Un autre regard sur l’information !

Le cri des chrétiens de Palestine : Noël de l’autre côté du mur

Passionnant et facile d’accès, l’ouvrage de Munther Isaac, « L’Autre Côté du mur, récit chrétien palestinien de lamentation et d’espoir », édité en partenariat avec Golias, montre combien les chrétiens palestiniens sont marginalisés et discrédités, à la fois par le pouvoir colonial israélien et par la plupart des Églises occidentales, par peur, ignorance, paresse intellectuelle ou difficulté à surmonter dignement et en vérité leur culpabilité dans l’antisémitisme séculaire. A l’occasion de la célébration de Noël, Golias publie de larges extraits de ce livre qui apporte un éclairage nouveau, écrit par un homme de terrain à partir d’une analyse fine des textes bibliques et de son expérience pastorale et citoyenne.

 

Les dix chapitres du livre de Munther Isaac traitent successivement de la douloureuse frustration que ressentent les chrétiens de Palestine vis-à-vis de leurs frères occidentaux ; des théories et pratiques très contestables des sionistes chrétiens ; des relations existant ou à créer entre « prochains » juifs, musulmans et chrétiens, tous incontournables partenaires. Ils proposent enfin une méthode analytique et programmatique pour conduire à une paix juste. Celle-ci passe d’abord par la reconnaissance de la souffrance endurée par les Palestiniens (la lamentation), condition préalable à l’accès à la lumière et à l’œuvre salutaire (« C’est seulement lorsque nous connaissons la réalité de la douleur, et que nous la rejetons, que nous pouvons avancer vers la vie »). Puis vient le temps de l’espoir, où sont posés les jalons d’une solution juste et équitable pour toutes les parties à ce conflit apparemment sans fin, que seules une foi éclairée et une vision réaliste permettront d’imaginer.

Paresse

Lu dans Le Figaro (17/10/2023) : « Avachis sur le canapé, nous dirons demain : « ChatGPT, écris-moi une lettre d’amour ». » On ne saurait mieux dire l’état actuel de beaucoup de nos contemporains, pour lesquels prime la loi du moindre effort, aussi bien physique qu’intellectuel.


Pour le premier cas, on connaît bien les seuls sportifs de salon. On sait aussi que beaucoup d’enfants ne se dépensent pas assez, et sont guettés par l’obésité : ce n’est pas la trottinette électrique qui la leur épargnera. On voit aussi beaucoup de jeunes adultes juchés pour leur loisir sur un vélo électrique, alors qu’ils auraient toutes les capacités physiques pour goûter aux plaisirs d’un vélo ordinaire et en tirer bénéfice. Ce qui compte dans ce cas est la seule sensation de la glisse sans effort, dans une sorte d’apesanteur qui maintient dans une bulle et qui isole à moindre frais.


Mais plus grave encore est la paresse intellectuelle, qui s’appuie sur ces miraculeuses prothèses que sont les outils digitaux dont on ne mesure pas encore tous les dangers. ChatGPT en est une. Veut-on dire à quelqu’un qu’on tient à lui, et ne le peut-on pas, par incurie, réticence à faire un effort ? Le logiciel est là, qui en dispense. Et ses possibilités sont énormes, sa base de données quasi infinie. Il peut faire passer celui qui l’utilise pour un vrai écrivain.


On peut dire évidemment qu’il vaut mieux l’intelligence artificielle que la bêtise naturelle. Mais pour la sincérité des sentiments que l’on veut exprimer, c’est une autre question. Sans doute faut-il préférer en cette matière la maladresse à dire quelque chose d’au moins personnel, plutôt que l’imposture à s’abriter pour ce faire derrière un logiciel. Un homme vaut ce qu’il veut, et sa conduite le jauge et le juge. S’il ne veut pas faire d’effort, s’il veut chérir son unidimensionnalité, libre à lui. Mais que dira-t-il au Dernier Jugement, quand on lui demandera des comptes sur sa paresse, sur l’usage qu’il aura fait de son talent ? Je sais bien qu’il va ricaner de ce que je viens de dire, car pour lui il n’y a pas d’autre jugement que l’image complaisante renvoyée par son selfie. Comprendra-t-il quelque chose à ma sévérité ? Je le laisse donc à sa morne existence sur son canapé, et préfère, comme dit René Char « me soumettre à mes dieux qui n’existent pas ». Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique).

La crèche
sur un pont ?

« Que Dieu achève en toi ce qu’il a commencé »1. Cette parole du rituel de l’ordination presbytérale, le théologien de Metz Robert Scholtus l’entend « cinquante ans plus tard comme un avertissement » : «Il ne t’appartient pas de solder les comptes de ton existence. D’ailleurs je m’en garderais bien, tant a grandi en moi, au fil du temps, la mélancolie de l’inachèvement. C’est ce sentiment d’inaccompli qui me fait me tourner vers ce qui un jour a commencé dans la région inaccessible de mon désir, trace d’un commencement immémorial. » Il poursuit : « Ce goût de la liberté venu des fraicheurs de l’enfance n’a pas fait de moi un professionnel de la rébellion, mais une sorte de dissident de l’intérieur. »


Un commencement inachevé, n’est-ce pas ce que nous célébrons à Noël ?2 Certes, un commencement est toujours inachevé mais beaucoup ont tendance à croire que Jésus naît fils de Dieu, sans avoir à découvrir ce que cela signifie pour lui et pour nous. Une « dissidence de l’intérieur » : la formule ne dit-elle pas l’itinérance du vagabond de Nazareth qui a préféré les routes de Galilée multiconfessionnelles et multiculturelles à la Judée orthodoxe, les repas avec les exclus de la religion officielle à la fréquentation du Temple devenue une caverne de voleurs ? Si nous proposons comme itinérance de Noël un prêtre, ce n’est pas par cléricalisme mais parce certains cherchent des chemins nouveaux. Robert Scholtus en est, lui qui fut responsable du séminaire universitaire des Carmes3. « Nous appartenions à une génération qui avait grandi dans le ghetto catholique, et qui, à la faveur du concile Vatican II, avait cherché à en sortir pour « aller au monde ». Les jeunes auxquels j’avais désormais affaire ne voulaient pas y aller, au monde, ils en venaient, de ce monde qui avaient eu le temps de s’émanciper totalement de sa tutelle religieuse. Contrairement à un clergé de vieux grognards qui cherchaient à se faire pardonner par tous les moyens des siècles de domination cléricale, ces jeunes hussards ne voulaient pas entrer dans la carrière le profil bas, en s’excusant d’être là ; ils entendaient vivre leur ministère avec enthousiasme et témoigner haut et fort, « explicitement » comme ils disaient, de leur foi. Ils voulaient pouvoir exister en tant que prêtres investis de l’ordre sacré dans des paroisses, des communautés ou des services d’Eglise qui, ils s’en rendaient compte, avaient appris à se passer d’eux, crises des vocations oblige ! » Ils n’étaient plus des « héritiers », mais des « convertis » pour qui « l’histoire avait commencé à Jean Paul II ».

Bénédiction des couples homosexuels « hors liturgie » : qu’est-ce que cela veut dire ?

« Lorsque que deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18,20). C’est la base scripturaire de tout principe liturgique !

Une liturgie implique une ritualisation. On se rassemble avec un signe de croix et une salutation, on accueille la Parole de Dieu et on signifie le sens du rassemblement par un geste (ou plusieurs) qui relèveront soit de sacrements (par exemple l’Eucharistie), soit de sacramentaux (par exemple une bénédiction). Ce que l’on nomme sacramentaux désignant une liturgie comprenant une bénédiction ne relevant pas d’un sacrement. L’Église propose ainsi des liturgies dans le Livre des Bénédictions : on peut alors bénir aussi bien une maison qu’une salle de sport, des outils spécifiques liés à un travail qu’un repas.

Par conséquent, une bénédiction, au sens digne du terme, est une liturgie !

Alors, que veut dire « bénédiction hors liturgie » ? Est-ce une question de jour (pas le dimanche, surtout !), une question de lieu (pas dans une église, surtout !), une question de nombre (en petit comité, surtout !) ? Il y a là quelque chose de dérangeant…

Personnellement, je me réjouis que le Vatican approuve la bénédiction des couples homosexuels. Car, là où est l’amour, Dieu y réside. Mais cette expression « hors liturgie » pose de vraies questions, bien plus profondes que des problématiques de jours, de lieux ou de nombre, voire de « qualité » des participants !

Soit, il s’agit d’un choix de terme pour ne pas froisser les catholiques conservateurs et ainsi c’est un choix diplomatique.

Soit, il s’agit d’une maladresse théologique et ainsi je m’inquiète sur le niveau intellectuel des « hauts penseurs romains ».

Soit, il s’agit d’une nouvelle définition du mot « liturgie » et ainsi toute notre Tradition et les paroles du Christ, citées au début de ce propos, sont revisitées avec hypocrisie.

Donc, cela suffit comme cela ! Si l’on bénit, soit par un ministre ordonné ou un laïc ayant une mission ecclésiale spécifique, des couples homosexuels rassemblés au nom du Christ, l’on célèbre une liturgie !

Réjouissons-nous de cette ouverture, mais restons vigilant face aux pirouettes linguistiques d’un Vatican qui ne cherche qu’à entretenir toute confusion afin que tous soit d’accord avec lui.

L’Évangile nous pousse sans cesse à l’authenticité, la franchise et la clarté.

Jean-Pascal HERVY

Synode : lettre ouverte au pape François

Nous avons fait bon accueil au Rapport de Synthèse de la XVIe Assemblée Générale ordinaire du Synode des évêques. Il nous permet un regard lucide sur la pensée de nos évêques actuels. Nous prenons acte du fait que ceux-ci reconnaissent le rôle important que les laïcs ont à jouer dans le discernement.

Le compte-rendu d’une dispute qui semble non résolue

À la lecture, le Rapport des évêques ne constitue pas un seul document, mais deux. Ce n’est pas tant une synthèse que le procès-verbal d’une dispute semble-t-il non résolue. Le premier document d’une nouvelle Ère Synodale ? Malheureusement pas. L’une des voix qui s’expriment est remplie d’espoir, de renouveau et de l’air frais d’un Esprit sans limites, elle se réjouit de l’émergence de l’Église des laïcs.

 

L’autre voix est celle d’évêques qui n’ont pas encore trouvé le courage de renoncer à leurs privilèges. Au final, nous comprenons qu’il ne s’agit pas du premier document d’une nouvelle ère synodale. C’est le compte-rendu d’une Conférence Épiscopale au cours de laquelle les voix prophétiques n’ont obtenu aucune concession significative des forces conservatrices, puissantes et riches.

Un document de nature à décevoir et blesser de nombreux fidèles


Ce document sera perçu comme décevant et blessant par les nombreux fidèles des quatre coins du monde catholique, dont les contributions appelaient à des progrès urgents, entre autres en matière d’ordination des femmes, d’enseignement sur les questions LGBTIQ, de célibat des prêtres, de droits reproductifs ou de mesures visant à mettre fin à toutes formes d’abus par des clercs.

Pour une Église synodale, les évêques devront accepter un nouveau modèle de co-responsabilité authentique avec les laïcs.


La question qui sous-tend toutes les autres est que les évêques devront accepter un nouveau modèle de co-responsabilité effective avec les laïcs, pour que l’Église soit synodale. Les voix pleines d’espoir de la synthèse affirment que tous les chrétiens « devraient être écoutés attentivement, quelle que soit leur tradition, comme l’a fait l’Assemblée Synodale au cours du processus de discernement » (7b). Or, l’expérience a montré que, dans les mois qui ont précédé cette Assemblée Synodale, des millions de paroissiens et de fidèles à travers le monde n’ont pas été écoutés attentivement de leurs évêques. En fait, beaucoup d’évêques ne les ont pas écoutés du tout. Prétendre que ce processus, biaisé, valide les conclusions conservatrices des évêques parce qu’il s’agissait déjà d’un processus synodal, n’a aucune légitimité.

De fait, la synthèse n’instaure la co-responsabilité dans aucune des institutions ecclésiales

Bien que, pendant l’Assemblée Générale, le Saint-Père ait dénoncé le « fléau » et le « scandale » du cléricalisme qui, dixit François, inflige aux laïcs « mépris, mauvais traitements et marginalisation », les évêques ont conclu leur Assemblée par une simple recommandation de prolonger les commissions et enquêtes épiscopales. Il devient évident qu’ils ne sont pas encore prêts à lâcher, ni le cléricalisme, ni les rênes du contrôle.

Le progrès dépend du peuple fidèle de Dieu

Le Rapport de Synthèse nous montre que le progrès dans l’Église, selon les lignes qu’a définies le Pape François, ne dépend pas des hommes de l’appareil. A l’heure actuelle, il repose sur le peuple de Dieu, fidèle, qui découvre le « consensus fidelium » dans ses communautés émergentes vivant « un corps à corps fraternel quotidien autourde la Parole et de l’Eucharistie », comme le reconnaît la Synthèse elle-même (18e). Il repose également sur tous les « presbytres » prêts à s’engager, dans un authentique partenariat avec les laïcs, sur un chemin commun derenouveau.


Signataires de la LETTRE OUVERTE au Pape François du 21 Novembre 2023 en réponse au Rapport de synthèse de la XVIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des évêques


Sr Joan Chittister OSB, auteure, sœur bénédictine d’Erie, Pennsylvanie, USA
Mary McAleese, présidente d’Irlande (1997-2011), Irlande
Mme Cherie Blair CBE, KC, Royaume-Uni
James Carroll, auteur, États-Unis
Marie Collins, ancien membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, Irlande
Baronne Helena Kennedy QC, Royaume-Uni
Dr Luca Badini Confalonieri, directeur exécutif, Institut Wijngaards de recherche catholique, Royaume-Uni
Miriam Duignan, Institut Wijngaards de recherche catholique, Royaume-Uni
Jamie Manson, présidente, Catholics for Choice, USA
Penelope Middelboe, cofondatrice de Root &Branch, cofondatrice de Spirit Unbounded, Royaume-Uni
Dr Kochurani Abraham, théologien, Kerala, Inde
Flavia Agnes, avocate spécialisée dans les droits de la femme, Mumbai, Inde
Peter Albion, professeur émérite, Université de Queensland, Australie
Metti Amirtham SCC, directrice, Lumen Institute Centre for Theological & Spiritual Formation of Women
Religious, Inde
Christiane Bascou, présidente, Les Réseaux du Parvis, France
Kathleen Bellefeuille-Rice, Association des femmes prêtres catholiques romaines, USA
Sr Maria Bongiorno IBVM, Australie
Teresa Brierley, directrice des ministères pastoraux, diocèse catholique de Maitland-Newcastle,
Pat Brown, directeur, CWO, Royaume-Uni
Shaun Budden, prêtre, Diocèse catholique de Portsmouth, Royaume-Uni
Robert Burnett, responsable, Réseau des laïcs écossais, Royaume-Uni
Sr Alma Cabassi, Sœurs de St Joseph du Sacré-Cœur, Australie
Christine Carolan, responsable nationale, Australian Catholic Religious against trafficking (Religieux
catholiques australiens contre le trafic)
Cyrilla Chakalakal FSMA, Supérieure générale des Sœurs franciscaines de Sainte-Marie-des-Anges, Inde
Mary Collingwood, évêque de l’Association des femmes prêtres catholiques romaines, États-Unis
Maggie Conway, cofondatrice de Spirit Unbounded, Royaume-Uni
Cathy Corbitt, Conseil des femmes catholiques, Australie
Elias Crim, fondateur et éditeur, Solidarity Hall, USA
Stephen Cunneen JP, Irlande
Marcia D’Cunha, Mouvement indien des femmes chrétiennes ICWM, Inde
Helen Desforges, CAFOD, Royaume-Uni
Brian Devlin, auteur de Cardinal Sin (Péché Cardinal- contrer les abus de pouvoir dans l’Eglise Catholique),
Écosse
Roy Donovan, Caherconlish & Inch St. Laurence, Irlande
Rós Ní Dubháin, conseil chez Freshfields, Bruckhaus and Deringer, Royaume-Uni
Caroline, vicomtesse Falkland, artiste, Espagne
Eibhlis Farrell, ancien chef de département à l’Institut de technologie de Dundalk, Irlande
Eleanor Flynn, coprésidente de l’ACCCR, Australie
Gail Grossman Freyne, WWITCH, Australie
Astrid Lobo Gajiwala, théologienne, Maharashtra, Inde
Julie George SSpS, avocate, Sœurs servantes du Saint-Esprit, Maharashtra, Inde
Claus Geißendörfer, Spirit Unbounded, Royaume-Uni
John M. Glynn OL, prêtre, fondateur de WeCare (pour les enfants des rues vulnérables), Papouasie-Nouvelle-
Guinée
Dr Hille Haker, Chaire de théologie morale catholique, Université Loyola, Chicago, USA
Ursula Halligan, journaliste, ancienne rédactrice politique de TV3, Irlande
Dr Berise Heasly, Philosophie de l’enfant : Heasly Thinking Skills System, Australie
Dr Martha Heizer, vice-présidente, We Are Church International (Nous sommes l’Église Intl), Autriche
Professeur Peter Hempenstall, Université de Queensland, Australie
Lioba Hochstrat, Wir Sind Kirche (Nous sommes l’Eglise Allemagne), Allemagne
Colm Holmes, président, We Are Church International, Irlande
Mary E. Hunt, codirectrice, Alliance des femmes pour la théologie, l’éthique et le rituel, États-Unis
Andrea Johnson, évêque, Association des femmes prêtres catholiques romaines, États-Unis
Dr Ally Kateusz, chercheur associé, Institut Wijngaards de recherche catholique, Royaume-Uni
Gabrielle Kelly OP, ancienne directrice de la Commission interconfessionnelle archidiocésaine, Australie
Dr John O’Loughlin Kennedy, auteur de The Curia is the Pope and Why it Cannot Listen (Pourquoi le pape,
c’est la Curie et pourquoi elle est sourde), Irlande
Stephanie Klass, coprésidente de Colorado Call to Action (Appel à l’Action), États-Unis
Dr Paola Lazzarini, fondatrice de Donne per la Chiesa ( Femmes pour l’Eglise), Italie
Dr Michael Leahy, Catholics for Renewal (Catholiques pour un Renouveau), ancien prêtre, Australie
Kevin Liston, coprésident de l’ACCCR, Australie
Anthony Lopes, avocat à la retraite, Australie
Rd Dr Bernárd Lynch, auteur et militant LGBTQIA, Royaume-Uni
Raquel Mallavibarrena Martínez de Castro, Redes Cristianas, Somos Iglesia (Routes chrétiennes- Nous sommes
l’Eglise), Espagne
Catherine W. Maresca, fondatrice et directrice du Centre pour les enfants et la théologie, États-Unis
Pauline Marriott, directrice de la mission, St Aloysius Catholic College, Australie
James T Marsh, Association des femmes prêtres catholiques romaines, États-Unis
Dr Angela McCarthy, maître de conférences, théologie, Université de Notre Dame, Australie
Dr Tracy McEwan, co-auteur du Rapport sur l’enquête internationale des femmes catholiques, Australie
Mick McManus, professeur émérite de sciences biologiques et chimiques, Université du Queensland, Australie
Dr Kathleen McPhillips, co-auteur du rapport sur l’enquête internationale des femmes catholiques, Australie
Bridget Mary Meehan, évêque, Association des femmes prêtres catholiques romaines, États-Unis
Margaret Mary Moore, directrice du Theology & Life Institute (Institut de théologie et de vie), États-Unis
Marissa Noriega, professeure et théologienne féministe, Université de Séville, Espagne, et membre du réseau
des théologiens, pasteurs, activistes et dirigeants chrétiens (TEPALI), Mexique.
Sr Colleen O’Dwyer RSJ, éducatrice sociale en matière de handicap, Australie
Professeur Fr Joe O’Leary, Département d’anglais, Université Sophia, Tokyo, Japon
Professeur Thomas O’Loughlin, professeur émérite de théologie historique, Université de Nottingham,
Royaume-Uni
Raynah Braganza Passanha, théologienne, présidente de la Commission des femmes du diocèse de Pune, Inde
Sr Santana Pereira, FMA, théologienne, Sœurs salésiennes de Mumbai, Inde
Pamela Perry, cofondatrice de Root & Branch, Royaume-Uni
Sr Rita Puthenkalam SCN, théologienne, Sœurs de la Charité de Nazareth, Inde
Rene Reid, directeur et cofondateur du CCRI, États-Unis
Derek Reeve, prêtre, cofondateur de A Call to Action, Royaume-Uni
Frances Robertson, directrice de l’école paroissiale St Patrick, NSW, Australie
Jon Rosebank, auteur, historien, Royaume-Uni
Virginia Saldanha, présidente du Conseil catholique des femmes indiennes, Inde
Katharine Salmon, CWO, IHC, UK
Dr Anne-Marie Swan, psychothérapeute, Australie
Dr Mary Tinney, Institut des Sœurs de la Miséricorde d’Australie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Australie
Sr Moya Unthank RSJ, Sœurs de St Joseph du Sacré-Cœur, Australie
Sr Nancy Vaz FDCC, ancienne Provinciale de la Province de Bombay, Inde
Marie Venner, membre du Conseil d’administration, Maryknoll Affiliates, USA
Sean Ward, Franciscains séculiers de Grande-Bretagne, Royaume-Uni
Christian Weisner, responsable, We are Church ( Nous sommes l’Église) Allemagne
Pam Wood OP, Dominicaine, conseillère, Australie

A l’heure actuelle, plus de 300 autres personnes ont signé cette lettre.
Noms sur demande à Root and Branch

Le pape François autorise la bénédiction hors liturgie des couples du même sexe

Lundi 18 décembre, le Vatican a publié un document (Dichiarazione “Fiducia supplicans” sul senso pastorale delle benedizioni del Dicastero per la Dottrina della Fede (vatican.va) autorisant la bénédiction des couples homosexuels et les « couple en situation irrégulière », provoquant l’ire des cathos tradis. Cette décision du pape François était attendue. Au mois de juillet dernier, il avait plaidé dans une lettre adressée à des cardinaux conservateurs pour l’autorisation des bénédictions des couples du même sexe, ainsi que des divorcés remariés tout en restant opposé au mariage homosexuel.

 

Le document du dicastère pour la doctrine de la foi qui vient de publier ce document, approuvé par le pape François, précise toutefois que cette bénédiction des couples du même sexe, et en situation irrégulière « ne sera jamais accomplie en même temps que les rites civils d’union, ni même en relation avec eux« .

 

Rappelons que ce type de bénédiction des couples du même sexe se pratique informellement à la base de nombreuses paroisses, notamment en Allemagne, en Belgique et en France… Christian Terras

TikTok : Comment les cathos tradis ont eu la peau du Père Matthieu Jasseron

Qui ne connaît le mot de « haute insolence » de l’évêque d’ancien régime Dillon (1721-1806), alors évêque d’Évreux, que cite le comte Beugnot (1761-1835) dans ses Mémoires. Louis XV lui reprochait son goût des luxueux équipages pour la chasse : « Comment voulez-vous interdire la chasse à vos curés si vous passez votre vie à leur en donner l’exemple ? – Sire, pour mes curés la chasse est leur défaut, pour moi, c’est celui de mes ancêtres. »

C’est ce à quoi j’ai pensé en apprenant la sortie des réseaux sociaux du Père Matthieu Jasseron. Alors que son évêque twitte péniblement, Matthieu affiche 1 200 000 abonnés à ses vidéos d’évangélisation. Il se trouve que je connais l’un et l’autre et que Matthieu Jasseron est un bon prêtre. Je dis bien un prêtre, pas un professeur de théologie dogmatique ou de théologie morale. Il prêche l’Amour de Dieu, la fraternité, la foi, en s’appuyant sur les déclarations du pape François. Il n’a pas rajouté une quatrième personne à la Trinité, ni non plus insulté à la rédemption du Seigneur Jésus. Il ne s’approprie pas l’Esprit-Saint. Matthieu est fraternel, vivant, drôle, apprécié de ses paroissiens et de moi-même. Il m’a aimablement dédicacé le livre qui relate son expérience de jeune curé. L’éditeur a mis un titre accrocheur – ce sont toujours les éditeurs qui choisissent le titre (pour vendre) -, « Les histoires de cœur d’un jeune curé. ». Pas de quoi casser une patte à un canard. C’est la chronique vivante de la vie d’un jeune prêtre d’aujourd’hui. Il a pris soin d’avertir les lecteurs : « Avertissement aux lecteurs du livre de Matthieu : « Les histoires de cœur d’un jeune curé ». Veuillez croire qu’afin de préserver l’intimité et respecter la vie privée de tous ceux qui m’ont inspiré, les noms, personnages, caractères et certains aspects des anecdotes narrées ont été délibérément modifiés. ». Mais des esprits chagrins et suspicieux y ont décelé l’hérésie. Au début du XXe siècle, les adhérents d’une société secrète, la Sapinière, dont le cardinal Saliège (1870-1956) disait qu’ils étaient tous des conifères, dénonçaient à Rome tout ce qu’il y avait de vivant et d’intelligent dans le clergé français. On a cru donc pouvoir rejouer la partie et, en sautant le préambule, détecter comme une trace d’un possible délit de violation « indirecte » (notez bien la faiblesse de la nuance) du secret de la confession. Comme les équipages sont prêts, on crie à l’hallali. Sus à la bête ! C’est à qui va la servir. Le Père Matthieu, lui, un homme paisible, je le répète, ne voit pas le mal. Il se dit que le dialogue d’un prêtre avec son évêque est toujours possible. Il est très surpris quand on le cite de façon arbitraire et entre nous très ancien régime, à comparaître devant le Vicaire général et le Chanoine Grand Pénitencier (pas celui de Johnny Hallyday mais celui qui est chargé d’absoudre les péchés graves dans le diocèse de Sens-Auxerre, charge qui comporte le devoir de résidence), venu spécialement de Lyon où il est Recteur de l’Université catholique, celui-là même sur lequel Golias Hebdo vient de publier un article dans son dernier numéro. Il est vrai que l’évêque explique à la presse qu’il s’agit d’une simple procédure de médiation qu’il a eu la grande bonté d’accorder au prêtre. En omettant de signaler qu’il refuse obstinément de recevoir Matthieu qui le lui demande instamment depuis des semaines, violant ainsi les consignes inlassablement répétées par le pape François pour qu’un évêque ne fasse pas attendre plus de 48h un prêtre qui demande à le voir. S’il ne s’agit pas de cléricalisme, je veux bien finir mes jours dans une chartreuse. Car tout le tremblement canonique s’est mis en branle. Je ne peux pas tout raconter car le père Matthieu est un pacifique. Je dois pourtant constater une fois de plus qu’un responsable d’Eglise pratique l’injonction contradictoire. D’un côté les paroles enduites de charité, de l’autre la rigueur implacable des actes. A crier Haro, les ultras conservateurs ne manquent pas. Ils sont une minorité en France mais très bruyants sur les réseaux sociaux. Pas plus que dans les diocèses, on ne s’étouffe pas avec la charité dans ce bord-là. Ce qui compte, c’est de se rassurer en hurlant en meute pour tenter de camoufler derrière les apparences et les convenances l’angoisse procurée par un monde qu’on ne domine plus. Un prêtre vivant, talentueux, est pour eux un danger. Comme le mensonge n’existe pas quand on défend une cause, calomnions-le.

Face à cette ignominie, qui va se lever parmi les évêques pour dire à leur collègue d’arrêter de chasser… le prêtre ? Qui parmi les prêtres, et d’abord ceux de l’Yonne, va avoir le courage évangélique d’être charitable et fraternel avec Matthieu et de le défendre devant l’évêque, le vicaire général et le grand pénitencier (pauvre Johnny) ? Si le clergé de l’Yonne tremble, qui en France parmi les prêtres va les convaincre de le faire ? Si les paroissiens de Joigny ne bougent pas, qui parmi les fidèles de l’Yonne et d’ailleurs va le faire ? Un ultra dira que j’en appelle à la révolution, mot qu’il prononcera avec peine. Mais en ce temps de l’Avent, Jean-Baptiste est là qui nous invite vigoureusement à redresser les chemins pour que le Seigneur puisse y passer, et la Vierge Marie en rajoute en demandant à Dieu de renverser les puissants de leur trône. En si bonne équipée, soufflons maintenant ! Si les fusils sont chargés pour la chasse au prêtre, remisons-les ! Réfléchissons ! Si un prêtre peut être inquiété pour des peccadilles, qui voudra encore devenir prêtre ? D’autant plus que la différence de traitement est criante entre les prêtres abuseurs et ceux qui n’ont même pas commis une faute avérée dont on puisse les accuser. Alors, halte au feu ! Messieurs les évêques, ne tirez plus ! Paix ! Noël est là : déchargez vos canons. Rendez Matthieu à ses paroissiens pour qu’il puisse, oublié de tous, – et même de toi cher Hervé Giraud-, célébrer en paix la naissance de Celui qui est la Paix. Vous pourrez vous retrouver à l’Épiphanie pour tirer (aïe aïe aïe) non pas sur vous mais la fève de la galette des rois. Avouez que ça sera tout de même beaucoup mieux. Pierre Vignon (Illustration : maxxyustas – 123Rf.com)

Béatitudes : ombres et lumières

Dans un communiqué du 27 novembre 2023, le Collectif d’Accompagnement des Victimes des Béatitudes (CAVB) s’indigne du silence de la communauté à leur égard. Pas un mot des victimes dans le communiqué de presse de la communauté du 8 novembre 2023 qui faisait suite à son Assemblée générale. Pourtant, le rassemblement entendait faire la part « d’ombres et de lumière dans l’histoire de la communauté ». Comment alors ne pas évoquer les victimes qui méritent justice et réparations. « Les membres du collectif victimes de la communauté, anciens communautaires, familles et personnes de passage se sont concertés pour réagir : nous possédons une part de l’histoire de la communauté catholique des Béatitudes. Il est absolument indispensable d’en tenir compte, si les responsables de la communauté veulent vraiment faire une relecture véritablement exhaustive et complète de l’histoire communautaire », rappelle le CAVB. Faut-il donc s’étonner que la communauté des Béatitudes n’adhère pas à des instances comme la Commission Reconnaissance et Réparation créée par la Conférence des religieuses et religieux de France, mise en place après le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise. A. B.

L’attestation
de Jean

Année B 3ème Dimanche de l’Avent, Jn 1, 6-8 ; 19-28

 

Quelle est la Lumière à laquelle le Baptiste vient rendre témoignage ? Le début de l’Évangile nous le précise : « Au commencement est le Parler1. Et le Parler est à Dieu, et Dieu il est le Parler. Lui, il est au commencement à Dieu. Tout vient à la Vie à travers lui et sans lui rien ne naît de ce qui est né. C’est en lui qu’il est de la Vie. Et c’est la Vie qui est la lumière des hommes » (Jn 1,1-3).

 

C’est donc à cette lumière-là que le Baptiste vient rendre témoignage, et non à Jésus comme on peut le penser en lisant le seul texte liturgique. Pour un prêtre du Temple de Jérusalem (l’auteur du quatrième Évangile), la révolution est totale. La lumière ne vient plus du Temple ni de la parole des Élites, ou de celle des Écritures : elle vient de la Vie elle-même ! Cette lumière qui est la Vie elle-même, Jean précise qu’elle est au commencement à Dieu. Pourquoi donc, sinon, pour nous dire qu’elle va devenir le bien commun de chacun des hommes. Ce parler de Dieu il se diffuse, il est partout où est la Vie ! « La Lumière conforme à la vérité éclaire tout homme qui s’avance dans le monde » (Jn 1, 9).

 

Le Baptiste a lutté contre l’hypocrisie d’une attitude religieuse de respect apparent des commandements et de soumission aux autorités religieuses du temps. Cette attitude n’est pour lui qu’une idolâtrie comme une autre. Il vient rendre témoignage à la lumière qu’est la Vie donnée aux hommes, non à leurs déguisements ou à leurs simulacres religieux.

Catho de Lyon, une gouvernance
en question

Le 1er octobre dernier, dans les pages Lyon du « Progrès », sortait un article salutaire : « Fac catho : jugé autoritaire, évincé, le recteur Olivier Artus assume ses choix. » Des contre-feux dans des journaux étaient allumés à la va-vite pour couvrir cette révélation. Mais la loi du silence, imposée depuis l’arrivée du recteur en septembre 2019, est enfin brisée.


On aurait pu passer sur le caractère hautain du personnage qui regarde littéralement de haut ses interlocuteurs, qui aime donner des titres – personne ne le fait à l’université depuis 1968 : Monsieur le Recteur, Madame le Professeur, etc. On aurait pu oublier que dans son diocèse d’origine, Sens-Auxerre, il était déjà considéré comme psychorigide, et comme « videur » à Paris où il était vice-recteur à la Catho. Mais depuis sa demande de prolongation de trois ans, en mars 2023, la coupe est pleine. A l’occasion du vote qui ne l’a pas entérinée, de nombreux membres du personnel, y compris bon nombre de directeurs, s’étaient plaints ouvertement de son autoritarisme sans limite, de son manque de compassion et de son management autoritaire. Il sait utiliser des concepts séduisants : « bien commun », « démocratie », etc. Dès son arrivée, il crée un cercle de commissions concentriques, composées selon sa volonté expresse de la moitié de membres élus par le personnel et de la moitié nommée par lui. Sans être sorti de Saint-Cyr, on voit bien que cette mesure lui donnera toujours la majorité ! Commissions qu’il a su largement court-circuiter quand ça l’arrangeait. Et la « démocratie » ? « Nous avons mis de la démocratie dans cette université et nous pourrions même donner des conseils aux évêques pour qu’ils progressent sur le chemin de la synodalité. » Il ne doute de rien. Ancien membre du HCERES, Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, il s’est servi du rapport de ladite commission sur la Catho de Lyon pour imposer de force sa réforme de la recherche, à tambour battant, quatre mois top chrono, alors même que la haute commission lui aurait laissé plus de temps, osera-t-il- avouer plus tard.

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