Un autre regard sur l’information !

Briançon : mortelle frontière

Une centaine de personnes se sont réunies à Briançon (Hautes-Alpes) le 30 octobre, en fin d’après-midi, pour dénoncer les morts à la frontière franco-italienne. Cette manifestation non déclarée est intervenue après l’annonce de la mort d’un migrant, retrouvé dans la Durance le dimanche 29 octobre. Le troisième en moins de trois mois dans le Briançonnais. Le dispositif Sentinelle en place à la frontière, la Border Force et le maire de Briançon, Arnaud Murgia, ont été pointés du doigt et désignés comme responsables des drames humains sur le territoire. Micro en main, une militante s’est indignée : « La volonté politique aujourd’hui ne va pas dans le sens de la protection du plus faible, on cherche à nous faire croire à l’invasion mais c’est faux, les migrations vers l’Europe représentent une goutte d’eau. Ce sont des gens qui travaillent, vouloir se protéger sans chercher à comprendre ne mène à rien. (…) Le maire de Briançon se fait le relais de cette volonté politique de rendre étanche et infranchissable la frontière avec l’Italie, la présence policière en ville et en montagne augmentent comme les arrestations et les OQTF (obligation de quitter le territoire français) », déplore-t-elle L’association briançonnaise « Tous Migrants », qui milite depuis 2016 pour le droit des réfugiés, a également réagi dans un communiqué qui dénonce le renforcement progressif des dispositifs de contrôle policier à la frontière. A. B.

Médecine prophétique : mélange des genres

Le catholicisme n’a pas le monopole des dérives sectaires et des mélanges douteux médecine/spiritualité. Attirés par le « naturel » et le « sacré », de nombreux Français de confession musulmane se laissent séduire actuellement par la « médecine prophétique », une pseudoscience islamique importée d’Arabie saoudite, basée sur une lecture rigoriste des hadiths, recueils des dires, faits et gestes attribués à Mahomet. Dans laquelle il est question de Coran, de conseils de santé, de miel et de bistouris… La « médecine prophétique » est apparue au IXe siècle, et est toujours pratiquée, associée aux exorcismes roqya, en particulier dans les milieux rigoristes et sous influence saoudienne. Elle a été évoquée en France en 2020, en lien avec les questions de séparatisme. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) s’y intéresse de très près, ainsi que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
Alexandre Ballario

Tribunaux ecclésiastiques : le droit canonique des procès mis à mal

Lorsqu’en 2005 j’assignais la Caisse d’assurance vieillesse invalidité et maladie des cultes (Cavimac) devant un Tribunal de la Sécurité sociale, la juriste de la Caisse écrivait « Droit canonique » avec une majuscule et « droit civil » avec une minuscule. Cette propension du culte catholique, qui a érigé son droit au dessus du droit français, est qualifiée « d’orgueilleuse illusion », par Maître Juliette Gaté. Sa tribune tonique1, classée actualité « à vif » par l’éditeur, est consacrée aux tribunaux ecclésiastiques par lesquels le Code canonique entend juger ses membres coupables d’abus ou sanctionnables pour telle ou telle raison. Au-delà de cette contribution particulièrement autorisée, mais qui se limite au droit pénal, qu’en est-il du droit tout court que l’Église de France prétend appliquer à ses membres institués, à ses salariés et à ses bénévoles ?


Dans le journal La Croix, Juliette Gaté se présente : « Simple baptisée, engagée avec joie dans les petites actions catholiques, mais aussi docteure en droit et avocate, et s’intéressant aussi à ce titre à l’Église. » Son audience est importante dans le diocèse d’Aix et Arles comme « Responsable du service des pauvretés et membre de la Fraternité missionnaire diocésaine » et comme fondatrice de « l’École des témoins » essaimant dans d’autres diocèses.

 

La juriste s’en prend au concept de « société parfaite » que Léon XIII définit dans l’encyclique Immortale Dei de 1885. « L’Église constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l’expresse volonté et par la grâce de son Fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action. »2 Elle n’a pas besoin des États pour « vivre » et « se réguler »… explique Juliette Gaté, qui constate ensuite une pure fiction et reproche aux théologiens et canonistes de continuer à s’en prévaloir. Prétention illusoire que l’Église catholique aurait, d’avoir « tous les attributs d’un État, sans en être un, l’Église n’étant pas le Vatican. L’Église-société-parfaite a ainsi un droit propre, dont relèvent ses membres du monde entier ». Or ce droit ne peut être qu’un simple « droit disciplinaire » devant les tribunaux de la République… Comme d’autres règlements instaurés par des personnes morales ou privées.

Synode : tout ça pour ça !

Le 29 octobre, la première assemblée générale du Synode des évêques sur l’avenir de l’Église s’est achevée au Vatican. Aucune des propositions annoncées dans les médias ces derniers mois, ordination de femmes diacres ou reconnaissance des couples homosexuels, n’a été approuvée. Comme l’annonçait la rédaction de Golias ces dernières semaines, la montagne a accouché d’une souris et d’un rapport pour le moins décevant. Derrière un vernis d’ouverture et de progressisme, les sujets les plus significatifs ont été renvoyés à des approfondissements ultérieurs.


Voté le 28 octobre, long de 42 pages, le rapport rappelle que « les Églises du monde entier ont clairement exprimé le désir d’une plus grande reconnaissance et valorisation de la contribution des femmes ». Pour autant, face à la proposition d’ordonner des femmes diacres, l’assemblée a confirmé les divergences de points de vue sans trancher : « Certains considèrent que cette démarche serait inacceptable car elle serait en discontinuité avec la Tradition. » Pas mieux en ce qui concerne la question du célibat sacerdotal, le sujet est renvoyé aux calendes grecques 

D. de Villepin ou l’exigence du courage

L’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, qui s’était opposé au nom de la France en 2003 à la guerre en Irak, était le 7 novembre l’invité du 8 h 30 franceinfo (source : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/8h30-fauvelle-dely/grand-entretien-conflit-israel-hamas-israel-est-en-train-de-mener-une-guerre-d-hier-estime-dominique-de-villepin_6140460.html). Dans la droite ligne de l’interview accordée à France Inter (Golias Hebdo n° 791), Dominique de Villepin s’exprime sur une politique de paix et de sécurité sur le long terme et en appelle aux parties en cause. Un grand moment de radio et une rare vision géopolitique porteuse de vraies solutions, tant les mots sont forts et justes, alors que Gaza s’enfonce chaque jour un peu plus dans le cycle infernal de la vengeance et des crimes de guerre.

 

Pour Dominique de Villepin, le gouvernement israélien se trouve dans incapacité à tirer les leçons de l’histoire : « C’est la cinquième guerre de Gaza. Et avec quels résultats ? A chaque fois plus de violence, à chaque fois plus de danger pour Israël. Il est temps que le gouvernement israélien ouvre les yeux. » […] Et d’ajouter : « Je le répète : ni la force ni la vengeance n’assurent la paix et la sécurité. Ce qui assure la paix et la sécurité, c’est la justice. La justice n’est pas au rendez-vous. » Sur la question des responsabilités l’ancien Premier ministre appelle à voir la réalité de ce qui se passe sur le terrain. Et d’expliquer : « La faute, nous la laisserons aux historiens. Nous voulons arrêter ces violences, ces massacres. Nous voulons aussi permettre véritablement à Israël de vivre en paix et en sécurité. La guerre menée aujourd’hui est l’illusion d’une paix possible. » (…) Dominique de Villepin estime qu’Israël se met en danger avec cette nouvelle guerre dans la bande de Gaza. Pour ce dernier la réponse d’Israël à l’attaque du Hamas, le 7 octobre, « n’est ni ciblée ni proportionnée. Le gouvernement Netanyahou est dans une politique de vengeance ». Bien qu’Israël ait droit à sa légitime défense, pour Dominique de Villepin ce droit n’est pas un droit indiscriminé à tuer des populations civiles. D’autant que la situation actuelle, toujours selon ses propos, transformera chaque enfant, chaque femme tués, par plus de terroristes. Et au final : « Israël obtiendra l’inverse de ce qu’il souhaite. Il est essentiel aujourd’hui de changer cette logique. »

 

Face à l’absence d’issue, Dominique de Villepin s’accroche bec et ongles à l’idée d’une sortie par la paix, même si cette idée est utopique. Il y a pour lui une raison d’y croire : « Menée par Israël, cette guerre accélère la polarisation du monde, l’antagonisme entre l’Occident et le reste du monde. Nous avons besoin aujourd’hui de bâtir des passerelles. C’est pour ça qu’il faut travailler avec tous les États. Nous avons besoin de la Chine qui émet un certain nombre de propositions en matière de paix, nous avons besoin de tous les pays du Sud global. » Dominique de Villepin regrette la posture du gouvernement extrémiste de Benyamin Netanyahou, la volonté pour certains d’élargir cette guerre. Et de conclure : « Les Israéliens ont compris qu’ils ne peuvent plus vivre avec les Palestiniens. Il faut donc une politique de séparation. Elle doit être digne, elle doit conférer aux Palestiniens un État où ils pourront vivre, un État viable, un État véritable qui pourra se construire et qui sera d’autant plus en paix. (…) C’est le prix de la sécurité pour Israël. Tous ceux qui considèrent que ce ne sera jamais suffisant font la politique du pire. »

Immigration : la France vers la perte de son AME

Dans un contexte national et international particulièrement anxiogène, le débat au Sénat à propos de la loi sur l’immigration se résume à une surenchère de propositions démagogiques d’extrême droite pour faire des étrangers la cause des problèmes français. L’accueil digne et organisé des migrants en Europe – la France n’est pas un fort Chabrol – est le seul moyen de résoudre les impasses que les Etats créent depuis des décennies pour séduire les opinions publiques qui, à l’école de la médiocrité de leurs dirigeants, deviennent de plus en plus obscurantistes, racistes et rageuses.

 

ll est intrinsèquement lié à l’humanité. La révolution néolithique – venue du Moyen-oOrient pour une bonne part – s’est propagée grâce à des migrations dont un écho nous est donné, entre autres, dans le mythe d’Abraham. Il ne semble pas possible à l’homme de contempler la mer sans avoir l’envie de la traverser (l’Empire du Milieu est l’un des très rares Etats à l’avoir interdit durant plusieurs siècles). La rencontre des migrants et des populations locales suscite potentiellement des conflits, dès lors que les migrants sont organisés pour la conquête. Les lois de l’hospitalité envers les étrangers voyageurs sont quasi universelles comme signe de civilisation. Les migrations sont tout à la fois inévitables – ancrées dans la structure humaine – et potentiellement génératrices de conflits ou capables d’accroître la civilisation. Elles sont comparables à tous les autres faits humains et justiciables de l’action politique.

Des transformations sociales pour empêcher le cataclysme climatique

Toutes les bonnes volontés sont nécessaires. Depuis trente ans, les chercheurs du monde entier, réunis par les Nations-Unies au sein du GIEC-Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, documentent le processus mortifère du dérèglement climatique afin de faire prendre conscience à l’opinion publique et aux dirigeants qu’il est urgent de changer la société. Le Club de Rome vient d’apporter sa contribution.


Cercle de réflexion qui réunit scientifiques, managers et hauts fonctionnaires, le Club de Rome vient de lancer une campagne de mobilisation de la société civile à travers un nouveau rapport, qui vient d’être traduit en français. Sa version initiale en allemand sert d’appui à un cycle de conférences commencé l’année dernière et qui doit se prolonger tout au long de l’année. Déjà, il y a cinquante ans, cette organisation avait rendu public un rapport qui avait fait grand bruit : le rapport sur Les limites à la croissance, publié en 1972 et tiré à 16 millions d’exemplaire.

BRUNO VALENTIN,
l’évêque de Carcassonne
Un croisé en pays cathare

C’est avec beaucoup de gravité que paraissent ces lignes, dans l’urgence d’une situation qui devient incontrôlable. L’évêque Bruno Valentin apparaît, avec le recul, comme un personnage au comportement dangereux, depuis son arrivée en septembre 2022, comme coadjuteur du diocèse de Carcassonne et Narbonne, avant de succéder à Alain Planet en avril 2023.

 

Un mot d’abord à propos de son prédécesseur. Le Drômois Alain Planet était arrivé tambour battant en conquérant sympathique. Et de fait, il a su porter un synode diocésain, accompagner des laïcs dans leur responsabilité, créer des paroisses nouvelles et relancer pour un temps les services diocésains. Malheureusement, ses ambitions personnelles l’ont définitivement perdu en quelques années. Celui qui, jusqu’au bout, a seriné à des Audois agacés le slogan « Chez nous à Valence », en usant et abusant de la comparaison avec son ancien diocèse, s’est fait connaître par des boulettes impossibles à rattraper. On se souvient encore d’une altercation mémorable avec le nonce apostolique Baldelli à l’occasion d’une célébration rocambolesque, organisée pour le retour des cendres d’un archevêque contre-révolutionnaire.

Féminisme : François intraitable
dans le discours

Prenant la parole au début du Synode du mercredi 25 octobre, le pape François s’est livré à un véritable plaidoyer féministe et contre le cléricalisme qui vont de pair, et réitéré l’importance des femmes dans l’Église : « Elles savent attendre, découvrir le chemin, au-delà de la limite, avec peur et courage. (…) Lorsque les ministres dépassent leur service et maltraitent le peuple de Dieu, ils défigurent le visage de l’Église, ils l’abîment avec des attitudes machistes et dictatoriales », déplore le pape. « Il est douloureux, ajoute-t-il, de trouver dans certains bureaux paroissiaux la liste des prix des services sacramentels comme dans un supermarché. » Le pape François a également exprimé une forte amertume motivée par les « jeunes prêtres » que l’on voit dans les ateliers des tailleurs ecclésiastiques « essayant des soutanes et des chapeaux ou des robes avec de la dentelle ». « Assez, c’est vraiment un scandale. Le cléricalisme est un fouet, un fléau, une forme de mondanité qui salit et abîme le visage de l’épouse du Seigneur, qui asservit le peuple saint et fidèle de Dieu. » Des mots très forts qui doivent désormais accoucher d’évolutions concrètes, sous peine d’être rangés dans la catégorie des éléments de langage et dans le registre de la pure communication. A. B.

Aix-la-Chapelle : une liste à approfondir

Afin de faire sortir de l’ombre davantage de victimes d’abus sexuels, le diocèse allemand d’Aix-la-Chapelle dévoilait, le 18 octobre 2023, les noms de 53 auteurs avérés ou présumés, dont celui d’un ancien évêque auxiliaire. L’évêque local, Helmut Dieser, a présenté la démarche du diocèse d’Aix-la-Chapelle à ses confrères évêques lors de l’assemblée plénière d’automne. La procédure est nouvelle en Allemagne, et on ignore pour l’heure son efficacité. En l’état, les évêques allemands n’envisagent pas un accord national sur une telle publication dans tous les diocèses. Un bémol de taille concerne les critères de publication. La condition pour que le nom de l’auteur soit mentionné est que la personne ait été condamnée dans le cadre d’un procès de droit public ou ecclésiastique. Et les personnes doivent être décédées depuis plus de dix ans ! Ce qui protège encore un nombre important d’auteurs. A. B.

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