Un autre regard sur l’information !

Levée des excommunications : Mgr Vingt-Trois se dresse puis se couche…

Dans un premier temps,le président de la conférence épiscopale,Mgr Vingt-Trois,archevêque de Paris, s’est montré plà»tôt prudent par rapport à  la décision du pape de lever l’excommunication de évêques lefebvristes.

Dans un entretien à  radio Notre Dame, le 24 janier, il se demandait comment « les choses vont changer concrètement ». D’autant, poursuivait-il que « la levée de l »excommunication ne signifie pas qu’il soit possible d’être catholique en faisant un tri dans l’enseignement de l’Eglise, dans la doctrine,et le tradition de l’Eglise ». Et le cardinal de Paris d’insister lourdement : » des gens qui, pour la plupart, se présentent sincèrement comme des défenseurs de la tradition, se donnent le pouvoir magistériel de distinguer la bonne tradition de la mauvaise tradition. Mais un tel acte de discernement ne peut- être qu’ un acte d’ Eglise et pas celui d’un groupe particulier dans l’ Eglise « . Des propos à  l’évidence,eu égard à  la situation, pleins de sagesse et relativement courageux. Or,quelques heures après, au cours d’un point presse, Mgr Vingt- Trois analysait, in fine, la décision du pape comme « une ouverture » et que celle-ci la remplissait de joie ! Tout en reconnaissant au passage, il est vrai, que c’est « une secousse pour un grand nombre de catholiques », voire même que « c’était une arête difficile à  avaler mais que cela ne l’empêchait pas de continuer à  respirer ! ». Il confirmait aussi que le point principal de l’accord portait sur « la reconnaissance de la primauté du pape ». Bref, les questions doctrinales sur lesquelles pèse le schisme lefevriste, sont , elles, reléguées au magasin des accessoires liturgiques. En somme, le pape Benoît XVI vient d’inscrire un schisme dans le corps vivant de l’Eglise-Peuple de Dieu. Et face à  une telle dérive ecclésiologique et théologique, le président des évêques de France ne trouve pas mieux à  dire qu’il se réjouit de cette  » ouverture ». Mais au fait ,de quelle ouverture est- il question dans ce dossier ?

Un schisme au coeur de l’Eglise avec les Réintégristes lefebvristes

Benoît XVI a donc levé les excommunications prononcées en 1988 à  l’endroit des évêques sacrés par l’archevêque dissident Marcel Lefebvre, ainsi que nous l’annoncions le 13 novembre dernier dans Golias Hebdo n°54. Un décret serait déjà  signé par le pape et pourrait être notifié à  tous très prochainement.

Le décret de la levée des excommunications a été signé par le préfet de la congrégation pour les évêques, le cardinal Re, le 21 janvier et a été rendu public, trois jours après, le 24 de ce mois. Cette levée de l’excommunication est un premier pas décisif sur le chemin de la pleine et entière reconnaissance de la Fraternité Saint-Pie X .

Les Réintégristes «s’assoient» sur Vatican II

On sait que la Fraternité pose trois conditions essentielles à  une telle réconciliation.

En premier lieu, la liberté de célébrer l’ancienne messe et d’utiliser les anciens livres liturgiques ;

en deuxième lieu, la levée des excommunications ;

en troisième lieu, le désaveu de Vatican II .

Les deux premières conditions sont acquises. Reste à  présent la troisième, plus délicate, en raison de l’autorité d’un Concile oecuménique. Selon toute vraisemblance, les choses devraient prendre un peu plus de temps.

Néanmoins, un accord pourrait se dessiner, déjà  discuté en coulisse, consistant en fait à  mettre le Concile plus ou moins entre parenthèse, en relativisant son importance et en dénonçant par ailleurs sa mauvaise interprétation, lors même qu’il semble impossible que le Magistère se désavoue lui-même en contestant explicitement l’autorité de Vatican II . Des théologiens du courant intégriste comme l’abbé Grégoire Célier ou l’abbé Alain Lorans travailleraient déjà  en ce sens.

Ainsi, Mgr Fellay, le supérieur de la Fraternité, avec la morgue habituelle qu’on lui connaît, n’hésite-t-il pas à  déclarer dans son communiqué de « gratitude filiale » à  l’adresse du pape : « Nous sommes heureux que le décret du 21 janvier envisage comme nécessaires des « entretiens » qui permettront à  la Fraternité d’exposer les raisons doctrinales de fond qu’elle estime être à  l’origine des difficultés actuelles de l’à‰glise.» Un culot et une arrogance sans pareil, ressentis douloureusement par nombre de responsables à  la Curie romaine, y compris chez les plus modérés d’entre eux à  l’égard des Lebebvristes.

Et Mgr Fellay de poursuivre sa logique implacable de détenteur de la Vérité dans sa lettre adressée aux fidèles de la Fraternité : « Nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’ à  Vatican II au sujet duquel nous émettons des réserves. » Sous-entendu, on leur expliquera ce qu’est la vraie foi de l’à‰glise ! En réalité, le décret du 21 janvier est une réponse du pape à  une lettre précédente de Mgr Fellay, datée du 15 décembre dernier,que le supérieur de la Fraternité avait écrite au cardinal Castrillon Hoyos, président de la Commission Ecclesia Dei chargée des relations avec les traditionalistes. Dans son courrier, Mgr Fellay indiquait : « Nous acceptons ses enseignements (de l’à‰glise) avec un esprit filial. Nous croyons fermement à  la Primauté de Pierre et à  ses prérogatives, et pour ces raisons la situation actuelle nous fait souffrir. »

Benoît XVI prépare déjà  la suite

En somme, la seule véritable condition posée à  la levée des excommunications lefebvristes repose sur la seule obéissance au pape. Le reste, à  savoir le contenu théologique et dogmatique des Lefebvristes, passe au second plan et fera l’objet de discussions ultérieures !

Cette décision de Benoît XVI est inspirée par sa conviction qu’il est opportun de parvenir rapidement à  une réconciliation, pour faire front tous ensemble au relativisme et à  la sécularisation. Joseph Ratzinger estime en effet que la Fraternité Saint-Pie X a conservé la vraie foi et il apprécie son ancrage liturgique très traditionnel. Le pape est surtout convaincu que ces troupes de choc ne sont pas de trop pour mener une croisade qui se poursuit contre la modernité, en vue d’une restauration, à  tous les niveaux, d’un catholicisme intransigeant et triomphaliste.

Rome étudie pour l’avenir, dans la perspective de cette réconciliation, l’habit canonique à  concéder à  la Fraternité. Il est question de créer un ordinariat (une sorte de diocèse non territorial comme le diocèse aux armées ou l’ordinariat des fidèles d’un rite oriental) ou une prélature personnelle, comme l’est l’ Opus Dei (laquelle serait hostile à  cette idée, pour garder la prérogative, et s’y oppose à  Rome par l’intermédiaire de son représentant à  la Commission Ecclesia Dei, Mgr Fernando Ocariz). L’une des solutions serait la nomination, comme évêque, de l’actuel secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, du Luxembourgeois Camille Perl, bien en cour auprès de Joseph Ratzinger, qui deviendrait ainsi l’évêque de tous les clercs et fidèles laïcs de sensibilité traditionaliste.

On imagine déjà  les rivalités de compétence et les tensions avec beaucoup d’évêques locaux. Avec une certaine habileté stratégique, Ecône préfère, semble-t-il, pour le moment ne pas réagir et laisser monter les enchères, afin, bien entendu, d’obtenir plus à  l’arrivée. C’est de bonne guerre après tout. Quant aux « tradis » déjà  ralliés à  Rome, ils se sentent évidemment confortés par ce nouveau signe donné par le pape d’une réintégration prochaine de la « droite du Christ en dissidence« .

Des pénitents jamais repentis

En revanche, les catholiques d’ouverture s’inquiètent beaucoup et sont scandalisés. Absoudre des pénitents jamais repentis, et qui plus est, revendicatifs et déterminés à  avoir gain de cause, lors même que l’on persécute par ailleurs des théologiens, comme Roger Haight actuellement cible de l’inquisition romaine (cf Golias hebdo n°64), lors même qu’on oppose aux attentes de fidèles éprouvés (par exemple par une situation de divorce) la froide indifférence de l’arrogance doctrinaire, présente quelque chose de très choquant, et même de révoltant.

Deux prêtres encore jeunes, déçus par l’intransigeance montante de la hiérarchie catholique, s’interrogeaient il y a peu sur leur éventuel départ définitif d’un ministère dont ils se demandaient, non sans raison, s’il avait un avenir. Ils posaient comme condition de leur persévérance dans les ordres, le refus, jusqu’à  présent, du Vatican de tout concéder aux épigones de Mgr Lefebvre.

A présent, la coupe semble pleine. D’autant que les prises de position du président de la conférence épiscopale de France, l’archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, n’est pas faite pour rassurer ceux et celles qui, à  la base, dans les paroisses et les mouvements, se dépensent sans compter pour une à‰glise ouverte au monde et témoin d’un à‰vangile libérateur (voir plus loin notre article).

Comme par volonté inconsciente de provocation, le pape se montre sélectivement magnanime en la semaine de l’Unité des Chrétiens et juste cinquante ans après que Jean XXIII annonça le 25 janvier 1959, à  Saint-Paul-Hors-les- Murs, la tenue d’un nouveau Concile oecuménique. Précisément Vatican II . Comme s’il s’agissait de fermer enfin une parenthèse de cinquante années pour renouer avec un catholicisme pur et dur, changé, heureusement, par l’astucieuse naïveté d’un Pape au coeur d’enfant.

INDIGNE !

Il serait inexact, ou du moins fort incomplet, de présenter la mesure de clémence de Benoît XVI à  l’endroit des quatre évêques excommuniés par son prédécesseur comme une simple mesure de magnanimité.

Il s’agit aussi, et peut-être d’abord, de fermer une parenthèse, celle ouverte depuis l’annonce du concile Vatican II , parenthèse d’ouverture et de dialogue, rompant avec l’arrogance doctrinaire qui condamne et avec l’intransigeance d’une institution fermée au monde qui l’entoure.

Un cardinal italien (peut-être l’archevêque de Gênes Giuseppe Siri ou le vieux gardien du Saint Office Alfredo Ottaviani) aurait justement prédit le 25 janvier 1959, alors que le pape annonçait Vatican II :  » Il faudra cinquante ans pour réparer le quart d’heure de folie d’un Pape.  » Joseph Ratzinger s’en sera-t-il souvenu ?

Levant une sanction qui frappait les dissidents intégristes, Benoît XVI donne un signe éloquent de sa volonté de leur pleine réintégration dans la communion catholique. On rappellera au passage que d’autres catholiques n’ont, eux, jamais été réhabilités. Nous pensons en particulier à  l’abbé Loisy, aux revues condamnées ; ainsi que, plus proches de nous, aux mille théologiens que Joseph Ratzinger, alors en charge de l’orthodoxie romaine sous le pape Jean Paul II, a fait inquiéter sinon interdire par le Saint Office.

En levant l’excommunication de Lefebvristes, Benoît XVI espère ainsi contribuer à  une conjonction de toutes les forces intransigeantes contre la sécularisation et l’évolution du monde moderne. Trop conscient de la justesse du célèbre jugement  » tout royaume divisé contre lui-même périra « , il entend former un bloc identitaire, également défensif et conquérant, s’étendant de la galaxie traditionaliste au chemin néo-catéchuménal, en passant par les charismatiques et les conservateurs plus classiques.

Quant au Peuple de Dieu, il est désormais grandement éprouvé dans sa confiance en une hiérarchie qui n’ a de cesse de tourner le dos à  son travail pastoral au quotidien mais aussi à  son rêve d’une assemblée christique toujours plus en phase avec l’à‰vangile. Il est probable que ce blanc-seing accordé aux ennemis du Concile. En allant très loin, et sà»rement trop loin, le pape Benoît XVI a franchi les limites du supportable. Une situation extrêmement grave qui conduira de notre part à  un regain de résistance et à  la formulation, prochainement, de nouvelles propositions théologiques et ecclésiales pour affronter cette décision indigne.

En effet, elle inscrit au coeur de l’église un schisme ; les lefebvristes n’ayant rien lâché sur le fond.

GOLIAS

Open space : l’esclavagisme des temps modernes

Convivial, l’espace de bureaux ouverts ? Promus par le développement de la polyvalence et surtout par la volonté de réduire le nombre de mètres carrés utilisés, les open spaces sont le plus souvent générateurs de nuisances physiques et de tensions relationnelles. Et encore, les objectifs de rentabilité ne sont-ils pas clairement établis.

Open space, dans le jargon anglophone, un œespace ouvert qui désigne une organisation du milieu de travail en zone d’échange libre. Ou pour être plus précis, un plateau composé de bureaux non séparés les uns des autres. Tous les collaborateurs sont rassemblés dans une pièce unique œpour favoriser la communication et la convivialité. Bref, c’est la révolution du décloisonnement. Mais qu’en est-il réellement de ce modèle d’aménagement des espaces, en vogue depuis les années 80 o๠ils succèdent peu à  peu aux petits bureaux individuels ou partagés ?

A dix ou vingt personnes dans un open space, parfois jusqu’à  soixante-dix ou quatre-vingts, les dérapages sont inévitables. Nuisances sonores et visuelles, absence de confidentialité, tensions relationnelles… Améliorer la communication ? Tout le monde parle plus fort, car personne ne s’entend, et chacun dérange son voisin lorsqu’il téléphone. Et on ne parle pas des toux, éternuements et autres microbes baladeurs. Seuls les plus solides sont appelés à  survivre dans cet univers impitoyable.

Un travail à  la chaine nouvelle version

Deux personnes assises à  quelques mètres l’une de l’autre communiqueront-elles mieux que si elles devaient se rendre dans le bureau de l’autre ? La traduction spatiale de la réorganisation des services et l’intensification des synergies, pour reprendre un langage pompeux et hautement technocratique, un leurre qui cache une autre réalité : la volonté de réduire le nombre de mètres carrés, et diminuer les coà»ts et satisfaire au mieux les actionnaires. Et sans doute un autre aspect plus feutré, mais non moins incisif, qui vise à  briser individualisme et véritable réflexion commune qui pourrait déboucher sur une contestation. Ce qui est particulièrement mal venu dans le monde des affaires. […]

Lire l’article complet in Golias hebdo n°64

Le théologien Roger Haight mis à  l’index

Le père Roger Haight est connu dans le monde entier comme l’un des meilleurs spécialistes des religions non-chrétiennes. Ce théologien jésuite de 72 ans est une bête noire de Joseph Ratzinger qui lui reproche son « relativisme ».

En effet, Roger Haight estime que les religions non-chrétiennes peuvent également être canaux de la grâce et du salut, non comme seules causes occasionnelles (« à  l’occasion de » mais « non par elles-mêmes ») mais en elles-mêmes. Ce qui veut dire que le pluralisme des religions n’est pas un malheur ou une fatalité mais un bien voulu par Dieu ! C’est ainsi reconnaître non seulement qu’une personne peut se sanctifier et se sauver dans une religion non-chrétienne (et presque malgré elle !), mais encore par elle, ce que Rome refuse d’admettre. Il y a quatre ans déjà  le Père Haight reçut une instruction sévère et implacable de l’ex Saint-Office (rédigée dit-on par le secrétaire d’alors, l’archevêque salésien Angelo Amato) recavit pour son livre Jésus : symbole de Dieu. Le Vatican lui interdit alors de poursuivre son enseignement universitaire, sur place fort apprécié, à  la Western School of Theology de Cambridge dans le Massachusetts, dirigée par ses frères de la Compagnie de Jésus.

Interdit définitivement de publication et d’enseignement

Aujourd’hui, une nouvelle sanction, plus dure, frappe le père Haight. Tout au long de l’année dernière, en effet, des pourparlers se sont succédé entre les jésuites et la Curie romaine, car cette dernière entend véritablement « faire taire » ce théologien dérangeant. […]

Lire l’article complet in Golias hebdo n°64

Le prédicateur du Pape n’est pas du genre à  évoluer…

On sait combien le Vatican est hostile à  «la théorie du genre», très répandue dans les pays anglo-saxons, et selon laquelle, au-delà  de la détermination biologique des sexes, c’est un ensemble d’éléments culturels qui s’avère décisif, y compris l’orientation sexuelle.

Cette philosophie est développée en particulier par la psychanalyste Judith Butler. Elle conteste de façon radicale l’idée d’un ordre naturel et d’une loi naturelle. Le père capucin Raniero Cantalamessa, prédicateur de la maison pontificale (il prêche les exercices spirituels de la Curie), connu d’un vaste public pour son commentaire hebdomadaire de l’Evangile sur la Rai Uno, vient de prendre également position sur la question. Ce petit homme barbu et souriant, qui se range sur le fond du côté des conservateurs, a en effet déclaré que l’insistance sur « l’égale dignité des homosexuels et des transexuels a conduit à  des propositions folles, comme celle d’abolir la distinction des sexes et de la remplacer par la distinction des « genres » ou par la volonté de libérer la femme de l’esclavage de la maternité ». Pour lui, l’idéologie délétère du genre traduit une volonté de prendre la place de Dieu, tout aussi dangereuse que le marxisme de jadis. Né en 1934, le père Cantalamessa pourrait devenir cardinal lors d’un prochain consistoire (avec d’autres italiens, comme les archevêques de Palerme, Paolo Romeo, et de Florence, Giuseppe Betori, ainsi que deux ou trois chefs de dicastère de la même origine). Un signe que donnerait Benoît XVI à  une Italie qui lui reproche parfois, pour son style, de ne pas savoir faire « il Papa » !

Mgr Cattenoz fait le caté au collège !

Les saillies agressives de Mgr Cattenoz n’étonnent plus personne. La défense véhémente et intempestive (au point d’irriter les évêques français les plus conservateurs comme Mgr Eric Aumônier de Versailles) de la spécificité de l’école catholique, qui devrait selon lui se faire beaucoup moins accueillante et oecuménique, est le principal cheval de bataille de l’évêque d’Avignon.

Selon lui, en effet, l’école catholique a tout bonnement perdu son âme en acceptant la nomination des professeurs par l’Etat. Dans la revue Monde et Vie, de sensibilité traditionaliste, Mgr Cattenoz rapporte les résultats d’une expérience lancée par lui de catéchèse très prosélyte au sein d’une école catholique, mise en oeuvre par lui, initiative qui valut d’ailleurs au prélat d’être taxé par Le Figaro de « communautariste ». Comme il le précise de façon circonstanciée, au collège Saint-Gabriel de Valréas, Jean-Pierre Cattenoz a demandé qu’il y ait, une fois par semaine, une heure de transmission de la foi par classe. Cette année, il a commencé avec les sixièmes cette première évangélisation, dont il a tenu à  établir en personne le programme avec un professeur. On reconnaît sa façon très dirigiste de concevoir et de pratiquer la collaboration. La confiance règne.

« Ce n’est pas l’enfant qui doit être au centre de nos écoles, mais le Christ ».

Selon l’archevêque, en effet, « ce n’est pas l’enfant qui doit être au centre de nos écoles, mais le Christ ». Notons au demeurant que d’un point de vue strictement théologique, ce mot qui entend faire mouche est à  l’évidence inacceptable, car il oppose Dieu et l’homme, le Christ et l’enfant, alors qu’en christianisme authentique servir Dieu c’est permettre à  l’homme de vivre. Avec la gouaille qu’on lui connaît, l’archevêque Cattenoz enfonce le clou, comme si besoin était, et donnera à  ses frères dans l’épiscopat de futures sueurs froides :: « comme c’est l’Etat qui paie, nous n’avons plus le choix des professeurs. Le jour o๠nous l’avons accepté, nous avons vendu notre âme ! En revanche, je crois que nous devons avoir l’audace de renégocier d’autres types de contrat, qui permettraient de recevoir moins d’argent qu’aujourd’hui, mais en retrouvant la liberté de choix de nos professeurs. Si ça coà»te moins cher, l’Etat ne devrait pas y être insensible ! Mais le secrétariat général de l’enseignement catholique ne veut pas en entendre parler. » L’archevêque d’Avignon ravive ainsi un débat qui divise les évêques, même si majoritairement ces derniers refusent totalement d’envisager une telle perspective de repli identitaire. A Rome même, on commence aujourd’hui à  s’interroger sur les « gaffes » de ce prélat trop zélé, dont on aurait souhaité plus de diplomatie.

De Vatican II à  Vatican moins II

L’annonce le 25 janvier 1959, à  la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs de Rome, par le Pape Jean XXIII, de la tenue prochaine d’un nouveau Concile oecuménique, aux très vastes ambitions pastorales, fut un choc pour tous. Certains se réjouirent que ce bonhomme débonnaire, présenté comme un pape de transition, osât ainsi ouvrir toutes grandes les fenêtres sur le monde; d’autres, au contraire, comme les porporati traditionalistes de la Curie, dont le plus notoire d’entre eux, le cardinal Alfredo Ottaviani, regimbèrent et n’hésitèrent pas à  parler d’un quart d’heure de folie d’un pape aux conséquences incalculables.

Au-delà  du corpus de textes qui orne les bibliothèques ecclésiastiques, le second concile du Vatican constitua un grand tournant, que l’on aurait espéré décisif, de rupture avec l’intransigeance du passé en vue d’un dialogue plus ouvert avec le vaste monde. On peut, sans crainte, parler d’un immense espoir soulevé, d’un élan imprimé et d’un projet encore à  poursuivre.

Les lecteurs de Golias le savent bien, l’esprit d’ouverture n’est hélas plus guère de saison au Vatican, ni dans de nombreux palais épiscopaux. Comme par un déplorable effet de retour, pris de vertige en face d’un monde sécularisé et relativiste, certains, en nombre non négligeable, surtout au sommet du corps ecclésiastique (mais qui n’est pas toute l’Eglise !), entendent désormais faire machine arrière et promouvoir une restauration intransigeante aux traits certes diversifiés. Plus encore, des prélats de la stature du cardinal dominicain Christoph Schà¶nborn, archevêque de Vienne et présenté comme un successeur crédible de Benoît XVI, n’hésitent pas à  critiquer leurs aînés dans la charge épiscopale, trop laxistes et trop peu coura-geux, selon eux, dans la défense des valeurs morales catholiques en opposition avec les dérives de la modernité.

Officiellement, il n’est certes pas autorisé de s’opposer à  Vatican II, mais au travers d’une distinction quelque peu fallacieuse entre l’esprit et la lettre du Concile, c’est une vaste entreprise de réinterprétation qui est mise en oeuvre, afin de gommer les aspects novateurs et de recouvrir les pierres d’attente. Après tout, les archives du Concile nous montrent que Mgr Marcel Lefebvre lui-même signa les textes de Vatican II, tant ces derniers avaient été comme « neutralisés » par les concessions faites à  la minorité conservatrice. Ce sont des textes
de compromis qui ont surtout pour mérite d’ouvrir des voies qu’il faut à  présent emprunter avec plus d’audace.

En effet, comme le note Otto Hermann Pesch, philosophe et théologien allemand :  » C’est arrivé rarement dans l’histoire de l’à‰glise qu’une minorité même pas qualifiée soit traitée dans un concile si attentivement, si sensiblement, en acceptant des contradictions et des ambiguïtés dans les formulations des textes conciliaires imposées par celle-ci. Et tout aussi rarement cette minorité, devenue désinvolte “ pour ne pas dire insolente et effrontée “ a profité de l’ambiguïté des textes conciliaires pour s’imposer sur la claire volonté de la plupart des représentants de l’à‰glise mondiale à  travers l’usage des voies traditionnelles. »
Une lecture statique et figée de Vatican II, oubliant l’événement au nom de sa sédimentation officielle en Actes incontestables, se privant ainsi en définitive de toute compréhension de sa signification véritable. Faute de bien vouloir saluer son intention au-delà  des textes mêmes, celle qui dit « le Concile et rien que le Concile », conduit à  une impasse et favorise un retour à  la mentalité pré-conciliaire. […]

Lire l’article complet in Golias Hebdo n°64

Ne rien lâcher !

Le 25 janvier 1959, à  la plus grande surprise des vénérables cardinaux présents, le bon pape Jean XXIII annonça la prochaine tenue d’un nouveau Concile oecuménique.

Celui de Vatican I avait été interrompu, inachevé, suite à  l’invasion de Rome par les troupes du roi Victor-Emmanuel. Pie XI avait envisagé d’en convoquer un nouveau, mais y renonça tant l’entreprise semblait vaste et incertaine. Il fallut l’audace d’un vieillard malicieux au coeur d’enfant pour entreprendre une telle réforme de l’Eglise. Angelo Giuseppe Roncalli, septuagénaire débonnaire autant que lucide, osa enfin mettre à  l’ordre du jour l’ouverture des fenêtres que son successeur d’aujourd’hui entend refermer. L’élan réformateur et l’esprit d’ouverture ne seraient-ils donc plus de saison ?

Nous osons espérer que cette parenthèse intransigeante, ce retour à  un passé révolu et à  une posture défensive, constituent non pas un courant de fond pour l’avenir mais un effet de retour, certes significatif et inquiétant, mais secondaire en face de la marche du monde. Il dépend aussi de nous qu’il en soit ainsi, car l’avenir s’invente à  la base et sur les marges, c’est à  dire au coeur de l’ecclesia. Le pire serait de se laisser décourager par l’évolution (ou involution) de la hiérarchie actuelle et de succomber à  la résignation. Peut-être la pire de toutes les tentations. La balle est donc dans le camp des femmes et des hommes d’ouverture. A eux d’avancer de nouvelles propositions, même si le climat ambiant ne s’y prête guère. […]

Lire l’article complet in Golias Hebdo n°64

Salvador : le nouvel archevêque efface la mémoire de Mgr Romero

Le pape a nommé juste après les fêtes de Noà«l un nouvel archevêque au Salvador pour remplacer l’opusdéiste Fernando Saenz Lacalle, ultra-conservateur, atteint par la limite d’âge. Le nouveau pasteur de la capitale salvadorienne est un jeune évêque de 49 ans, Mgr José Luis Escobar Alas. Contrairement à  son prédécesseur, il n’appartient pas à  l’oeuvre (Opus Dei) et est natif du Salvador même (Mgr Saenz était d’origine espagnole). Pourtant, sur le fond, le nouvel archevêque s’inscrit dans la même ligne intransigeante et répressive. Il a d’ailleurs été choisi comme évêque sur les conseils de l’archevêque Saenz.

On se souvient pourtant qu’au début de l’année 2008, 285 prêtres du Salvador avaient exprimé dans une lettre adressée au cardinal Giovanni Battista Re, le préfet de la congrégation des évêques, un modéré, leur souhait de voir nommé à  San Salvador un pasteur d’ouverture, sensible à  la situation pastorale et aux attentes de la base. Ils redoutaient le parachutage d’un prélat d’esprit romain, cherchant à  imposer à  tous une soumission infantilisante aux directives du Vatican. Hélas, ils n’ont été guère entendus derrière les épais murs des palais apostoliques. C’est le candidat de l’archevêque retraité Saenz qui fut choisi.
On se souvient du choc provoqué en 1995 par la désignation d’un évêque espagnol de l’Opus Dei, aumônier et officier de l’armée salvadorienne, ouvertement proche de l’extrême-droite, pour remplacer Mgr Arturo Rivera y Damas, un salésien chaleureux et d’esprit très évangélique, héritier spirituel du courageux Mgr Oscar Romero, évêque martyr. Cette fois, la réaction est en fait mitigée : le nouvel archevêque est un peu mieux accepté que son prédécesseur, même s’il poursuivra la même politique ecclésiale très conservatrice.
La déception tient aussi au refus du Vatican de nommer archevêque Mgr Gregorio Rosa Chavez, 66 ans, auxiliaire de San Salvador et qui incarne la ligne d’engagement et de témoignage s’inspirant de Mgr Romero. Figure estimée, Mgr Rosa Chavez, classique par ailleurs à  titre personnel sur les questions théologiques, se montre néanmoins très ouvert à  l’expérience des communautés de base et aux options des théologiens de la Libération. Ce qui déplaît fortement à  Benoît XVI !

Pour mieux situer la personnalité du nouvel archevêque, Mgr Escobar Alas, il faut se souvenir qu’il était depuis trois ans évêque de San Vicente, le diocèse salvadorien le plus marqué à  droite. En effet, les deux prédécesseurs de Mgr Escobar furent très réactionnaires en leur temps : Mgr Oscar Arnoldo Aparicio Quintanilla, surnommé « Tamagas » par le peuple du nom d’un …serpent venimeux, dénonça souvent à  Rome les archevêques Chavez et Romero pour leur engagement au service des pauvres ; Mgr José Oscar Barahona Castillo, quant à  lui, son successeur, est également connu pour son implacable hostilité au courant de la théologie de la Libération. […]

Lire l’article complet in Golias hebdo n°64

Follow us on Social Media