Un autre regard sur l’information !

L’appel des chrétiens palestiniens

Le 20 octobre, des institutions chrétiennes palestiniennes diffusaient une lettre ouverte aux responsables des Eglises occidentales, dans laquelle elles dénoncent la situation dramatique des Palestiniens de Gaza après l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre. Cet « Appel à repentance » était lancé quelques jours après la publication d’une lettre de dirigeants américains, de chrétiens et de juifs qui appelaient le président Joe Biden à ne pas faire pression sur Israël afin d’obtenir un cessez-le-feu. Golias en publie de larges extraits.


« Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, secourez l’opprimé» (Es 1.17). Nous, institutions chrétiennes palestiniennes et mouvements de base soussignés, déplorons la reprise du cycle de violence dans notre pays. Alors que nous étions sur le point de publier cette lettre ouverte, certains d’entre nous ont perdu des amis chers et des membres de leur famille dans l’atroce bombardement israélien du 19 octobre 2023 contre des civils innocents, y compris des chrétiens, qui se réfugiaient dans l’église grecque orthodoxe historique de Saint-Porphyrius à Gaza. Les mots. (…) [ABO]


Dans le même temps, nous observons avec horreur la manière dont de nombreux chrétiens occidentaux apportent un soutien indéfectible à la guerre menée par Israël contre le peuple palestinien. Tout en reconnaissant les nombreuses voix qui se sont exprimées et continuent de s’exprimer pour la cause de la vérité et de la justice dans notre pays, nous écrivons pour interpeller les théologiens et les responsables d’Eglises occidentaux qui ont apporté un soutien aveugle à Israël et pour les appeler à se repentir et à changer. Malheureusement, les actions et le double langage de nombreux responsables chrétiens ont gravement nui à leur témoignage chrétien et ont gravement faussé leur jugement moral concernant la situation dans notre pays. Alors que nous sommes aux côtés de nos frères chrétiens qui condamnent les attaques contre les civils, en particulier les familles et les enfants sans défense, nous sommes troublés par le silence de nombreux responsables d’Eglise et théologiens et par leur refus de condamner l’occupation israélienne, voire, dans certains cas, de la justifier et de la soutenir. Nous sommes horrifiés par la légitimation, par certains chrétiens, des attaques israéliennes aveugles contre Gaza, qui ont déjà coûté la vie à plus de 3 700 Palestiniens, dont une majorité de femmes et d’enfants, a entraîné la destruction massive de quartiers et le déplacement forcé de plus d’un million de Palestiniens, ainsi que l’utilisation de phosphore blanc, la coupure d’eau, de carburant et d’électricité, et le bombardement d’écoles et d’hôpitaux et des lieux de culte – y compris le massacre odieux de l’église orthodoxe grecque de Saint-Porphyrios qui a anéanti des familles chrétiennes palestiniennes entières.


Nous rejetons catégoriquement les réponses chrétiennes myopes et déformées qui ignorent le contexte plus large et les causes profondes du
problème : l’oppression systémique des Palestiniens par Israël au cours des soixante-quinze dernières années depuis la Nakba, le nettoyage ethnique en cours de la Palestine et l’occupation militaire oppressive et raciste qui constitue le crime d’apartheid. C’est précisément le contexte horrible de l’oppression que de nombreux théologiens et dirigeants chrétiens occidentaux ont constamment ignoré et, pire encore, fréquemment légitimé en utilisant un large éventail de théologies et d’interprétations sionistes. En outre, le cruel blocus israélien de Gaza depuis dix-sept ans a transformé la bande de 365 kilomètres carrés en une prison à ciel ouvert pour plus de deuxmillions de Palestiniens, dont 70 % ont été déplacés de force lors de la Nakba et se voient refuser leurs droits humains fondamentaux.


Il nous semble que cette politique de deux poids, deux mesures reflète un discours colonial bien ancré qui a déjà utilisé la Bible comme arme pour justifier le nettoyage ethnique des peuples indigènes dans les Amériques, en Océanie et ailleurs, l’esclavage des Africains et la traite transatlantique des esclaves, ainsi que des décennies d’apartheid en Afrique du Sud. Les théologies coloniales ne sont pas dépassées ; elles se poursuivent dans les théologies sionistes de grande envergure et dans les interprétations bibliques qui légitimer le nettoyage ethnique de la Palestine ainsi que la diffamation et la déshumanisation des Palestiniens – y compris les chrétiens – qui vivent dans un système d’apartheid colonial. En outre, nous sommes conscients de l’héritage chrétien occidental de la théorie de la guerre juste qui a été utilisée pour légitimer le largage de bombes atomiques sur des femmes et des enfants au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale ; la destruction de l’Irak et la décimation de sa population chrétienne pendant la dernière guerre américaine contre l’Irak ; et le soutien inébranlable et non critique d’Israël contre les Palestiniens au nom de la suprématie morale et de l’autodéfense. Malheureusement, de nombreux chrétiens occidentaux, issus d’un large spectre confessionnel et théologique, adoptent des théologies et des interprétations sionistes qui justifient la guerre ; certains responsables d’église et théologiens sont complices de la violence et des crimes de guerre d’Israël. (…)
Nous le disons le cœur brisé, nous tenons les dirigeants des Eglises occidentales et les théologiens qui se rallient aux guerres d’Israël pour responsables de leur complicité théologique et politique dans les crimes israéliens contre les Palestiniens, commis au cours des soixante-quinze dernières années. Nous les appelons à réexaminer leurs positions et à changer d’orientation, en nous rappelant que Dieu « jugera le monde avec justice » (Actes 17.31). (…) Nous sommes inébranlables dans notre espoir, résistants dans notre témoignage, et continuons à nous engager en faveur de l’Évangile de la foi, de l’espoir et de l’amour, face à la tyrannie et à l’obscurité (…) »

Organisations et institutions signataires :
Kairos Palestine
Le Christ au poste de contrôle
Ecole biblique de Bethléem
Centre œcuménique Sabeel pour la théologie de la libération
Université Dar al-Kalima
Centre Al-Liqa pour les études religieuses, patrimoniales et culturelles en Terre Sainte
Young Women’s Christian Association (YWCA) de Jérusalem-Est
YWCA de Palestine
Société arabe orthodoxe, Jérusalem
Club orthodoxe arabe, Jérusalem,
Département des services aux réfugiés palestiniens du Conseil des Eglises du Moyen-Orient
Institut d’éducation arabe Pax Christi, Bethléem

Israël/Palestine : Godo pris aux mots

Né en 2021, le collectif Anastasis1 cherche à faire vivre la force révolutionnaire de l’Evangile qui engage l’homme à se relever, et participe régulièrement à des réflexions sur l’écologie, le féminisme, les migrations, le décolonialisme… Le 29 octobre, le collectif réagissait à la chronique de l’essayiste Emmanuel Godo, parue quelques jours plus tôt dans La Croix. Golias reprend et publie dans son intégralité le texte d’Anastasis dont nous partageons la teneur.


« La chronique d’Emmanuel Godo, dans La Croix 25 octobre, et titrée Israël, sous couvert de sentimentalisme bon teint et de déclaration d’amour à Israël, est glaçante. Glaçantes également les réactions d’enthousiasme qu’elle a suscitées chez certains frères et sœurs chrétiens. Dans ce texte, la confusion théologique est à son comble et mène à des conclusions pratiques inacceptables. C’est donc à la fois pour des raisons religieuses et pour des raisons morales qu’il s’agit d’y répondre. L’auteur choisit d’identifier pleinement Israël au judaïsme. À aucun moment, il ne distingue entre l’État d’Israël et la religion juive, entre les intérêts politiques d’un État et la vocation religieuse d’un peuple excédant les frontières de cet État. Cette identification se double d’une déclaration de solidarité physique et politique, qui excède de loin le domaine de la compassion sincère pour une victime éprouvée. Dans sa logique, donc, être chrétien, être juif et être israélien est tout un et dispose à une alliance politique inconditionnelle. Cette entité théologico-politique présenterait le mérite, indépassable à ses yeux, de ne pas être « soluble comme nous autres dans la mélasse mielleuse qui sert au monde de pensée commune. »

IVG : un maire harcelé

Le maire d’Assier (Lot), Maxime Hug, a porté plainte contre des activistes anti-IVG au début du mois d’octobre. Il a raconté être harcelé par ces derniers après avoir loué la salle des fêtes communale au Planning familial du département pour y organiser un événement baptisé Fest’IVG (cf. Golias Hebdo n° 788). En trois jours, la mairie de la commune a reçu 240 courriels ainsi que des appels et des lettres venus de la France entière. Les auteurs des messages s’indignaient de l’organisation de l’événement, qui a malgré tout pu avoir lieu et qui avait rencontré l’opposition du curé de Figeac, le père Guillaume Soury-Lavergne, et du président de l’Association des familles catholiques du Lot. Maxime Hug a regretté les conséquences sur ses proches et ses collaborateurs, tout en déplorant que sa maison ait été placée sous surveillance pendant deux jours. Maxime Hug a porté plainte. Une enquête vient d’être ouverte par la communauté de brigades de Livernon. A. B.

Australie : l’amertume et la colère des Aborigènes

Les Aborigènes d’Australie ont exprimé leur colère et leur amertume, le dimanche 15 octobre 2023, après le rejet, par la majorité blanche du pays, d’une réforme qui proposait de reconnaître les populations autochtones dans la Constitution et de leur donner plus de droits. Des chefs aborigènes ont appelé à « une semaine de silence » pour faire le deuil de l’échec du référendum, alors que le Premier ministre Anthony Albanese a appelé la nation divisée à s’apaiser « dans un esprit d’unité ». Après dépouillement, il ressort qu’environ 61 % des Australiens ont voté « non » à la question de savoir si la Constitution de 1901 devait être modifiée pour reconnaître les premiers habitants du pays. Ils ont aussi rejeté la création d’un conseil consultatif – surnommé « La Voix » – auprès du Parlement et du gouvernement, pour émettre des avis sur les lois et les politiques publiques qui affectent les populations autochtones. Aborigènes et insulaires du détroit de Torres représentent 984 000 personnes soit 3,8 % de la population australienne. A. B.

Plaquage religieux à Saint-Pierre-de-Colombier

A Saint-Pierre de Colombier (Ardèche), religieuses de la communauté de « La Famille missionnaire de Notre-Dame » et militants écologistes du collectif « Les Amis de la Bourges » se font face sur le chantier de la « Méga Eglise » (cf. Golias Hebdo n° 789). La tension monte au point que le 16 octobre 2023, une sœur plaque au sol un militant présent. Une scène surréaliste qui reflète bien l’enjeu important pour cette communauté, dans le collimateur du Vatican et privée de paroisses dans le diocèse. Elle mise tout sur la construction de l’édifice pour exister. Un chantier approuvé par les autorités alors que la Famille missionnaire de Notre-Dame est suivie de près par la Milivudes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. On s’étonnera également qu’elle soit recensée auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports pour pouvoir organiser des colonies de vacances. A. B.

Rwanda : l’éternel déni judiciaire

Un nouveau non-lieu a été rendu par les juges d’instruction parisiens, chargés des investigations sur l’inaction reprochée à l’armée française lors des massacres de Bisesero au Rwanda en 1994. Dans cette affaire, les associations Survie, Ibuka, Fédération internationale pour les droits humains et six rescapés de Bisesero, parties civiles, accusent la mission militaro-humanitaire française Turquoise et la France de « complicité de génocide ». Ils reprochent à la France d’avoir sciemment abandonné pendant trois jours les civils tutsis réfugiés dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du Rwanda, laissant se perpétrer le massacre de centaines d’entre eux par les génocidaires, entre le 27 et le 30 juin 1994. Après un premier non-lieu rendu en septembre 2022 et un jugement en appel favorable aux victimes, les parties civiles espéraient que les investigations se poursuivraient et avaient déposé, fin septembre, des observations pour réclamer l’audition de l’historien Vincent Duclert. Mais les juges ont rejeté leurs demandes. L’avocat de l’association Survie a annoncé faire appel. A. B.

Tim Guénard : la fin d’un aveuglement

Depuis décembre 2021, Tim Guénard, séparé et père de famille, est mis en examen pour viol sur une femme majeure pour des faits survenus il y a quatre ans. Les investigations sont closes et un procès criminel devrait avoir lieu prochainement. Pendant des années, l’homme a été encensé dans la presse et les milieux catholiques, dans un contexte de néo-évangélisation chère à Jean-Paul II. Tim Guénard a longtemps été idolâtré pour son charisme et son témoignage de conversion après une vie faite de méandres, sorte de coqueluche vendeur de livres à foison. Le mythe s’effondre aujourd’hui, et on observe une forme de cohérence dans son parcours. Il est un ancien disciple de Thomas Philippe et Jean Vanier, les fondateurs de l’Arche, tous deux mis en cause depuis dans des scandales d’ordre mystico-sexuel (cf. Golias Hebdo n° 755). Un rappel à l’ordre à tous les bonnes âmes tentées de se laisser séduire par un discours ou un charisme. Au risque de l’aveuglement. A. B.

Synode : la place des femmes en débat

Les participants au Synode sur l’avenir de l’Église ont entamé, le 13 octobre 2023, une réflexion sur « la coresponsabilité dans la mission », touchant entre autres au rôle des laïcs et des femmes. En présence du pape François, l’une des membres du Synode assurait que les femmes n’avaient pas « d’ambition de pouvoir », mais réclamaient leur « droit à la participation » dans l’Église. Et pourquoi pas le pouvoir pour celles qui font tourner la boutique au quotidien ? Une question dont s’est emparé l’Espagnol Cristobal Lopez Romero, archevêque de Rabat au Maroc, qui précisait : « Il y a des différences, mais il n’y a jamais d’affrontement entre deux parties. » Prise de position effectuée lors d’un briefing organisé en marge du Synode, le 17 octobre 2023, durant lequel des questions polémiques, comme celle du diaconat féminin, ont été abordées. Elles doivent être mises « en évidence » et non cachées, a insisté l’évêque espagnol. Un point de vue souvent balayé d’un revers de main par nombre de ses confrères d’Afrique. A. B.

Moulins : l’évêque qui choisit ses brebis

L’association « Devenir un en Christ » rassemble des homosexuels et des parents d’homosexuels soucieux d’approfondir leur foi dans une voie qu’ils n’ont pas choisie. Si son siège se trouve à Vincennes (Val-de-Marne), elle comprend des groupes locaux sur l’ensemble du territoire. Le groupe de Moulins (Allier) avait invité récemment son évêque Marc Beaumont. D’après nos informations, l’un des membres, un parent, avait préparé un dossier sur l’association afin que le prélat puisse la connaître. Quand on lui a présenté le travail réalisé, l’évêque a déclaré :

Silence de Pie XII : des archives plus bavardes

Comme précédemment annoncée dans les colonnes de Golias, une conférence internationale sur les archives de Pie XII s’est tenue à Rome du 9 au 11 octobre 2023, durant laquelle le silence du pape italien concernant l’Holocauste pendant la guerre a été évoquée. Lors des débat, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège Pietro Parolin a tenté de justifier ce silence par une stratégie de résistance : « Il est devenu plus évident que le pape Pie XII a suivi à la fois la voie de la diplomatie et celle de la résistance clandestine. » Thèse qui n’a pas fait le poids face à l’intervention attendue de l’archiviste du Vatican Giovanni Coco, auquel on doit la découverte récente, parmi les archives personnelles de Pie XII, d’une lettre datée du 14 décembre 1942 envoyée par un jésuite allemand dont il était proche, le père Lothar König (cf. Golias Hebdo n° 786).

 

Ce courrier montre sans équivoque que le pape Pie XII était au courant des crimes commis par les nazis contre les Juifs et les Polonais dans certains camps d’extermination, notamment à Auschwitz. Dix jours après la réception de cette lettre, Pie XII prononçait son célèbre message radiophonique de Noël, dans lequel il faisait implicitement allusion à l’extermination des Juifs, évoquant des « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ». Selon Giovanni Coco, un lien entre la lettre et ce discours ne peut pas être prouvé mais ne doit pas non plus être exclu.

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