Un autre regard sur l’information !

Gaza : les crimes de guerre d’Israà«l

L’offensive contre la Bande de Gaza bafoue intégralement le droit international et le droit humanitaire. Malgré le fragile cesse-le-feu de ces derniers jours, Israà«l est et reste une puissance occupante au regard du droit international et est donc tenu à  ses obligations de puissance occupante selon le droit coutumier international et la Quatrième Convention de Genève.

Comme le prouvent les évènements actuels, la Bande de Gaza reste soumise au contrôle effectif de l’armée israélienne qui entre dans la bande de Gaza comme elle le veut. Par ailleurs, Israà«l a toujours le contrôle total de l’espace aérien et des frontières maritimes et terrestres. Comme puissance occupante, Israà«l est tenu d’assurer le bien-être des populations occupées en matière de santé, d’éducation et d’approvisionnement.

Or, depuis dix-neuf jours, l’armée israélienne s’en prend systématiquement à  la population civile. Le bilan actuel est de 1000 tués (dont un tiers d’enfants) et plus de 4 000 blessés. De sources internationales (CICR, UNRWA), 40 % des victimes sont des femmes et des enfants et tous les témoignages concordent pour dire que ce sont essentiellement les civils qui sont touchés. Des quartiers entiers sont vidés de leurs habitants, des maisons sont démolies, les hôpitaux sont incapables de prendre en charge tous les blessés et encore moins les malades, l’eau et l’électricité font défaut, les agences internationales sont empêchées de faire leur travail.

En contravention avec la IVe Convention de Genève, Israà«l empêche la fourniture de médicaments et de vivres. En effet, outre que les quelques camions qui ont pu entrer ne peuvent subvenir aux besoins de la population (1.500.000 personnes) qui dépendait déjà  à  80 % de l’aide humanitaire, les agences internationales sont empêchées de faire la distribution : leurs convois ont été attaqués par l’armée israélienne, tuant déjà  deux personnes. […]

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L’indépendance de la justice en cause

Au-delà  de ses conséquences sur le fonctionnement quotidien de la justice pénale, l’attitude adoptée par le président de la République, le ton « conquérant d’empire », le mépris manifesté face au législatif, cet autre pouvoir sur lequel reposent nos institutions, concourent, hélas, à  faire de son discours à  la cour de cassation une déclaration de guerre aux institutions du pays.

Quel besoin avait-il, en respectant aussi peu les formes et les institutions, à  l’heure o๠le Sénat se rebelle d’avoir été mis devant le fait accompli avec la loi sur la publicité à  la télévision, d’annoncer dans le même temps une décision touchant à  un élément symbolique de l’organisation judiciaire française tout en annonçant qu’il y aurait, bien entendu, une concertation. C’est proprement se moquer de son public et du pays tout entier et se décrédibiliser en même temps. Avoir une majorité confortable à  la Chambre des députés ne signifie pas obligatoirement que l’on peut tout faire et considérer sa propre majorité comme un corps de valets aux ordres du Prince. On peut toujours espérer que le sens de l’honneur subsiste encore au Palais Bourbon, même dans les rangs de l’UMP. Quant au Sénat c’est encore une autre
histoire !

De multiples contributions vont être publiées dans les jours qui viennent sur cette nouvelle foucade du président de la République qui n’en est pas à  une improvisation près. André Valini (PS), président de la commission constituée après le désastre d’Outreau, rappelle avec force que cette commission avait souhaité que soit mise en place une collégialité de trois juges « pour remédier à  la solitude d’un magistrat souvent inexpérimenté » ajoutant la collégialité votée par le Parlement, se met en place, et Nicolas Sarkozy annonce brutalement que tout ça est annulé ! Curieuse façon de revaloriser le travail parlementaire que de rayer d’un trait de plume celui d’une commission qui avait travaillé dans le consensus et suscité l’intérêt de millions de Français. Comment les députés UMP de la commission Outreau favorables au maintien de l’instruction à  la française vont-ils justifier leur revirement ?

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Deux journalistes refusent la Légion d’honneur : pas folles les guêpes !

Le 9 janvier dernier, deux journalistes féminines ont refusé la légion d’honneur. Cette réaction intervient au moment de la clôture des  » états généraux de la presse « , commandés par le président de la République, et du sondage annuel de La Croix sur la crédibilité des journalistes, jugés traditionnellement peu indépendants.

Ces deux journalistes sont : Marie-à‰ve Malouines, chef du service politique de France-info ; et Françoise Fressoz, chef du service Europe-France du Monde. Elles sont en passe de bousculer voire briser le consensus tacitement adopté par les journalistes en France. Ce consensus suppose que la décoration est délivrée par-delà  toute considération de politique politicienne, qu’elle est donc purement méritocratique. Autrement dit, cet  » honneur  » ne sanctionnerait ni une soumission antérieure ni un promesse de soumission.

L’enjeu est de taille pour les journalistes, pour lesquels rien n’est plus important que la dimension symbolique de leur activité. Par  » symbolique « , on entend ce qui concerne les représentations (tant sociales que mentales), les croyances, les mythes. Concrètement : le prestige, la fierté, la crédibilité, l’image, la réputation.
On sait que ce qu’on apprend dans les écoles de journalisme, c’est non pas d’être dans la véracité mais dans le vraisemblable. Aussi est-il primordial pour les journalistes dominants de participer aux débats publics pour élaborer et imposer une image sociale valorisante en phase avec leurs mythes, dont les plus éminents sont l’objectivité et la liberté.

C’est pourquoi ce double refus, qui semble concerté, ne peut que poser problème à  celles et ceux qui n’ont pas vu de malice à  accepter cette  » distinction « . Il met ces derniers en situation d’être soupçonnés de ne pas être indépendants. Conscientes de cela, les deux journalistes se sont efforcées de rassurer en précisant qu’elles ne jetaient pas la pierre à  leurs confrères et consoeurs. Cette stratégie de dénégation anticipée vise à  ne pas apparaître comme de mauvaises camarades.

En effet, quiconque brise un tabou ou une omerta risque d’être banni à  terme.

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Un article ahurissant de l’Osservatore Romano sur la pilule !

Le Vatican semble s’être ridiculisé, y compris auprès de ceux qui se montrent proches de ses positions, en fustigeant les méfaits supposés de la pilule contraceptive tant au plan personnel pour la femme qui l’ingurgite qu’au plan écologique dans la mesure o๠l’urine de la femme ayant ingurgité la fameuse pilule contraceptive infecte tout l’environnement.

L’Osservatore Romano a en effet publié un article de l’espagnol José Maria Simon Castellvi, président de la Fédération internationale des associations médicales catholiques, tentant d’établir toutes les conséquences désastreuses de la pilule. Y compris l’infertilité masculine par le biais de nourriture contaminée par les hormones ainsi répandues par les mictions des femmes les ayant absorbées. En effet, ces hormones baladeuses et éparses seraient l’une des causes de la pollution expliquant que l’homme ait désormais moins de spermatozoïdes.
Le catalogue des maux supposés provoqués par la pilule contraceptive vise à  justifier la conviction de Castellvi selon laquelle « Humanae Vitae » interdisant la pilule, serait en fait une encyclique prophétique et salutaire, y compris pour la santé publique et pour la défense de l’environnement. A l’inverse, l’idéologie libertaire aurait donc été néfaste, non seulement pour les âmes mais encore pour les corps et aussi pour l’environnement.

Synode : la colère d’un archevêque africain

Mgr Buti Joseph Tlhagale, archevêque de Johannesburg, exprime son inquiétude lors d’un entretien accordé à  la revue missionnaire Nigrizia au sujet du Synode pour l’Afrique prévu en octobre 2009 à  Rome et qui, selon lui, risque d’être très peu africain.

Pour ce prélat, en effet, l’Assemblée synodale aurait dà» au contraire se tenir sur le continent africain. De fait, l’archevêque de Johannesbourg ne critique pas seulement le lieu du Synode mais aussi son contenu à  travers les  » lineamenta  » (travaux préparatoires) présentés en 2006. Mgr Buti Joseph Tlhagale pointe en particulier l’exclusion de thèmes qui sont pourtant brà»lants comme celui de l’obligation du célibat pour les prêtres. Qui plus est, les évêques ne jouiront que d’un temps très limité d’intervention (5 minutes) au risque d’être ainsi neutralisés dans les propos dérangeants qu’ils pourraient avoir à  coeur de tenir. Le Vatican se montre de façon générale de plus en plus rétif à  toute idée d’inculturation. Celui-ci entend imposer partout un modèle romain conservateur, discrédité pourtant en Europe occidentale. A la curie, actuellement, il n’y a d’ailleurs plus aucun chef de dicastère africain. alors que sous Jean Paul II on en comptait deux : l’anglophone Francis Arinze et le francophone Bernardin Gantin.

Benoît XVI pourrait cependant promouvoir à  la tête d’un dicastère romain l’archevêque Robert Sarah, secrétaire de la congrégation pour l’évangélisation des peuples, ou faire venir à  Rome l’un des deux cardinaux suivants, plus romains que les romains, et qui tendent à  émerger comme possibles papabili noirs : Policarp Pengo de Tanzanie et Théodore-Adrien Sarr du Sénégal.

Le dimanche renvoyé aux calendes grecques

Le 17 décembre 2008, pendant qu’à  Strasbourg les parlementaires européens votaient à  une large majorité (421 pour, 273 contre) la suppression de l’opt out (possibilité de déroger aux 48 heures maximum hebdomadaire), les députés français s’apprêtaient à  examiner un projet de loi sur la libéralisation du travail dominical¦

Le travail du dimanche était une promesse de campagne du candidat Sarkozy. On comprend mieux pourquoi l’omni-président tient tant à  cette mesure symbolique. Elle participe du fameux leurre :  » travailler plus pour gagner plus « . La libéralisation du travail dominical a créé un front du refus qui va de Martine Aubry à  Philippe de Villiers, des responsables syndicaux à  l’archevêque de Paris, tous ont dit leur désaccord sur la suppression du repos dominical.
Les partenaires sociaux n’ont pas été consultés comme l’oblige la loi de janvier 2007 sur le dialogue social. Le président du Sénat a exprimé ses réticences  » en termes de protection et du droit du travail  » et enfin une soixantaine de députés de la majorité ont dit dans un appel ( » Touche pas à  mon dimanche « ) leur opposition à  cette loi. Craignant une débandade des parlementaires de sa majorité et une volée d’amendements de l’opposition (plus de 7000), le gouvernement a préféré, dans un premier temps, renvoyer à  la mi-janvier 2009 l’examen du texte par l’Assemblée nationale.

Si ce projet de loi rencontre une telle opposition, qui va bien au-delà  des clivages traditionnels, c’est qu’il touche à  un enjeu de société. Il faut en effet choisir quelles valeurs on privilégie : celles de la vie sociale et familiale ou celles du mercantilisme et de l’individualisme absolu soutenues par Nicolas Sarkozy. Une majorité des Français, selon les sondages, est également hostile à  la banalisation du travail le dimanche. De fait, la déréglementation de la durée du travail est devenue un sujet sensible chez les salariés français. Selon le ministère du Travail1, la cause de conflit qui a connu la plus forte progression entre 2002 et 2004 (comparé à  la période 1996-1998) est le refus des heures supplémentaires ; c’est également la deuxième cause de conflit !
Malgré l’entêtement présidentiel, l’examen du projet de loi été reporté sine die ; sans doute pour éviter un fiasco législatif ainsi qu’une nouvelle mobilisation de toutes les organisations syndicales et religieuses.

Les députés européens font sauter l’exception britannique de l’opt out
La possibilité, appelée opt out, pour un employeur européen de déroger à  la limite légale de 48 heures hebdomadaires était fermement défendue par le Royaume-Uni qui l’a obtenue en 1993. Actuellement, quinze états membres de l’Union européenne utilisent cette clause.

En soutenant le rapport sur le temps de travail et en votant les amendements d’Alejandro Cercas (parti socialiste espagnol), le Parlement européen a exprimé son désaccord avec le Conseil et les 27 ministres de l’Union européenne chargés des Affaires sociales. Le 26 juin 2008, le ministre français du Travail, Xavier Bertrand, n’était pas favorable au maintien de l’opt out. Pourtant, le 17 décembre 2008, le ministre et futur secrétaire général de l’UMP a changé de cap (projet de travail dominical oblige ?¦) et a soutenu le maintien de la directive sur l’opt out.

L’ensemble des organisations syndicales françaises membres de la Confédération Européenne des syndicats avait écrit aux députés européens français pour leur demander de voter contre la directive. Le 16 décembre, la veille du vote, une manifestation à  l’appel de la Confédération contre le maintien et la prolifération des  » opt outs  » rassemblait plusieurs milliers de salariés européens à  Bruxelles.

Cette campagne de lobbying a payé puisque le Parlement européen a également voté pour que l’ensemble des temps de garde (qui concernent principalement les professions médicales) soit considéré comme du temps de travail. Toutefois, la directive sur le temps de travail doit maintenant suivre une procédure de conciliation (négociation) entre le Parlement et le Conseil pour parvenir à  un accord.

1. à‰tude Relations professionnelles et négociations d’entreprise, synthèse des enquêtes menées par la DARES.

Gaza : massacre d’une ville martyre

Combien de morts et de blessés faudra-t-il pour que la communauté internationale se décide à  imposer l’arrêt du massacre ? Comment croire que le gouvernement israélien ne fait la guerre qu’au Hamas quand trois écoles de l’UNRWA (l’organisme des Nations Unies destiné à  venir en aide aux réfugiés palestiniens) sont bombardées, le même jour, 6 janvier ? D’autant que l’UNRWA précise avoir communiqué à  l’armée israélienne l’emplacement exact de ses écoles pour éviter cela ? De surcroît, la Croix-Rouge indique que ses ambulances sont visées, à  la sortie des hôpitaux, par les hélicoptères d’assaut Apache ; les trois cliniques mobiles danoises ont été également mitraillées. N’est-ce pas du terrorisme d’à‰tat ?

Hélas, ce n’est pas tout. Il se confirme que l’aviation israélienne utilise, depuis le premier jour, des bombes GBU-39. Or ces bombes de 93 kgs, à  haute performance, contiennent une cinquantaine de kgs d’uranium appauvri ; ce qui permet de percer au moins 90 cm de béton armé ou plusieurs mètres de terre avant d’exploser.

Mais on connait les conséquences humaines de l’utilisation des bombes à  uranium appauvri, déjà  expérimentées en Afghanistan et en Irak : cancers, malformations congénitales, maladies du système immunitaire. Compte tenu de l’exiguïté du territoire de Gaza et de la surpopulation, la contamination de l’atmosphère mais aussi des sols et du sous-sol aura des effets catastrophiques à  long terme. Crime de guerre ou crime contre l’humanité ?

Si l’on songe que la surpopulation de Gaza est liée à  l’afflux de réfugiés palestiniens qui, en 1948, ont été obligés de fuir ce qui devint l’à‰tat d’Israà«l, on mesure les tragédies répétées qui s’abattent sur cette population depuis soixante ans.

L’évacuation des colonies israéliennes de Gaza, décidée par Ariel Sharon, pouvait être le prélude à  une vie nouvelle. Mais la politique israélienne a fait de Gaza une prison à  ciel ouvert : interdiction pour les Gazaouis d’aller travailler en Israà«l, fermeture des points de passage vers Israà«l et vers l’à‰gypte, destruction de l’aéroport de Gaza, abandon du projet de construction d’un grand port puisque la marine israélienne interdit tout accès maritime. L’économie de Gaza a donc été asphyxiée et une part de plus en plus importante de la population n’a pu survivre que grâce à  l’aide distribuée par l’UNRWA.

On doit aussi souligner la honteuse complicité du gouvernement égyptien qui ferme hermétiquement sa frontière avec Gaza, au moment o๠1,5 millions d’êtres humains sont soumis au traitement inhumain que l’on sait. Toute population civile fuit la zone des combats ; or, de Gaza, toute fuite est impossible ! Imaginez les nuits sans sommeil à  cause du bruit des bombes, sans électricité, dans le froid (il fait autour de 0° en ce moment, à  Gaza), la pénurie de ravitaillement et d’eau, les familles ne sachant o๠aller quand leurs maisons sont détruites, le traumatisme des enfants…

On s’interroge sur les intentions réelles du gouvernement israélien.

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Les chrétiens face à  la tragédie de Gaza

Les « Eglises Chrétiennes de France » ont lancé un message, en vérité assez convenu, très neutre et plus que prudent, sur la situation à  Gaza. Au Vatican, la diplomatie du Saint-Siège tangue entre les déclarations fracassantes de Mgr Martino (Justice et Paix) et tièdes du pape Benoît XVI. Heureusement, les chrétiens à  la base réagissent de manière vigoureuse à  l’image du réseau Pax Christi et de l’Action catholique ouvrière (ACO).

Pour les «églises chrétiennes», les trois autorités qui s’engagent (façon de parler) sont le cardinal André Vingt-Trois en qualité de président de la conférence épiscopale, le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante et le métropolite Emmanuel représentant les orthodoxes. Cette prudence feutrée tient en bonne part à  la crainte de jeter de l’huile sur le feu, mais aussi à  la pression de groupes chrétiens, par exemple dans le cadre des amitiés judéo-chrétiennes, enclins à  se montrer très favorables à  Israà«l et à  excuser un peu facilement sa politique criminelle.

En revanche, beaucoup d’observateurs ont été frappés par les propos libres, éclairés et audacieux du porte-parole Federico Lombardi : « L’acharnement d’Israà«l à  Gaza a renforcé la répugnance mondiale envers ce régime. » Le père jésuite Lombardi a ajouté qu’il était surpris de l’ampleur, de la violence et du caractère criminel des raids israéliens, sans se faire d’illusions sur un changement de stratégie de Tel-Aviv. Après les propos lucides et courageux de son porte-parole Lombardi, Benoît XVI est apparu bien, quant à  lui, en retrait. En effet, lors de l’Angelus, il s’est armé de prudence, renvoyant l’un et l’autre des protagonistes à  sa conscience et à  l’impératif moral de faire la paix et de combattre la violence.

En contrepoint, le cardinal italien de curie, Renato Raffaele Martino, a pris une position très forte qui inquiète les diplomates de la Secrétairerie d’état, avec un vrai courage à  saluer. Selon lui, en effet, Gaza « ressemble de plus en plus à  un camp de concentration ». Il n’entend certes pas légitimer la violence terroriste qui se déploie mais il ne peut taire son indignation face à  la situation qui la provoque (même si elle ne la justifie évidemment pas).

Sur le terrain, les réseaux chrétiens s’activent. Ainsi, dans un appel lancé la veille de la Journée mondiale pour la paix (1er janvier 2009), le réseau Pax Christi dénonce avec vigueur le massacre en cours à  Gaza : « Assez de sang et de larmes à  Gaza. Aucune raison politique ne saurait justifier le sang et les larmes des innocents, de quelque nationalité qu’ils soient. Nous adjurons monsieur Ehoud Olmert, Premier ministre de l’Etat d’Israà«l, nous adjurons monsieur Ismaïl Hanyeh, responsable du Hamas, d’arrêter «le massacre», de mettre fin à  une escalade dont le seul résultat est la ruine, la souffrance et la mort. Nous adjurons la communauté internationale de ne pas se réfugier dans les discours inefficaces et les faux-fuyants, et d’intervenir dans ce face-à -face meurtrier. Il est inacceptable que soit dénié à  un peuple le droit à  la reconnaissance et à  la sécurité. Il est encore plus inacceptable que des hommes, des femmes et des enfants innocents meurent sans raison. Quelles que soient les responsabilités des uns et des autres, les acteurs de cette tragédie auront à  rendre compte devant leur Dieu de leur aveuglement et de leur cynisme. Il n’y a pas d’autre manière de signifier une volonté de paix que de s’asseoir à  une table de dialogue et de négociation. »

Quant à  l’Action catholique ouvrière (ACO), elle n’hésite pas non plus à  publier sur son site internet un communiqué engagé intitulé «Gaza : pas de paix sans justice !» qui rompt avec le discours très terne et feutré des autorités religieuses : « Membres de l’Action catholique ouvrière, nous ne pouvons pas nous taire, ni rester impassibles face à  ce qui se passe aujourd’hui en Palestine. Si les tirs de roquettes du Hamas contre des villes israéliennes sont inacceptables, la riposte de l’à‰tat hébreu, par sa disproportion, est encore plus intolérable. Depuis de nombreuses années, au mépris de toutes les conventions internationales et avec la complicité de l’Occident, Israà«l inflige aux Palestiniens humiliation, souffrance et désespoir. Le refus des dirigeants israéliens et occidentaux de discuter avec le Hamas a conduit à  cette impasse de guerre. La violence des attaques de l’armée israélienne touche principalement la population civile de Gaza, qui paie un lourd tribut, alors même qu’elle subit un terrible blocus depuis dix-huit mois. Nous refusons toute logique de haine. Des Israéliens souffrent aussi de ce conflit. Et nous savons que des Israéliens et des Palestiniens luttent, ensemble et chacun dans leur camp, pour la paix et la justice. Car il n’y a pas de paix possible sans justice. Par notre engagement dans les combats militants et parce que nous croyons que Jésus-Christ nous appelle à  bâtir un monde de fraternité, de justice et de paix, nous marquons notre solidarité avec le peuple palestinien et nous soutenons l’action de tous les artisans de paix au Proche-Orient. »

Un message clair, là  aussi, qui fait l’honneur de l’église.

Israà«l sans cesse au-dessus des lois

Tous, nous avons entendu la même petite musique diffusée, en guise d’information, par nos médias :  » Israà«l mène la guerre contre le Hamas, organisation terroriste ; c’est d’ailleurs le Hamas qui n’a pas voulu reconduire la trêve et, en tirant ses roquettes sur des localités israéliennes, il est le responsable de la situation désastreuse des populations.  »

On n’ose pas dire ouvertement que la population de Gaza , en votant pour le Hamas, a bien mérité son sort, mais c’est bien l’explication du blocus de Gaza , imposé par le gouvernement israélien et contre lequel l’Occident ne s’est pas élevé.

à‰coutez notre président qui, des plages brésiliennes o๠il se repose, dit sa  » vive préoccupation face à  l’escalade de la violence dans le sud d’Israà«l et dans la bande de Gaza  » ; il rappelle ensuite  » sa ferme condamnation des provocations qui ont conduit à  cette situation ainsi que de l’usage disproportionné de la force. »

Admirez l’équilibre de ces propos : on commence par la  » violence  » qui frappe des Israéliens avant d’évoquer Gaza ; on condamne des  » provocations « , du Hamas, bien sà»r, pour condamner ensuite la disproportion de la riposte israélienne. Comme si l’on pouvait comparer les tirs de roquette qui, pour la plupart, ne font ni dégâts matériels ni dégâts humains, avec des raids massifs qui, en trois jours, ont fait plus de 300 morts ! (A l’heure o๠nous écrivons.)

Scandaleuse symétrie qui cache, non seulement une indulgence, mais un parti-pris pro-israélien qui, depuis des dizaines d’années, a conduit la région et ses populations dans une tragédie sanglante.

Que le président de l’Assemblée générale des Nations Unies ait appelé à  des sanctions internationales contre Israà«l, comme on le fit, vingt ans plus tôt, contre l’Afrique du Sud, importe peu.

Que le rapporteur des Droits de l’Homme de l’ONU déclare, quelques jours avant l’offensive à  Gaza , que la politique israélienne contre les Palestiniens équivaut à  un crime contre l’humanité importe peu également : Israà«l a toujours été et est encore au-dessus des lois internationales.

Golias

La Palestine crucifiée

 » Victimes des victimes « , telle était l’expression utilisée, il y a dix ans, par Edward Saïd pour parler des Palestiniens1. Mais, en Occident, les Israéliens restent les seules victimes parce que seule compte la Shoah. Les Palestiniens en font l’amère expérience. Pourtant, qui s’informe sérieusement sur le conflit israélo-palestinien découvre ce qu’on ne nous dit pas. Analyse.

On ne nous dit pas que l’accord de cessez-le-feu conclu pour six mois entre Israà«l et le Hamas prévoyait la levée du blocus de Gaza et l’engagement de l’à‰gypte d’ouvrir le passage de Rafah. Or la réouverture des points de passage n’a été que très intermittente ; de surcroît, le 4 novembre, alors que l’opinion publique mondiale était tournée vers l’élection américaine, un raid israélien tuait plusieurs personnes à  Gaza.

On ne fait pas le lien, ici en Europe, entre l’offensive contre Gaza et la campagne électorale en Israà«l, accompagnée d’une surenchèse guerrière. Face à  Benyamin Netanyahou, chef du Likoud, parti de  » droite « , qui arrive en tête des sondages d’opinion, Kadima
et le parti dit travailliste ne veulent pas apparaître faibles avec les Palestiniens. Tzipi Livni, qui dirige le parti Kadima, dit  » centriste  » (!), déclarait, il y a trois semaines, devant des étudiants de l’Université de Tel Aviv, que les Arabes israéliens devraient quitter l’à‰tat d’Israà«l, une fois créé l’à‰tat palestinien. Il est vrai que l’idée de nouveau  » transfert  » des Palestiniens rôde toujours dans les esprits…

La dérive droitière

Quant au chef du parti travailliste, Ehud Barak, ministre de la Défense, c’est un  » faucon  » qui, depuis des mois, annonçait une offensive contre Gaza ; nous en avions d’ailleurs informé les lecteurs de Golias-hebdo. Et ce n’est pas la première fois que le gouvernement israélien se lance dans une opération militaire à  la veille d’élections.

Depuis l’assassinat d’Yitzhak Rabin, en novembre 1995, la dérive droitière de la politique israélienne est un fait majeur dont on parle peu en Europe ; les Israéliens pacifistes sont admirables mais il faut bien se rendre compte qu’ils ne représentent qu’une toute petite minorité. Un rassemblement récent, à  Tel Aviv, contre l’opération militaire à  Gaza, n’a rassemblé qu’un millier de personnes : on est loin des grandes manifestations de 1982 contre la guerre au Liban. Cette dérive droitière est d’ailleurs responsable de l’échec de la paix avec l’OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine) et explique la montée du Hamas. En poursuivant et en accélérant la colonisation dans les territoires palestiniens, le gouvernement israélien, tous partis confondus, a fait échouer la stratégie de paix adoptée par l’OLP. Qu’on ne s’étonne donc pas de la victoire électorale du Hamas à  des élections libres.

Le massacre des bombes à  fragmentations

On ne nous dit pas que, dans les trois derniers jours de son opération au Liban, en été 2006, l’armée israélienne a largué des bombes à  fragmentation dans tout le sud de ce pays ; 285 sites ont été repérés. En septembre 2008, ces bombes avaient déjà  fait 20 tués et 195 civils blessés, ainsi que 14 morts et 39 blessés parmi le groupe de déminage de l’ONU. Et ces bombes n’ont pas fini de tuer. On ne nous dit pas non plus que le Hamas, aujourd’hui diabolisé, fut, à  ses débuts, soutenu et sans doute financé par le Mossad, service secret israélien, pour faire pièce à  l’OLP ; un peu comme les Américains ont soutenu les Talibans contre les Soviétiques en Afghanistan.

On ne nous dit pas que Khaled Mechaal, le chef du Hamas qui réside en Syrie, vient encore, dans une interview donnée juste avant l’offensive israélienne, de confirmer l’accord du Hamas, en 2006, avec toutes les forces palestiniennes (à  l’exception du Djihad islamique), acceptant un à‰tat palestinien dans les frontières d’avant la guerre de 1967, avec Jérusalem pour capitale et sans colonies. C’est d’ailleurs la proposition faite par l’ensemble des pays arabes en 2002, en échange de la paix avec Israà«l ; proposition renouvelée en 2007 et immédiatement rejetée par Israà«l. En Europe, on n’y a même pas fait allusion…

On ne nous dit pas que si le but d’Israà«l était seulement et vraiment d’arrêter les tirs de roquettes sur son territoire, cet objectif pouvait être atteint par la levée du blocus sur Gaza dont le Hamas faisait une condition pour la poursuite du cessez-le-feu.

On oublie enfin de dire à  l’opinion publique que, sous l’impulsion de Bernard Kouchner, l’Union européenne vient, le 9 décembre, de décider le  » rehaussement  » de ses liens avec Israà«l, dans le cadre de l’accord signé en 1999.

Or, le Parlement européen avait suspendu le vote entérinant le renforcement des liens avec Israà«l tant que l’à‰tat israélien ne prendrait pas des mesures pour améliorer la situation des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. En effet, Tzipi Livni, lors de sa toute récente tournée en Europe, n’avait pas caché les intentions israéliennes :  » L’option militaire contre Gaza est sur la table et probable.  » et d’ajouter aux parlementaires :  » Nous avons besoin de l’Europe !  »

Ne tenant aucun compte du Parlement, Kouchner, qui présidait encore le conseil des ministres des Affaires étrangères, a alors tout fait pour que la décision soit prise en faveur d’Israà«l ! Il en résulte qu’Israà«l bénéficiera d’un statut très privilégié, non seulement pour les échanges économiques, technologiques et scientifiques, mais aussi sur le plan politique et stratégique, avec discussion entre les ministres européens et israéliens sur la  » menace iranienne  » et le contre-terrorisme.
C’est dire le mépris dans lequel nos dirigeants tiennent tout à  la fois le Parlement européen et les droits de l’homme. On a souvent dit qu’Israà«l était le 51e à‰tat des à‰tats Unis ; mais l’à‰tat hébreu est en passe de devenir aussi un à‰tat de l’Union européenne… sans en avoir d’ailleurs les contraintes.

1. E. Sazïd,  » Les Palestiniens, victimes des victimes depuis un demi-siècle « , Le Monde, 27 mai 1998. (voir aussi p.16 les cartes du conflit israélo-palestinien)

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