Un autre regard sur l’information !

Révolte en Avignon : trop c’est trop !

Dans le climat déjà  chargé d’électricité qui règne dans le catholicisme français suite à  la levée de l’excommunication des évêques intégristes, c’est à  présent un cri d’exaspération qui se fait entendre du côté du Vaucluse.

Un vent de révolte gronde, tant l’archevêque du lieu a multiplié non seulement les déclarations et les mesures les plus conservatrices mais jusqu’à  des incongruités déplacées, comme des visites surprises dans des presbytères de son diocèse pour s’assurer que monsieur le curé ne couche pas avec une femme (ou un homme !) et dit bien son bréviaire. Le clergé d’Avignon est en général très loin d’être frondeur. Il a supporté avec patience et indulgence Mgr Raymond Bouchex, un théologien assez replié sur lui-même, et de plus en plus frileux, pendant près d’un quart de siècle. Cette fois-ci cependant, les outrances de Mgr Cattenoz ont conduit à  un blocage de la situation, de sorte que son propre conseil épiscopal adopte une motion de défiance à  l’endroit de l’archevêque. Cette décision bloque l’institution et prive Jean-Pierre Cattenoz de tous ses relais paroissiaux.

Quatre membres du conseil épiscopal avaient déjà  renoncé à  leurs fonctions.
Le bras de fer semble s’être engagé au plus haut sommet de l’Eglise vauclusienne. C’est l’ensemble de la vie diocésaine qui se trouve mis en difficulté. Tous relèvent chez leur évêque une sorte de folie des grandeurs et de multiplication des projets aussi ambitieux que discutables. Selon un mot qui circule dans le Vaucluse, «entre l’ancien archevêque et l’actuel, on est passé de Saint-François à  Louis XIV !».

Pourquoi Williamson embarrasse le Pape ?

Malgré l’immense scandale suscité, l’inébranlable Richard Williamson, évêque lefebvriste dont le pape vient de lever fort imprudemment l’excommunication, refuse de se rétracter.

Pour ne pas en rester là , Mgr Williamson a également renouvelé ses critiques très incisives concernant Vatican II, estimant que c’est ce concile qui a provoqué « le chaos théologique que nous avons aujourd’hui ». On peut se demander jusqu’o๠ira une telle arrogance et quelle est en définitive l’intention profonde peut-être sournoise de Mgr Williamson. L’exaspération atteint un peu partout son comble. Mgr Robert Zoellitsch, archevêque de Fribourg-en-Brisau et président de la conférence épiscopale allemande, est intervenu pour souligner l’incompatibilité absolue entre l’exercice d’un ministère dans l’Eglise, a fortiori épiscopal et une semblable ignominie.

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°68]

Le Chemin néo-catéchuménal rejoint les divisions du pape

Portant soutane et membre de la communauté Saint Martin, Marc Aillet, alors vicaire général de Fréjus-Toulon, a été nommé il y a quelques mois, on s’en souvient, évêque de Bayonne. A cette occasion, ce nouvel épiscope, classé comme très « traditionnel », tint à  rendre un vibrant hommage auChemin néocatéchuménal qui l’a soutenu spirituellement. Une alliance contre nature encouragée par le pape lui-même.

Mgr Aillet entendit remercier le Chemin néocatéchuménal dont le moins que l’on puisse dire est qu’il exprime une autre sensibilité, en particulier liturgique, même si l’on demeure frappé par le commun dénominateur de l’intransigeance face aux évolutions sociétales et culturelles de l’Occident, au détriment de l’esprit de dialogue et de valorisation positive des signes des temps voulu par Vatican II.

Les observateurs ne pouvaient manquer de noter comme significatif ce ralliement d’un nouvel évêque à  une sensibilité ecclésiale qu’on aurait pensé éloignée de lui par bien des aspects. L’impression était donnée que les différentes familles spirituelles et intellectuelles qui composent la galaxie de l’intransigeantisme, jusqu’alors communiquant très peu entre elles et souvent disparates, s’étaient en quelque sorte associées pour mieux combattre un ennemi commun et agir en vue d’une reconquête d’influence en notre France déchristianisée.

Ce sentiment se trouve aujourd’hui confirmé de manière assez éclatante par la connivence, au plus haut niveau, entre l’aile la plus traditionnelle et le courant néo-catéchuménal, alors que le torchon semblait brà»ler entre eux il y a encore quelques mois, surtout en raison des « libertés » du Chemin par rapport aux normes liturgiques. Dorénavant, après la correction fraternelle imposée au Chemin par le cardinal Francis Arinze (en charge à  l’époque de la Congrégation pour le culte divin), au nom du pape, la confiance semble retrouvée.

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Sarkozy au risque des libertés publiques

Réduction du droit d’amendement à  l’Assemblée nationale, nomination du président de l’Audiovisuel public par le chef de l’Etat, volonté de Nicolas Sarkozy de faire sauter les seuils anti-concentration dans les médias, suppression du juge d’instruction, hauts fonctionnaires limogés en quatrième vitesse, etc. Autant d’actes qui ne sont pas anodins et qui constituent des régressions démocratiques dans des domaines cruciaux. Et comme si tout cela ne suffisait pas, depuis quelque temps « sécurité intérieure » rime de plus en plus mal avec « liberté publique ».

Depuis l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy, quatre lois sur la sécurité ont été votées : en aoà»t 2007 ; la loi sur la récidive qui a instauré des peines plancher, en novembre 2007 ; la loi sur la maîtrise de l’immigration instituant des tests ADN pour les candidats au regroupement familial, en février 2008 ; celle très controversée sur la rétention de sà»reté et en juin 2008 la loi sur les mesures de protection contre les chiens dangereux.

Déjà , entre 2002 et 2007, l’hyperactif ministre de l’Intérieur des gouvernements Raffarin puis Villepin avait fait voter onze textes de loi sécuritaire. Dans la même période, selon l’Observatoire national de la délinquance (organisme indépendant créé en 2003), la délinquance générale avait baissé de 9,44 % mais les violences physiques dites non crapuleuses contre les personnes avaient augmenté de 46 %. Ce renforcement impressionnant de l’arsenal judiciaire et policier n’est pas sans conséquence.
Entre 2001 et 2008, les incarcérations ont progressé de 34 %. Entre 2003 et 2008, le nombre de personnes placées en centre de rétention administrative a augmenté de 23 %. En 2008, 33 900 000 personnes étaient fichées au principal fichier de police, le STIC (Système de traitement des infractions constatées).
En 2008, 1 % de la population (577 816 personnes) a subi une garde à  vue. En huit ans, le nombre de personnes placées sous ce régime de rétention limitée a bondi de 55 %. Les militants associatifs et syndicaux ainsi que les journalistes sont particulièrement visés. Un collectif1 s’est créé en juillet 2008 pour dénoncer l’utilisation abusive du délit d’outrage et demander sa dépénalisation. Des personnes lambda sont également retenues dans les locaux de la police pour des motifs très variés. Les mésaventures suivantes arrivées à  des citoyens ordinaires illustrent cette triste réalité.

Une banalisation des gardes à  vue

A Paris, le 18 septembre 2008, un artiste peintre de 78 ans a passé 10 heures en garde à  vue après avoir « légèrement » roulé avec son véhicule sur le pied d’une fillette de huit ans. L’automobiliste s’était aussitôt arrêté, était descendu de son véhicule et avait rejoint la petite fille en attendant l’arrivée des pompiers qui ont conduit la victime à  l’hôpital o๠les médecins ont constaté que l’enfant ne souffrait que d’un simple hématome.

Resté sur les lieux, l’homme a été embarqué par les policiers intervenus sur réquisition du magistrat du Parquet de Paris. Il a répondu aux questions des enquêteurs jusqu’à  2 heures du matin et a subi un dépistage d’alcoolémie et de drogue. Tous deux se sont révélés négatifs. L’homme, surpris de l’ampleur prise par cette affaire, a appris que l’enfant n’était autre que la fille de la demi-soeur du chef de l’à‰tat. « J’ai bien compris que je n’avais pas roulé sur n’importe qui, mais dix heures de garde à  vue pour ça, ça me semble assez absurde », a raconté l’automobiliste abasourdi, à  sa sortie de garde à  vue.
Cela suffira-il à  arrêter ce moyen de contrainte qui semble lancé aujourd’hui à  toute vitesse ? Pas certain au vu de cette bavure commise le 27 janvier dernier. Un médecin urgentiste diplômé (d’origine congolaise) qui intervenait avec une équipe du SAMU pour sauver un homme (en garde à  vue) au commissariat de Château-Thierry (51) a été retenu par le commissaire et empêché de réanimer le malade. Ce n’est qu’après discussions avec le directeur de l’hôpital et le chef du service de réanimation venus sur place que le commissaire a accepté de « libérer » le docteur et de transporter le malade à  l’hôpital.

Un autoritarisme compulsif

En matière de haute administration, le président Sarkozy fait preuve d’un certain zèle. En septembre 2008, il limoge le patron de la sécurité publique en Corse après l’envahissement par des nationalistes de la propriété de son ami Christian Clavier. On a connu toutefois un Nicolas Sarkozy moins sévère lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Quand entre janvier et avril 2006, 43 attentats ont été commis contre des résidences immobilières en Corse du Sud (une moyenne de deux et demi par semaine !), Nicolas Sarkozy faisait preuve de beaucoup plus de discrétion.
La culture du résultat et de l’efficacité n’est donc pas une obsession chez lui et dans un sens cela nous rassure. Enfin pas trop¦ car en janvier 2009, il a récidivé, c’est le préfet de la Manche suivi du directeur de la police qui cette fois-ci ont été limogés. Motif : manif trop turbulente lors du déplacement présidentiel du 12 janvier à  Saint-Lô. Ce qui fait peur chez Nicolas Sarkozy, c’est encore moins la politique liberticide qu’il mène, que la passivité des citoyens français et l’impuissance des corps intermédiaires face à  ce qui s’apparente à  des abus de pouvoir.

François Belloir
1. le Codedo – https://codedo.blogspot.com/

Le général Pinochet a son musée…

Il avait l’appui des Etats-Unis, des milieux d’affaires, des industriels, de l’Eglise, en particulier du Vatican, de l˜Opus Dei et des milieux intégristes et lefebvristes. Mort tranquillement dans son lit, l’ancien dictateur chilien accusé de crimes contre l’humanité a désormais un lieu dédié à  sa mémoire.

A Santiago du Chili s’ouvrait le 15 décembre un musée dédié à  l’ancien dictateur… quelques jours après la début de la construction du Musée de la mémoire et des droits de l’Homme. On peut parier dès à  présent que les visiteurs ne seront pas les mêmes.

Au fil de la visite, toutes ses médailles de commandant en chef de l’armée, sa collection de petits soldats, sa tenue de combat portée lors du putsch du 11 septembre 1973, lorsqu’il bombarde le palais présidentiel et renverse Salvador Allende avec le soutien des Etats-Unis, des cadeaux de Richard Nixon et Ronald Reagan, une médaille du porte-avion Jeanne d’Arc offerte par la France…
D’autres souvenirs mémorables rejoindront bientôt ce musée nouveau genre. Pourquoi pas des enregistrements de ses discours ? On aura davantage l’occasion de les écouter que le Canto Libre de Victor Jara, le chanteur-compositeur-guitariste exécuté dans les jours qui ont suivi le coup d’Etat de Pinochet après qu’on lui eut brisé les doigts, et selon certaines sources coupé la langue.
A l’origine de cette idée de musée, la Fondation Pinochet en charge de la promotion de l’héritage du dictateur, et dont le directeur est le général de division Luis Cortes Villa. Pour cet ancien proche de Pinochet, il s’agit de modifier la mauvaise réputation d’Augusto Pïnochet, d’accueilllir des groupes scolaires et montrer comment il a reçu des soutiens partout dans le monde, selon une interview accordée dernièrement au Guardian.

[lire l’intégralité de cete article dans Golias hebdo n°68]

Eva Lacoste

A cause de moi-même

Isaïe se contente de transcrire les paroles du Seigneur. Aucune raison de nous sauver ne s’impose¦

C’est à  peine si nous sommes demandeurs du salut de Dieu¦ Quand le malheur est là , un peu de religion nous revient. Mais le plus souvent l’oubli et l’ingratitude sont notre quotidien.

Le verset 23 qui n’est pas repris dans l’extrait de ce dimanche, conduit à  ce commentaire de la Bible de Jérusalem : « Cet oracle de blâme¦ joue sur les mots « lasser » et « asservir ». Alors que Dieu aurait pu lasser et asservir Israà«l par des obligations cultuelles, c’est Israà«l qui a asservi et lassé Dieu par ses péchés… »

« Mais moi, oui, moi je pardonne tes révoltes, à  cause de moi-même » verset 25. Pas d’autre justification au salut de Dieu, que Dieu lui-même¦ Les actions de religion sont superflues¦ quand le coeur n’y est pas. Le propos devient tendre : « Et maintenant écoute, Jacob, mon serviteur, Israà«l que j’ai choisi. Ainsi parle le Seigneur qui t’a fait, qui t’a modelé dès le sein maternel, qui te soutient. Sois sans crainte, Jacob mon serviteur » 44,1-2.

Le salut est là , disponible, aimant¦ Jésus dit au paralytique : « Mon enfant, tes péchés sont remis. » Les auditeurs crient au scandale¦ Jésus les reprend : « Quel est le plus facile de dire au paralytique : tes péchés sont remis ou lève-toi et
marche ? » Dieu ne veut plus se souvenir de nos péchés¦ Le paralytique se lève et prenant son grabat, il sort devant tout le monde, heureux, décontracté, sauvé¦ à  cause du Seigneur.

Jean Doussal

Berezina !

Nos livres d’histoire nous relatent cet épisode douloureux des campagnes napoléoniennes, lors de la conquête manquée de la Russie, qui demeure une profonde blessure dans l’imaginaire français. Un désastre national au cours duquel la neige a enseveli les rêves
de conquête de Napoléon. Le mot de
« berezina » est d’ailleurs passé dans le langage courant comme synonyme de déconfiture.

C’est le nom qui vient spontanément à  notre esprit au rappel des épisodes qui ont ponctué cette pathétique tentative d’un pontife plongé dans sa bulle et menant une croisade de Don Quichotte contre les moulins à  vent. Dans la volonté de réintégrer des hommes, pour en faire, n’en doutons pas, des alliés au moins objectifs de sa stratégie et de son combat. La cohorte, elle-même déchirée de l’intérieur, de ceux qui souvent, non seulement refusent les ouvertures du Concile Vatican II mais encore entendent imposer une vision politique et idéologique du monde totalement opposée aux valeurs de l’Evangile.

L’obstination des intégristes et du pape, mais plus encore la multiplicité et la détermination des réactions au sein de l’Eglise, y compris venant de la chancelière allemande Angela Merkel, ont contraint Benoît XVI à  une piteuse retraite. Son plan paraît désormais plus que compromis. Pour preuve, un article récent de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel nous confirme, document à  l’appui (voir plus loin), que le Vatican et le pape ne pouvaient ignorer les propos tenus par Mgr Williamson, antérieurs au décret de levée de l’excommunication. Ce document est d’une importance capitale, car il contredit de plein front la tentative empruntée et dérisoire de se justifier par l’ignorance. D’un point de vue moral, c’est d’autant plus scandaleux. L’ignorance involontaire excuse ; l’ignorance volontaire accuse davantage.

Le crépuscule tombe sur une Rome désolée. Ce pontificat aux nostalgies trop obsolètes et aux triomphes désormais impossibles, voulant tourner le dos aux avancées du monde et restaurer l’Eglise d’antan, ou sa représentation fantasmée, quitte à  fermer les yeux sur l’insoutenable abjection de celui qui crache au visage des morts dont il profane la mémoire, semble subir un naufrage bien désastreux. Le capitaine s’enferme dans sa cabine. Au loin, cependant, un horizon nouveau se laisse deviner.

Un théologien belge quitte l’Eglise catholique

Malgré les persécutions dont ils sont régulièrement l’objet, et aujourd’hui de manière plus intense que jamais, il est très rare que les théologiens catholiques finissent par quitter l’Eglise, exaspérés et humiliés.

L’un d’entre eux pourtant, Jean-Pierre Wils, un jésuite de renom qui enseigne la théologie morale à  l’université de Nimègue, vient d’annoncer qu’il abandonnait l’Eglise suite à  la décision du pape Benoît XVI de réhabiliter quatre évêques intégristes, dont un ouvertement négationniste. « Je ne veux plus être identifié avec cet esprit antimoderne, antipluraliste et totalitaire de cette église », explique le professeur Wils. Il rappelle, si besoin était, que la Fraternité Saint-Pie X est un groupe « extrêmement réactionnaire et profondément antisémite » qui a toujours sympathisé avec les dictateurs et les régimes d’extrême-droite.
Selon lui, l’immense majorité des membres de la Fraternité intégriste pense que Vatican II reste un mauvais Concile, infesté par les juifs et les francs-maçons, ne faisant donc pas autorité, qu’il ne saurait recevoir comme acceptable. Sur ce point, les réponses toute récentes de Mgr Tissier de Mallerais, l’un des quatre évêques, semblent lui donner raison.

Cette rupture de Jean-Pierre Wils, consommée désormais, n’est pas tant, en bonne théologie, avec l’Eglise comme telle (assemblée christique) mais avec ceux qui la manipulent, à  Rome et ailleurs. On peut regretter la manière dont le professeur Wils a explicité son choix. Il faut cependant voir là  le début d’une onde de choc qui se diffusera de plus en plus tant la mesure de Benoît XVI qui se refuse à  consulter les autres. Décision solitaire et inconséquente ! Loin de recoudre la tunique, elle finira par la déchirer davantage.

Quel avenir pour la presse d’opinion ?

Le magazine Politis est un hebdomadaire de gauche antilibéral qui est disponible dans les kiosques, lancé en 1988 par Bernard Langlois, ancien journaliste de télévision. Au mois de septembre dernier, sa rédaction a lancé un appel à  l’union des forces se situant à  gauche du parti socialiste. Le but est clair : dépasser la traditionnelle division et former une coalition qui vise l’alternance au gouvernement. Mais est-il bien normal qu’un hebdomadaire, non seulement adopte une ligne éditoriale engagée mais s’implique dans le champ politique ?

Ne tergiversons pas. Inutile de ménager un suspense artificiel. à€ cette double question oratoire, l’auteur de cette chronique répond affirmativement. Pourtant, la norme en vigueur – dominante – dans le champ socioprofessionnel du journalisme est celle de l’objectivité (d’aucuns ont même parlé de mythe professionnel¦). Cette norme suppose que les journalistes restent en retrait, qu’ils ne prennent pas fait et cause pour l’un des protagonistes du jeu politique.
Le discours attendu dans ces conditions consiste à  condamner cette initiative intempestive de Politis. Pourquoi donc ne cédai-je pas à  cette injonction tacite ? La première des raisons tient au fait que je suis plutôt réticent à  séparer le bon grain de l’ivraie, à  effectuer des rappels à  l’ordre moral et à  légitimer les croyances des acteurs. Les savants n’ont pas à  s’ériger en magistrats moraux, mais à  travailler pour décrire le plus exhaustivement possible les réalités, afin d’être ensuite en mesure de comprendre et d’expliquer pourquoi les choses se passent, comme elles se passent. Surtout qu’il y a pléthore d’éditorialistes et de débatteurs qui se rangent de façon parfois caricaturale parmi les soutiens ou les opposants aux gouvernants du moment ; une grande partie de leur gagne-pain se joue même dans ce parti pris. […]

Lire l’intégralité de l’article en p.9 de Golias hebdo n°67

Jacques Le Bohec

La crise et la rue : de la Grèce à  la France en passant par l’Islande

Depuis décembre 2008, la crise est descendue dans la rue. En Grèce, la protestation des étudiants contre la médiocrité d’un avenir avec des perspectives de salaire plafonnant à  700 euros, la mauvaise gestion de services publics pléthoriques et inefficaces, la corruption dans les milieux dirigeants de la politique et des affaires, a provoqué la mort d’un étudiant de 16 ans par les forces de police le 6 décembre dernier.

e policier responsable du tir a été arrêté et le ministre de l’Intérieur a dà» présenter ses excuses aux parents de la victime. Mais cela n’a pas suffit à  mettre fin aux manifestations qui se sont étendues aux principales villes du pays et se sont répétées dans la capitale. Au début de l’année, face à  une colère qui n’en finissait pas de s’étendre, le Premier ministre, Costas Caramanlis, avait recomposé l’état-major économique de son gouvernement et introduit des changements d’organisation et de personnel dans les ministères en vue de restaurer l’Etat, comme il l’avait promis en 2004, lors de précédentes élections… et comme le lui rappelle régulièrement, et encore tout récemment, la Commission européenne.

Certains diront qu’il s’agit d’un problème spécifique à  la Grèce. Mais l’impact de la crise financière, qui menace d’expulser le pays de l’Euroland, et les connotations d’une crise qui rappelle les événements du mai 68 français, donnent à  penser que la Grèce ne résoudra pas ses problèmes sociaux, aggravés par la crise, par la simple grâce des merveilles de ses îles ensoleillées.

En octobre 2008, la crise financière frappe une Islande dont les banques sont engagées jusqu’au cou dans la finance de marché et les arbitrages internationaux entre les écarts de taux d’intérêt. Des manifestations pacifiques de citoyens ruinés s’organisent sur la place principale de Reykjavik, devant l’Althing, le plus vieux Parlement du monde, puisque sa première séance se tint en 930 ! Les 20 et le 21 janvier, ces manifestations se transforment en émeutes. Des projectiles sont lancés sur la police et sur le Parlement. Des fenêtres de l’Althing sont brisées. Plus de 130 manifestants doivent être soignés à  cause des gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre pour disperser la foule et un policier est blessé. Pourtant, l’Islande était fière de sa réussite. Jusque-là  les affaires étaient florissantes, le niveau de vie un des plus élevés de la planète, et Reykjavik était devenue une destination touristique à  la mode. […]

Lire l’intégralité de l’article page 8 dans Golias hebdo n°67

Hugues Puel

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