Un autre regard sur l’information !

Allemagne, un évêque courageux

Karl-Heinz Wiesemann, évêque de Spire, au sud-ouest de l’Allemagne, recommande, dans une lettre pastorale du 2 novembre 2023, de bénir les couples homosexuels et des divorcés-remariés. En conséquence, l’Ordinariat diocésain doit établir une liste de personnes désireuses d’accorder des bénédictions aux unions homosexuelles ainsi qu’aux conjoints divorcés et remariés. En Allemagne, des évêques et des prêtres demandent depuis des années que l’Eglise évolue à ce sujet. En réponse à une telle demande, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait insisté, en mars 2021, sur fait que la bénédiction des unions homosexuelles – en tant que relation impliquant une pratique sexuelle hors mariage – ne pouvait être considérée comme licite. Le courage de Karl-Heinz Wiesemann est donc à saluer et mettra fin à une situation hypocrite, puisque de nombreuses bénédictions se faisaient déjà en secret. A. B.

L’Abbé Pierre humaniste et/ou mystique

J’ai vu le très beau film que Frédéric Tellier consacre à l’abbé Pierre avec, pour sous-titre : « Une vie de combats ». Un biopic (biographical picture) bien différent de « Hiver 54 » auquel on le compare spontanément, puisqu’il embrasse toute la vie adulte du fondateur d’Emmaüs, quand le réalisateur Denis Amar se limitait au récit de l’Insurrection de la bonté qui fonde le mythe.

 

 

L’Abbé Pierre, Une vie de combats est un film de qualité qui, pour autant, conforte une vision purement « humaniste » du curé des sans-abris, là où le ressort profond de son combat fut d’abord de nature spirituelle. Disons-le tout de suite – mais la rumeur en a déjà circulé largement – l’interprétation, dans le rôle titre, du sociétaire de la Comédie française Benjamin Lavernhe, est tout simplement époustouflante. A la fois par sa capacité à restituer le ton de l’imprécateur que fut Henri Grouès et à incarner le vieillard fragile dont chacun conserve la mémoire. Pour qui a connu l’abbé Pierre : c’est lui, totalement lui ! Un atout de poids pour la carrière du film.

 

 

On sait gré à la réalisation d’avoir donné sa juste place, dans ce récit, à Lucie Coutaz, incarnée par Emmanuelle Bercot, la fidèle secrétaire rencontrée dans la Résistance qui sera à son côté pendant quarante ans. Une « femme de tête » qui saura pallier toutes les faiblesses de l’impétueux mais inorganisé abbé Pierre. Hommage posthume mérité à la cofondatrice du mouvement Emmaüs, qui repose dans le petit cimetière d’Esteville (Seine-Maritime), au côté de celui qui fut longtemps la personnalité préférée des Français, avant que sonne l’heure des sportifs et des chanteurs… 

De l’Hiver 54 aux « nouveaux pauvres »

Le parti pris de Frédéric Tellier est de nous dépeindre un « homme de combats », depuis sa Résistance à l’occupant nazi jusqu’à la mobilisation de toute une vie contre l’injustice et la pauvreté. La force du film repose, sans conteste, sur le lien opéré entre la mobilisation de l’après-guerre où s’enracine la figure de l’abbé Pierre et, par-delà deux décennies d’oubli, son retour à la une des médias à l’heure du surgissement des « nouveaux pauvres » qui servira de contexte, en 1985, à la création des Restos du cœur. Alors… Abbé Pierre et Coluche même combat ? Sans aucun doute au regard de la prétention de certains à exercer, contre eux ou sans eux, une forme de monopole de la charité… Ce qui justifiait ce credo de l’abbé : « Le partage de l’humanité ne se fait pas entre les croyants et les non-croyants, il se fait entre les idolâtres de soi et les communiants. » Pour les chrétiens, tout l’esprit de Matthieu 25.

 

 

Et bien sûr ce n’est pas un hasard si le film se termine sur des images contemporaines de SDF dans les rues de la capitale. La scène prolonge et illustre un dialogue imaginaire avec son ami d’enfance François Garbit, mort durant la Seconde Guerre mondiale, où l’abbé Pierre confesse une forme d’échec de son combat. Invitation manifeste à ce que chacun se sente à son tour mobilisé. Comme en réponse à cette phrase prononcée sur la fin de sa vie, sur l’esplanade du Trocadéro lors d’une Journée mondiale de lutte contre la pauvreté : « C’est quand chacun de nous attend que l’autre commence qu’il ne se passe rien. »

 

 

Le secret spirituel de l’abbé Pierre

Un film efficace, mais qui, pour ma part, me laisse un peu sur ma faim. Ce récit de vie, d’une belle écriture cinématographique, nous donne une fois encore à voir et à aimer un abbé Pierre tronqué, amputé de ses raisons profondes de vivre et de se battre. Lorsqu’en 2013 le père Jean-Marie Viennet, qui fut le confident du fondateur d’Emmaüs, et moi-même avons engagé l’écriture de notre livre Le Secret spirituel de l’abbé Pierre, nous avions en mémoire un commentaire de Laurent Desmard, dernier secrétaire particulier de l’abbé. Dans cette semaine glaciale qui, de l’annonce de sa mort le 22 janvier 2007 à l’hommage solennel du 26 à Notre-Dame de Paris, « l’homme dont tous les médias n’ont cessé de parler, nous disait-il, n’était pas celui que je connaissais ». Tout simplement parce que du « castor méditatif » qui lui avait été donné comme totem chez les Scouts de France, notre société ne voulait retenir que le castor humaniste, occultant totalement le ressort méditatif profond de son engagement ancré dans sa foi. Dans le film le fait d’évoquer, dès les premières images, l’abandon par Henri Grouès de toute vie monastique pour d’évidentes raisons de santé, semble suggérer, même de manière involontaire, que finalement sa « vraie vocation » était peut-être du côté d’un combat citoyen pour l’homme. Manière de passer à côté de l’essentiel. Car si l’abbé, avec le souci d’accueillir chacun sans réserve, quelles que soient ses croyances, a voulu faire d’Emmaüs un mouvement laïque, indépendant de l’institution catholique – ce qui lui valut quelques fortes inimitiés ecclésiastiques et l’incompréhension de certains – ce n’était pas pour occulter personnellement l’amour qui le consumait, rencontré à quinze ans sur les collines d’Assise : « Dieu est Amour mais l’amour n’est pas aimé parce que nous, croyants, ne sommes pas crédibles… » La respiration profonde de l’abbé Pierre était l’adoration. Lorsqu’un jour de 1989, j’arrivai à l’abbaye de Saint-Wandrille (Saine-et-Marne) où il résidait alors pour préparer un numéro hors série de Pèlerin à l’occasion des 40 ans d’Emmaüs, je le trouvai dans la crypte de la chapelle, agenouillé à même le sol, priant devant une reproduction de la Trinité d’Andrei Roublev, peintre d’icônes russes… C’était là aussi sa vérité !

« Merci pour ta foi »

Le film – qu’il faut aller voir – soulève, à sa manière, une question que personne ne semble vouloir entendre : dans une société laïque sécularisée, le chrétien peut-il évoquer publiquement d’autres motifs d’engagement que son adhésion aux valeurs de la République ? Et un film peut-il en rendre compte ? Paradoxalement, c’est au vieux compagnon de lutte de l’abbé Pierre, agnostique, Albert Jacquard, que l’on doit l’hommage sans doute le plus lucide et le plus respectueux. Le 26 janvier 2007, à une heure des obsèques à Notre-Dame, il vient se recueillir sur le cercueil de son ami dans la chapelle déserte du Val-de-Grâce. Et le seul témoin de la scène l’entend murmurer : « Je suis venu hier, parmi la foule, mais je voulais être là, à nouveau, seul, pour te dire : “merci pour ta foi“. »1 René Poujol – Golias en partenariat avec Cath’Lib, le blog de René Poujol

 

 

1.Cité par Jean-Marie Viennet, chargé des obsèques de l’abbé Pierre, dans notre livre Le Secret spirituel de l’abbé Pierre, éd. Salvator 2013, p. 22. 

Baisse de la productivité :
les jeunes ont beau dos

Nombre de pays européens sont affectés par la baisse de la productivité. En France, des voix s’élèvent pour dénoncer le manque de sérieux des jeunes au travail. Des études tordent le cou à ces préjugés et pointent la responsabilité des entreprises.

 

En France, la baisse de productivité affole les milieux dirigeants. L’indicateur de la productivité, qui mesure la richesse produite par rapport à la quantité de travail effectué, a reculé de 3,6 % en trois ans : entre la fin 2019, avant la crise liée au Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine, et la fin 2022. Jusqu’ici, la France a toujours empilé les gains de productivité, même depuis le premier choc pétrolier et la fin du système de Bretton Woods1 qui protégeait les économies nationales des chocs internationaux et des marchés financiers. Cette diminution préoccupe fortement les dirigeants économiques et les partis qui se font leur porte-voix pour une raison simple : elle « pèse sur le taux de marge », comme le souligne l’Insee dans sa dernière enquête (L’Humanité, 03.06.23).

Marche contre l’antisémitisme
L’enfer des confusions

Marcher « Pour la République, contre l’antisémitisme », selon la banderole en tête du cortège parisien le 12 novembre, semble évident. Faut-il pour autant que le slogan devienne un mantra qui interdit l’analyse, faute de définir ce dont il est question ? La confusion est telle que des antisémites et des anti-républicains notoires ont pu marcher derrière la bannière. La cause que l’on prétend défendre se trouve-t-elle, dans ces conditions, réellement renforcée ? La bonne conscience d’un instant ou la magouille politicienne ne sont pas à la hauteur des enjeux. Surtout, cela ne contribue pas à ce que la possibilité pour Israël et les Palestiniens de vivre en sécurité se trouve remise à l’ordre du jour.

 

L’appel de Mme Le Pen à manifester contre l’antisémitisme est une palinodie qui offense les personnes victimes de ce fléau. Beaucoup d’autres ont dû faire comme s’il n’y avait pas de problème, ou se faire violence pour donner du sens à leur participation à l’événement. Dans la mesure où M. Mélenchon, incapable de qualifier de terroriste l’attaque du Hamas le 7 octobre, s’est rendu inaudible et a cherché toutes sortes de raisons – dont celle de la présence du RN – pour ne pas participer à la marche, le tour était joué pour attribuer la « part mauvaise » de l’idéologie du RN au leader de gauche. Les vieux réflexes idéologiques staliniens persistent qui, au nom de la « justesse historique », conduisent avec une effrayante insistance à se tromper d’ennemis en les confondant avec les adversaires. Aujourd’hui, à gauche, se rejoue un écho de ce qui, dans les années trente du siècle dernier, de la République de Weimar à celle d’Espagne, avait conduit les militants communistes sincères – dévoyés par des apparatchiks indignes – à lutter (y compris par les armes) contre les sociaux-démocrates allemands et les anarchistes espagnols plutôt que contre les nazis et les phalangistes.

Jeunes prêtres :
à droite toute !

Réalisée par The Catholic Project, groupe de recherche de l’Université catholique d’Amérique à Washington DC, une étude, qui prétend être la plus grande enquête nationale sur les prêtres catholiques menée depuis plus de cinquante ans aux USA, révèle, entre autres, que les prêtres se décrivant comme « progressistes » sont pratiquement en voie d’extinction parmi les diplômés des séminaires américains, la grande majorité des jeunes ordinands se décrivant comme conservateurs et orthodoxes. L’étude s’est appuyée sur les réponses de 3 516 prêtres répartis dans 191 diocèses et éparchies des États-Unis. Les chercheurs affirment que les prêtres qui se décrivent comme « libéraux » ou « progressistes » ont pratiquement disparu des plus jeunes cohortes de prêtres, et que les prêtres qui se décrivent comme « conservateurs/orthodoxes » représentent plus de 80 % des prêtres ordonnés après 2020.

Le Christ rouge : une lecture économico-politique de l’Evangile

Dans de nombreuses paraboles, l’Evangile critique l’asservissement par l’argent et s’oppose à la propriété comme jouissance exclusive. Nos biens et nos statuts ne nous appartiennent pas vraiment et sont des dons à partager… Comment briser la logique mortifère de l’appropriation et de la privatisation du monde ? Auteur du « Christ rouge »1, Guillaume Dezaunay invite à raviver une soif de justice et à élargir le cercle des prochains pour un monde meilleur.

 

En lisant l’Évangile de bout en bout, j’ai eu le sentiment qu’il parlait de tout autre chose que de ce dont je pensais qu’il parlait. Je m’imaginais qu’il s’agissait d’un manuel de développement personnel, dont le but principal était de m’aider à trouver le bonheur et à être plus gentil, or je découvrais un texte explicitement révolutionnaire, ultra-critique vis-à-vis des hiérarchies sociales, et littéralement obsédé de justice sociale. Marie, qu’on m’avait présentée comme une vierge de douceur nimbée dans de mystérieux voiles étoilés, ouvre l’Évangile en chantant Dieu qui « renverse les puissants de leur trône, élève les humbles, comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides » (Lc 1, 52-53). M’avait-on trompé à son sujet ? Si Emmanuel Lévinas a raison de dire que les attributs de Dieu sont à l’impératif, que « Dieu est généreux » signifie « soyez généreux comme Dieu » (Lc 6, 36), alors Marie ressemble plus à un tribun communiste un peu énervé qu’aux images bleutées de mon enfance, et la spiritualité mariale devrait consister dans l’action révolutionnaire.

Quand Total avale des tombes

Dans un contexte où l’exploitation des ressources naturelles en Afrique est souvent scrutée pour ses impacts environnementaux et sociaux, la multinationale française TotalEnergies est sous le feu des projecteurs depuis plusieurs mois. En cause, son projet de construction de l’oléoduc de pétrole brut d’Afrique de l’Est (Eacop), qui s’étend de l’Ouganda à la Tanzanie. Un désastre écologique mais pas que… Dans son dernier rapport rendu public le jeudi 9 novembre, l’ONG GreenFaith alerte sur la manière dont TotalEnergies endommage les tombes situées le long du tracé de son oléoduc géant. Selon le rapport, la compagnie a montré une indifférence flagrante aux coutumes funéraires locales, notamment dans le traitement des tombes non marquées, courantes dans les régions rurales d’Afrique de l’Est. Des familles ont rapporté avoir informé la compagnie de l’emplacement de ces sépultures mais leurs demandes ont souvent été ignorées, voire méprisées. Alors que l’entreprise dispose des technologies nécessaires, comme les radars à pénétration de sol pour identifier ces tombes. Ce manque de considération se double d’une indemnisation insuffisante pour le déplacement des sépultures, laissant les familles avec des charges financières additionnelles pour reloger dignement leurs défunts.

Synode, un sentiment d’immobilisme

Beaucoup de catholiques continuent d’être mal à l’aise dans l’Église catholique, ils ont le sentiment que rien ne bouge, qu’il n’y a pas de possibilité d’évolution. La tenue de la première session du Synode sur la synodalité vient d’en donner la démonstration. Dans son discours d’ouverture, le pape avait demandé aux participants d’écarter toute idéologie et de respecter l’ordre du jour préparé par le Vatican. Demandons-nous ce que veut dire cette allusion à l’idéologie. S’agit-il d’écarter toute opinion divergente, toute proposition alternative au programme retenu ? Le terme employé par le pape est en tout cas pour le moins ambigu.


Le terme d’idéologie employé par le pape est en effet ambigu, comme l’est la publication du livre du théologien jésuite Christoph Théobald, Un nouveau concile qui ne dit pas son nom ?, paru aux éditions Salvator le 11 octobre 2023. Même avec un point d’interrogation, ce livre semble vouloir accréditer l’idée que le synode serait à rapprocher de la démarche du Concile Vatican II. C’est précisément le contraire qui s’est passé en octobre 1962. La majorité des évêques s’était sentie assez libre pour refuser, dès le début des travaux, les documents préparés par la Curie romaine, et avait construit un ordre du jour à partir de ses questions. Ce qui avait été une petite révolution. Le pape Jean XXIII avait approuvé cette initiative et laissé ouverte la réflexion. Les participants du Synode 2023 ont été, eux, apparemment hyper sages et consensuels.


Le fonctionnement de cette première session du Synode romain illustre qu’un espace libre n’existe toujours pas au sommet de l’Église catholique. Une partie importante du monde catholique avait demandé que l’on prenne en compte des questions d’ecclésiologie : par exemple, la relativisation de la loi du célibat imposée aux prêtres et une plus grande liberté laissée aux conférences épiscopales pour leur marge de manœuvre. Sur ces deux points, rien n’a été accordé. Plus fondamentalement, beaucoup de catholiques sentent la nécessité de repenser leur foi face à des doctrines devenues obsolètes. Ils le font à la lumière d’une exégèse biblique exigeante. Ils le font aussi en dialogue avec la philosophie des sciences et les évolutions de la culture moderne, comme la promotion des femmes. Des chercheurs renommés ont contribué à synthétiser ces recherches, tels Pierre Teilhard de Chardin, l’évêque John Shelby Spong, l’Allemand Eugen Drewermann pour n’en citer que quelques-uns. Comment, en 2023, l’Église catholique institutionnelle peut-elle ignorer, voire combattre, leurs propositions ?

Autre anomalie de cette démarche synodale : la prétention du pape à juger des résultats de la session de 2024, voire à les refuser. Le fera-t-il à la suite de cette prochaine session ? Chacun se souvient du synode des évêques sur l’Amazonie qui, en octobre 2019, avait préconisé l’ordination d’hommes mariés (viri probati) et celle de femmes au diaconat pour répondre aux besoins pastoraux de cette immense région. Dans son exhortation apostolique de février 2020, le pape actuel n’avait gardé que les considérations générales sur la préservation écologique de l’Amazonie et donné aucune suite aux besoins d’Église exprimés. Des croyants adultes ont pu légitimement se demander pourquoi un souverain pontife bénéficierait davantage de l’éclairage du Saint-Esprit qu’un groupe d’évêques de terrain réunis en synode avec quelques laïcs.


Dans une société structurée de manière pyramidale, les échanges horizontaux sont malaisés. L’Église catholique ne possède pas la tradition d’une aile libérale1, où les croyants vivent leur foi en phase avec les valeurs de leur culture – la démocratie, la liberté d’expression, la critique et le doute – et peuvent l’exprimer naturellement. La raison en est qu’en elle tout est verrouillé par une hiérarchie sacralisée qui, s’estimant à tort fondée par Jésus, impose à tous les fidèles une doctrine officielle comme étant la vérité de la foi, alors que celle-ci n’est que relative au temps et à la culture qui l’a vu naître. Cela vaut en premier lieu pour le pape. Comment ne s’étonnerait-on pas du profond désenchantement de celles et de ceux qui aspirent à croire en liberté ? C’est pourquoi, notre espoir est qu’une proportion croissante de catholiques, rejoignant tranquillement cette pensée libérale, affirment leur identité sans se laisser intimider par un chantage à l’hérésie, et sans se laisser enfermer dans et par une institution ecclésiale contraignante. Robert Ageneau, Serge Couderc, Paul Fleuret, Jacques Musset, Philippe Perrin, Odile Ponton, membres de l’équipe Pour un christianisme d’avenir, pourunchristianismedavenir@gmail.com

 

1.Le mot libéral, dans la tradition chrétienne des deux derniers siècles, notamment anglicane et protestante, désigne la revendication de penser sa foi chrétienne en toute liberté, dans la culture de son temps, ce qui oblige à s’interroger sur les héritages du passé et à discerner ce qui est relatif. Ce courant libéral est actuellement présent au sein de l’Église protestante unie de France, du Conseil œcuménique des Églises et de la Communion anglicane.

La parousie comme désir

Année A 33e Dimanche du temps ordinaire, 1 Th 5 1-6 : « Ses mains travaillent volontiers » (Pr 31, 10-13.19-20.30-31)/ (Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-5) R/ « Heureux qui craint le Seigneur ! » (Ps 127, 1a)/ « Que le jour du Seigneur ne vous surprenne pas comme un voleur » (1 Th 5, 1-6)/ « Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup » (Mt 25, 14-30).

 

En 1920, Louis Billot, s. j., justifiait la venue finale du Christ qui n’avait pas encore eu lieu : « De quelque manière que nous prenions les passages des écrits apostoliques où la parousie est donnée comme prochaine (que ce soit absolument ou comparativement, ou en eux-mêmes ou dans les multiples contrastes qui en font ressortir davantage la signification), tout nous dit, tout nous avertit qu’il s’agit là de cette venue du Seigneur qui s’accomplit secrètement et invisiblement, au fur et à mesure que la mort cueille les âmes humaines, et que sur chacune d’elles est prononcée la sentence irrévocable et définitive. » (http://www.liberius.net/livres/La_Parousie_000000565.pdf p. 206)

 

La parousie resituée du point de vue de la mort « cueillant les âmes humaines »… et d’une façon générale de l’exégèse des textes bibliques. Le livre du « Père » jésuite futur cardinal avait une portée polémique. Il visait les « modernistes », se gaussant d’une « croyance » en vigueur dans les toutes premières décennies du christianisme, pour en déduire la fausseté de tous les « dogmes » proclamés. L’apologiste catholique, lançait la contre-attaque dans son introduction : « Il est un point dans l’Évangile sur lequel s’est particulièrement exercée la critique moderniste, qui a cru y trouver un argument décisif pour son œuvre de démolition de la religion chrétienne, en tant que religion transcendante et révélée de Dieu », et ce point est le retour du Christ en gloire avec force catastrophe pour juger les hommes.

 

Avant tout, justifier la « vérité ». Peut-on continuer à prendre les dogmes à la lettre sans la critique historico-critique admise pour les textes de la Bible (Nouveau Testament compris) ? Les nouvelles générations de prêtres et les instances vaticanes empêchant tout débat salutaire… ne font que renforcer le retrait des fidèles sur la pointe des pieds. A propos de l’Assemblée plénière de Lourdes ayant planché au début de ce mois sur le thème des modalités de l’Annonce de la foi, les journalistes de La Croix interrogent : « Dans un contexte de recomposition du paysage religieux français et de crise de la transmission de la foi catholique, parler d’évangélisation n’a rien d’évident. Comment être crédible et audible? »

 

Les intuitions d’un autre jésuite, contemporain du premier, contrecarrées par le Vatican, déplacent la croyance du côté du désir de foi : « Le Seigneur Jésus ne viendra vite que si nous l’attendons beaucoup. C’est une accumulation de désirs qui doit faire éclater la Parousie (…). Hélas, la hâte un peu enfantine, jointe à l’erreur de perspective, qui avait fait croire la première génération chrétienne à un retour imminent du Christ, nous ont laissés déçus, et rendus méfiants. Les résistances du Monde au Bien sont venues déconcerter notre foi au Règne de Dieu » (Teilhard de Chardin, Le Milieu divin. Essai de vie intérieure, Paris, Seuil, 1957, p. 197).

 

Au reste, le mot parousia, d’où l’on a tiré « parousie », signifie littéralement présence, arrivée, venue. Il vient du verbe Eimi « être présent », « auprès », par le préfixe para. « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue (parousia) de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer » 1Th 2,1-2. Soyez prêts tout simplement dans le rassemblement de ce dimanche, Lui auprès de vous, vous auprès de Lui. L’attente et la présence comme moyen de faire fructifier nos talents
(Évangile). Jean Doussal

Sées : un laboratoire tradi en plein essor

La petite cité de l’Orne, Sées (4 500 habitants), est devenue depuis quelques années un pôle attractif pour la mouvance intégriste catholique. Deux écoles privées hors contrat, non mixtes, attirent chaque année des dizaines de familles venues s’installer dans la commune normande pour offrir un enseignement strict et religieux à leurs enfants. Des familles catholiques fréquentent l’Institut Croix des Vents, qui abrite aussi une chapelle où la messe est dispensée chaque dimanche en latin, le prêtre dos aux fidèles, mise en scène propre à la liturgie traditionaliste de l’Eglise.

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