la miséricorde » pour Mère Thérésa ou l’Abbé Pierre, « fils de la lyre » pour Mozart, fils du mensonge ou fils de garce pour… Aussi, l’auteur du récit de l’Annonciation insiste-t-il sur le dialogue entre le messager et la jeune femme : « Il dit – Elle dit – Il dit – Elle répond – etc. Et sur ces paroles, il la quitte. » Il ne l’a donc pas touchée. Ce n’est pas un récit de viol comme dans les histoires grecques. Jésus est fils de Dieu au sens hébraïque ; il est habité par Dieu, bâti de Dieu. « Fils de Dieu » est une expression qui indique sa nature, pas sa généalogie.

Les Etats africains à la COP 28

La COP 28 d’Abu Dhabi, capitale des Émirats arabes unis qui produisent 14 % du pétrole du Moyen-Orient, s’est finalement clôturée le 12 décembre sur une note optimiste, avec le principe d’une neutralité carbone d’ici 2050. A vrai dire peu y croyaient. Deux grandes questions étaient sur la table : quels sont les moyens et les délais nécessaires pour sortir des énergies fossiles (la neutralité carbone), comment aider financièrement et techniquement les pays pauvres à faire face aux conséquences du réchauffement climatique, dont ils ne sont pas responsables et sont les premières victimes, tout en contribuant à leur développement ?

 

C’est la quadrature du cercle que les dirigeants, de COP en COP depuis 1995, annoncent vouloir résoudre mais que tous savent impossible à réaliser sans toucher au cadre de vie des pays développés, aux structures de la mondialisation, aux intérêts économiques et industriels des pays et aux dogmes du libéralisme économique. Autant de paramètres à changer, ce qui est difficilement envisageable pour l’instant. L’annonce de la sortie des énergies fossiles d’ici vingt-six ans risque de porter à incandescence les contradictions internes de cette équation.


Le continent africain représente moins de 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais il est en première ligne sur les conséquences : les sécheresses, l’érosion côtière et les inondations y sont plus dévastatrices qu’ailleurs. Les migrations subsahariennes vers l’Europe ont déjà pour partie leur origine dans le changement climatique. L’Afrique compte 1,4 milliard d’habitants dont près de la moitié n’ont pas accès à l’électricité. Dans une déclaration commune, à l’issue d’un sommet organisé à Nairobi (capitale du Kenya) le 6 septembre dernier, en préparation à la COP 28, les cinquante-quatre pays membres de l’Union africaine avaient formulé leurs énormes attentes de la COP 28 dans un document succinct de quinze pages autour de 20 constats, 18 engagements et 16 appels à l’action1. Le document visait deux objectifs : l’accélération des énergies renouvelables et la mise en œuvre concrète du fonds « pour pertes et dommages » promis à la COP 27 en Egypte et créé officiellement en prélude à la COP 28. Le continent africain possède 40 % des possibilités d’énergies renouvelables mondiales, mais n’accueille que 2 % des investissements mondiaux dans le domaine. Des investissement conséquents de l’ordre de 600 milliards de dollars devraient être engagés d’ici 2030, pour multiplier par six la production d’énergies renouvelables sur le continent africain.

Les parents (pauvres)
et les enfants terribles…

La ministre des Solidarités et des Familles, Aurore Bergé, annonce que le gouvernement sanctionnera les « parents défaillants ». Cela fait suite aux mises en cause des parents (principalement les mères isolées) par le président de la République, le garde des Sceaux, durant les émeutes de cet été. Travail d’intérêt général, amendes et remboursement des dégâts sont annoncés. « En même temps », Mme Bergé annonce la création d’une commission pour réfléchir aux moyens de « relever les défis de la parentalité ». Ce « comité Théodule » accueille des personnes dont les travaux montrent qu’ils ont expérience et capacités pour faire des propositions estimables sur le sujet. Le gouvernement prend là le risque de ne pas recevoir les réponses attendues ! Osera-t-il réserver à celles-ci le sort indigne fait à celles de la commission Borloo ? Avec les bénéfices que l’on sait…

 

Pour définir ce que sont des parents défaillants, il faut savoir ce que sont les « bons ». Selon quels critères ? S’agit-il d’impressions personnelles ou de faits positifs opposables à ces impressions ? Qui est juge ? Il est rare qu’à tout moment de sa vie chacun juge que ses parents ont été adéquats à ce qu’il en attendait. Ces jugements sont très variables et, souvent, ne se stabilisent que lorsqu’on devient parent. Il n’est pas rare que surviennent alors doutes et crise, au cours desquels on estime avoir été « mal » éduqué et ne pas être en mesure de faire mieux à l’égard de ses propres enfants. On se rend compte qu’il est souvent très difficile de rassurer ces parents en leur montrant comme « ils font bien ». L’inconscient – chez chaque parent et chaque interlocuteur – est à la manœuvre pour brouiller les bonnes raisons.


Le gouvernement, affolé par les émeutes du début de cet été, a retenu pour discriminer entre les bons et les mauvais parents le comportement des enfants, envisagé du point de vue de l’ordre public. « Tenir ses gosses », comme l’a dit le ministre de Justice, a été érigé en critère objectif de la bonne parentalité. Certains parents n’auraient pas la capacité d’empêcher un jeune adolescent de sortir de chez lui dans la soirée. Le ministre s’est bien gardé d’indiquer les moyens d’y parvenir en laissant entendre, sans plus d’explications, que dans certaines familles « on » avait perdu le pouvoir de contraindre les enfants. Factuellement, c’est vrai. Reste à comprendre pourquoi, ce qui peut être un peu compliqué.
Les difficultés des parents sont déterminées par des causes qui ne sont pas seulement du domaine familial. Refuser de le reconnaître tient de la volonté de ne rien savoir de ce qui est une décision politique. En outre, la difficulté des familles à garder les enfants à la maison, alors que dans la rue règne le désordre, mais aussi toutes sortes d’excitations et de tentations, suffit-il pour qualifier de défaillante, dans toutes ses dimensions, l’éducation donnée ? Certes, ces familles ne peuvent pas, à ce moment donné, faire respecter l’ordre public, le bien d’autrui par leurs enfants. Le veulent-elles ? Rencontrent-elles des obstacles pour y parvenir ? Quelques jours plus tard, était-ce encore le cas ? Sans plus d’examen, le ministre a tranché : ces familles sont démissionnaires ou subversives. C’est aller court et vite.

Bon Pasteur :
le chemin de croix des victimes

Des centaines d’anciennes pensionnaires de la congrégation du Bon Pasteur, une maison de correction basée à Angers (Maine-et-Loire), se battent pour faire reconnaître les « sévices et maltraitances » qui se seraient poursuivis jusque dans les années 1970 (cf. Golias Hebdo n° 534). En attendant l’ouverture d’une très attendue commission d’enquête parlementaire, Marie-Christine Viennat, secrétaire de l’association des filles du Bon Pasteur, et d’autres membres, sillonnent la France pour animer des conférences. « On veut maintenir la pression, continuer à faire connaître notre histoire, les faire descendre de leur piédestal. On sait que les violences sont prescrites aux yeux de la justice. Mais on pourrait espérer une condamnation pour travail illégal. Il faut savoir qu’un peu comme des détenues, de nombreuses grandes entreprises faisaient appel à nous. On travaillait onze heures par jour : couture, repassage, fabrication de porte-clés… Moi je faisais des fonds de robe. Eh bien je n’ai jamais touché un centime pour ça ! », explique Marie-Christine Viennat. Il y a un an, la congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur annonçait lancer sa commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les faits dénoncés. Les conclusions sont toujours attendues. Alexandre Ballario

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