Un autre regard sur l’information !

Quand Dieudonné met en scène Faurisson

Le dernier épisode de la saga Dieudonné laisse affligés celles et ceux qui appréciaient l’humoriste. Naguère, il savait, seul ou avec son ex-complice à‰lie Semoun, alias  » Cohen « , montrer toute l’étendue de son talent artistique. à€ la fin des années 1990, il s’était posé à  Dreux, terre d’élection des époux Stirbois, en adversaire du racisme latent du Front national. Mais en ce début d’année 2009, plus personne n’est dupe. Sa dernière provocation en date en témoigne.

n exhibant sur la scène de son théâtre parisien un Robert Faurisson sorti de la naphtaline, intellectuel négationniste qui conteste l’existence des camps d’extermination et des chambres à  gaz homicides mis en place par les nazis, ainsi qu’un régisseur affublé d’un « pyjama » de déporté, il n’a fait que confirmer une dérive amorcée avec un sketch o๠il campait un juif extrémiste au cours d’une émission de télévision le 1er décembre 2003 sur France 3 ( » On ne peut pas plaire à  tout le monde « , animée par Marc-Olivier Fogiel).

Dérapage et dérive depuis cinq ans

Une provocation qui ne suscite pas de réactions n’en est pas une. Le coup médiatique de Dieudonné est incontestablement réussi. Le qualifier de  » dérapage « , sous-entendu incontrôlé, c’est ne rien comprendre. L’auteur de cette modeste chronique,  » je « , suis conscient d’être ainsi associé au succès social du coup. Certes, j’aurais pu trouver ailleurs mon inspiration que dans cet épisode navrant ; les sujets ne manquent pas. Mais je souhaitais affirmer ne plus trouver Dieudonné très drôle. Et je m’en désole, appréciant en général ces professionnels du rire (même si pas tous au même point). L’essentiel pour eux est de provoquer des mouvements saccadés et sonores des zygomatiques. En apparence, c’est à  ce registre que Dieudonné se réfère. Cependant, qu’y a-t-il d’hilarant à  organiser cette pathétique et scandaleuse saynète ?

Il justifiait son sketch de décembre 2003 par le souci de se gausser des extrémistes juifs pour équilibrer un sketch de son spectacle o๠il se moquait allègrement des extrémistes islamistes. La chose était défendable. On doit pouvoir rire de tout. On doit pouvoir séparer l’antisémitisme d’un côté et de l’autre la critique de certaines mesures du gouvernement israélien et des colons juifs souhaitant chasser les Palestiniens (voir l’assassinat d’Itzhak Rabin). Depuis, ce qui était à  craindre s’est confirmé : mise en concurrence des mémoires collectives et recherche de bouc-émissaires. Dans les propos de Dieudonné, on ne distingue plus antisionisme et antisémitisme. Or, tout cela ne fait qu’alimenter un climat haineux entre des  » communautés  » qui tendent de plus en plus à  se vivre comme telles. C’est aussi le résultat de l’action de gouvernants ultralibéraux qui préfèrent diviser la population en groupes ethnico-religieux plutôt qu’en classes sociales inégales.
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Embryon : le Professeur fait la leçon au Pape !

Le professeur Jacques Lansac, président du Collège national des gynécologues de France, critique de la part du Vatican une « sacralisation des ovocytes et des spermatozoïdes ».

Cette critique incisive prend d’autant plus de relief que le Président Lansac est lui-même un catholique convaincu, très engagé. Il n’hésite pas à  préciser sa pensée : « j’ai l’impression, et je suis loin d’être le seul médecin catholique à  penser en ce sens, que Rome reproduit, dix siècles plus tard, ses interdits définitifs concernant l’ouverture des cadavres humains et l’apprentissage de l’anatomis humaine ». Le scientifique poursuit : « je suis chagriné et blessé d’apprendre que le Vatican se prononce de manière apparemment définitive contre tout ce qui permet aujourd’hui de faire que des couples inféconds puissent enfin donner la vie ».

D’un point de vue moral, il est de plus déplorable, selon le Professeur Lansac, que  » le Vatican fasse l’économie de ces vertus éminemment chrétiennes et catholiques que sont à  la fois l’amour et la compassion ». Le professeur réagissait ainsi à  un, document du Saint-Siège du 12 décembre, intitulé « dignitas personae » dans lequel ce dernier confirme, tout en soignant mieux l’argumentation, l’enseignement très étroit de « donum vitae ». Le genre même du catalogue de pratiques interdites nous semble déjà  particulièrement discutable. L’intransigeance romaine est d’autant plus contestable qu’elle se situe en contraste avec bien des témoignages de la tradition catholique elle-même.

Ainsi, le Docteur « Commun » du catholicisme, St Thomas d’Aquin, estimait-il au contraire du Vatican actuel que l’embryon n’était pas une personne humaine et que l’avortement aux stades précoces n’était pas un crime! Ainsi, cette ligne dure n’est même pas vraiment fidèle à  la tradition qu’elle invoque. Quant à  la science, comme l’a montré parmi d’autres un Francis Kaplan, elle établit la dépendance stricte de l’embryon par rapport à  la mère, donc son manque de l’autonomie supposé pour former un être humain distinct.

La Procure rachetée par le groupe de presse conservateur «Media-Participations»

Le public parisien connaît très bien cette immense librairie du sixième arrondissement, très bien achalandée, regorgeant d’ouvrages de toute sorte, comprenant un rayon religieux assez remarquable.

La Procure, appartenant jusqu’à  aujourd’hui au Monde, est estimée et appréciée pour l’éclectisme de ce qu’elle vend. Le réseau la Procure est la première librairie (27 librairies en France, Suisse et Rome) en Europe dans le domaine des religions. Employant 80 personnes pour un chiffre d’affaires annuel de 16 milions d’euros, elle se situe aux antipodes de l’intransigeantisme qui a cours dans certains milieux et cultive à  l’évidence une volonté d’ouverture. Ce, malgré les pressions du cardinal Lustiger qui demanda jadis que les exemplaires de Golias ne soient pas faciles à  trouver pour le grand public. L’index existait donc toujours pour son éminence. Or, le groupe Le Monde vient d’annoncer juste avant Noà«l, comme pour profiter de la trêve des confiseurs afin de faire passer la pilule amère, la cession prochaine de La Procure à  un groupe de professionnels de l’édition, dont Media-Participations (39 %) qui aura la majorité des actions, le fond de pensions Accent Investissement (20 %), Bayard Presse
(5 %), le Cerf (5%), le groupe Eyrolles (5 %) etc. Or, Media-Participations est entre les mains de catholiques conservateurs, acquis à  la volonté de restauration mise en oeuvre par Benoît XVI (voir notamment l’hebdomadaire Familles chrétiennes qu’ils éditent). L’heure est donc grave, car cette importante et remarquable librairie tombe sous leur coupe, leur contrôle et sans doute leur censure. […]

Le séisme annoncé du paysage syndical

L’année 2009 sera marquée par l’entrée en vigueur dès le 1er janvier de la loi du 20 aoà»t 2008 sur les nouvelles règles de la représentativité syndicale. Cette loi constitue un tournant majeur pour la démocratie sociale en France puisque dorénavant la légitimité des organisations syndicales découle directement du vote des salariés dans leur entreprise.

La position commune du 9 avril 2008 (transposée dans la loi du 20 aoà»t 2008) signée par la CFDT et la CGT d’une part, ainsi que par le MEDEF et la CGPME d’autre part, consacre une réforme d’envergure, quarante ans après la reconnaissance des droits syndicaux dans l’entreprise suite à  l’accord de Grenelle du 27 mai 1968. En revanche, la CFTC et la CGC (moins de 10 % aux prud’homales) mais également FO (surtout implantée dans les fonctions publiques) y sont très hostiles. Les syndicats comme SUD, l’UNSA y voient au contraire l’opportunité d’obtenir une légitimité dans les entreprises o๠elles sont bien implantées.

D’abord dans l’entreprise, sept nouveaux critères de représentativité remplacent la présomption de représentativité irréfragable (inopposable, sans preuve contraire possible) figée dans un arrêté datant du 31 mars 1966 et dont bénéficiaient cinq organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et CGT-FO). Parmi les sept critères (le respect des valeurs républicaines, l’indépendance, la transparence financière, une ancienneté minimale de deux ans dans le champ professionnel et géographique couvrant le niveau de négociation, l’audience, l’influence prioritairement caractérisée par l’activité et l’expérience, les effectifs d’adhérents et les cotisations), celui de l’audience électorale est prépondérant. Désormais, la désignation d’un délégué syndical et donc la capacité à  négocier, est accordée aux seuls syndicats ayant atteint le seuil de 10 % des suffrages exprimés aux dernières élections Comité Entreprise ou de la délégation unique du personnel, ou à  défaut, des délégués du personnel, quel que soit le nombre de votants. En dessous de ce seuil, le syndicat a la possibilité de désigner un représentant syndical mais celui-ci n’a pas la faculté de négocier. Au niveau de l’entreprise, de l’établissement ou du groupe, ces dispositions s’appliquent après chaque nouvelle élection professionnelle (postérieure au 21/08/2008) ce qui permettra de mesurer régulièrement la représentativité.
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Suisse : des hommes divorcés œrégularisés pour devenir prêtres !

On le sait, un homme ayant contracté un mariage religieux valide ne peut être ordonné prêtre dans l’Eglise catholique romaine, sauf s’il est veuf! En revanche, si sa première union est purement civile ou invalide, il peut être ordonné sans aucune contestation possible. En somme, le conseil à  donner à  des jeunes gens hésitant entre deux voies que l’Eglise juge pour l’instant contradictoires sera de… ne pas se marier religieusement et de laisser ainsi toutes les issues grande ouvertes.

Un esprit quelque peu lucide et critique ne peut manquer d’être choqué par l’interdit absolu que constitue le mariage religieux pour l’accès au sacerdoce, alors que la cohabitation, même pendant de nombreuses années de mariage civil ne posent pas de problèmes. Il s’agit bien là  d’un des nombreux « hiatus » entre une législation canonique formaliste et inhumaine et la réalité vécue, dans sa profondeur existentielle, dont l’institution catholique semble souvent ne pas avoir cure.

Le début d’une polémique

Oskar Planzer, 55 ans, a été ordonné prêtre en 2005 et il se trouve actuellement à  la tête d’une paroisse. Or, ce dernier a longtemps vécu une union matrimoniale mais non reconnue religieusement. Ce qui n’a donc pas posé de problème à  cette vocation tardive acceptée promptement par une hiérarchie en grand mal de nouvelles recrues.

Pour le président de la communauté chrétienne d’Alpnach, Daniel Albert, l’état civil du prêtre Planzer relève de sa vie personnelle, dans la mesure o๠sur un plan canonique, il n’est pas considéré comme marié. De fait, la situation du Père Planzer est un cas unique comme le note le Père Josef Annen, directeur du séminaire diocésain de Coire (diocèse d’incardination de Planzer).

Il existe pourtant bien encore un autre cas épineux en suisse : celui d’un prêtre qui fut marié religieusement mais dont le mariage fut reconnu nul par les instances canoniques. Du fait de cette déclaration de nullité, il se trouve juridiquement dans une situation semblable à  celle de son collègue mais ce n’est certes pas vrai au plan des mentalités et des réactions des fidèles. Le prêtre en question assure ne pas avoir eu en tête de devenir prêtre au jour o๠il a divorcé. Il n’empêche que la situation de cet homme fait débat dans le cadre d’une église tellement intransigeante en matière de célibat du clerc et d’interdiction du divorce.

Armées privées : les nouveaux «Rambo» à  l’assaut de la planète

Vous êtes costaud, sans état d’âme et vous aimez élargir votre champ
d’action ? Sur presque tous les points chauds de la planète, des firmes envoient leurs mercenaires et autres escadrons de la mort. Explosion assurée pour un marché qui ne connaît pas la crise, placé sous le haut commandement de la finance internationale. Au bout du fusil un univers sans foi ni loi.

L’appel aux services des sociétés militaires privées s’est généralisé sur tous les continents. Actuellement, plusieurs centaines opèrent dans une cinquantaine de pays, sur presque tous les points chauds et les lieux stratégiques. Chiffre d’affaires estimé : plus de 100 milliards de dollars annuels, dont plus de la moitié versés par le Pentagone. Tout naturellement, la guerre en Irak est devenu le terrain d’action privilégié de ce marché en pleine progression.

Selon des documents provenant du Département d’à‰tat et du ministère de la Défense étasunien, le Los Angeles Times annonçait en juillet 2007 le chiffre de 180 000 mercenaires en Irak, surpassant désormais le nombre de soldats américains aptes au combat. Principalement des Irakiens (118 000), des Nord-Américains (21 000), des ressortissants d’autres pays (43 000), embauchés par environ 300 entreprises. En plus des effectifs qui prennent directement part aux combats, des agents privés sont préposés aux gîte et au couvert des militaires, ainsi qu’à  la maintenance d’armes sophistiquées et au fonctionnement de l’industrie pétrolière.
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L’An neuf des licenciements

Pas un seul jour sans que soit annoncés plans de licenciement, délocalisations, privatisations, reculs des droits et libertés fondamentales. On supprime des milliers d’emplois dans l’enseignement, l’hôpital, la recherche, et au même moment le gouvernement réussit à  trouver 360 milliards d’euros pour porter secours aux banques qui ont allumé l’incendie. La récession annonce un véritable chaos social auquel répondent flicage, répression, censure. Seule perspective pour construire un monde solidaire et plus juste : résister et rassembler.

a liste n’en finit pas de s’allonger… Loin d’être dans le rouge avec un bénéfice de 22 millions d’euros en 2007, le groupe multinational Unilever annonce la fermeture d’Amora-Maille à  Dijon. Chez Neuf Cegetel, 661 postes supprimés, mais « aucun licenciement » dixit la direction qui indique « un plan de départs volontaires ». Expert en communication, le groupe Pinault-Printemps-Redoute parle « d’externaliser », de « mobilité interne », d’aider certains à  « mener à  bien un projet personnel ». Gênant, lorsque les 900 millions d’euros de bénéfices réalisés en 2007 confirment la bonne santé du groupe… dont le principal actionnaire, François Pinault, est selon Challenges la septième fortune française.

Après la fermeture des ateliers chantiers du Havre en 1999, le site de Renault Sandouville (152 hectares) installé dans sa zone portuaire programme 1 000 suppressions de postes, auxquels on peut ajouter les 200 de l’entreprise de Pétrochimie Milenium et 4 000 environ chez les sous-traitants. Renault compte verser 1 milliard d’euros à  ses actionnaires, tout en réclamant des subventions publiques pour son site de Cléon (Seine-Maritime). Petits arrangements entre gens du même monde, si on se souvient qu’en 2004, Renault avait reçu 11 millions d’euros pour sauver Sandouville – qui a depuis perdu 612 emplois.

La Société bretonne de fonderie et de mécanique : implantée depuis 1996 dans le Morbihan, elle était cédée par Renault en 1998 à  Teksid dont les gestionnaires ont organisé méthodiquement le déclin. Aujourd’hui 550 salariés sont sur la touche. L’Etat peut garantir 360 milliards d’euros pour sauver le système bancaire et laisser mourir dans le même temps l’emploi industriel. La Camif est dans l’oeil du cyclone, puisque 900 emplois sur 1400 doivent disparaître chez le numéro trois de la vente à  distance. Et encore quelque 400 salariés dans le collimateur du côté des Trois Suisses. La célèbre marque est détenue à  55 % par le groupe allemand Otto et à  45 % par la famille Mulliez, également propriétaire d’Auchan, Decathlon et Leroy Merlin. On comprend leurs difficultés. […]

Et à  gauche, quoi de neuf ?

On aurait mauvaise grâce à  répondre par la négative à  cette question liminaire. La période qui s’étend sur plusieurs mois d’octobre 2008 à  janvier 2009 aura de toute façon été riche d’événements. D’un côté, une succession de congrès de partis politiques occupant le devant de la scène à  gauche. De l’autre, des initiatives multiples visant une recomposition à  la gauche du parti socialiste. On ne détaillera pas ici. Mais bien malin serait l’observateur qui prétendrait savoir sur quoi tout cela va déboucher. Avec comme première échéance, ou test de bonne volonté, les élections européennes de juin prochain.

L’équation, pour ces organisations se plaçant à  la gauche du parti socialiste, est complexe. La première variable est classique. Qu’est-ce qui est le plus rationnel au sens d’efficacité électorale ? Proposer des listes  » parapluie  » (plurielles et pluralistes), des listes de rassemblement partiel ou des listes o๠chacun tente sa chance vaille que vaille ? En la matière (arithmétique), les calculs et les intérêts ne convergent pas nécessairement, comme on le constatera plus loin. En outre, la capacité personnelle des leaders de gauche à  prendre du recul ( » distanciation  » au sens de Norbert Elias) vis-à -vis des enjeux partisans et de leurs croyances et propres réflexes incorporés (plutôt que de rester le nez dans le guidon en allant droit dans le mur) n’apparaît pas non plus très élevée. Désolant¦
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La révolte des prêtres équatoriens et argentins

Beaucoup de catholiques d’ouverture en France sont particulièrement désolés de constater l’inertie d’un épiscopat de plus en plus conformiste et conservateur, ainsi que le vieillissement du clergé conciliaire aujourd’hui remplacé par de jeunes clergeons souvent très réactionnaires. Il est rassurant de constater que dans d’autres pays des voix s’élèvent, y compris de prêtres, contre une soumission aveugle et indigne de la liberté des Fils de Dieu.

En équateur, l’archevêque de Guayaquil, Mgr Antonio Arregui, qui appartient à  l’Opus Dei, prétend dicter ses choix politiques réactionnaires au peuple de Dieu de ce pays (qui n’est même pas le sien d’origine !). Des prêtres équatoriens lui ont adressé une lettre au ton vigoureux pour dénoncer une semblable façon de faire, une ingérence dans le droit de la conscience, un retour à  la théocratie sous sa forme la plus cléricale.
Selon eux, il n’est pas juste que la hiérarchie épiscopale dépasse les limites de sa compétence et de son autorité pour édicter des choix qu’il revient à  chacun de prendre en liberté. D’autant plus, soulignent les prêtres, que les croisades menées jadis par la hiérarchie catholique et ses compromissions, n’ont pas été toujours des gages de lucidité et de courage. Les causes de vrai progrès et d’avancée de l’homme ont été souvent défendues par des personnes étrangères au sérail clérical et même à  la foi chrétienne.

En Argentine, de nombreux prêtres s’insurgent contre l’esprit inquisitorial de traque à  l’hérésie dont est notamment victime un bibliste argentin de renommée internationale, Ariel Alvarez Valdez, persécuté, comme par hasard, par son évêque (Mgr Francisco Polti Santillan, qui appartient lui aussi à  l’Opus Dei) non pas pour avoir nié un quelconque dogme de foi mais pour avoir simplement contesté l’existence historique d’Adam et Eve ainsi que l’entrée « réelle » de l’ange Gabriel dans la maison de Marie à  Nazareth.

Le groupe de prêtres soucieux de fidélité à  la mémoire d’un évêque martyr assassiné sur ordre des sicaires du dictateur Jorge Videla, Mgr Enrique Angelelli, proteste vivement contre la persécution dont est l’objet le Père Alvarez Valdez de la part de son évêque ainsi que de l’archevêque de Cordoba, Mgr Carlos Jose Nanez qui interdit à  cet éminent bibliste de participer à  des journées de formation. Cette attitude odieuse de certains hiérarques argentins ultraréactionnaires (comme Mgr Hector Aguer, archevêque de La Plata) tombe très mal, alors que l’opinion publique demeure indignée par la compromission gravissime de certains membres du clergé, comme le cardinal Jorge Bergoglio de Buenos Aires, avec la dictature et les tortionnaires.

La «trêve des confiseurs» en question

Cette expression est reprise, année après année, par les médias. Pour la « bonne société », elle évoque la période, qui va de la veille de Noà«l au lendemain de 1er janvier. Les journalistes partent alors en vacances, et… à  leur suite, l’information… ! Il est de tradition que rien, ou peu de choses, ne se passe au cours des week-ends, encore moins au mois d’aoà»t et en fin d’année. Dans l’hexagone, bien sà»r !

Le reste du monde doit se mettre à  l’heure française. Et nos radios, comme nos télés, veulent ignorer que la Terre continue de tourner. Aussi, pour pallier l’absence de chroniqueurs, le public doit se contenter de morceaux choisis des oeuvres qu’ils nous ont prodiguées durant l’année. C’était déjà  dur d’entendre une première fois leurs balivernes.

Que dire d’une seconde écoute de plaisanteries vulgaires et domestiquées, d’avis sentencieux d’experts courtisans, de reportages besogneux sur des sujets-bateaux, mille fois répétés… N’y aurait-il rien à  dire de l’actualité dans notre pays et à  l’étranger ? Les Français, nous dit-on, fêtent Noà«l en famille. Ils laissent leurs soucis aux vestiaires. Il ne faut pas les déranger. Tous n’ont pas émigré sous d’autres cieux, au Brésil par exemple pour le président de la République ou en Egypte pour le Premier ministre. Certes, nos tables renommées refusent du monde, les réveillons, à  prix de Smic, font le plein. Même sans Sarkozy, le Fouquet’s affiche complet. On se bouscule chez Hédiard et chez Fauchon. « Goà»tez ce caviar, ma chère ! Et ce foie gras, n’est-ce pas un délice ? Vous avez choisi un homard entier. Est-ce bien raisonnable, après le plateau de fruits de mer, alors que suit un merveilleux canard à  l’orange… » Pensez-vous qu’ils ont le temps de songer au froid qu’il fait dehors, et aux dizaines de milliers d’humains qui y crèvent ? La crise peut attendre. On en reparlera en janvier.

Le nouveau-né du Sahel, au ventre gonflé de faim, au visage couvert de mouches, se soucie-t-il de « la trêve des confiseurs » ? Croyez-vous que les privés d’emploi et les travailleurs pauvres, qui n’existent que comme des indices statistiques sur les registres du pouvoir, font halte, dix jours de fête, dans leur misère ? Les chemins des pauvres des pays riches et des riches des pays pauvres, pas plus que ceux de Crésus et Job, ne se croisent jamais.

Si, peut-être une fois, à  la télé au détour d’une guéguerre, près d’une palmeraie, quand un Kouchner de service, tel un marchand d’âmes, biberonne un enfant noir aux yeux agrandis de famine. Rencontres furtives, pour le spectacle, diffusées sur le petit écran : entre le cours des minerais africains et la méga-vente élyséenne de cinquante hélicoptères et sept sous-marins au pays de la samba. « Trêve des confiseurs » ou trêve de plaisanterie ?

Jean Lévy

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