Un autre regard sur l’information !

L’Allemagne en première ligne contre le pape

Si les évêques français protestent somme toute assez mollement suite à  la levée des excommunications, à  l’exemple du président de la conférence, le cardinal André Vingt-Trois. Lequel reconnaît qu’une arête demeure coincé dans sa gorge mais ne semble guère en tirer les conclusions puisqu’il plaide ensuite en faveur de l’unité retrouvée, il n’en est pas de même chez certains de nos voisins. Notamment en Allemagne et à  la Curie !

Les réactions sont très vives à  Rome, bien que le grand public n’en perçoive souvent qu’un écho fort lointain. L’aile d’ouverture de la Curie est révoltée contre un tel marché de dupes et contre l’action néfaste d’un frange ultraconservatrice auquel le pape semble avoir signé un chèque en blanc, autour du cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, président de la commission pontificale Ecclesia Dei.

Le cardinal Kasper dénonce un manque de concertation

Le cardinal Giovanni Battista Re, qui a signé pourtant, mais à  son coeur défendant, le décret sur la levée de l’excommunication des évêques intégristes dont un négationniste, estime que la « réconciliation n’est pas encore totale ». Connu pour son opposition à  cette stratégie de complaisance, Mgr Re se dit convaincu que « le parcours vers une réconciliation totale demandera du temps. C’est le début d’un processus (…). La levée de l’excommunication n’est pas un point d’arrivée mais le début d’un chemin ». Il est d’ailleurs assez significatif que ce cardinal italien ait accordé un entretien au quotidien La Repubblica très critique à  l’endroit de la politique vaticane actuelle.

Il est en outre fort rare qu’un prélat de ce niveau contredise de la sorte les orientations du pape souverainement régnant. Un chef de dicastère est à  l’évidence tenu par un devoir de réserve : signe de très profond malaise et de crise à  la Curie.

Le cardinal Walter Kasper, président du conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens (dicastère également en charge du dialogue avec le judaïsme), a estimé quant à  lui que la Curie avait commis « des erreurs de management » avec la réintégration controversée de quatre évêques intégristes excommuniés, rappelant que ces derniers « sont toujours suspendus » (n’ont pas le droit de célébrer des sacrements ni de prêcher ex cathedra). « J’observe ce débat avec une grande inquiétude » a déclaré le cardinal allemand, interrogé par téléphone par Radio Vatican. Il est très exceptionnel qu’un cardinal de Curie, chef de dicastère en exercice, se permette de mettre en cause l’activité de son institution. La grande erreur, selon Mgr Kasper, aura été l’absence d’échange sur cette mesure. D’aucuns devinent derrière ce grief une pique visant de façon très directe Benoît XVI lui-même, peu enclin à  la concertation pour traiter des questions délicates.

[…] Lire l’intégralité en page 4 dans Golias hebdo n°67

Va te montrer au prêtre¦

L’Evangile commande le choix de cet extrait, nous en déduisons volontiers la supériorité du Nouveau Testament sur l’Ancien. Le lépreux n’est pas chassé hors de la communauté, mais guéri : ému de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois
guéri »¦

Le prêtre se garde de toucher le malade, il le séquestre, l’examine sous toutes les coutures, ordonne que les vêtements soient brà»lés et les maisons décontaminées de fond en comble¦ « Va te montrer au prêtre et fais pour ta guérison l’offrande prescrite par Moïse pour leur servir d’attestation. » Jésus cautionne la médiation. Le lépreux guéri s’en balance : il nous bouscule vers le thaumaturge qui cependant se dérobe. A-t-il tout bien compris ? Et nous, en pensant la supériorité du Nouveau Testament sur l’Ancien, est-ce que nous avons bien compris Jésus ?

La première lecture n’autorise pas l’ostracisme sans intermédiaire qualifié : nous ne pouvons pas apporter la guérison, nous ne pouvons non plus exclure de notre propre chef. Le Deutéronome rappellera : « En cas de lèpre, prends garde d’observer et de suivre intégralement tout ce que vous enseigneront les prêtres. » (24/8) Le rappel est situé dans un ensemble de mesures protectrices pour les droits des pauvres et des exclus.

Si la maladie contagieuse restait profonde en nous, si nous nous estimions à  tort, guéris, si nous étions un danger pour les autres, si nous refusions toujours et toujours l’offrande prescrite pour servir d’attestation¦ notre religion peut-elle se passer des médiations communautaires et ecclésiales? Nos pratiques d’aujourd’hui refusent la confession. Nous sommes, plus qu’à  d’autres époques peut-être, attachés à  une perception personnelle de la religion¦ Jusqu’o๠notre individualisme et notre certitude du penser et agir en Vérité ?

La « Parole » s’adresse aussi aux prêtres et à  tous les intermédiaires qualifiés. Ils ne sont pas seulement là  pour constater les maladies¦ mais les guérisons.

Jean Doussal

Coupé de l’Eglise

Et si la polarisation de certains médias sur le négationnisme – gravissime, bien entendu – de l’évêque Williamson jetait un voile pudique sur la véritable nature de la levée d’excommunication par le pape des disciples de Mgr Lefebvre, à  savoir : un pape qui tourne le dos à  l’ensemble de l’Eglise pour conjurer le schisme d’une petite minorité agissante ; l' »ouverture » à  la surenchère intégriste.

Dans cette affaire, scandaleuse à  plus d’un titre, le pape a agi seul. Lors du dernier Consistoire en février 2006, les cardinaux lui avaient formellement déconseillé une telle mesure (cf Golias numéro 106) mais il n’a pas tenu compte de cet avis pourtant autorisé (pas plus d’ailleurs que Paul VI n’avait écouté, à  une autre échelle certes, sa Commission théologique pour écrire l’encyclique  » Humanae Vitae », avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît). Cet isolement du Pontife romain (éthymologiquement  » le faiseur de ponts ») est symptomatique d’une praxis (réflexion et action) qui ne respecte plus la collégialité et ce, à  tous les niveaux de l’Eglise catholique. C’était pourtant une des redécouvertes importantes de Vatican II. On peut donc soupçonner que le mise au point que le pape a fait lors de son audience du mercredi, 28 janvier, ait surtout pour but d’apaiser les vives réactions manifestées ad extra et ad intra… sans doute pour mieux poursuivre le travail de sape du dernier Concile, c’est à  dire sa relativisation. Pour un pourfendeur du relativisme (l’idéologie du tout se vaut !), c’ est un comble, à  moins que le juridique ne manifeste ici le théologique, à  savoir l’auto-proclamation d’une parole pontificale absolue ! Une parole radicalement coupée de l’Ecclesia, c’est à  dire du corps vivant de l’Assemblée christique et du Peuple de Dieu. D’autant que, comme il fallait s’y attendre, la surenchère intégriste ne s’est pas faite attendre. Ainsi le nouveau communiqué de Mgr Fellay, dimanche 1er février (cf. page 16). Au cas ou vous n’auriez pas compris, les intégristes même pas repentis reconnaissent seulement l’enseignement de l’Eglise jusqu’à  Vatican I (et non Vatican II avec des réserves comme dans le premier communiqué du 24 janvier), ils veulent maintenant la réhabilitation de Mgr Lefebvre et enfin, ils n’obéiront au pape Benoît XVI que si celui-cil est fidèle à  sa mission…

Alors, le pape Ratzinger schismatique ? (cf Golias Hebdo n°66)

Benoît XVI est-il schismatique ?

Le décret de levée des excommunications des quatre évêques lefebvristes ne tombe pas du ciel. Il faut savoir qu’il s’inscrit dans un processus de réconciliation à  l’oeuvre depuis plusieurs années, avec une surenchère des intégristes qui réclamèrent comme condition à  toute éventualité de réintégration la levée des sanctions canoniques frappant lesdits évêques.

La chose était pourtant délicate, car Rome avait alors l’impression de se dédire : revenir sur une déclaration aussi officielle que l’excommunication constatée en 1988 par le cardinal Bernardin Gantin au nom du pape parut longtemps relever à  Rome de l’impossible palinodie. Une démarche ruineuse pour l’autorité.

Déjà  évoquée dans le passé, y compris à  la fin du règne de Jean Paul II, comme un geste de clémence, une main tendue, cette initiative suggérée et appuyée par le cardinal Dario Castrillon Hoyos fut en son temps vivement dénoncée par d’autres hauts responsables de la Curie(1).
Ces derniers soulignaient le caractère artificiel et fallacieux, dans la mesure o๠les intégristes, loin d’y percevoir un signe de miséricorde, ne manqueraient pas de la percevoir comme une première étape vers une pleine réhabilitation, comme si Rome se résignait enfin à  admettre que Mgr Lefebvre avait bel et bien eu raison ! Lors du consistoire de février 2006, la majorité des cardinaux avaient signifié au pape leur mise en garde concernant une main tendue aux intégristes. Parmi les cardinaux très rétifs à  une réconciliation sacrifiant les idéaux du Concile, il convient de citer l’Allemand Walter Kasper, les Italiens
Achille Silvestrini, Mario Francesco Pompedda, aujourd’hui décédé, et… Giovanni Battista Re, actuel préfet de la congrégation des évêques, lequel s’est résigné, sur ordre, et à  son coeur défendant, à  signer l’actuel décret de levée de l’excommunication. Le sort est parfois cruel.

Le pape contre le collège des cardinaux

Ce décret ne concerne que les quatre évêques, et se contente de les relever d’une peine canonique, sans pour autant leur donner un statut canonique.
Ils demeurent donc en état
d’ « apesanteur canonique » selon l’élégante formule que s’applique à  lui-même l’abbé Claude Barthe, ou si l’on veut être positif, en attente d’une régularisation ou d’une nomination.

En bon catholicisme, il n’est pas possible d’être évêque de « nulle part ». Rome estime, sans l’ombre d’un doute, que leur ordination épiscopale est valide, même si la consécration de 1988 est illicite. Cela veut dire que depuis leur sacre ces quatre évêques sont de vrais évêques, validement consacrés, et que leur réhabilitation n’exige donc pas leur réordination, fà»t-ce sous condition (comme on le fait en cas de doute).

Le lecteur actuel restera surpris et frustré par des distinguos relevant sans doute en bonne part d’une vision magique des sacrements. Valides, ces ordinations étaient-elles valables? Avaient-elles un sens théologiquement défendable et acceptable dans la mesure o๠elles consommaient une scission dans l’Eglise ? C’est toute la théologie des sacrements qui demanderait certainement une révision et même une réforme. D’un point de vue juridique tout-à -fait abstrait, cette levée de l’excommunication n’a pas d’effet immédiat pour la fraternité de Mgr Lefebvre.

Le pape contre la Tradition

L’ordination de ces 500 prêtres de la Fraternité est considérée comme valide par l’à‰glise catholique (il ne faudra pas en refaire une autre), mais illicite. Juridiquement, ils sont toujours « suspendus ». En allant à  la Fraternité Saint-Pie X, ils ont posé un acte sinon « schismatique » du moins, au minimum, de dissidence, et les sacrements qu’ils peuvent dispenser (baptême, communion¦) sont illicites. Sinon invalides quand ces mêmes sacrements dépendent de la licéité : c’est le cas du mariage et de la réconciliation o๠la régularité juridique conditionne la validité même.

Le décret de la congrégation des évêques justifie cette levée par une attitude positive du responsable de la Fraternité, Mgr Bernard Fellay, à  l’endroit du pape, qu’il considère avec dévotion filiale. L’évêque lefebvriste écrivait en effet, le 15 décembre, au nom de son courant :  » Nous sommes aussi toujours bien ancrés dans la volonté de rester catholiques et de mettre toutes nos forces au service de l’à‰glise de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est l’à‰glise catholique romaine. Nous acceptons son enseignement filialement. Nous croyons fermement à  la Primauté de Pierre et à  ses prérogatives, et c’est pourquoi la situation actuelle nous fait autant souffrir. La levée de l’excommunication s’inscrit dans une perspective d’intensification et d’amélioration des rapports entre Rome et la Fraternité : « Par cet acte nous désirons consolider les relations réciproques de confiance, intensifier et stabiliser les rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec ce Siège apostolique. Ce don de paix, au terme des célébrations de Noà«l, veut être aussi un signe de promotion de l’unité de l’à‰glise universelle dans la charité et permettre d’ôter le scandale de la division. Nous espérons que ce pas sera suivi de la prompte réalisation de la pleine communion avec l’à‰glise de toute la Fraternité Saint-Pie X, témoignant ainsi de sa vraie fidélité et de sa vraie reconnaissance du magistère et de l’autorité du pape par la preuve d’une unité visible ».

D’un point de vue théologique et ecclésiologique, ce texte pose indirectement de graves questions. En effet, il suppose une conception étroite et faussée du schisme comme étant la rupture avec le pape. Or, selon la grande tradition, le schisme est une scission dans l’Eglise, et par rapport à  son corps vivant. Preuve en est donnée par la possibilité d’un pape schismatique, reconnue par tous les docteurs catholiques. Or, si le schisme se définit uniquement par rapport à  la personne du pape, un pontife schismatique se séparerait en réalité…de lui-même ! (cf plus loin notre article à  ce sujet)

Le pape contre l’Eglise vivante

Dans la ligne de grande dérive autoritaire, consommée sans doute au Concile Vatican I exaltant le pape, l’argumentaire suppose une chose fausse : est schismatique qui désobéit au pape, alors que le schisme est constitué dès lors qu’il y a rupture avec le corps vivant de l’Eglise, y compris parfois de la part du pape. Benoît XVI n’en est peut-être pas très loin dans la mesure o๠il se coupe de plus en plus de l’assemblée des chrétiens en marche, en s’enfermant dans un imaginaire de pouvoir absolu et infaillible. Dans sa bulle, il se sépare des hommes et des femmes qui sont l’Eglise.

Cette mesure inopportune et imprudente, outre les conséquences désastreuses éventuelles, exprime une mauvaise vision de l’Eglise, toute pyramidale. En se séparant de l’assemblée des chrétiens, Mgr Lefebvre et ses épigones consommèrent un schisme. Le pape n’a pas autorité de l’absoudre car ce qui est en cause ce n’est pas la séparation avec lui mais la scission de l’Eglise dont il est pasteur mais qu’il ne résume pas à  lui tout seul, grâce au ciel. Benoît XVI devrait revoir l’histoire de l’Eglise et la théologie.

Il est vrai que très souvent, en voulant être ultra-orthodoxe, on finit par ne plus l’être du tout ! Ce qu’atteste également la dérive du courant intégriste, qui se veut d’une rectitude doctrinale absolue, au point de finalement s’en écarter. « Qui veut faire l’ange fait la bête », écrivait Pascal.

Golias

1. cf Golias n°79 «Les négociations secrètres entre Rome et Ecône»

L’écran de fumée de Mgr Simon (Clermont)

Intellectuel, respecté et redouté pour sa capacité à  argumenter et ses jugements incisifs, pasteur déterminé autant que souvent incommode,

Mgr Hippolyte Simon, 65 ans, archevêque de Clermont et actuel vice-président de la Conférence des évêques, nous surprend souvent par ses mises au point d’une rare pertinence. Ainsi, lorsqu’il cloua le bec à  l’abbé Christian Delorme semblant justifier le mépris des droits de l’homme (et de la femme) au nom du respect de la singularité de l’islam. Mgr de Clermont rappela alors les exigences minimales d’une éthique citoyenne qui fonde le « vivre ensemble ».
Sur un ton cassant et péremptoire, de façon étrangement décalée, ce prélat dont on sait néanmoins le peu d’affection que lui inspire le courant intégriste – belle litote- vient à  présent de rendre publique une étonnante lettre ouverte pour défendre… Benoît XVI, objet de moult critiques suite à  la levée des quatre excommunications.

Pour l’archevêque de Clermont : « Trop c’est trop ». Le prélat dénonce le déchaînement médiatique qui accablerait aujourd’hui le pape. Mgr Simon critique la confusion très grave entre la levée des excommunications et une réintégration à  part entière, ce qui est vrai en soi, mais ne saurait faire oublier
l’intention de Benoît XVI et la perspective dynamique “ si l’on ose dire dans le cas d’espèce – qui se dessine à  l’horizon. Hippolyte Simon entend donc blanchir le pape de toute collusion avec les intégristes. Là  encore, nul ne conteste que Joseph Ratzinger est indisposé par le simplisme théologique de la Fraternité St Pie X, et encore plus par des propos politiques insoutenables, sans même parler du négationnisme. Pour autant, comment éluder une certaine collusion objective dans le sens d’une défense intransigeante d’une conception rigide et absolutiste de la vérité, un peu vite confondue et identifiée avec ce que nous en comprenons, et surtout avec ce que l’Eglise impose aux hommes de penser. […] (lire l’article dans son intégralité dans Golias Hebdo n°66, disponible en téléchargement)

Les cinq graves erreurs de Benoît XVI

La décision de Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre prélats sacrés par Marcel Lefebvre en 1988 se présente comme choquante, dans la mesure o๠elle exprime le revirement de la « Rome actuelle » (pour parler comme les intégristes) par rapport à  Vatican II. Outre le scandale suscité par les propos négationnistes de l’un des quatre évêques consacrés, qui exigeraient à  l’évidence une sanction très sévère, faute de laquelle les excuses du pape ne seront guère convaincantes. Sur le fond, c’est une très grave erreur qui vient d’être commise, à  plusieurs niveaux.

Une erreur théologique, d’abord. En effet, le schisme se compose d’abord d’une scission de la communion de l’Eglise, avant d’être une désobéissance à  l’égard de la personne du pape. Le schisme est une rupture avec le corps vivant formé par l’assemblée chrétienne. C’est pourquoi, les déclarations, plus ou moins sincères, d’allégeance dévote à  la personne de l’évêque de Rome, de la part de ceux qui ne sont même pas ses diocésains, ne suffisent pas à  recoudre la tunique déchirée. Benoît XVI, se coupant lui-même de plus en plus de l’Eglise vivante par son intransigeance bornée et par le refuge qu’il semble chercher dans le retour à  un faste parfois carnavalesque de char de « Gay Pride » (le Pape est dans « sa bulle »), sans même parler de sa croisade anti-relativiste, perd de plus en plus toute crédibilité doctrinale à  défaut d’alimenter son Magistère de cet échange permanent qui doit circuler au sein de l' »ekklesia » christique et… trinitaire!
Une erreur canonique, car la levée d’une semblable peine supposait une évolution de fond quant à  la raison pour laquelle la condamnation a été portée, sauf si cette dernière devait être reconnue comme abusive ou invalide. Or, ce n’est pas le cas ! En 1988 déjà , l’archevêque rebelle Marcel Lefebvre multipliait les déclarations de soumission dans l’abstrait au Pontife romain.

Une erreur pastorale ensuite car le retour des uns pourrait bien s’accompagner de défections plus nombreuses. Prenant arbitrairement partie en faveur d’une frange extrémiste, arrogante, politisée et sectaire du catholicisme sociologique (et non de la communion ecclésiale), le pape Benoît épouse ainsi la logique de secte et de schisme qui ne peut au bout du compte que susciter d’autres initiatives de rupture, fà»t-ce en un sens diamétralement opposé.
Une erreur historique, car elle suppose que l’éloignement d’un grand nombre de nos contemporains du christianisme et surtout du catholicisme est une conséquence de certaines évolutions au sein de ce dernier, alors que c’est l’inverse qui est vrai. Si le monde se sécularise, si les églises se vident et si les candidats ne se bousculent guère aux portes des séminaires, c’est en raison, non du Concile, mais d’une crise (d’une mutation importante) globale de civilisation, dont les premiers soubresauts se situent très loin dans le temps, comme l’a bien analysé Paul Hazard, grand historien des mentalités. Le Concile, voulant un « aggiornamento » a cherché bien plutôt à  y répondre, peut-être avec une audace insuffisante, car beaucoup de compromis ont été faits en faveur des conservateurs de ce temps, et certainement « trop tard » car le train de la modernité et de la sécularisation était déjà  lancé.

Une erreur sociologique, car le très conservateur Joseph Ratzinger, effarouché par mai 68, ne sait lire les signes des temps que de façon arbitrairement négative. Un monde s’effondre ; un autre naît. L’arbre tombe, mais la forêt reverdit. A titre personnel, cela est excusable, mais alors quelle erreur fut celle de ceux qui lui confièrent les clés de Saint Pierre destinées à  ouvrir des portes et non à  bétonner des fenêtres. Incapable de dépasser certains schèmes mentaux rigides, l’intellectuel surévalué qu’est Joseph Ratzinger se contente d’oppositions binaires d’une affligeante indigence spéculative, opposant ainsi l’autonomie de l’homme et l’exaltation de Dieu, sans voir qu’il s’agit d’une problématique complexe, qu’il est envisageable d’articuler autrement, car la gloire de Dieu c’est l’homme vivant (dixit Irénée de Lyon tout de même).

En définitive, il était logique que le pape actuel en vienne à  cette réhabilitation, même partielle. Le mouvement profond de sa pensée, qui oriente ses initiatives diverses et variées déclinées petites touches par petites touches, est une fuite d’un monde qui devient de plus en plus mauvais, dans la ligne de l' »augustinisme » sensibilité religieuse pessimiste et incapable de faire confiance à  la nature et aux hommes.

Une sensibilité que ne renia jamais totalement le théologien Ratzinger, même à  ses heures d’ouverture et d’audace et avec laquelle il renoue de façon plus nette avec l’âge. C’est son point commun « théologique » avec l’intégrisme (au-delà  de sa sensibilité liturgique traditionnelle). La peur du monde et de la vie qui justifie une citadelle bien fortifiée et protectrice. Benoît XVI et ses nouveaux « graciés » oublient simplement que l’histoire n’a jamais connu de citadelle absolument imprenable et toujours inexpugnable. Une autre erreur.
Golias

Contrôle des activités financières : rien de sérieux n’a encore été fait

Dans un entretien au quotidien Le Monde du 13 janvier 2009, Valéry Giscard d’Estaing estime que la confiance dans l’économie ne se rétablira pas sans des réformes du système bancaire et financier. Et il pose les questions suivantes : « Pourquoi n’a-t-on pas encore réglementé les short sellings (la vente de produits qu’on ne détient pas) ? Pourquoi n’a-t-on pas encore décidé que les facilités excessives offertes depuis dix ans aux banques d’investissement ne sont pas transposables aux banques commerciales ? Il faut clairement indiquer que l’on met en ordre le système. Cela peut se faire durant cet hiver. » Le propos est sévère et désigne deux des problèmes majeurs de la sortie de crise : le contrôle des opérations financières et la spécialisation des banques. On s’en tiendra ici au problème du contrôle.

En France, les opérations financières sont contrôlées par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Créée en 2003 par fusion de la COB (Commission des opérations de Bourse) et du CMF (Conseil des marchés financiers), l’AMF est une autorité administrative indépendante comme la CNIL. Elle a son siège à  la Bourse de Paris et son nouveau président est l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires européennes Jean-Pierre Jouyet. Il est assisté d’un collège de 15 membres avec un secrétariat général qui dispose de services de contrôles et d’enquêtes.
Les sanctions sont renvoyées à  une commission interne, mais indépendante de 12 membres. Ainsi Les Echos du 14 janvier 2009 nous apprennent-ils que la société Fininfor et Associés Multigestion a été frappée d’une sanction pécuniaire de 50.000 Euros pour avoir en octobre dernier engagé des opérations avec une insuffisance de fonds propres et violé divers autres règlements. Ceci n’est qu’un exemple banal de son action.

La première fonction de l’Autorité des marchés financiers est de réglementer et de contrôler les opérations financières : introduction de sociétés en Bourse, augmentations de capital, différentes opérations de prise de contrôle, comme les OPA, les fusions ou les scissions de sociétés. Sa deuxième fonction est la régulation des marchés de l’épargne et de la Bourse. Elle donne les autorisations, fixe les règles et prononce les sanctions. Elle surveille Euronext, première société mondiale de cotation boursière issue de la Bourse de Paris et de sa fusion avec le New York Stock Exchange en 2007, ce qui illustre le degré avancé d’internationalisation du marché financier. Elle contrôle aussi les chambres de compensations qui opèrent sur les échanges au jour le jour entre banques. Si une chambre de compensation était instaurée, comme il le faudrait, pour l’immense marché financier de gré à  gré qui a une responsabilité majeure dans la présente crise financière, elle devrait aussi en avoir le contrôle. […] (lire l’article dans son intégralité dans Golias Hebdo n°66, disponible en téléchargement)

Hugues Puel

Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée

L’histoire de Job est connue. Un bon pratiquant, à  l’aise dans la vie matérielle et spirituelle est brusquement accablé par les malheurs de la vie : maladie, souffrances, chômage, abandon des proches et des amis¦

Il se rend aux réunions, aux colloques et célébrations, et se rebiffe face aux bonnes paroles de justifications qui y sont distillées. Il dit ses révoltes contre les malheurs qui l’accablent, contre la « religion », contre l’Eglise, contre Dieu¦ Au terme d’un parcours douloureux et critique, Job s’en remet à  la Parole de Celui qu’il interpellait sur les mystères du mal et de la souffrance. « Je sais que tu peux tout » 42,2.

Dans quelle séquence de l’histoire de Job sommes-nous ? La première lecture de ce dimanche nous situe dans les temps de révoltes et de pessimismes. Ce n’est ni le moment des loisirs ni celui d’une retraite paisible, mais d’une vie professionnelle pesante, de jours interminables, de dépressions et d’insomnies. Job expose son désarroi et son incompréhension. Ses interlocuteurs radotent la religion : « Si tu es dans cette situation d’épreuve, c’est à  cause de toi, de tes péchés ou des péchés des tiens. » Dieu peut-il être injuste ? Job estime que non. Il interpelle donc directement la justice et la bonté divine.

A la fin du Livre, le Seigneur répondra sans répondre dans un grondement d’ouragan. Job est mis en présence de Dieu et de ses oeuvres. L’homme ne fait pas le poids. L’écorché vif ne cherche plus à  justifier ses bonnes actions, il s’en remet au Seigneur. Comme ça¦ tel qu’il est, par-delà  ses doutes et ses certitudes.

« Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. » Souffrances et découragements : nous essayons de raisonner celui qui souffre ¦ Nous avons envie de fuir¦ Nous ne savons toujours pas que faire¦ ni que dire ! « Le soir n’en finit pas ! »

Jean Doussal

Les gisements de gaz naturel en mer de Gaza et l’invasion israélienne (1)

L’invasion militaire de la Bande de Gaza par les Forces israéliennes, est directement liée à  la possession et au contrôle de réserves stratégiques de gaz en mer. Une dimension du conflit passée complètement inaperçue. Golias Hebdo publie lapremière partie de cette analyse.

Il s’agit d’une guerre de conquête: on a découvert de vastes réserves de gaz au large du littoral de Gaza en 2002. Dans un accord signé en novembre 1999, l’Autorité palestinienne (AP) a garanti des droits de prospection de gaz et de pétrole d’une durée de 25 à  British Gas (BG Group) et son partenaire situé à  Athène Consolidated Contractors International Company(CCC), une propriété des familles libanaises Sabbagh et Koury. Ces droits sur les gisements de gaz en mer sont de 60 % pour British Gas, de 30 % pour Consolidated Contractors, et de 10 % pour le Fonds d’investissement palestinien. (Haaretz, 21 octobre 2007). L’accord AP-BG-CCC inclut l’exploitation des gisements et la construction d’un gazoduc. (Middle East Economic Digest, 5 janvier 2001). La licence de BG couvre toute la zone maritime située au large de Gaza, laquelle est contigà¼e à  plusieurs installations gazières israéliennes. Il convient de souligner que 60 % des réserves de gaz le long du littoral de Gaza et d’Israà«l appartient à  la Palestine. BG Group a foré deux puits en 2000 : Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2. British Gas estime que les réserves sont de l’ordre de 1,4 billions de pieds cubes, évaluées à  environ 4 milliards de dollars. Ce sont les chiffres publiés par British Gas. La dimension des réserves de gaz palestiniennes pourrait s’avérer largement supérieure.
La question de la souveraineté sur les gisements gaziers de Gaza est cruciale. D’un point de vue légal, ces réserves appartiennent à  la Palestine. La mort de Yasser Arafat, l’élection du gouvernement du Hamas, ainsi que la débâcle de l’Autorité Palestinienne ont permis à  Israà«l de prendre de facto le contrôle de ces réserves. British Gas (BG Group) a négocié avec le gouvernement de Tel-Aviv. En revanche, le gouvernement du Hamas n’a pas été consulté en ce qui a trait à  la prospection et l’exploitation des gisements gaziers.

L’élection du premier ministre Ariel Sharon en 2001 fut un tournant majeur dans cette affaire. à€ l’époque, la souveraineté de la Palestine sur les réserves gazières en mer était contestée à  la Cour suprême d’Israà«l. M. Sharon affirmait sans ambiguïté qu´« Israà«l n’achèterait jamais de gaz de la Palestine», suggérant ainsi que les réserves marines de Gaza appartenaient à  Israà«l. En 2003, Ariel Sharon a opposé son veto à  un premier accord, qui aurait permis à  British Gas d´approvisionner Israà«l en gaz naturel provenant des puits marins de Gaza. (The Independent, 19 aoà»t 2003). La victoire électorale du Hamas en 2006 a contribué à  la chute de l’Autorité Palestinienne, par conséquent confinée à  la Cisjordanie sous le régime mandataire de Mahmoud Abbas. En 2006, British Gas «était sur le point de signer un accord pour acheminer le gaz en à‰gypte. » (Times, 28 mai 2007). Selon les reportages, le premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair est intervenu pour le compte d’Israà«l pour faire capoter l’accord avec l’à‰gypte. […] Lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°65

Michel Chossudovsky

Olivier Clément, le chemin d’un juste

Penseur original et passionné, doté d’une vaste culture, très diversifiée, Olivier Clément vient de mourir à  l’âge de 87 ans. Il est connu, outre ses publications, pour avoir été l’un des interlocuteurs privilégiés du patriarche Athénagoras jadis, du frère Roger de Taizé, ou de Jean Paul II plus récemment. Ce dernier lui avait d’ailleurs confié, pour la semaine sainte 1998, la rédaction des méditations du Colisée, lues lors de l’office du portement de la croix le vendredi saint.

Issu d’un milieu déchristianisé, Olivier Clément s’était converti à  19 ans et reçut le baptême orthodoxe. Agrégé d’histoire, professeur au lycée Louis-le-Grand, il enseigna également la théologie à  l’Institut Saint-Serge. Plongeant dans la lecture et la méditation des Pères de l’Eglise, il savait avec pédagogie faire savourer la substantifique moelle spirituelle de leur enseignement. Pour lui, le message de feu de l’Evangile ne pouvait servir d’alibi pour des postures conservatrices ou dominatrices. Ce mystique dans l’âme cultivait au contraire un certain penchant libertaire jamais renié. […]

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