Un autre regard sur l’information !

Le pape François se lâche sur le «Chemin synodal» allemand

En mars dernier, le « Chemin synodal » allemand, lancé le 1er décembre 2019 sur fond de crise des abus, s’était conclu avec l’adoption d’une quinzaine de textes programmatiques. Ces derniers prévoyaient par exemple la bénédiction de couples homosexuels – mise en place dans le diocèse de Spire et d’Osnabrück ces derniers mois – ou l’autorisation pour les laïcs de conférer certains sacrements réservés aux prêtres, et plaidaient pour l’ordination d’hommes mariés et le diaconat féminin. Rome avait critiqué la démarche à plusieurs reprises mais n’était pas allée plus loin pour ne pas créer la discorde. François n’en condamnant pas moins les conclusions.


Tout récemment, le 6 novembre 2023, les théologiennes Katharina Westerhorstmann, Marianne Schlosser et Hanna-Barbara Gerl-Falkovitz et la journaliste Dorothea Schmidt s’étaient adressées au pape pour critiquer la « Voie synodale » allemande dont elles faisaient partie, mais qu’elles ont quittée, n’étant plus en phase avec les aspirations progressistes qui s’en détachaient. François a sauté sur l’occasion pour leur adresser une réponse le 10 novembre qui résume plus clairement le fond de sa pensée. Dans sa missive, que Golias publie dans son intégralité (voir plus loin), le pape affirme qu’il « partage » leur « préoccupation concernant les nombreuses mesures concrètes » adoptées en Allemagne récemment. Avec ces dernières, insiste-t-il, « de grandes parties de cette Église locale risquent de s’éloigner toujours plus du chemin commun de l’Église universelle ». Le pape François cible en particulier une mesure phare du « Chemin synodal allemand » : l’établissement d’un « Comité synodal ». Mis en place le 11 novembre 2023, cet organe a pour but d’instituer un « Conseil synodal » dès 2026 qui jouerait un rôle de consultation et de décision pour l’Église en Allemagne. Un projet qui, pour le pape, « n’est pas compatible avec la structure sacramentelle de l’Église catholique ».

Le conflit Israël-Palestine
à l’épreuve des mots

Les faits, à la vision insoutenable du 7 octobre 2023, perpétrés par une horde de tueurs aux méthodes défiant toute barbarie, ne marquent pas le début absolu d’une séquence noire de l’histoire du Proche–Orient contemporain. Les historiens, et eux seuls, auront pour tâche future de rechercher et d’expliquer en amont les raisons et les responsabilités de leur déclenchement. Nous n’en sommes pas là. Pour l’instant, la parole oscille entre émotion et commentaire, les deux d’autant plus mêlés, du fait surtout de la riposte vengeresse et ravageuse de l’armée d’Israël. Quoi qu’il en soit, on peut dire que l’événement fait de plus en plus l’effet d’un révélateur à plusieurs détentes. Ce qui veut dire, que par le douloureux truchement du drame et de l’horreur, il nous apprend à mieux lire et interpréter l’actualité. Voilà ce que l’article d’André Paul cherche à montrer.

 

Sans concessions, l’auteur fait l’inventaire critique des termes, des expressions ou formules utilisées, à l’unisson et mal à propos, tant par les journalistes que par les leaders politiques dont l’indigence historique irrite le connaisseur. Et de stigmatiser la dangereuse impropriété du lexique institué. Ainsi : « antisémitisme » ou « antijudaïsme », « confession juive », « État hébreu » et même « démocratie d’Israël ».

 

Depuis le milieu du siècle dernier, objectivement, l’État d’Israël est une réalité politique et géopolitique dont personne, absolument personne, ne peut mettre en cause l’existence. Pour autant, compte tenu des grands progrès dans l’approche historique de l’Antiquité proche-orientale, on ne saurait accepter les justifications ou revendications basées sur des évocations qui n’ont rien d’historique. De celles-ci, nous n’avons que des témoins à teneur mythique, sources inspiratrices de seules croyances religieuses. Bref, il n’est plus possible de faire l’histoire de l’Antiquité avec la Bible, au demeurant le plus grand monument littéraire de l’humanité ; ni, partant, se référer à elle, ne serait-ce qu’implicitement, comme garante d’un projet politique ou d’une action militaire. Ainsi informée, la démarche de l’historien nous apprend qu’il n’exista pas vraiment d’ « Etat d’Israël » avant 1948.

 

Une terre, appelée dans l’Antiquité Ioudaia en grec, puis Iudæa en latin, accéda certes à l’indépendance, mais pour une durée d’un siècle et demi seulement. Par contre, un territoire nommé « Palestine » depuis de nombreux siècles avant J.-C., a perduré sans relâche jusqu’à nos jours, dans une succession d’occupations ethniques dont la dernière fut celle des Arabes, au milieu du VIIe siècle.

« Laudato si », pour une écologie intégrale


Le pape François a été obligé, pour des raisons de santé, d’annuler sa présence à la COP 28 de Dubaï (30 novembre-12 décembre). Ce sommet environnemental reste un défi personnel pour le pontife, fort de la participation active du Saint-Siège à la COP 21 qui a contribué efficacement à l’Accord de Paris (2015). Malgré son absence, l’encyclique « Laudato si », précurseuse d’une « écologie intégrale », comme on le lira dans les lignes qui suivent, sera à l’avant-garde de cette 28ème COP…


Publiée le 24 mai 2015, l’encyclique « Laudato si », la première consacrée entièrement à la question environnementale, est peut-être la plus lue, commentée et aimée de l’histoire de l’Église. Réactualisée avec « Laudate Deum » (texte publié le 4 octobre 2023), elle est définie par le théologien brésilien Leonardo Boff comme la « Magna Carta » de « l’écologie intégrale ». L’encyclique « Laudato si » est immédiatement devenue un point de référence inestimable pour tous ceux et celles qui ont à cœur de défendre l’environnement : un succès sans précédent pour un document pontifical, qui a su susciter l’intérêt des croyants comme des non croyants, représentants d’autres religions, économistes, universitaires, sociologues, etc. « Laudato si » lance une invitation pressante « à renouveler le dialogue sur la manière dont nous construisons l’avenir de notre planète », dénonce que « de nombreux efforts pour chercher des solutions concrètes à la crise écologique sont souvent ignorés non seulement par le rejet des puissants, mais aussi par le désintérêt des autres ».

La proposition d’une « écologie intégrale »

En acceptant les conclusions de la quasi-totalité de la communauté scientifique concernant le fait que « la partie la plus importante du réchauffement climatique de ces dernières décennies est due à la forte concentration de gaz à effet de serre émis principalement du fait de l’activité humaine », le pape François a appelé à une réduction aussi drastique qu’urgente, en soulignant « la dette écologique » contractée par le Nord, et dénoncé les actions des multinationales qui font dans les pays du Sud ce qu’elles ne sont pas autorisées à faire dans le soi-disant « premier monde », et que « lorsqu’elles se retirent et cessent leurs activités, elles laissent derrière elles de grands dégâts humains et écologiques ». [ABO] Le pape poursuit : « Dans toute discussion concernant une initiative commerciale, on doit poser une série de questions pour discerner si elle conduira à un véritable développement intégral. Dans quel but ? Quel objectif ? Où, quand, comment ? Quels sont les risques ? A quel coût, à qui s’adresse-t-elle ? » Si les dénonciations sont dures et pointues pour une véritable « écologie intégrale », le cœur de « Laudato si » est bien la proposition d’une « écologie intégrale » fondée sur la reconnaissance que le nature n’est pas « quelque chose de séparé de nous », de « nos vies ». Nous en faisons partie et sommes imprégnés par elle. « Il n’y a pas deux crises distinctes, l’une environnementale, l’autre sociale, mais une seule et même crise, complexe, car socio-environnementale. » Un concept, celui de « l’écologie intégrale », qui s’articule autour de certains axes qui parcourent l’ensemble de l’encyclique : outre le « rapport intime entre les pauvres et la fragilité de la planète », on y trouve la critique des « formes de pouvoir dérivées de la technologie » ; « l’invitation à chercher d’autres façons de comprendre l’économie et le progrès », « la culture du déchet et la proposition d’un nouveau mode de vie ».

Le concept de décroissance

Dans son encyclique, François a aussi remis explicitement en question l’idée d’une « croissance infinie et illimitée » exposant « le mensonge sur la disponibilité infinie des actifs de la planète qui conduit à la presser jusqu’à la limite et au-delà ». Le pape, en plus de dénoncer l’omniprésence d’une vision technocratique et financière, utilise le concept de décroissance. Face au comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours plus, tandis que les autres « ne parviennent pas à vivre en accord avec leur propre dignité humaine », « le moment est venu d’accepter une décroissance dans certaines parties du monde en fournissant des ressources afin que nous puissions croître seulement dans d’autres parties de la planète ». D’autant, poursuit le pape François, qu’il ne suffit pas « de concilier de façon médiane le soin de la maîtriser avec le gain financier, ou la conservation de l’environnement avec le progrès ». Pour le pape, les voies médianes ne sont qu’ « une manière d’être en retard sur le désastre en cours ».

La question des « migrants climatiques »

On l’aura compris, « Laudato si » est un texte majeur qui marquera ce pontificat et l’enseignement social de l’Église. Un texte d’importance pour l’humanité tout entière, et pour la communauté scientifique quasi unanime à la réception de cette encyclique. Ne l’oublions pas, dans l’encyclique « Laudato si » (2015), une problématique qui tient à cœur le pape François, est soulevée au regard de la question migratoire : celle des « migrants climatiques » : « De nombreuses populations sont particulièrement touchées par les phénomènes liés au réchauffement climatique. De sorte qu’ils sont contraints de migrer avec une grande incertitude quant à l’avenir de leur vie et de leurs enfants, précisément parce qu’ils ne sont pas reconnus comme des réfugiés dans les conventions internationales. Ils portent le fardeau de leur vie, abandonnée sans aucune protection. » Avec « Laudato si » dans sa valise, et le lancement, à la veille de son déplacement à Dubaï, du programme de « conversion écologique 2030 » pour l’État du Vatican, le pape François veut donner l’exemple et « faire avancer les discussions » pour « sortir du carcan de la théorie ». Avec ce fil rouge permanent dans sa vision de « l’écologie intégrale » : maintenir le lien entre réalités sociales et dimensions environnementales. Christian Terras

Inconditionnalité

Au début de l’actuel conflit du Proche-Orient, beaucoup de pays amis d’Israël lui ont fait part de leur soutien « inconditionnel ». Cela partait certes d’un bon sentiment, vu l’émotion causée par les massacres du Hamas. Mais une fois celle-ci retombée, la formule a de quoi laisser perplexe.

Elle laisse à celui qui en bénéficie une totale carte blanche, lui permettant de répondre à l’agression comme il le veut. Ce dont ne s’est pas privé le pouvoir israélien, avec son intervention à Gaza, qui fait penser à la formule de Tacite à propos des exactions des Romains soi-disant pacificateurs : Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant – Où ils font un désert, ils disent qu’ils font la paix. On parle ici de loi du talion. Mais c’est se tromper sur l’expression. Car le talion (du latin talis, tel) est une notion déjà civilisatrice, destinée à modérer l’intensité de la vengeance. Il implique réciprocité, et donc proportionnalité, ce qui se résume dans la formule connue : « Œil pour œil, dent pour dent ». On met un frein à l’exercice de la violence. Ensuite, tout au long du processus civilisateur, ce sera à la froide justice de remplacer la colérique vengeance.

Mais Israël se maintient actuellement dans le désir de vengeance, et dans les faits sa réaction est hors de toute proportion. Donc au-delà de toute raison, si on songe que raison (ratio) et proportion (proportio) ont la même racine latine. La ligne qu’il a choisie fait penser à ce que dit la femme autoritaire chez Juvénal : Hoc volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas ! – Je le veux, je l’ordonne, et que ma volonté tienne lieu de raison ! Cette attitude renvoie à celle du Dieu biblique, qui fait grâce à qui il fait grâce, et a pitié de qui il a pitié. Aucune explication ne s’en peut obtenir. Cette toute-puissance écrasante qui ne rend jamais de comptes peut détruire un humain sensible, comme il se voit dans la Lettre au Père, de Kafka. Mais un homme, être de raison, peut-il rêver de se comporter comme Dieu ? Certains l’ont fait pourtant, jusqu’à prétendre en être son bras armé.

Il y a danger à prendre dans la vie des décisions « inconditionnelles ». Il faut toujours modérer celles qu’on est amené à prendre par un examen rationnel de la situation. Pour le fond, je comprends bien qu’ici elle est inextricable. Au moins les partisans d’Israël auraient-ils pu, en lui manifestant leur soutien, supprimer ce qualificatif. Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)

ça démarre fort !

Année B 1er Dimanche de l’Avent Mc 13, 33-37

Un avertissement…

Eh oui ! Tenez-vous bien, nous commençons l’année liturgique par un extrait de Marc 13 (dit la « Petite Apocalypse ») qui fait dire à Jésus des paroles qu’il n’a jamais pu prononcer. Elles se composent d’un avertissement à veiller, à être prêts sans cesse car l’homme ne connaît pas le jour de la venue du Seigneur qui a remis ses affaires à ses serviteurs et qui peut débarquer à l’improviste… Et il ne faut pas qu’il nous trouve endormis. Nous sommes donc plus que prévenus, aucun relâchement ne nous est permis ! Ces paroles d’avertissement figurent également dans Luc 12, où la venue du Seigneur est comparée à celle d’un voleur, ainsi que, plus marquées encore, dans 1ère aux Thessaloniciens : « Le jour du Seigneur va venir comme un voleur dans la nuit… une ruine soudaine vous surprendra, etc. » (une lettre dont Paul n’a jamais dû entendre parler !).

… totalement contraire à l’enseignement de Jésus

Ces paroles qui sont mises dans la bouche de Jésus ne peuvent être de lui, elles sont franchement contraires à ce que le maître de Nazareth a enseigné, et dont on trouve un premier condensé en Lc (4, 15-30). Il débarque alors dans la synagogue de Nazareth en témoignant d’un affranchissement définitif de ceux qui sont prisonniers (de la Loi de Moïse lue comme une prescription, un contrat), du don d’un regard vers le haut pour les aveuglés (par ce même prescriptif), du renvoi au loin des commandements pour ceux qu’ils déchiraient (toujours la Loi lue comme un contrat)… Ce qui va scandaliser ses auditeurs : « Et tous sont témoins face à lui et sont stupéfaits des paroles de gratuité qui sortent de sa bouche. » Au point qu’ils lui disent qu’il n’est pas un juif, (« Il n’est pas fils de Joseph, celui-là ! »), le chassent et cherchent à le perdre. Déjà !

Marc aussi, au début de son Évangile (Mc 1, 14-15), reprend la même annonce : « Jésus s’est avancé en Galilée proclamant l’Annonce du Règne de Dieu, déjà là sans qu’on ne l’ait encore vu, disant que les moments opportuns se sont définitivement accomplis et que le Règne de Dieu s’est avancé une fois pour toutes… » Il n’y a donc rien à attendre ! Tout est donné de façon définitive et totalement gratuite. Pour Jésus, nous vivons dès maintenant dans le Règne de Dieu, sa présence est là, déjà, définitivement, au milieu de nous tous.

Les Evangiles, une composition panachée entre deux types de textes

Alors d’où vient cette distorsion de l’enseignement de Jésus ? Pour avancer je vous propose de reprendre les éléments essentiels de la composition des Évangiles.

Les Évangiles synoptiques sont composés à la fois :

  • De passages qui reprennent les Archives du mouvement Nazaréen, celles dont parle Ignace d’Antioche1 vers 110, et qui sont constituées d’un « Recueil de Paroles » notées par Lévi (28-30) ainsi que du “Récit de Simon”, mis par écrit en hébreu après la mort de Jésus par un scribe nommé Jean (30-32)2. Ces Archives ont été les seules écritures nouvelles dont disposaient les Assemblées de disciples de Jésus jusqu’en +90, alors, et alors seulement, que ces disciples sont exclus du judaïsme orthodoxe par l’Édit de Gamaliel II3.
  • De passages écrits à la fin des années 80 (80-110) lors de la constitution des Évangiles, alors que l’on constitue l’Église et qu’il faut commencer à imposer une discipline à des fidèles de plus en plus nombreux. Passages comme les récits de l’enfance, mais aussi comme… celui qui nous est proposé dans la lecture de ce jour.
    Le grec de ces deux types de textes n’est pas semblable et permet de différencier les passages des Archives (rédigés en grec de la koinè – c’est à dire le grec commun, ou classique) des rédactions plus tardives (rédigées en grec sémitisant de la Septante) que l’on peut qualifier de disciplinaires pour certaines d’entre elles. Le passage qui nous est proposé l’est clairement, disciplinaire !

Pour asseoir la discipline des fidèles

Jean Daniélou4 avait déjà montré l’influence des Esséniens dans la mise en place des Églises. Après la guerre avec Rome (66-70) et l’achèvement de leur période d’esclavage – vers 80, les prêtres esséniens5 survivants ont pris en main la gestion des Assemblées des Disciples (qui étaient au départ des Assemblées délibératives, des Ekklésia) qu’ils ont transformées en Églises fonctionnant sous l’autorité d’un épiscope. Fin des Assemblées délibératives… Ces prêtres esséniens, comme Ignace d’Antioche ou Clément de Rome, ont apporté avec eux les règles de discipline issues des règles esséniennes, qui ont été insérées dans les textes des Évangiles, et mises sous l’autorité directe de Jésus ! L’extrait du texte de Marc, proposé pour engager l’année liturgique, est donc un ajout des années 90 aux Archives qui constituent la source des synoptiques. Un de ces ajouts, faits à la limite de l’honnêteté, qui peuvent, comme ici, défigurer l’enseignement et la personne de Jésus. Les Évangiles peuvent-ils être source de vie pour les hommes d’aujourd’hui si l’on ne clarifie pas davantage leur source et leur contenu ? André Scheer, bibliste et exégète laïc

Notes : 1. Ignace d’Antioche parle clairement des Archives du mouvement nazaréen dans ses lettres aux Smyrniotes et aux Philadelphiens. 2. Papias, un disciple de Jean, parle précisément du « Recueil de Paroles » notées par Lévi, et du « Récit de Simon », fait par Simon après la mort de Jésus, et pris en note, dans la langue des Hébreux, par un scribe nommé Jean, surnommé Marc. Il est cité par Eusèbe de Césarée, dans son Histoire Ecclésiastique, comme un homme des commencements. 3. L’Édit de Gamaliel II rétablit en 90 l’obligation de prononcer les 18 malédictions avant chaque office juif. Malédictions contre les hérétiques, visant spécialement les disciples de Jésus (Notsrîm) et les excluant – de fait – des Assemblées juives. 4. Jean Daniélou, prélat, cardinal, exégète et historien, spécialiste du judéo-christianisme. 5. Prêtres esséniens souvent nommés Sadocites, car descendants de Sadoq, grand-prêtre du temps de David.

L’inconscience des investisseurs

Une étude menée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), commandée par l’Autorité des marchés financiers, dresse un portrait-robot des nouveaux investisseurs particuliers français. Aujourd’hui, 24 % des Français déclarent détenir un placement en instruments financiers ou des cryptoactifs; et la moitié d’entre eux ont commencé à investir depuis le début de la pandémie. Parmi les investisseurs hexagonaux, il faut surtout noter qu’il y a une plus grande proportion de détenteurs de cryptoactifs (9,4 %) que de détenteurs d’actions individuelles cotées en bourse (7,3 %), d’obligations (5,4 %) ou de fonds négociés en bourse (2,4 %). Mais sans forcément bien saisir les enjeux et les risques de ces placements. Les nouveaux investisseurs français prennent davantage leurs conseils financiers auprès de leurs proches et amis ou sur les réseaux sociaux, plutôt qu’auprès de professionnels. Interrogés par l’enquête de l’OCDE et de l’Autorité des marchés financiers, 40 % des 18-24 ans déclarent que s’ils placent leur argent, c’est pour « en gagner beaucoup et rapidement ». Pas très rassurant.

Pauvreté : les femmes plus exposées

Le constat sur la pauvreté est le même pour le Secours catholique, qui a publié son rapport annuel le 14 novembre 2023. Le revenu médian des personnes accueillies s’est établi à 538 euros par mois en 2022, constate le Secours catholique, après avoir analysé les données de 49 250 fiches renseignées par ses bénéficiaires. Une somme qui représente un budget journalier de 18 euros pour subvenir à l’ensemble des besoins du ménage. Ce montant correspond à moins de la moitié du seuil de pauvreté, 1 211 euros. Ce qui représente un recul de 7,6 % des revenus en tenant compte de l’inflation. « Les plus pauvres sont frappés par l’inflation, l’étau se resserre, les privations sont plus importantes sur des choses pas forcément visibles, comme le chauffage ou l’alimentation », précise Adelaïde Bertrand, déléguée générale du Secours catholique. L’association a accueilli l’an dernier en France un million de personnes, qui ont bénéficié de différents services, aide alimentaire ou accompagnement social. Les ménages composés d’un seul adulte sont surreprésentés (75 %). Il s’agit surtout de mères isolées (25,7 %) et de femmes seules (20,9 %). Les femmes représentent désormais 57,5 % des personnes rencontrées par l’association, contre 52,6 % en 1999. A. B.

Quand le pape et les femmes rêvent d’une « nouvelle théologie »

Ça bouge à Rome ! Certes les résultats du Synode sur la synodalité ont pu décevoir, mais la méthode employée a déjà été une belle avancée, et nous n’en sommes qu’au début d’un processus. Attendons en espérant que les espérances ne soient pas déçues1. Même si certains théologiens ont pensé qu’ils auraient pu être davantage écoutés, c’est bien sur la pratique de la théologie que le pape avance. En juillet dernier, il nomme un proche comme nouveau préfet de la Doctrine de la Foi, en précisant : « Le Dicastère que vous présiderez a connu d’autres époques où des méthodes immorales ont été utilisées. » Il s’agissait, ajoute le pape, « d’époques où, au lieu de promouvoir la connaissance théologique, on poursuivait d’éventuelles erreurs doctrinales. Ce que j’attends de vous est sans aucun doute très différent. »

 

On ne s’étonnera donc pas que François, par un motu proprio2 signé le 1er novembre, vienne accorder « la force de l’approbation apostolique » aux statuts de l’Académie pontificale de Théologie, « légitimement élaborés et nouvellement révisés », en appelant à « un changement de paradigme » et à « une courageuse révolution culturelle ». Parce que « nous ne vivons pas simplement une époque de changement, mais un changement d’époque ». Il n’est pas anodin que le pape répète cette affirmation deux fois dès le premier paragraphe, en citant un discours à l’Assemblée générale des Nations-Unies et un autre à la Curie, puisque la théologie doit tenir dans une même « fermentation »3 les transformations culturelles et la lumière de la Révélation.

Une révolution culturelle pour la théologie

Changement de paradigme, révolution culturelle, fermentation ! Les mots sont forts, mais de quoi est-il question ? Il s’agit pour la théologie d’être « fondamentalement contextuelle » parce qu’elle ne peut plus « se limiter à reproposer abstraitement des formules et des schémas du passé », et qu’il lui faut être « capable de lire et d’interpréter l’Evangile dans les conditions de la vie quotidienne des hommes et des femmes, dans les différents milieux géographiques, sociaux et culturels, et ayant pour archétype l’incarnation du Logos éternel, en entrant dans la culture, la vision du monde et la tradition religieuse d’un peuple ». On le voit, cette « culture de dialogue et de rencontre entre les différentes traditions et les différents savoirs, entre les différentes confessions chrétiennes et les différentes religions, se confrontant à tous, croyants et non croyants » n’est pas une simple adaptation d’un discours qui existerait avant la rencontre. Plus encore, cette perspective est fondée sur l’itinéraire du Logos, et « la tâche particulière de la théologie de découvrir l’empreinte trinitaire qui fait du cosmos dans lequel nous vivons un tissu de relations dans lequel il est propre à tout être vivant de tendre vers une autre chose ». Et notre pape de préciser : « Cette dimension relationnelle connote et définit, du point de vue épistémique, le statut de la théologie, encouragée à ne pas s’enfermer dans l’autoréférentialité qui conduit à l’isolement et à l’insignifiance, mais à se considérer comme insérée dans un réseau de relations, en premier lieu avec d’autres disciplines et d’autres savoirs. » En conséquence, ce tournant théologique implique plus qu’une interdisciplinarité, une « transdisciplinarité » : Là où la première risque d’être une juxtaposition des savoirs, la seconde vise « la collocation et la fermentation de tous les savoirs dans l’espace de Lumière et de Vie offert par la Sagesse qui émane de la Révélation de Dieu », d’où « la tâche ardue pour la théologie d’être capable d’utiliser de nouvelles catégories élaborées par d’autres savoirs, afin de pénétrer et de communiquer les vérités de la foi et de transmettre l’enseignement de Jésus dans les langues d’aujourd’hui, avec originalité et conscience critique ».

 

Mais les théologiens ne sont pas seuls, puisqu’ils travaillent dans un esprit synodal « en promouvant entre eux la capacité d’écouter, de dialoguer, de discerner et d’intégrer la multiplicité et la variété des instances et des contributions», ce qui implique « qu’il y ait des lieux, y compris institutionnels, où l’on puisse vivre et expérimenter la collégialité et la fraternité théologiques ». L’évêque de Rome n’en dit pas plus sur ces lieux, mais on peut imaginer que la Commission Théologique et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avec leur nouvelle feuille de route4, pourraient jouer un rôle dans la création et l’animation de telles instances académiques de réflexions et de propositions.

Uber en blouses blanches : on va vous soigner !

Les déserts médicaux s’étendent jusque dans le cœur des grandes villes et les établissements de santé et d’accueil des malades et personnes dépendantes affrontent une pénurie constante de personnel qualifié. Gestionnaires et technocrates affirment détenir les moyens de résoudre ces maux. Ils annoncent le salut par la « disruption numérique » de l’organisation de la santé. L’économie de « plateformes » et l’intelligence artificielle permettront tout à la fois de fluidifier le marché de l’emploi des soignants et ainsi de suppléer au manque de personnel médical. Déjà, des sociétés commerciales se sont emparées du marché. De nombreux dysfonctionnements apparaissent, qui laissent présager que les services rendus seront bien peu à la hauteur des promesses. C’est le progrès !

 

Quand une technique est disponible… elle est toujours utilisée. On ne voit jamais de moyen technique connu qui ne soit pas mis en œuvre. Cela ne se fait pas sans heurts, conflits, espoirs, déceptions ou danger. Parfois, les avantages de l’usage sont considérables, parfois les inconvénients tout autant. Il est difficile de prévoir la balance des avantages et inconvénients, puisque l’usage même de la technique transforme parfois profondément le champ de son application. Par exemple, les antibiotiques ont sauvé des millions de vies humaines avant que ne se développent de multiples souches de bactéries résistantes, agents de maladies nosocomiales parfois fatales. Les nouvelles techniques peuvent être mises sous le boisseau – ce n’est que temporaire – selon la force du pouvoir qui entend en différer, aménager ou détourner les effets. On l’a vu à propos de l’imprimerie qui a été accompagnée d’un accroissement immédiat et considérable des dispositifs de censure, laïque ou religieuse, utilisant eux-mêmes… l’imprimerie pour accroître leur force.


En 2007, Steve Jobs a concentré, dans un petit boîtier individuel portable, un ensemble de techniques informatiques et de communication qui étaient utilisées jusqu’alors séparément par des systèmes de grandes tailles qui ne les associaient pas. Le Smartphone – qui sert encore aujourd’hui accessoirement à téléphoner – a surtout permis de développer des modes de communication où chaque appareil est utilisé comme un terminal d’ordinateurs interconnectés (Internet). La majorité des utilisateurs peuvent adresser une requête ou recevoir une information à peu près n’importe où, n’importe quand, et assez souvent gratuitement ou à un coût modique. Trois repères anthropologiques – le temps, l’espace et la valeur sociale d’un objet ou d’un service – s’en trouvent considérablement bouleversés. Tout est fait pour que la prise de conscience de ces bouleversements demeure restreinte. La notion de gratuité est exemplaire de cette illusion. Il est aisé à chaque usage de son Smartphone, d’oublier qu’on l’a acheté ainsi que l’abonnement qui permet de s’en servir (il y a là-dessus des stratégies commerciales éprouvées !). On veut ignorer que les informations « gratuites » sont financées par la vente de données personnelles recueillies par les diffuseurs. Le temps, quant à lui, est une gêne à la hauteur de l’épuisement de la quantité de données disponibles en un temps donné. C’est aussi une rupture des cycles ordinaires de la sociabilité et de la physiologie, puisque la « disponibilité permanente » est de rigueur, jour, nuit et sans respect de l’intimité. L’espace qu’on voulait abolir devient épreuve par la rupture du service liée aux « zones blanches ».

De qui se moque le cardinal Bustillo ?

Le 20 novembre, Libération publiait un portrait flatteur du cardinal Bustillo. Seul point de controverse cité, l’enquête de Golias Hebdo (cf. n° 783, septembre 2023, « Les étranges amis du cardinal Bustillo ») sur ses liens avec le frère Daniel-Marie Thévenet, issu comme lui de l’ordre des Franciscains religieux conventuels, dont les pratiques mystico-spirituelles sont à la limite du charlatanisme.

 

Après avoir présenté l’enquête de Golias en quelques mots, Libération écrit : « “J’ai incité à la prudence”, se défend Bustillo qui a été, par le passé, son supérieur (de Daniel-Marie Thévenet). Mais, selon des proches, il n’aurait pas eu tout à fait les mains libres pour régler réellement le problème. “Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de plaintes”, se rassure-t-il. » C’est tout. Pour dire que Daniel-Marie Thévenet a fait quelque chose, l’évêque de Corse François-Xavier Bustillo, cardinal depuis le 30 septembre 2023, nous informe qu’il l’aurait incité à la « prudence ». La prudence ! Pas le changement, pas l’abandon de ses pratiques, non, la prudence. C’est-à-dire la discrétion. « Continue si tu veux, mais qu’on ne te prenne pas. A croire que ce qui gêne le cardinal est que le frère filme et publie ses séances de guérison, et non pas leur contenu.

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