Un autre regard sur l’information !

L’Etat renfloue les banques et diminue l’aide sociale

D’un côté, le gouvernement Fillon vient au secours des banques et leur prête 23 milliards d’euros. De l’autre, il réduit considérablement les financements ou les postes alloués à  des organismes sociaux ou à  des associations d˜utilité publique qui ouvrent dans le domaine du logement social (1% logement, Anru), du soutien scolaire (Rased) ou de l’aide aux familles (Planning familial). En plein marasme économique et social, cet anachronisme justifie l’adage « on ne prête qu’aux riches ».

L’existence des réseaux spécialisés aux élèves en difficulté (Rased) est actuellement remise en cause. Le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, veut supprimer 3.000 postes de professeurs des écoles sur 11.000 travaillant en Rased (un quart des centres) pour boucher les trous liés aux suppressions massives de postes d’enseignants dans l’à‰ducation nationale.
Les Rased ont pour mission de fournir des aides spécialisées (par petits groupes) à  des élèves en difficulté dans les classes ordinaires des écoles primaires, à  la demande des enseignants de ces classes, dans ces classes ou hors de ces classes. Ils comprennent des enseignants spécialisés chargés des aides à  dominante pédagogique, les « maîtres E » (difficultés d’apprentissage), des enseignants spécialisés chargés des aides à  dominante rééducative, les « maîtres G » (difficultés d’adaptation à  l’école), et des psychologues scolaires.
Moins d’aides pour plus de difficultés.

Pour Laurent Lescouarch, maître de conférence à  l’université de Rouen : « Les « aides personnalisées » (proposées par le ministre) seront peut-être efficaces pour des enfants ayant des difficultés scolaires momentanées et peu importantes mais ne peuvent être une réponse pour ceux qui sont déjà  en grande difficulté ou en échec scolaire. En effet, Il faut distinguer les difficultés dans l’apprentissage d’une notion qui relèvent de l’aide d’un enseignant généraliste et les difficultés de l’apprentissage qui nécessitent une vision beaucoup plus large et globale avec d’autres grilles de lecture des sources de la difficulté scolaire dont
les enseignants des Rased sont les spécialistes. »

La diminution des postes équivaudrait à  supprimer purement et simplement un volet crucial dans la lutte contre l’échec scolaire qui de fait, ne couvrirait plus tout le territoire (Pétition sur www.sauvonslesrased.org). Dans la loi de finances 2009, le gouvernement a diminué de 42 % le montant affecté au conseil conjugal familial travaillant dans les Planning familial, associations de prévention, d’écoute et d’information à  la sexualité ouverte à  tous. Malgré une fréquentation estimée à  450 000 pour 2007 dans les 70 associations départementales du Planning, de nombreux centres sont menacés de fermeture. Comme pour les Rased, l’Etat montre sa volonté d’abandonner les missions du service public qui sont les siennes sans rien mettre à  la place.

Hugues Puel

[Lire l’intégralité de l’article dans Golias hebdo n°70]

Les bonnes questions d’un évêque allemand

Mgr Norbert Trelle, évêque de Hildesheim, dans un entretien récent à  un journal, vient d’allumer un nouveau feu par cette déclaration importante : « Bien que l’Eglise soit plus proche de la Fraternité Saint- Pie X que des protestants, je me sens plus proche de n’importe quel luthérien que des lefebvristes. »

Cet évêque rejoint ses confrères autrichiens Manfred Scheuer (Innsbruck) et Alois Kothgasser (Salzbourg) pour critiquer les très graves erreurs du pape actuel. Mgr Trelle : « Je ne peux parvenir à  imaginer que le pape ait su [concernant les positions négationnistes de Williamson, ndlr] – et ait néanmoins consenti à  lever l’excommunication ». L’évêque allemand ajoute : « Je ne comprends pas, et je suis en colère, comme les autres évêques. » Norbert Trelle s’interroge encore : « Comment est-il possible qu’en Allemagne lorsqu’un siège épiscopal se libère on enquête pendant plus d’un an, alors que pour ces quatre évêques personne n’a vérifié leurs antécédents ? »

Mgr Norbert Trelle fait allusion sans le citer au cas incroyable du diocèse de Trèves, vacant depuis… novembre 2007 (!) date de la promotion de Mgr Reinhard Marx comme archevêque de Munich, le diocèse étant géré par un administrateur Mgr Robert Brahm. Cette durée exceptionnelle tiendrait, d’une part au tempérament scrupuleux du nonce à  Berlin, le Suisse, Jean-Claude Périsset et à  la volonté du pape de ne laisser passer aucun évêque jugé trop peu sà»r au plan doctrinal.

Jésus en mauvaise compagnie

Au fil de cinq siècles, ou presque, d’une histoire passionnante, les Jésuites ont connu bien des épreuves. Depuis une trentaine d’années, soit , en bref, de l’élection de Karol Wojtyla au siège de Pierre, les salves surgissent de l’aile la plus conservatrice de l’Eglise qui n’a toujours pas digéré l’esprit de Vatican II et ne pardonna pas au père Pedro Arrupe, « pape noir » (général des jésuites de 1965 à  1981) d’avoir voulu le laisser circuler et produire des fruits nouveaux de l’évangile éternel.

Aujourd’hui, son successeur, le père Adolfo Nicolas, reprend le flambeau et encourage l’ouverture de nouveaux chantiers, en particulier dans le cadre du dialogue interreligieux. Un jésuite devenu archevêque de Milan et cardinal, exégète de renom, Carlo Maria Martini, n’hésite pas aujourd’hui à  poser des interrogations de fond et à  contester l’orientation frileuse et rétrograde de l’actuel pontificat. Avec franchise, et aussi humilité qui n’est pas la soumission servile aux abus de pouvoir de l’autorité !

On devine que ces libertés prises inquiètent les conservateurs intransigeants, en particulier à  la Curie, et en commençant par le pape lui-même. C’est la Compagnie de Jésus qu’il s’agit dorénavant de museler pour ne pas contrarier la mélodie monotone de la restauration conservatrice. Il est pourtant très difficile de s’attaquer ouvertement au père Nicolas ou à  Mgr Martini.

A défaut donc de s’en prendre à  eux, les inquisiteurs vaticanesques et leurs relais locaux, parfois tout aussi redoutables, multiplient les chasses à  l’hérétique.

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°70]

«Contre, tout contre» !

Contre, tout contre ». On sait que Sacha Guitry évoquait ainsi son rapport à  la gente féminine. Ce mot lapidaire pourrait aussi sans doute exprimer l’attitude du Saint-Siège à  l’endroit de l’homosexualité. Il n’est un secret pour personne au Vatican que l’homosexualité est un art de vivre largement partagé. Comme pour se protéger d’une part de soi-même en une sorte de mensonge qu’une culture de l’authenticité, comme la nôtre, ne pourra taxer que d’hypocrisie, des hommes condamnent une conduite qu’ils sont pourtant obligés de tolérer, et souvent d’accepter pour eux-mêmes.

Les différentes revendications des militants homosexuels peuvent être discutées, et on n’est pas obligé de privilégier l’option d’une affirmation forte de la communauté homosexeuelle comme telle. Néanmoins, même ceux qui sont les moins enclins à  donner à  la gaytitude pignon sur rue dans la société, ne peuvent s’empêcher de trouver intolérable cet acharnement du Vatican contre des personnes homosexuelles.

En effet, le Saint-Siège a fait bloc le 18 février dernier avec le groupe des pays africains et celui des pays musulmans “ dont l’Iran et l’Indonésie “ contre la reconnaissance de l’homosexualité. Rome s’est opposée à  la mention du concept d’orientation sexuelle dans le cadre d’un projet de déclaration internationale en vue de la conférence dite « Durban II » qui doit se dérouler à  Genève du 20 au 24 avril 2009.

Précisons que cette attitude s’inscrit dans le prolongement du refus par le même Saint-Siège, en décembre dernier, de dépénaliser l’homosexualité, proposition faite par la Secrétaire d’Etat française aux Droits de l’Homme, Rama Yade. Dans cette affaire, le Vatican renoue avec la stratégie qu’il avait mise en oeuvre lors de la Conférence du Caire de 1994 qui traitait de la question des femmes et de la planification familiale.

En se rangeant délibérément du côté de ceux qui persécutent les homosexuels, le pape Benoît XVI a franchi une fois encore la ligne rouge. A un mois de la fête de Pâques, c’est le message d’amour et de tolérance qu’un vieillard mitré, qui s’est coupé du corps vivant de l’Eglise en marche, vient à  nouveau de renier.

La nouvelle Fatwa du pape

Pays africains, pays musulmans et Saint-Siège ont fait bloc le 18 février dernier à  l’ONU contre la reconnaissance de l’homosexualité, en s’opposant catégoriquement à  la mention du concept d’orientation sexuelle dans un projet de déclaration internationale en cours d’élaboration. Emmenés par le Saint-Siège, l’Afrique du Sud, les pays du groupe africain, les pays musulmans dont l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Indonésie se sont vigoureusement opposés à  ce que ce texte, qui doit être adopté en avril à  la conférence de Genève sur le racisme (dite «Durban II»), mentionne ce concept.

L’homosexualité est considérée comme un délit dans de nombreux pays africains et musulmans. Les pays occidentaux, dont les Etats-Unis, et les pays latino-américains sont montés au créneau pour défendre la mention de l’orientation sexuelle dans le texte. Dans son état actuel, le projet de déclaration propose de « condamner toutes les formes de discrimination et toutes les autres formes de violations fondées sur l’orientation sexuelle ».
L’Egypte et le Nigeria ont notamment argué du fait que la conférence ne pouvait pas « internationaliser un concept qui n’a pas été agréé dans les instances (onusiennes, ndlr) concernées, que ce soit l’Assemblée générale ou le Conseil des droits de l’homme ». Les Pays-Bas ont répliqué en estimant précisément que les « défis croissants » créés par la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle « n’avaient pas reçu une reconnaissance internationale suffisante ».

Faute d’un accord, les discussions ont été renvoyées à  une date ultérieure, comme l’ont été jusque-là  les différents thèmes qui ont fait débat. En cours d’élaboration depuis plusieurs mois, un contre projet de texte oppose notamment pays islamiques et européens sur le thème de la diffamation des religions, un concept récusé par les Occidentaux. Précisons que la Conférence dite « Durban II » sur le racisme doit se dérouler du 20 au 24 avril au Palais des Nations à  Genève. A cette occasion seront débattus les textes actuellement en souffrance dont celui sur l’homosexualité. Rappelons qu’en décembre dernier, 66 pays membres de l’ONU, des cinq continents, ont signé un appel à  la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Cette initiative a été notamment suggérée par Rama Yade, secrétaire d’état française aux droits de l’homme. Or, l’Assemblée compte 192 Etats membres; seul un tiers des pays approuve donc cet appel.

Cette déclaration politique, qui n’engage que ses signataires, n’a pas un caractère contraignant mais place la question des droits des homosexuels, à  l’ordre du jour de l’Assemblée de l’ONU. Parmi les 66 signataires figurent en particulier tous les pays de l’Union européenne, le Brésil, Israà«l et le Japon. Mais ni la Chine, ni les Etats-Unis de George Bush, ni la Russie n’y ont adhéré.
Cet appel historique réaffirme « le principe de non-discrimination qui exige que les droits de l’homme s’appliquent de la même manière à  chaque être humain, indépendamment de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre ». Les 66 signataires « condamnent les violations des droits de l’homme fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, o๠qu’elles soient commises ».
Ils dénoncent en particulier « le recours à  la peine de mort sur ce fondement, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, la pratique de la torture et autres traitements ou peines cruels, inhumains et dégradants, l’arrestation ou la détention arbitraire et la privation des droits économiques, sociaux et culturels, notamment le droit à  la santé ». Après lecture de cet appel, le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, Maxime Verhagen, et Mme Yade avaient coprésidé une réunion de haut niveau afin de promouvoir cette déclaration : « En ce XXIe siècle, comment accepter que des personnes soient pourchassées, emprisonnées, torturées et exécutées en raison de leur orientation sexuelle? », a lancé en particulier Rama Yade.
La secrétaire d’Etat française avait cependant reconnu que la tâche était « difficile », ayant pu constater, lors de la campagne pour l’adoption du texte, que celui-ci s’était « parfois heurté à  l’incompréhension, voire à  l’hostilité ouverte et au procès en sorcellerie ». Elle n’avait pu s’empêcher d’ajouter : « Les bà»chers de l’intolérance sont partout et de toujours ». Il faut savoir en effet que l’homosexualité (ou du moins sa pratique) est encore interdite et donc pénalisée dans 77 pays, avec des degrés divers de sévérité. La peine capitale est prévue dans 7 pays (Arabie Saoudite, à‰mirats Arabes Unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Soudan, Yémen).

Le Vatican refuse la dépénalisation de l’homosexualité

On l’aura deviné, lors de la préparation de cette déclaration, plusieurs pays arabes et le Vatican ont manifesté leur hostilité au texte. Pour ce dernier, la déclaration répond à  l’objectif légitime de bannir la répression de l’homosexualité. Mais en condamnant les « discriminations » et « préjugés » concernant les homosexuels, il risque à  ses yeux de favoriser le mariage gay, l’adoption par des couples du même sexe ou la procréation assistée pour les homosexuels.

Très gênés cependant aux entournures, le représentant du Saint-Siège auprès de l’ONU, Mgr Celestino Migliore ainsi que le porte-parole de la Salle de presse ont insisté sur la volonté du Vatican,, malgré son refus de rejoindre cet appel, de combattre toute violence à  l’endroit des personnes homosexuelles. Le Saint-Siège estime en outre que « l’homosexualité ne relève pas d’une sanction pénale de justice civile, appartenant à  la sphère privée sexuelle ». Pour autant, le Saint-siège semble passer sous silence les ravages parfois très graves au plan moral et psychologique d’une homosexualité qui, intériorisée par les intéressés, s’avère auto destructrice. Les positions intolérantes, sectaires et agressives des autorités catholiques ne sont pas sans causer de nombreux effets auprès de nombreuses consciences.

On le sait, l’acceptation par une personne de sa propre homosexualité est souvent difficile, surtout lorsque toute avancée est empêchée par des a priori et des messages de condamnation et de haine. L’homophobie récurrente et dont fait preuve de façon répétée et de plus en plus soulignée le Vatican n’est pas pour rien dans les destinées tragiques de lesbiennes ou de gays ne s’assumant pas, et en venant parfois au suicide, en particulier à  l’adolescence.

Sacerdoce : discrimination à  l’embauche

Sur le conseil notamment d’un Tony Anatrella, qui ne semble pas vraiment indiqué pour tenir un tel discours, et d’un prêtre américain ultraconservateur de la congrégation des évêques, Mgr Andrew Baker, le Vatican a d’ailleurs choisi de fermer les portes de la prêtrise aux garçons présentant une tendance homosexuelle présente et foncière. Cette discrimination est odieuse, outre le fait que la suivre reviendrait à  vider certains séminaires. Comme pour durcir encore le ton, Rome envisage de faire appel à  des psychologues pour sonder l’orientation sexuelle des candidats au sacerdoce. Jusqu’o๠ira-t-on?
La décision du Saint-Siège de ne pas approuver la déclaration proposée à  l’ONU par la France sur la dépénalisation de l’homosexualité a suscité un émoi très vif un peu partout. Idem avec celle concernant son refus du concept d’orientation sexuelle. En considération de la prégnance de l’homophobie dans le monde et des violences odieuses que doivent souvent subir les personnes homosexuelles, à  commencer hélas par la peine de mort. En outre, le Vatican semble renouer avec sa stratégie, lors de la conférence du Caire de 1994 sur les femmes, de faire front contre les avancées sociétales quitte à  s’allier avec des partenaires bien peu recommandables, par exemple sous régime islamique. Le discrédit qu’une telle attitude devrait éveiller, déjà  bien entamé,
ne sera pas mince en Europe et en Amérique.

Que vaut l’épiscopat de la «bande des quatre» réintégristes ?

La presse s’intéresse surtout à  l’aspect anecdotique et au fait, à  l’évidence très scandaleux, d’une levée des sanctions sans contre-partie, considérablement aggravée par les propos négationnistes honteux de Mgr Williamson sans finalement se poser deux questions, pourtant incontournables :

Pourquoi Benoît XVI craint-il tant une rupture irréversible du côté intégriste? Que « vaut » cet épiscopat des quatre anciens prélats excommuniés? Ces deux questions s’avèrent étroitement liées l’une avec l’autre.
Benoît XVI, nous l’avons dit et répété, espère que sa stratégie de restauration ecclésiale puisse aboutir. Pour cela, un renfort de troupes est toujours bienvenu. Il est certain aussi que, soucieux de la communion de l’Eglise, le Pape ne peut en général que souhaiter et favoriser une réconciliation. Néanmoins, à  ces motivations « positives », s’ajoute sans aucun doute une crainte de voir se constituer un schisme dans le schisme. Crainte qui ne se fonde pas tant sur l’éventualité de perdre un nombre moyennement important de fidèles mais plutôt sur la probabilité que Mgr Williamson ordonne d’autres évêques, peut-être nombreux, créant ainsi une véritable église dissidente.
Mgr Marcel Lefebvre, très rusé en l’occurrence, savait ce qu’il faisait : en ordonnant quatre évêques, il exerçait une pression très forte sur Rome. Sans évêque à  sa suite, Mgr Lefebvre craignait que son mouvement ne puisse se perpétuer, déjà  parce qu’il ne pourrait plus compter sur de nouvelles ordinations de prêtres! Au-delà  cependant de cette question de survie sacramentelle, l’archevêque dissident était bien conscient du chantage latent et tacite qu’exercerait par son existence même la fraternité dotée – l’un ou l’autre peut toujours mourir inopinément – de quatre évêques relativement jeunes et avec une espérance de vie assez longue. Ce chantage non explicite mais néanmoins efficace est bien celui de l’ordination, par l’un ou plusieurs des quatre, de nouveaux évêques formant ainsi une nouvelle filiation ecclésiale. C’est une telle perspective que Rome craint par dessus-tout. Non seulement du côté des Lefebvristes d’ailleurs, mais également de celui de Mgr Milingo, prélat africain ayant convolé en justes (?) noces du côté de chez
Moon (!) et qui entend former une église promouvant la sensibilité africaine et enfin libérée de la règle, il est vrai inhumaine, du célibat ecclésiastique. […] lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°69

Autriche : Mgr Wagner prend la fuite !

C’est un petit évènement dans la vie de l’Eglise. Mgr Gerhard Wagner, nommé il y a quinze jours à  peine à  la charge d’évêque auxiliaire de Linz (cf. Golias Hebdo n°68) vient de renoncer à  cette charge suite au tollé suscité. Il faut dire que cet ecclésiastique très conservateur de 54 ans s’était fait connaître par des déclarations ahurissantes. La résistance du peuple de Dieu l’a fait reculer.

Gerhard Wagner s’était fait remarquer en traitant Harry Potter de satanique et en voyant une « punition de Dieu » dans la destruction de La Nouvelle-Orléans par l’ ouragan Katrina en 2005.

Interviewé suite à  sa nomination, loin de donner des gages d’ouvertures, il a affirmé que les homosexuels étaient des malades qu’il était possible de guérir (reprenant il est vrai ce qu’avait déjà  dit en ce sens Mgr Elmar Fischer, évêque conservateur de Feldkirch ).

Les critiques sont d’abord venues du clergé de Linz , très hostile à  cette nomination. Les doyens du diocèse ont refusé, par une majorité de 31 voix, contre 4 la nomination du P. Wagner.

Des laïcs aussi ont fait entendre leur désaccord. Certains se seraient renseignés auprès des protestants pour se convertir. L’association de laïcs Wir sind Kirche («Nous sommes l’à‰glise ») appelait de son côté à  un boycott de l’impôt ecclésiastique. Hans Peter Hurka, son président, se déclare heureux du retrait de l’abbé Wagner, mais estime que la crise n’est pas pour autant résolue, car c’est l’ensemble d’une politique ecclésiale qui est en question.

Pour l’instant, le Vatican n’a pas précisé quelle était sa réaction face à  cette démission avant même l’ordination épiscopale. Il est même possible que Rome ne réagisse pas du tout, façon de respecter le choix de Mgr Wagner de ne pas assumer la mission épiscopale sans pour autant donner l’impression de reculer en face d’une pression venant de la base. L’auxiliaire de Linz à  peine nommé et déjà  déconfit invoque « la résistance souvent très rude et insensible » qu’il a rencontrée depuis que sa nomination est connue.

Il faut savoir que dans le diocèse de Linz les catholiques d’ouverture et de progrès, dans la ligne du mouvement wir sind die Kirche sont nombreux et déterminés.

Il est d’ailleurs assez probable que Rome ait choisi Gerhard Wagner pour combattre cette tendance ecclésiale. D’autre part, le presbyterium de Linz dans son immense majorité reste marqué par l’esprit conciliaire hérité en bonne part d’un grand évêque, Mgr Franz Zauner.

L’actuel pasteur du diocèse, Mgr Ludwig Schwarz, est un salésien de 69 ans qui passe pour un modéré. « Ce diocèse présente une vie religieuse vivante, diversifiée et très intense« , rappelle Erich Leitenberger, directeur du bureau de communication sociale et porte-parole de l’archevêché de Vienne. « Il est maintenant urgent d’établir le dialogue. » [lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°69]

Outre-mer : avis de tempête force 4

En turbulence depuis le début de l’année, les anciennes terres marquées par l’esclavage, Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion, manifestent contre l’injustice sociale et ne réclament en fait rien d’autre que l’application du droit français. Le mouvement pourrait encore s’amplifier face à  un Etat accroché à  ses pratiques coloniales

Plages de rêves, cocotiers frissonnants sous les alizés, bleu profond de la mer des Caraïbes ou de l’Océan Indien… Ces destinations lointaines ne seraient-elles rien d’autre qu’une agréable destination de vacances ? Image idyllique largement contredite par l’actualité. Faut-il s’en étonner, lorsque le taux de chômage est trois fois plus élevé que celui de la métropole, avec un record de 24,5 % à  la Réunion, et que les sans-diplôme sont 60 % en Guyane (contre œseulement 38 % à  La Réunion). Grève, 100 000 manifestants en Guadeloupe, 20 000 à  la Martinique contre les bas salaires, le chômage, l’avenir incertain… Des couches sociales peu habituées à  se faire entendre joignent leur voix pour exiger une augmentation de 200 euros nets pour les petits salaire. Les 49 organisations syndicales, politiques et culturelles de Guadeloupe qui composent le collectif Liyannaj Kont’Pwofitasyon, (œCollectif contre l’exploitation en langage antillais), s’appuient sur des réalités objectives. Les législations relatives à  l’outre-mer, par exemple, obéissent à  la même logique : défiscalisation et exonérations des cotisations sociales patronales. Une bonne façon d’attirer des entreprenneurs qui s’enrichissent avant d’aller sévir sous d’autres cieux en licenciant les salariés.

œNous ferons respecter l’Etat de droit si besoin est, avec fermeté mais sans brutalité, annonçait le secrétaire d’Etat à  l’Outre-Mer Yves Jégo le 15 février dernier. Paroles qui ont été perçues comme une véritable provocation. L’histoire récente témoigne en effet du peu de considération dont jouit la population de cette France d’outre-mer. Rien que pour la Guadeloupe, l’Etat tire sur la foule en 1910 et 1925, et à  nouveau en 1952 sur des paysans et ouvriers de l’industrie sucrière qui manifestaient contre la vie chère. En 1967 à  Pointe-à -Pitre, la police ouvre le feu sur des ouvriers du bâtiment en grève, version officielle 7 morts… six ans après le massacre des Algériens à  Paris (17 octobre 1961). Le rapprochement ne manque pas d’intérêt, surtout si on prend en compte les 17 Airbus qui débarquaient début janvier 2009 près de 4000 militaires/gendarmes/CRS, des chars d’assauts, des munitions, des cercueils en plastique, des vivres… à  toutes fins utiles. Prudent, le chef de l’Etat a annoncé quelque réformes sur les prix des denrées de première nécessité, l’allocation logement, et comme on ne se refait pas une œexonération de toutes les charges patronales et salariales pour les augmentations de salaires décidées par les entreprises. Le tout assorti d’une grande consultation et d’un nouveau modèle d’organisation institutionnelle qui se fera œDOM par DOM – ce qui en amoindri singulièrement la portée.

Les nouveaux habits de l’esclavage

Faillite de l’Etat, du libéralisme, de la gestion des collectivités locales… Les sursalaires de 40 % octroyés aux fonctionnaires n’arrangent pas les choses, et un autre aspect de plus en plus insupportable est à  prendre en compte : celui des rapports de domination hérités d’un autre âge exercés par les Békés, terme qui désigne en Martinique ce qu’on appelle en Guadeloupe les œBlancs créoles. Antillais descendant des premiers colons, ils font encore partie de la classe dirigeante, accaparent 53 % des terres cultivables et règnent en maîtres dans le secteur industriel, le commerce, l’import et la grande distribution. Ils sont accusés de faire flamber les prix pour accumuler toujours plus de profit. Colère attisée par un récent documentaire sur Canal + o๠l’entrepreneur béké Alain Huyghes Despointes exaltait œla préservation de la race et regrettait que les historiens ne se penchent que sur les œcôtés négatifs de l’esclavage. Celui-ci fait l’objet d’une informatioon judiciaire pour œapologie de crime contre l’humanité et incitation à  la haine raciale. Rappelons au passage que lesdits Békés, loin d’être insensibles aux charmes des jolies dames à  la peau sombre, ont bien participé au métissage. Jusqu’à  présent, une épouse blanche et une maîtresse qui l’est moins est chose courante (cette dernière ayant tout intérêt à  utiliser des moyens contraceptifs). Il existe bien des œpetits blancs qui continuent à  vivre dans une stricte endogamie, mais qui connaissent de nombreuses dégénérescences. Des Antilles, le mouvement a gagné la Guyane toute proche, entre Surinam et Brésil, et dont Cayenne, la capitale, évoque le discrédit attaché à  l’ancienne terre de déportation. Ce tsunami social touche la Réunion au sud-ouest de l’océan Indien(cf. ci-contre), le pays plus peuplé avec 750 000 habitants. On connaît son Piton des neiges, magnifique randonnée, mais beaucoup moins les ravages du chômage, de la crise du logement et de l’illettrisme. La République abolissait l’esclavage en 1848… mais poursuivait l’aventure coloniale dont l’empreinte ne s’est pas effacée, creusée aujourd’hui par la mondialisation. L’effet Guadeloupe s˜est fait sentir jusqu’à  Paris, mais il faudra autre chose que des bonnes paroles et quelques ajustements pour en finir avec une politique de répression et de mépris.

Eva Lacoste

Tragique oecuménisme !

C’est un véritable combat que le pape Benoît XVI entend mener contre le relativisme et la sécularisation. L’aile conservatrice de l’institution catholique livre surtout bataille sur le terrain sociétal, comme le confirme en Italie l’affaire Eluana – que nous aborderons la semaine prochaine -, là  o๠elle semble, certes, en difficulté, car de moins en moins crédible, mais là  o๠elle peut néanmoins encore affirmer son autorité par ailleurs vacillante.

Pour mener un tel combat, le renfort appréciable de ceux que l’on appelle parfois « la droite du Christ » n’est en rien négligeable. Il ne fait aucun doute que Joseph Ratzinger attendait beaucoup du ralliement des Lefebvristes. Ses espoirs sont déçus et la colombe pontificale s’y est brà»lée les ailes (voir les précédents Golias Hebdo).

L’arbre lefebvriste cache néanmoins une forêt : celle de tous ceux qui abondent dans le sens conservateur et restaurateur de Benoît XVI et qui pourraient, soit rejoindre le giron romain, soit du moins se rapprocher de lui dans un esprit oecuménique très particulier : celui de faire front ensemble contre la sécularisation.

Il s’agit en particulier de 500.000 Anglicans « traditionnels » prêts à  renouer avec Rome et des Orthodoxes, surtout depuis l’élection au patriarcat de Moscou, d’un «ratzingérien» de coeur, Cyrille Ier.

L’observateur note qu’il se produit ad extra, de façon transversale par rapport aux identités reçues, notamment confessionnelles, une sorte de rapprochement stratégique en vue de défendre une même vision intransigeante et à  bien des égards « anti-moderne ». Rapprochement analogue à  celui que nous avons déjà  analysé entre diverses tendances du catholicisme, des charismatiques aux traditionalistes, en passant par le Chemin néocatéchuménal dont le pape se rapproche aujourd’hui alors qu’il y était hostile il y a peu de temps encore (voir notre article). Avec une même sensibilité intransigeante, sous des formes bien variées. Le visage de l’oecuménisme pourrait bien s’en trouver radicalement modifié. Ce qui explique en grande partie le gel actuel des relations de l’église catholique avec nos frères protestants et anglicans.

Golias

L’Internationale traditionaliste

En levant l’excommunication des évêques consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre, le pape ne se limite pas à  oeuvrer sur un seul tableau. Il entend également favoriser le rapprochement avec l’Orthodoxie, d’autant plus que le nouveau patriarche de Moscou, Cyrille Ier, se présente spirituellement proche de lui. D’autre part, le Vatican négocie en vue d’un ralliement de l’aile la plus traditionaliste de la communion anglicane, en dissidence avec l’archevêque libéral de Cantorbery, Mgr Rowan Williams.

Ce courant de l’aile traditionnelle anglicane influent s’oppose de façon particulièrement forte et déterminée à  l’ordination de femmes-évêques et à  la grande dérive libérale qu’ils pourfendent de la part du Dr Williams, tant au niveau d’un dialogue interreligieux sur fond de relativisme qu’au niveau de l’éthique sexuelle. Les divisions profondes au sein de la communion anglicane ne sont pas récentes, mais depuis quelques années – en particulier depuis l’accès de femmes au sacerdoce -elles se sont creusées davantage encore. On dénombre actuellement environ 500.000 fidèles anglicans de tendance traditionaliste, appartenant à  seize églises soeurs dispersées dans le monde entier regroupées dans la «Traditional Anglican Communion» (TAC). Certaines se trouvent déjà  en état de rupture plus ou moins consommée avec le primat Williams. Ces fidèles ne sont pas seulement européens mais également américains, océaniens et africains, lesquels sont heurtés notamment par certaines innovations liturgiques mais plus encore sans doute par l’attitude plus tolérante – sinon de reconnaissance – à  l’endroit de l’homosexualité.

Les intégristes anglicans accueillis prochainement

On peut l’imaginer, le Vatican se réjouit d’un tel rapprochement et fera tout pour le favoriser. L’affaire est suivie à  Rome par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il est assez probable que soient créée pour eux une prélature personnelle très accueillante ou un diocèse non territorial sous la coupe directe du pape, ce qui leur donnera les coudées franches. A la tête de cette prélature ou de ce diocèse serait placé par Rome un évêque, des Anglicans «ralliés,» mais à  condition qu’il soit célibataire. On sait que le Vatican envisageait de concéder ce même habit canonique à  la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, avant le tollé de ces derniers jours.
Le pape est disposé à  concéder aux traditionalistes venus de l’anglicanisme le droit de célébrer selon les usages anglicans qui prévoient en particulier des rituels semblables à  la messe tridentine. Cette sensibilité liturgique commune permet de rapprocher également à  cet égards les « tradis anglicans » des « tradis lefebvristes ».

En revanche, et cela creuse plutôt la différence, le clergé anglican réintégré pourrait être marié, si du moins il le souhaite. Rome prévoit l’intégration des Anglicans de tradition pour les prochains mois, en tout cas avant l’été. Elle pourrait coïncider avec la béatification officielle du cardinal John Henry Newman, converti de l’anglicanisme au catholicisme au cours du XIXe siècle. Cette simultanéité risque cependant d’être compromise en raison de la polémique qui existe au sujet de l’éventuelle homosexualité (ou au moins « homophilie ») de cette grande figure intellectuelle qui disait aimer l’un de ses fidèles amis religieux, le père Ambrose St John, comme on aime une épouse et qui voulut être enterré à  ses côtés.

Dans le cadre de la stratégie globale de restauration qui est celle de Joseph Ratzinger, ce retour constitue une chance extraordinaire. Il faut savoir en effet que cette réintégration renforce le flan traditionnel de l’Eglise, et de façon beaucoup plus significative que celle des Lefebvristes, en nombre d’abord, et surtout en crédibilité : le traditionalisme version anglicane présente en effet le double avantage, du point de vue de Joseph Ratzinger, d’être plus élaboré et plus subtil au niveau théologique, et de ne pas être compromis avec des idéologies politiques. Un traditionalisme sans doute plus respectacle que celui de l’Anglais Williamson aux propos négationnistes, mais aussi transfuge de l’anglicanisme le plus radical.

Nouveau Patriarche de Moscou : un renfort pour Benoît XVI

Il y a quelques semaines déjà , les orthodoxes du patriarcat de Moscou ont élu un nouveau chef spirituel de leur communauté, par l’intermédiaire des 711 personnes qui ont formé le Concile en charge de cette élection, représentant pas moins de 64 pays dans lesquels cette Eglise compte des fidèles. Après la mort d’Alexis II en décembre, l’enjeu était fondamental : celui d’une poursuite ou non de l’ouverture sur l’Occident latin.

Avec une très large majorité, c’est l’archevêque métropolite de Smolensk et Kaliningrad, Cyrille, 62 ans, qui l’a emporté et qui devient dès lors le
seizième patriarche orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies. Il affrontait deux concurrents, mais l’un d’entre eux, Philarète, métropolite de Minsk et de Sloutsk se désista assez rapidement. Clément, archevêque de Kalouga et Borovsk, ne sut pas rassembler autour de son nom.

La victoire de Cyrille I er n’était pourtant pas acquise au départ et doit beaucoup à  la maladresse de ses adversaires. D’autant que Cyrille ne compte pas que des amis au sein du Patriarcat. Il était un proche du défunt Alexis II.
C’est sous l’ombre protectrice du Patriarche Nicodème que s’impose peu à  peu le jeune Cyrille, dans une ligne ecclésiale très traditionnelle sinon traditionaliste. Fort instruit en théologie, le nouveau Patriarche de Moscou déteste cependant le courant trop libéral. Il ne manque d’ailleurs pas une occasion de dénoncer la « pensée libérale laïque » qui inspire la sécularisation. Il s’inquiète, tout comme le pape Joseph Ratzinger, de certaines évolutions occidentales : «Nous voyons comment certaines églises protestantes reconnaissent les unions du même sexe, ordonnent aux ministères ecclésiaux des personnes vivant en couple homosexuel et ne condamnent pas l’avortement.»

En ce qui concerne les adaptations théologiques et l’abandon éventuel du slavon, langue liturgique sacrée qui équivaut à  notre latin, peu accessible pourtant à  la majorité des fidèles, il se montre inflexible. Cela aussi le rapproche de son homologue romain Joseph Ratzinger. Homme de grande culture, comme Benoît XVI, il cultive, toujours comme ce dernier, l’art de simplifier les problématiques, mais dans le sens qui l’arrange, celui de l’intransigeance.

En 1989, fort jeune encore, depuis peu quadragénaire, il prend en charge le poste décisif de «ministre des Affaires étrangères du patriarcat de Moscou». Ce qui lui donnera de voyager de par le monde et de lier des amitiés durables y compris du côté catholique. Il rencontre à  deux reprises le cardinal Joseph Ratzinger. Les deux hommes sont vraiment sur la même longueur d’ondes. Ils se sont d’ailleurs rencontrés trois autres fois depuis l’accession du cardinal bavarois au siège de Pierre.

Animés par une passion commune de la musique classique, les deux chefs spirituels cultivent une vision très intransigeante, et sans doute rétrograde, tant de l’harmonie interne de leur propre tradition religieuse que de sa place dans la vie des hommes. Les deux leaders entendent faire face à  une sécularisation qu’ils réprouvent fortement, et en inverser la dynamique, ce qu’ils espèrent possible. C’est ce combat aussi, et peut-être d’abord, qui les rapproche. A court ou à  moyen terme, il est assez probable que de nouvelles étapes soient franchies dans le rapprochement, y compris une visite de Benoît XVI à  Moscou. Pour renforcer le front d’un christianisme identitaire contre le relativisme et la sécularisation du monde.

Golias

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