Un autre regard sur l’information !

Affaire Strickland : une fin inéluctable

Attaqué de toutes parts par un épiscopat américain, certes divisé mais à la solde des courants ultra-conservateurs, le pape François est obligé de riposter afin de remettre l’Eglise au centre du village. Qui plus est dans un contexte où les clercs de sensibilité progressiste disparaissent lentement mais sûrement (cf. Golias Hebdo n° 793). Décision rarissime, le pape a relevé de sa charge l’évêque de Tyler (Texas), Joseph Strickland. La sanction est effective depuis le 31 octobre 2023.

 

Joseph Strickland est connu pour être très proche de l’ancien nonce apostolique Carlo Maria Vigano, complotiste notoire et figure de proue de l’hostilité envers le pontife actuel. On se souvient qu’en 2018, ce dernier avait accusé François d’avoir couvert les abus commis par l’ex-cardinal de Washington Theodore McCarrick. Joseph Strickland avait alors déclaré considérer ces accusations comme « crédibles », sans pour autant étayer ses propos, avant de se rétracter deux ans plus tard. Ce qui ne l’empêcha pas de remettre le couvert durant la pandémie du Covid-19, toujours fidèle à Vigano, en s’opposant à la ligne romaine favorable à une stratégie de vaccination. Strickland avait également fortement critiqué le Motu Proprio Traditionis custodes qui limite le recours à la messe en latin.

COP de Dubaï : la planète en danger

La planète brûle. Elle brûle des hydrocarbures et émet moitié plus de gaz à effet de serre qu’au début des années 1990, période de prise de conscience du péril climatique. En décembre 2023, deux cents gouvernements se rencontrent à la COP 28 de Dubaï pour tenter d’empêcher un dérèglement total du climat. Voici des repères pour savoir si les discussions seront à la hauteur des enjeux.

 

Du 30 novembre au 12 décembre 2023, le monde entier a rendez-vous à Dubaï pour la 28e Conférence des Parties sur les changements climatiques, placée sous l’égide de l’ONU. Plus de deux cents gouvernements sont invités. Des associations de défense de l’environnement, des groupes de réflexion et des multinationales seront présents., ainsi que le pape François. La COP 28 succède à la COP 27 qui s’est tenue en novembre 2022 en Égypte, à Charm el-Cheikh.

 

Cette conférence intervient à un moment crucial. L’année 2023 a dépassé tous les records de chaleur, mois après mois, partout sur la planète, que ce soit en Europe ou les coups des chaleurs mortels en Inde et en Chine, sans oublier les températures dépassant les 45° en Amérique du Sud en plein mois de juillet, c’est-à-dire pendant l’hiver austral… Au même moment, des inondations ont eu lieu, en particulier en Asie où les deux tiers du Pakistan se sont retrouvés sous les eaux. En parallèle, des incendies géants ont dévasté le pourtour du bassin méditerranéen et ravagé la forêt boréale canadienne d’un océan à l’autre. A chaque fois, le coupable est connu : l’extraction d’hydrocarbures, comme l’ont montré les études du GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

La troisième vague charismatique dans l’Eglise catholique : absorption ou métissage ?

Selon une vision courante, la phase d’ouverture de l’Eglise catholique au monde moderne, initiée par le concile Vatican II à travers notamment Gaudium et spes, aurait laissé place, depuis le pontificat de Jean Paul II, à une phase conservatrice, dans laquelle le renouveau de l’Eglise se serait vu confié aux communautés charismatiques apparues dans les années 1970 sous l’influence des mouvements pentecôtistes américains. Or l’ouvrage de Valérie Aubourg, professeure d’anthropologie-ethnologie à l’université catholique de Lyon (Réveil catholique. Emprunts évangéliques au sein du catholicisme, Labor et Fides, 2020), présente le grand mérite de corriger cette vision sur plus d’un point, notamment en ce qui concerne la chronologie : la vague charismatique des années 1990 n’est pas la même que celle qui a donné naissance, dans les années 1970, à des communautés comme l’Emmanuel ou le Chemin neuf.


L’ouvrage étudie trois manifestations du « réveil catholique » inspiré par cette dernière vague : les différents dispositifs qui s’inscrivent sous le titre « Miracles et Guérisons », les groupes de « Prière des mères », et le « Renouveau missionnaire paroissial ». L’étude est centrée sur l’agglomération lyonnaise, mais elle ne s’y limite pas et se permet des incursions ailleurs en France et sur le continent américain. Avec l’auteure de cette remarquable enquête, nous examinerons les diverses manifestations du Renouveau charismatique catholique en nous interdisant tout jugement de valeur, dans le but de comprendre les mutations actuelles du catholicisme. On pourra ainsi se demander si cette nouvelle vague charismatique signifie une dénaturation du catholicisme sous l’influence de l’évangélisme ou bien une forme de métissage à travers laquelle le catholicisme maintiendrait les traits qui lui sont propres. En soutenant des initiatives œcuméniques issues de la troisième vague charismatique, au premier rang desquelles le parcours Alpha, la hiérarchie catholique ne mise-t-elle pas, entre autres, sur le développement d’un catholicisme moins centré sur les dogmes mais mieux formé, plus combatif, et en accord avec la quête d’autonomie et de développement personnel ?

L’origine des mouvements charismatiques catholiques


Le « premier charismatisme » catholique était influencé par le pentecôtisme américain (appelé aussi parfois néo-pentecôtisme), né au début du XXe siècle avec le pasteur méthodiste Charles Fox Parham qui, le 1er janvier 1901, imposa les mains à une étudiante du nom d’Agnès Ozman, la première à recevoir ce « baptême du Saint-Esprit ». Schématiquement, le pentecôtisme partage les quatre traits de l’évangélisme que sont le biblicisme (importance accordée à la Bible), le crucicentrisme (insistance sur la Passion et la résurrection du Christ), la conversion et l’activisme, mais il leur ajoute un accent porté sur la troisième personne de la Trinité, par ce fameux « baptême » et par la pratique des charismes. Aux Etats-Unis, le contact avec le catholicisme s’était fait en 1966 grâce à des enseignants de l’université Duquesne de Pittsburgh lors d’un congrès organisé par les Cursillos de Cristiandad, originaires d’Espagne. A cette occasion, ils avaient découvert deux ouvrages fondamentaux : la Croix et le poignard de David Wilkerson (1962) et Ils parlent en d’autres langues de John Sherrill (1966).


Comme l’a montré l’historien Olivier Landron, le « charismatisme » s’est diffusé dans le catholicisme français des années 1970 à travers cinq points de contact. D’abord autour du Père Caffarel : c’est dans sa revue Vers l’unité chrétienne que le dominicain Albert-Marie de Monléon publie en 1971 un article relatant son voyage d’études aux Etats-Unis ; c’est avec lui que le couple Le Pichon, après leur voyage de 1969 aux Etats-Unis, organise en février 1972 un week-end dans l’Oise au cours duquel est proposé le baptême dans le Saint-Esprit (ce couple fondera un groupe de prière qui donnera naissance à l’Emmanuel) ; c’est lui aussi qui diffuse le Renouveau charismatique à travers les équipes Notre-Dame. Parallèlement, le Renouveau est à l’œuvre à Lyon, la même année, autour de l’étudiant jésuite américain Mike Cawdrey, dont les groupes de prière incluront les fondateurs du Chemin neuf et du Puits de Jacob. Il atteint aussi les communautés monastiques de Timadeuc, du Bec-Hellouin, de la Pierre-qui-vire, pour ne citer qu’elles. Il se diffuse aussi par scission à partir de groupes œcuméniques, comme à Bordeaux sous la houlette du marianiste Raymond Halter. Enfin, en 1973, 90 % des membres de l’Arche de Lanza del Vasto adhèrent au Renouveau charismatique : en sortiront la communauté de la Théophanie, celle des Béatitudes et celle de la Sainte-Croix.


Alors qu’aux Etats-Unis les membres du Renouveau charismatique représentent un courant conservateur sur le plan politique et moral (proche des Républicains), en France les communautés charismatiques se situent plutôt dans la lignée de mai 1968 (autogestion, non-violence, dénonciation de la société de consommation) et de Vatican II, même si certaines, notamment l’Emmanuel, défendent des positions conservatrices sur le plan de la morale sexuelle et familiale. Le niveau d’engagement exigé par les mouvements varie : il est assez souple dans cette dernière communauté.


Apparue à la fin des années 1970 dans les milieux évangéliques, la « troisième vague charismatique » se caractérise par la promotion de « manifestations divines extraordinaires » qui passent par des rires incontrôlables, des sanglots intenses, des cris, des rugissements, des tremblements, des chutes à terre, qu’on appellera plus tard « bénédiction du Père » ou « bénédiction de Toronto ». On insiste sur le « combat spirituel » (Spiritual Warfare), un combat contre le diable à qui sont attribuées les maladies et déconvenues de toutes sortes mais aussi l’évolution jugée mauvaise de la société. Bien qu’on mette en avant l’autonomie individuelle, on insiste aussi sur l’engagement dans le monde afin de « réformer la société ». Cette troisième vague atteint le catholicisme français à la fin des années 1990, non pas directement à travers les communautés charismatiques, mais par l’intermédiaire d’institutions œcuméniques comme le Centre chrétien de Gagnières, la Consultation charismatique œcuménique francophone et l’association Embrase nos cœurs.


Le « premier charismatisme catholique » était mal vu par la hiérarchie, à cause de son spiritualisme individualiste tourné vers l’émotionnel et de la concurrence qu’il pouvait faire au catholicisme, mais le regard change au milieu des années 1970 : en mai 1975, devant les 12 000 personnes venues assister à Rome au 3e congrès du Renouveau charismatique catholique, Paul VI qualifie ce « renouveau » de « chance pour l’Eglise et pour le monde », en invitant à « prendre tous les moyens pour qu’il demeure ». Ce renouveau se « routinise » dans les années 1980 en donnant des gages d’assagissement et d’orthodoxie à l’institution romaine : on se réfère aux saints de l’Eglise, on restaure l’adoration du Saint Sacrement, on parle d’« effusion de l’Esprit » et non plus de « baptême dans l’Esprit saint ». Mais en 1996, avec la parution du livre les Naufragés de l’Esprit, des « crises » et des « difficultés », pour ne pas dire des dérives sectaires, sont relevées dans certaines communautés.
Dans les années 1990, le renouveau « se réanime » et bénéficie du soutien ferme de Jean-Paul II et du cardinal Ratzinger qui voit dans ces mouvements et communautés l’œuvre de « l’Esprit saint pour la mise en œuvre du concile Vatican II ». Le cardinal Bergoglio, après avoir comparé dans le passé les charismatiques à des « danseurs de samba » et interdit aux jésuites argentins de s’engager dans ces mouvements, reçoit le « baptême dans l’Esprit-Saint » le 5 juin 2005 au cours d’un rassemblement entre catholiques et évangéliques.

Les différents dispositifs de « Miracles et Guérisons »


Dans une première partie, l’auteure étudie la « nouvelle offre religieuse » qui a vu le jour à Lyon depuis 2006 autour de la guérison. Elle comprend trois dispositifs, qu’on peut classer de L à XXL : les chambres de guérison, les soirées « Miracles et guérisons » et le congrès de 2014 qui a réuni plusieurs milliers de personnes venues du monde entier. La cheville ouvrière de ces dispositifs fut le catholique Yves Payen, frère du prêtre Emmanuel Payen, et évoluant dans le Renouveau depuis le début des années 1970. Il a suivi la formation dispensée par l’Association internationale des ministères de guérison (AIMG), basée en Suisse. La première équipe lyonnaise comprend sept catholiques et sept évangéliques, qui élaborent une charte afin de prier ensemble, en éliminant les causes de dissension telles que le culte marial. On distingue des prières pour la guérison du corps ou pour la réussite d’un traitement, d’autres pour la guérison intérieure, d’autres pour la délivrance. Devenues l’association Rapha, les chambres de guérison lyonnaises ont reçu individuellement 10 000 personnes en 10 ans. Elles ne prétendent pas se substituer à la médecine : une décharge est d’ailleurs demandée à chaque malade.


Sollicité par l’AIMG en 2009, Yves Payen met en place des soirées « Miracles et guérison ». Elles se déroulent selon l’ordre suivant : louange, témoignages, prédication, prière. Chaque soirée est animée par un orateur différent (un homme qui incarne la force tranquille), tantôt évangélique, tantôt catholique ou protestant. Il n’y a pas de prière spontanée : tout est balisé. Bien qu’elles accordent une importance à la guérison au sens courant, et que certains participants la manifestent par des « preuves » au cours de la soirée (sans être aussi fortes que celles exigées pour les miracles de Lourdes, les preuves exigées en France le sont plus que parmi les évangéliques américains), la guérison est conçue, de façon plus globale, comme une guérison spirituelle, et le « croire » n’est pas tant une adhésion qu’une ouverture à l’inconnaissable. Il n’y a pas d’engagement dans la durée, et les participants ne cherchent pas à nouer des liens au-delà de ces soirées. S’ils en ont, c’est par d’autres mouvements.


Malgré certaines tensions entre évangéliques et catholiques, les premiers redoutant d’être récupérés par les seconds dans un pays où le catholicisme représente la religion dominante, le « Congrès de guérison » de 2014 à Lyon fut une manifestation œcuménique, à laquelle participa le cardinal Barbarin. Damien Stayne, orateur catholique qui s’inspire du style évangélique tout en se référant aux textes du magistère catholique, annonça que 260 miracles avaient eu lieu dans la salle. Evangéliques sur la forme, ces trois dispositifs peuvent intégrer des éléments catholiques tout en restant dans un cadre œcuménique, et l’Eglise romaine voit en eux un moyen de contrecarrer sa perte d’influence en réinvestissant le champ de la santé et des émotions.

La « Prière des mères »

Le mouvement Mothers Prayers a été fondé au Royaume-Uni dans le Kent en novembre 1995 par deux grand-mères catholiques, Veronica et Sandra Williams, et exposé dans le livre la Joie de s’abandonner à Lui (2004). Le mouvement, dont la responsable française Ségolène de Kermel vit à Paris, s’est mis en place autour de Lyon dans les années 2000. Les groupes, composés exclusivement de mères, se réunissent chaque semaine et ne peuvent compter plus de huit membres. Le déroulement des séances est balisé par un livret de prières, toujours les mêmes : l’expression des émotions, telle qu’on peut la trouver dans le pentecôtisme, en est exclue, et les participantes s’interdisent tout conseil ou jugement, ainsi que toute discussion théorique ou politique. Les groupes ne sont pas signalés dans l’annuaire diocésain ; seule l’existence du groupe et le nom de sa responsable sont déclarés au siège de l’association. Face aux difficultés qu’elles rencontrent en tant que mères dans le monde actuel, ces femmes au foyer adoptent une démarche d’« abandon » par laquelle elle s’en remettent à Dieu, en renonçant à l’idéal de maîtrise véhiculé par la société. Ce mouvement relève d’un « catholicisme d’identité », distinct à la fois du « catholicisme d’intransigeance » et du « catholicisme d’ouverture » selon la typologie de Philippe Portier. Indépendants des structures de l’Eglise institutionnelle, ces groupes ne remettent pas en cause la hiérarchie : les textes du Magistère sont utilisés, et l’on y prie pour les prêtres.

Le renouveau missionnaire paroissial


Dans la troisième partie, l’auteure se penche sur les paroisses missionnaires en étudiant notamment l’exemple du projet Lyon Centre et de l’église Ste Blandine. Ce projet a été mis en œuvre par le prêtre David Gréa à partir de 2010. Il s’agissait de « reconduire vers la foi catholique ces gens qui désertent de plus en plus l’Eglise », en s’associant le groupe de pop-louange Glorious. David Gréa s’est inspiré des megachurches américaines et du livre de Rick Warren, l’Eglise : une vision, une passion (1995). Rick Warren a fondé la Saddleback Church à Lake Forest en Californie. Il met en avant cinq « essentiels » de la croissance d’une église : la communion fraternelle, la formation de disciples, les célébrations liturgiques et la prière, les ministères laïcs et l’annonce de l’Evangile. La paroisse lyonnaise s’est considérablement développée. Une Maison des familles est associée à la paroisse mais s’adresse à tous les habitants du quartier, sans caractère confessionnel, en proposant par exemple de l’aide aux devoirs.


Il ne s’agit pas d’évangéliser en faisant du porte-à-porte, mais en ciblant le profil des habitants du quartier. En outre, lorsqu’on demande le service de laïcs, on ne raisonne pas en termes de besoins comme dans les paroisses traditionnelles, mais en termes de compétences. La liturgie intègre des éléments évangéliques (la prédication est faite sans notes, avec de nombreux exemples et des formules telles que « Dites à Dieu… »), mais la musique est censée introduire au silence propice à la prière intérieure, elle n’est pas omniprésente comme dans le pentecôtisme, et l’expression des émotions est modérée ; lors de la « prière des frères » on se garde de toute contagion des émotions. Le parcours Alpha, d’origine anglicane, diffusé en France à partir de 1995 d’abord en milieu protestant, joue un rôle central dans ces paroisses : il a été adapté au catholicisme en 2001 par l’épiscopat français (notamment en ce qui concerne la question de la rédemption), et adopté par tous les diocèses sauf deux. Il met l’accent sur la convivialité (lors des rencontres, un repas est servi par des bénévoles), la quête de réalisation de soi et l’aspiration à l’autonomie.


Loin de consacrer la disparition du cadre paroissial, ces paroisses missionnaires, qui peuvent devenir dans les grandes agglomérations des « paroisses thématiques », donnent une seconde vie à celui-ci : la figure du paroissien ne s’oppose plus à celles du pèlerin et du converti. Elles apparaissent comme des espaces de ressourcement pour les fidèles. Elles se développent avec l’appui des évêques, qui y voient le lieu de formation de « disciples missionnaires », selon l’expression employée par le Pape François dans Evangelii Gaudium (2013) mais qui trouve son origine dans la rencontre d’Aparecida au Brésil en 2007.
Spécificité de ces nouveaux mouvements charismatiques catholiques
Cette enquête ethnologique, exemplaire par sa méthode et par la richesse de sa documentation, représente à notre sens un des trois ouvrages les plus importants de ces dix dernières années au sujet du catholicisme. Son absence de tout jugement de valeur constitue non un manque mais une force, car elle permet au lecteur de juger par lui-même si la croissance de tels mouvements représente, selon l’expression de Paul VI, « une chance pour l’Eglise et pour le monde ».


L’« évangélicalisation » du catholicisme (néologisme de l’auteure) relève plus du métissage que d’une absorption de celui-ci par la troisième vague charismatique : les autorités ecclésiales sont respectées, des dévotions proprement catholiques sont pratiquées, le recueillement et l’intériorité trouvent une place, et la pratique sacramentelle (eucharistie et réconciliation) est valorisée, sauf dans le parcours Alpha. (Il est à noter que l’intériorité se révèle aujourd’hui comme une marque du catholicisme, ce qu’elle n’était pas lorsqu’on le comparait au protestantisme luthéro-réformé.) Toutefois, même si le cadre catholique est maintenu, la hiérarchie pourrait ne pas réussir sur le long terme à empêcher le ferment de l’évangélisme de menacer son autorité, notamment en matière de dogmes. De fait, on assiste sous l’influence de cette troisième vague à une mutation de l’appartenance religieuse : les individus sont en quête d’accomplissement personnel (sinon de guérison intérieure), et ils ne se définissent plus en référence à une communauté précise ni même par leur rattachement à une structure pyramidale. Ils circulent d’un groupe à l’autre et se composent une religion à la carte.


A ces conclusions de Valérie Aubourg, nous nous permettrons d’ajouter quelques remarques personnelles, moins optimistes. Le développement des paroisses missionnaires repose sur un modèle managérial et marchand : en effet, le parcours Alpha est souvent désigné par le terme de « produit », et le « projet missionnaire » fonctionne comme un projet d’entreprise grâce à une gestion par objectifs, comme le montre le parcours « Des pasteurs selon mon cœur » proposé aux évêques et aux prêtres depuis 2012 par Alpha et l’association Talenthéo (qui regroupe 60 coaches).


Or s’il est certes important d’évaluer les résultats en fonction des objectifs, la foi n’est pas un marché et on ne peut pas raisonner seulement en termes de croissance quantitative et de rapport entre l’offre et la demande. Plus inquiétant encore, dans les cinq essentiels de Rick Warren, le rôle de l’Eglise dans la société, notamment le service des pauvres, n’est pas mentionné explicitement : l’Eglise apparaît comme une fin en soi, comme un vase clos, une offre spirituelle. Enfin, bien que l’auteure n’en parle qu’à propos des premières communautés charismatiques des années 1970, le risque de dérive sectaire n’est pas absent de ces nouveaux mouvements d’inspiration évangélique : si l’appartenance est assez lâche, au sein du réseau certaines propositions peuvent être faites aux participants qui relèveront de l’arnaque intellectuelle, spirituelle et financière.


Quoi qu’il en soit, on constate que pour maintenir l’impression d’un catholicisme dynamique la majorité des évêques sont prêts à jouer sur différents tableaux, encourageant d’un côté l’implantation de la communauté Saint-Martin, de l’autre le développement de soirées de guérison ou la formation de paroisses missionnaires s’appuyant sur le parcours Alpha. On a l’impression qu’ils ne savent plus à quel « saint » se vouer ! Si un même fidèle peut circuler d’une « offre » à l’autre, tout cela n’est pas très cohérent, et on peut s’inquiéter du fait que la référence à la Vierge Marie soit évacuée aussi bien dans le parcours Alpha que dans les activités liées à la guérison.


Pour finir sur un jugement de valeur, ce sel qu’on nous propose me paraît bien fade. Comme les Goliards du Moyen-Âge, je préfère goûter « la saveur partagée d’un oignon au bord du chemin », c’est-à-dire trouver le Christ dans les liens que la vie concrète me fait tisser avec mes semblables. Loin des megachurches et des manifestations tapageuses, lorsque à deux ou trois nous sommes réunis en son nom… Frédéric Gain – Pour aller plus loin 213. Golias Magazine N° 213 (Fichier pdf)

Saint-Pierre-de-Colombier : un épisode de plus

Le tribunal judiciaire de Privas vient de suspendre les travaux du chantier de la future basilique de Saint-Pierre-de-Colombier en Ardèche. La décision du juge des référés demande d’attendre la réalisation d’une étude d’impact sur une espèce protégée, le Réséda de Jacquin, avant toute poursuite du chantier. Les opposants au projet annoncent qu’ils vont déposer plainte dans la semaine contre la préfète pour « complicité de destruction d’une espèce protégée et de son habitat ».

Vivifié comme « fils »

Année A 34e et dernier dimanche du Temps ordinaire : 1 Co 15 20-26.28 : « Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis » (Ez 34, 11-12.15-17)/ (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6) R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer (cf. Ps 22, 1)/ « Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 20-26.28)/ « Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns des
autres » (Mt 25, 31-46).


Curieusement, dans la Première épître aux Corinthiens, le mot « fils » n’apparaît que deux fois : au verset 1,9 « 09 Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur », et ici 15, 28 « 28 Et quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous. » Fils avec une majuscule, la question n’est pas pour nous de débattre de la divinité du Christ, mais de voir cette péricope sous ce rapport de comportement filial « 22 En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie. » Michel Quesnel traduit : « En effet, de même que tous meurent en Adam, de même aussi tous seront vivifiés en Christ. » La mort d’Adam récupérée, par la vie du Christ Jésus mort et re-suscité. Christ-Roi, Christ-Fils, en tant que célébration, la première qualification est récente : en 1925, Pie XI l’institue comme arme spirituelle de lutte contre la montée de l’athéisme et de la sécularisation… Cet objectif aurait-il échoué ? Que penser d’une prière qui n’a pas réussi ? D’un « sensus fidei » ne confirmant pas une décision papale ? Le père Yvon-Michel Allard, s.v.d., en convient : « La fête du Christ-Roi, célébrée en fin d’année liturgique, ne correspond pas tellement à la sensibilité religieuse contemporaine. Tout ce qui est triomphaliste dans l’Église est contesté par notre génération hostile à toute manifestation de pouvoir et de puissance. »1 L’étalage de ce vocabulaire est-il conforme aux textes de ce dimanche ? Dans la Première Lecture et le psaume, la figure du « berger », dans l’Évangile, incarne le rappel aux actes d’accueil, de bienveillance et de générosité à l’égard de nos frères humains. Avec une finale à l’emporte pièce : ceux qui n’auront pas eu ces pratiques « iront au châtiment éternel et les justes, à la vie éternelle ».


Dans la Deuxième Lecture, le Christ est présenté avant tout comme premier sauveur, celui qui, au final, aura eu raison en matière de filiation : dans le texte grec le maître-mot de ce passage n’est pas « pouvoir » comme tend à le suggérer la traduction liturgique, mais Hupotasso, « se placer sous », « tenir son rang »… A la manière de Jésus qui, dans l’Évangile de Luc, répond à ses parents « Ne savez-vous pas que je m’occupe des affaires de mon Père ? », puis en fils « il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis (Hupotasso) ». « C’est lui, le Christ, qui doit régner. » Il a raison par l’attitude filiale qu’il cultive devant Dieu « jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis », tous ceux qui auront refusé cette attitude filiale. Notons que le justicier n’est pas le Christ… Son rôle à lui est de nous montrer une voie, celle de Fils. Quant au Père, Il demeure celui qui attend ses fils et ses filles, pour être « tout en tous » en cette année liturgique qui s’achève, et la chance d’un nouveau cycle… pour la découverte et la célébration du Christ-Fils. Jean Doussal

1.https://www.cursillos.ca/formation/reflexions-dominicales/annee-C/R-C63-roi.htm

Cléricalisme

À Rome le cardinal Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a critiqué le Synode qui vient de se terminer en y voyant une protestantification de l’Église (Source : tribunechrétienne.com, 01/11/2023).

 

Il reproche au Synode d’avoir admis en son sein des laïcs, donc d’avoir ouvert la porte à la désacralisation. Il n’a pas du Synode une vision démocratique, mais une vision collégiale, réunissant les évêques autour du pape, c’est-à-dire les seuls clercs ordonnés, seuls dépositaires des sacrements.

 

Cette attitude est cléricale. Elle exclut le vulgum pecus de l’assemblée décisionnaire, comme cela s’est fait, dit le cardinal, dans les premiers temps du christianisme. Il critique la pensée relativiste d’aujourd’hui, comme Benoît XVI l’a fait avant lui. Quant au pouvoir sacramentel, il affirme qu’il est d’origine divine, puisqu’il a été donné aux apôtres, donc aux clercs leurs descendants, par Jésus lui-même. Pour lui l’Église est fondamentalement une théocratie, dont les clercs et la hiérarchie doivent être les seuls gestionnaires. On comprend qu’il ne puisse accepter l’idée de Luther du sacerdoce universel, selon lequel tout homme baptisé est prêtre : idée il est vrai essentiellement démocratique. À cela on peut faire deux objections. D’abord l’attestation évangélique du pouvoir clérical de remettre les péchés (v. Jean 20/23), qui n’est pas présente dans tous les textes, n’est peut-être pas due à Jésus lui-même, mais a pu être écrite précisément pour garantir et justifier ce pouvoir. Ensuite, et plus essentiellement, l’idée que le prêtre doit être considéré comme une personne sacrée, puisque dispensateur des sacrements où il officie in persona Christi (« dans la personne du Christ »), est très dangereuse. Par exemple, elle a servi à protéger son immunité dans les cas de pédophilie. Beaucoup de familles prisonnières de la projection respectueuse qu’elles faisaient sur des prêtres abuseurs, n’ont pas osé les dénoncer. On voit où peut mener l’idée de sacré, d’un domaine radicalement séparé du monde ordinaire, intouchable et respectable les yeux fermés.

 

Il convient à mon avis de l’abandonner, comme l’ont fait les protestants, car elle peut alimenter les pires des manipulations. À commencer par l’infantilisation des fidèles, comme le disait Voltaire : « Nos prêtres ne sont point ce qu’un vain peuple pense/Notre crédulité fait toute leur science. » Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)

Biden sauvé par l’IVG ?

Le regain d’optimisme du président américain s’appuie sur un constat sans appel : la défense du droit à l’avortement mobilise les électeurs en faveur des démocrates et plombe l’opposition républicaine, y compris dans des états traditionnellement conservateurs. Dans le Kentucky notamment, souvent très révélateur du scrutin final, Andy Beshear, gouverneur démocrate, a été réélu en faisant campagne sur la défense du droit à l’IVG, contre un candidat républicain soutenu par Donald Trump – lequel avait pourtant largement devancé Joe Biden dans cet état du centre-est, en 2016 comme en 2020. Lors des élections parlementaires fédérales de l’automne dernier, le parti de Joe Biden avait déjà fait mieux que les sondages, qui prédisaient une marée républicaine. Là encore, il était ressorti que le droit à l’avortement restait une préoccupation centrale de nombreux électeurs, malgré le dynamitage, par la Cour suprême, très conservatrice, de la garantie constitutionnelle qui le protégeait depuis 1973 sur tout le territoire américain. A. B.

De la corruption ordinaire


C’est une réalité qui inquiète les autorités. La corruption dite de « basse intensité », qui concerne élus, fonctionnaires ou contractuels travaillant pour l’État, est de plus en plus traquée. Dernière affaire en date, celle d’un policier parisien placé en détention provisoire, soupçonné d’avoir revendu des centaines de fichiers de police. Quand on évoque cette corruption, il s’agit de services payants rendus à des délinquants voire au grand banditisme. On l’appelle aussi « corruption du quotidien » ou « corruption de facilitation ». Les collectivités doivent désormais élaborer un plan de prévention de la corruption mais sans réelle obligation. Il n’y a ni vérification ni sanction. Dans le dernier classement de Transparency International sur la perception de la corruption, la France est 21e sur 180 pays. Il n’y a rien de dramatique, mais le pays peut mieux faire… Il est loin derrière les pays d’Europe du Nord. Selon les chiffres officiels, les atteintes à la probité ont augmenté de 28 % entre 2016 et 2021. Mais difficile de savoir si c’est la corruption qui s’étend ou les enquêtes qui progressent. En clair, si c’est la température qui augmente ou le thermomètre qui est plus efficace. A. B.

Québec : un management honteux

Le 3 novembre 2023 en fin de journée, l’évêque auxiliaire et le vicaire général du diocèse de Québec ont expédié un long communiqué à tous les prêtres et les agents de pastorale de l’archidiocèse de Montréal : « Nous sommes contraints de mettre à pied temporairement certains de nos précieux employés (…) Les mises à pied temporaires touchent une vingtaine d’employés et entreront en vigueur ce jour en fin de journée. »

Un petit miracle du droit canon

Une note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, datée du 31 octobre mais publiée le 8 novembre, affirme qu’il est possible de baptiser les personnes ayant changé de sexe ou les enfants d’un couple homosexuel nés par le biais d’une gestation pour autrui. Approuvé par le pape François, ce document se prononce également sur la possibilité pour les transsexuels et homosexuels d’être parrains de baptême ou témoins de mariage.

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