Le 30 octobre, les évêques espagnols se réunissaient en séance extraordinaire pour discuter du rapport indépendant sur les violences sexuelles commises dans l’Église catholique, publié trois jours plus tôt et qui recensait 440 000 victimes en Espagne (cf. Golias Hebdo n° 791). S’ils ont salué la démarche par respect pour les victimes, ils n’ont pas pu s’empêcher de contester les chiffres avancés et jugé que le nombre des victimes ne « correspondait pas à la vérité ». Se souciant d’un coup d’un seul du phénomène à l’échelle de la société comme pour faire diversion, les évêques estiment, qu’en ne retenant que le chiffre concernant les abus dans l’Eglise espagnole, le risque est d’occulter toutes les autres victimes dans l’ensemble de la société : « Ne pas prendre en compte l’ampleur du problème et sa dimension largement extra-ecclésiale, c’est omettre de s’attaquer aux causes du problème et le perpétuer dans le temps », indique le communiqué de la Conférence épiscopale espagnole. Même logique au sujet de la proposition de fonds de compensation : « Nous sommes d’accord pour une réparation mais pour toutes les victimes d’abus sexuels dans la société, car c’est un problème social. » En parallèle de ces critiques faciles, on attend toujours l’audit externe demandé cette fois par l’Eglise elle-même. Le pire est à craindre. A. B.
Une Eglise qui désespère le peuple de Dieu
A la suite des cris des victimes d’abus de la part de membres du clergé et de congrégations, relayés par des associations de victimes, la conférence épiscopale nommait en 2019 une commission de laïcs composée de vingt-deux membres. Au bout de deux ans de travail, elle formulait quarante-cinq recommandations à l’attention des évêques et surtout de la hiérarchie romaine pour prévenir les situations d’abus. Deux années plus tard, une réaction romaine ? Le président de cette très importante commission n’est même pas reçu à Rome, empêché par un groupe de pression conservateur.
Chargé en novembre 2018 de présider la CIASE-Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, Jean-Marc Sauvé déplore aujourd’hui l’impuissance des évêques à faire bouger quoique ce soit au Vatican : « Par exemple, il s’agirait de dire que des agressions sexuelles sur mineurs ne sont pas regardées comme une atteinte au sixième commandement de la Bible, c’est-à-dire une atteinte à la chasteté, mais aussi au cinquième commandement, celui qui dit : « Tu ne tueras point. » Pour la Ciase, le viol d’un mineur est bien une œuvre de mort. On aurait pu imaginer que les évêques qui, pris individuellement, sont d’accord avec cela, formulent collectivement leur demande à Rome puisqu’eux-mêmes ne peuvent trancher. De fait, cela n’a pas eu lieu. » (Le Parisien 23.10.23). Seul le clerc est concerné, la victime, elle, n’existe toujours pas.
Grenoble : recyclage sans fin pour
Hervé Gaschignard
La nomination, le 1er septembre 2023, d’Hervé Gaschignard, ancien évêque d’Aire et Dax (Landes), recyclé comme curé de la paroisse de « La Croix de Belledonne », à l’est de Grenoble (Isère), intervient au moment même où il est la cible de deux plaintes en Loire-Atlantique, pour des comportements « inappropriés » commis sur des enfants au début des années 2000. D’après nos informations, cette nomination suscite le courroux de nombre de fidèles de cette paroisse. L’ex-évêque possède d’autres casseroles et il était impensable de le trouver à nouveau à ce type de poste. Celles-là mêmes qui ont poussé des familles à agir pour des faits anciens. Symptôme d’une institution qui ne sait toujours pas prendre la mesure des choses, il n’a eu de cesse d’être protégé et déplacé en dépit du danger potentiel qu’il représente. Selon une enquête de Médiacités Nantes, les faits remontent à juillet 2001. À l’époque, Hervé Gaschignard accompagnait plusieurs familles sur les chemins de Compostelle, et très vite les parents avaient été surpris de le voir « beaucoup plus s’intéresser aux enfants qu’aux adultes ». Les enfants le diront, « on ne veut pas repartir avec Hervé l’an prochain ». Ils le surnomment même « le père-vers ». Les parents confrontent l’ecclésiastique, mais décident de ne pas faire remonter l’affaire, par « amour de l’Eglise ».
Traite d’êtres humains :
deux ans fermes
En juillet 2023, le tribunal correctionnel de Brest a condamné le gérant de la société de ramassage de volailles Prestavic à deux ans de prison ferme pour traite d’êtres humains, alors qu’il faisait travailler ses salariés, en majorité ivoiriens, de nuit, quatorze heures d’affilée, pour un salaire mensuel de 500 à 800 euros. Le secteur agricole emploie près de 70 000 personnes comme travailleurs détachés, selon la Commission nationale de lutte contre le travail illégal (chiffre de 2018). Pour construire une alternative à ces situations d’exploitation, l’association A4 (Association d’accueil en agriculture et artisanat) s’est installée à Lannion (Côtes-d’Armor) pour transformer une ancienne serre industrielle de 3000 m2 en serre collective écologique et en lieu de mise en contact entre travailleurs saisonniers et employeurs. Ses membres parcourent la France, à la rencontre d’agriculteurs et d’artisans, dans le but de faire le lien entre la ville et la campagne et de créer un réseau d’accueil, de travail et de formation pour les personnes exilées, avec ou sans papiers. Une initiative à saluer et à développer, quand la plupart des personnes migrantes sont cantonnées aux travaux les plus durs physiquement avec un traitement humain désastreux. Alexandre Ballario
Exclusif : le premier témoignage d’un ex-frère de la Communauté Saint-Jean
Entré dans la Communauté Saint-Jean en 1981, à l’âge de 20 ans, Pascal Rougé raconte l’histoire d’une imposture. C’est la première fois qu’un ancien religieux témoigne des turpitudes de son ancienne communauté, gourouisée par son fondateur Marie-Dominique Philippe. Son livre interroge sur un système clos où l’obéissance absolue, la perte de l’esprit critique et les affaires de mœurs ont pu prospérer. Il s’exprime ici sur un moment de sa vie et sur l’instinct de survie qui lui a permis d’emprunter le chemin de la délivrance.
Golias Hebdo : vous avez séjourné, durant plusieurs années, au sein de la Communauté Saint-Jean. Pour la première fois, à travers votre livre témoin1, nous est révélé un témoignage inédit sur le fonctionnement interne de cette congrégation aujourd’hui décriée pour ses dérives… Qu’est-ce qui a motivé votre désir de porter à l’écrit cette expérience douloureuse ?
Pascal Rougé : Pour répondre au plus juste à votre question, la motivation première de l’écriture de ce récit est le cri des victime2 des abus sexuels dans la Communauté Saint-Jean. Leur souffrance indélébile. Leur existence à jamais foudroyée par toutes ces agressions et cette violence jusqu’au viol de la part de prêtres en situation de pouvoir et donc de domination. Le second mobile de ce livre est cette immense imposture et cet art pervers de la dissimulation de la part du fondateur, le père Marie-Dominique Philippe que j’ai très bien connu par sa soi-disant miséricorde… Déviant lui-même, condamné par l’Église en 1957, il a protégé tous les frères déviants de Saint-Jean. Apprendre cette malignité est insupportable. D’autant qu’il était considéré, il ne faut pas l’oublier, comme un… saint en exercice alors qu’il était, dans son essence même, qu’un grand manitou manipulateur.
G. H. : Dans votre livre vous expliquez que ce n’est pas le fruit d’une vocation, ou d’un appel à la foi, qui vous a amené à entrer dans la Communauté Saint-Jean. Comment, dans l’état d’esprit qui était le vôtre, vous êtes-vous retrouvé pris dans ce piège, comme vous le définissez dans votre témoignage ?
P. R. : Le pouvoir d’attraction de la Communauté Saint-Jean était, à l’époque, très puissant. Il était facile de tomber dans le panneau dans la mesure où vous aviez d’un côté une Église cacochyme, égrotante et poussiéreuse, de l’autre une congrégation pleine de ferveur avec ses jeunes recrues dynamisantes. Au départ, il me semble, que tout était binaire dans le contexte ecclésial. Du point de vue des affects et des émotions, la Communauté Saint-Jean en mettait plein la vue. L’emprise sur votre psyché était immédiate. Quasi spontanée. On était, comme dit Blaise Pascal, « embarqué ». J’allais dire sans votre consentement. Ce qui est grave et ne peut amener irrémédiablement qu’à des abus. Toute rationalité à propos de votre éventuelle vocation était absente. Le piège était très clair : le père Marie-Dominique Philippe et le Père Prieur vous faisaient intérioriser un rapport personnel avec le Christ, via la contemplation à travers une posture mystique dont vous aviez la prétention d’être l’élu. Dans ce piège, il y avait d’autres pièges beaucoup plus ténus : le rapport plein d’allégeance à Jean-Paul II ; une relation crédule, jamais interrogée, à la tradition aristotélo-thomiste ; un enseignement autoréférencé ; un formatage intellectuel aussi puissant qu’étouffant ; une vision du monde ultraconservatrice ; une fixation droitière sur les valeurs sacro-saintes de la famille ; l’idée qu’il n’y avait pas de dehors mais qu’un dedans inclusif, celui de la Communauté…
Angoulême : mis en examen quatre mois après son ordination
Durant quelques mois, François-Xavier Grandpierre, un prêtre âgé de 30 ans, a semblé incarner l’avenir du diocèse d’Angoulême (Charente). Un espoir qui vient de se terminer avec la mise en examen du vicaire de Ruffec pour atteinte sexuelle sur mineur. Les faits se sont déroulés en région parisienne entre 2021 et 2023 selon le parquet, et concernent un enfant qui aurait entre 9 et 11 ans. L’homme d’Eglise, tout neuf, avait pris ses fonctions en septembre 2023 après avoir été ordonné le 25 juin dans la cathédrale d’Angoulême. L’évêque, Hervé Gosselin, a exprimé sa surprise dans un communiqué. Il y explique avoir « appris avec consternation et tristesse la mise en examen en région parisienne du père François-Xavier, vicaire à Ruffec, pour atteinte sexuelle sur mineur ». Selon nos informations, François-Xavier Grandpierre aurait signalé lui-même au diocèse sa mise en examen.
A la lecture du parcours de François Xavier Grandpierre, nous comprenons que le diocèse d’Angoulême n’avait pas été emballé par sa candidature.
Un témoignage inédit sur la Shoah : Pour Rappeler que cela fut »
La traduction inédite du témoignage de Richard Glazar(1), survivant du camp d’extermination de Treblinka (Treblinka II), mérite de ne pas passer inaperçue. Né à Prague en 1920 dans une famille juive, Glazar se réfugie dans une ferme après la fermeture des universités tchèques en novembre 1939, avant d’être déporté au ghetto de Theresienstadt en septembre 1942 à la suite d’une dénonciation. Un mois après, il est déporté à Treblinka. Un premier camp, disciplinaire, avait été construit en 1940. Un second camp, destiné à l’extermination des Juifs (ils seront entre 900 000 et 1,2 million), a été construit au printemps 1942, bénéficiant de la couverture du premier.
Lorsque Glazar arrive à Treblinka, l’usine de mort fonctionne déjà, à ceci près qu’on enterre les cadavres dans des fosses creusées dans le sable de la forêt polonaise, dans un coude de la rivière Boug (un affluent de la Vistule) qui borde aussi Belzec et Sobibor. En novembre commencent les incinérations qui jetteront une étrange lueur sur la campagne alentour. À sa descente du train, il se déshabille comme tout le monde, mais un SS lui ordonne de se rhabiller pour travailler au tri des vêtements et des effets personnels qu’abandonnent les déportés.
Richard Glazar ne traversera pas le « boyau », ce tunnel qui conduit au « Lazarett », en réalité un hangar hermétiquement fermé dans lequel des moteurs libèrent le monoxyde de carbone auquel succombent 2 000 déportés au bout d’une vingtaine de minutes. Il fait partie de ces Juifs qui, pour sauver leur peau, n’ont d’autre choix que de travailler pour faire fonctionner cette usine de mort : on les appelle les Arbeitsjuden. Avec d’autres Tchèques, il trie les vêtements pour les renvoyer en Allemagne. L’or et les bijoux sont aussi triés : ce pillage des biens des Juifs sert à financer la machine de guerre, mais une partie alimente l’impressionnant marché noir qui se développe autour de Treblinka. Glazar insiste sur l’importance de la hiérarchie dans le camp : « Il y a de grands et de petits maîtres. Des demi-maîtres, des commandants de bourreaux, des maîtres bourreaux et leurs aides, des esclaves plus ou moins vivants. Des fossoyeurs, grands et petits. Tous s’épient et se surveillent. Tous se comportent différemment selon qu’ils sont plusieurs ou seuls, et sous le regard ou non d’un supérieur. » (p. 101) Franz Lalka, un SS sadique surnommé « la poupée » par les prisonniers, surveille Stangl, le commandant du camp, mais il est lui-même surveillé par Küttner (p. 103).
Après avoir raconté son arrivée et planté le décor dans les premiers chapitres, Glazar s’écarte ensuite d’une chronologie stricte pour décrire le quotidien du camp, avec notamment la vague de fièvre typhoïde. Il montre la solidarité qui unit le groupe tchèque, qui permettra la révolte du 2 août 1943 et l’évasion de 700 détenus. Son sens du détail est impressionnant. Si Glazar est réputé pour sa mémoire exceptionnelle, il convient toutefois de souligner qu’il avait commencé à rédiger ses souvenirs dès la fin de la guerre, et qu’en plus de ses témoignages aux deux procès de Düsseldorf il avait accordé des entretiens à Gitta Sereny et participé au film Shoah de Claude Lanzmann. Publié en allemand en 1992, cet ouvrage représente donc la mise en forme de notes antérieures. Glazar répond au Treblinka de Jean-François Steiner, cette fiction publiée en France en 1966 (avec une préface de Simone de Beauvoir) qui mettait en scène une collaboration entre Juifs et SS : comme l’indique le titre du témoignage de Glazar, Survival in Treblinka, il s’agissait uniquement de survivre.
S’il ne fallait en relever qu’une, ce serait la terrible scène où Glazar reçoit d’un SS l’ordre d’accompagner une vieille dame tchèque à travers le boyau à sa descente du train. Il imagine que le moment est venu pour lui de faire ce qu’il s’est toujours imaginé : « Tu la guides tout près du SS, auquel tu donnes un coup de pied entre les jambes, tu arraches son pistolet de l’étui (…) Mais non, il tient trop bien ses distances. » (p. 84) La femme s’agrippe à lui. Il lui ment sur les coups de feu qu’on entend. Il ne veut pas avoir à lui arracher ses habits. Au deuxième virage, lorsque le passage devient étroit, il lui dit de passer devant, puis il repart en courant, avant qu’un nouveau coup de feu ne retentisse (qui sans doute emporte la vieille femme, mais Glazar ne fait que le suggérer). Dans ce monde où il n’y a que la mort, la foi reste présente sur un mode particulier, comme on le voit dans ce monologue de Hans : « (…) j’ai soudain voulu tout mettre à terre, comme ce type à la longue chevelure qui avait fait s’écrouler les colonnes du temple, on nous en parlait en cours de religion. Foutaises, je me suis dit. Commence par te ressaisir, par tout mettre en ordre dans ta tête (…) Et ils ont enfermé tout le monde, et ils vont arracher toutes les têtes, y compris pour finir celles des Ukrainiens qui les aident à présent. À quoi bon raisonner ? Il nous faut un fou à cheveux longs qui démolisse les colonnes, il faut que tout s’effondre sur tout le monde. » (p. 151-152)
Le récit ne s’arrête pas à l’évasion de Glazar avec son compagnon Karel. Il est question de son séjour comme ouvrier fondeur en Rhénanie avant l’arrivée des troupes américaines, puis de son retour en Tchécoslovaquie et de son exil en Suisse après le printemps de Prague. Le style de Glazar est précis. Sa sobriété rappelle celle d’un autre Tchèque : Kafka. La traduction ne cherche pas à faire oublier l’origine étrangère du texte : ce qu’on perd en caractère idiomatique, on le gagne en pouvoir de suggestion. Glazar était conscient que son récit se situait au-delà de la vraisemblance. Son but n’est pas de faire de la littérature. Il est de témoigner. Non pour susciter la compassion. Juste pour rappeler que « cela fut » (Primo Levi). Frédéric Gain
1. Richard Glazar, Derrière la clôture verte. Survivre à Treblinka, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni et Valéry Pratt, préface de Michal Hausser-Gans, Actes Sud, 2023.
Saint-Pierre de Colombier : l’Action française en possible soutien
Vicaire général du diocèse de Viviers, administrateur du diocèse en l’absence d’évêque (l’ancien évêque, Jean-Louis Balsa, a été nommé archevêque d’Albi), Fabien Plantier s’est exprimé sur les violences qui entourent l’opposition au chantier de la « Méga Eglise » de Saint-Pierre-de-Colombier (cf. Golias Magazine n° 194). Dans son communiqué, à la suite du buzz provoqué sur la toile par la religieuse plaquant au sol un opposant, le vicaire général n’a pas soutenu la Famille Missionnaire de Notre-Dame. Il rappelle que l’évêque Jean-Louis Balsa avait interdit la construction de cette église. Décision qui avait été confirmée par le Vatican. D’autant qu’il se murmure que des militants royalistes de l’Action française ont proposé leurs services à la communauté conservatrice en vue d’éventuels nouveaux affrontements… N’oublions pas que la Famille Missionnaire de Notre-Dame suscite, à plusieurs titres, des inquiétudes au sein de la Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires : recrutement de personnes jeunes manquant de maturité et de discernement ; mise à l’isolement, manipulation mentale, travail dissimulé, harcèlement financier. Alexandre Ballario
Jean-Baptiste Eyraud (DAL) :
« Tous les acquis en matière de logement sont menacés »
Cofondateur de l’association Droit au logement (DAL), Jean-Baptiste Eyraud souligne amèrement le paradoxe d’une France qui n’a jamais été aussi riche et dans laquelle les catégories populaires et moyennes peuvent de moins en moins se loger. Au terme d’une analyse détaillée, il montre que les politiques menées accentuent ce phénomène, favorisent « la rente comme au XIXe siècle » à travers « la surexploitation de ce besoin fondamental qui est de se mettre à l’abri ». Et dénonce la « cruauté sociale sans borne » que diffusent les institutions à l’encontre des ‘‘perdants’’ de ce système.
Golias Hebdo : Quel constat dresse le Droit au logement depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron ?
Jean-Baptiste Eyraud : La crise du logement que l’on traverse est d’une ampleur inconnue depuis cinquante ans. On peut le voir sur tout un ensemble de critères : les sans-abris sont au niveau record de 330 000, et encore ce chiffre est sans aucun doute sous-estimé. Pour mieux mesurer l’ampleur de ce qui se passe, il faut souligner que leur nombre a environ triplé, très rapidement, car ils étaient 120 000 il y a quinze ans. Les autres points de repère peuvent être la hausse de 60 % des loyers depuis 2000, la multiplication par deux des prix de l’immobilier et par trois de celui du foncier. Cette explosion des prix donne une bonne idée de l’évolution en cours, mais il faut ajouter un autre aspect : la paupérisation des locataires quand on les regarde dans leur ensemble. Ce phénomène s’explique par le fait que ceux qui ont les moyens de devenir propriétaires ont déjà accédé à la propriété et ne reste dans le parc locatif, dans les grandes masses, que ceux qui y sont contraints par l’envolée des prix alors que leur salaire stagne.
Droit au logement : forte aggravation de la crise
Les associations de défense des mal-logés sont outrées. Le pays s’enfonce dans une terrible crise du logement. Un indicateur ? Avec 2,4 millions de demandeurs de logements HLM, un record depuis au moins cinquante ans, c’est toute la société qui souffre du coût du logement. Dans ce contexte. Elisabeth Borne, la Première ministre, ne prend pas la mesure de ce qui se passe. Au contraire, ses décisions l’aggravent. Sa dernière annonce porte sur l’éviction des ménages les plus modestes des logements dans les quartiers populaires, au nom de la « mixité sociale ».
C’est ainsi 1,55 million de logements HLM, soit 30 % du total du parc social, qui ne pourront plus accueillir ces ménages, alors même que ce sont ces logements qui offrent les loyers les moins chers, entre 3 et 6 euros le mètre carré.
Les demandeurs sont aux deux tiers situés sur la moitié inférieure de l’échelle des salaires et ne peuvent plus accéder au parc privé sans des sacrifices énormes en matière de revenus Ils ne peuvent même plus prétendre à la plupart des logements sociaux les plus récents en raison de niveau de loyer trop élevé. Les 330 000 sans-abris et les 93 000 personnes prioritaires pour la procédure du Droit opposable au logement ont encore plus besoin de ses logements dont la route leur est désormais barrée.
Cette position du gouvernement est adoptée après six années de baisse des APL et des aides à la construction de logement sociaux. Il ne restera plus aux mal-logés et aux sans-logis que les marchands de sommeil ou la rue. Il faudrait ; au contraire, flécher des dépenses supplémentaires pour loger les catégories populaires et moyennes. Pour construire, mais aussi pour mener des travaux d’entretien et de rénovation plus que nécessaires, comme le souligne l’association Droit au logement (ascenseurs, étanchéité des toitures et des façades, conduites d’évacuation des eaux usées, circuits électriques, mise aux normes des passoires thermiques…). Au lieu d’un plan Marshall, nous avons le plan Borne.