Un autre regard sur l’information !

Palestine : la prophétie de Mgr Khodr

à‰vêque orthodoxe du Mont-Liban, Mgr Georges Khodr, reste, à  85 ans, une des grandes figures de l’arabité chrétienne. Son rôle a été grand dans le renouveau de l’orthodoxie au Proche-Orient. Mais il reste très engagé dans l’oecuménisme et le dialogue avec l’islam. Nous reproduisons ci-dessous la presque totalité de son témoignage à  la première Conférence des chrétiens pour la Palestine qui se tint à  Beyrouth en 1970 ; elle reste d’une brulante actualité avec les nouveaux et scandaleux massacres perpétrés par Israà«l dans la bande de Gaza contre la population palestinienne.

Le témoignage que je voudrais apporter ici est lié au souci du renouveau de l’à‰glise en Orient. (…) La notion même de l’à‰glise locale telle qu’elle était vécue dans notre tradition nous tournait non seulement vers le chrétien mais aussi vers le musulman. (…) Nous pourrions théoriquement être gênés en face de l’engagement historique par une vie liturgique exubérante, exaltante par sa splendeur. Mais cette liturgie même, avec le ferment évangélique qui marqua notre départ, nous livrait à  la dimension de profondeur. En nous libérant d’un christianisme étriqué, conceptuel et traumatisé par les déboires de l’histoire, nous nous livrions à  la grande catholicité de l’à‰glise, promesse de l’homme transfigué. Notre démarche devint, à  partir de l’annonce de la Résurrection, l’affirmation du triomphe de l’homme dans la justice et ce, à  partir des structures sociales.

Le souci de l’homme dans sa vie de tous les jours, dans la conjoncture sociale devint nôtre. La justice proclamée dans l’à‰vangile devait être vécue et prophétiquement réclamée. Nous retrouvions d’ailleurs l’accent des Pères qui ont créé les droits des pauvres. L’à‰glise de la grande tradition de l’Orient nous sensibilisait ainsi aux problèmes de l’homme actuel. Nous devenions, au-delà  de tout confessionnalisme de stricte obédience le symbole d’un renouveau de toute l’à‰glise syro-libanaise. Placés sous le signe d’Antioche, centre historique et spirituel de notre chrétienté levantine, nous suscitons avec d’autres frères de plus en plus nombreux un noyau de chrétiens de plus en plus sensibles à  l’homme jeté sur les routes de l’histoire de cette région du monde. Le 5 juin 19671 fut pour nous le véritable réveil de l’homme. Musulmans et chrétiens étaient unis dans le sang, parce qu’il n’y a pas d’autre sang que le sien qui coule à  travers le monde. Le drame de la Palestine se confondait avec celui de la Passion. D’autres Pierre, d’autres Judas reniaient le Christ. Notre sort, notre destin se jouaient donc là . Etre chrétien signifiait se situer par rapport à  la Palestine. Elle était pour nous le visage même de l’homme de douleur. Ces hommes, ces femmes rejetés de chez eux vers le désert pour y étouffer c’est-à -dire pour subir la mort même que Jésus subit constituaient « l’à‰glise sous les tentes » selon une ancienne expression de la littérature spirituelle de notre pays. L’à‰glise n’était plus seulement la communauté des baptisés mais l’ensemble de tous les persécutés de la terre. Ainsi je ne me définis plus simplement par rapport à  un dogme mais par rapport à  une blessure. La Palestine devient ainsi un critère de loyauté à  l’égard du Christ.

Le destin de l’homme arabe

Aujourd’hui c’est sur cette terre et à  cause d’elle que se joue le destin de l’homme arabe. C’est lui qui est descendu aux enfers.Tous ceux qui sont descendus aux enfers appartiennent au Christ. Entre ces hommes qui aspirent à  leur liberté et à  la justice se sont noués ces liens d’arabité. Je n’ai pas de définition essentialiste ou nationaliste de l’arabité. Je la saisis à  l’heure actuelle comme une communauté de souffrance. Mais elle était dès le début, sur le plan de la culture, comme une promesse d’universalité. Dans un congrès tenu récemment au Liban entre des représentants de diverses religions, un intellectuel musulman d’une grande piété disait : j’ai besoin du chrétien parce qu’il croit à  un Dieu qui souffre. Je voudrais proclamer ici que le monde a besoin des arabes à  l’heure actuelle pour retrouver chez eux ce Sauveur qui partage leur douleur. Pour ma part j’ai choisi l’Arabité depuis que Jésus de Nazareth est devenu un réfugié palestinien. C’est seulement à  l’intérieur de cette Arabité aimante, humble et confiante que l’islam et le christianisme peuvent dialoguer. C’est ici que le rôle du christianisme oriental peut devenir très grand. La chrétienté des démunis de l’Orient arabe, la chrétienté qui ne s’identifie pas à  la civilisation pseudo-chrétienne de l’Occident est capable dans une même lutte pour les humiliés et les offensés de s’adresser à  l’islam. Les doux et les pauvres de l’Orient et du Tiers-Monde pourront entraîner l’Occident à  un oecuménisme en profondeur. Toute cette à‰glise régénérée ensemble pourra parler aux Juifs restés pauvres.

En attendant, la violence continue. Il ne s’agit point pour l’à‰glise de donner à  ce fait un statut théologique. Dans ce monde de la chute les non-violents sont d’une exceptionnelle valeur. Il ne s’agit pas davantage dans le monde de la chute de confondre un peu trop facilement la non-violence avec la paix du royaume. La force est un fait de l’ordre politique et historique. Elle entre comme une plaie dans la chair d’un peuple. C’est elle qui nous choisit. L’action de l’à‰glise chrétienne est moins d’adopter une attitude doctrinale à  l’égard du fait révolutionnaire que d’être une force d’amour, de service et de consolation auprès de ceux que la lutte a choisis comme révolutionnaire. L’à‰glise reste elle-même, aussi bien dans les situations les plus tendus de l’existence que dans les temps de paix. L’à‰glise n’est ni révolutionnaire ni conservatrice. Cette liberté à  l’égard des structures établies comme des structures qui se font, constitue l’élément majeur de notre renouveau ecclésial et partant du salut du monde ».

1. Le 5 juin 1967 marque le début de la guerre dite des Six Jours qui aboutit à  l’occupation de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du plateau du Golan ; cette occupation provoque un nouvel exode de Palestiniens.

Tiers-monde : l’aggravation de la crise alimentaire mondiale

 » La  » crise qui nous préoccupe, notre crise financière a fait plus de bruit qu’une autre crise, pourtant plus grave, la crise alimentaire qui a affecté les pays du Sud depuis un an. Rappelez-vous, sur nos écrans de télévision, ces images d’émeutes de la faim qui ont secoué une quinzaine de pays et ont été réprimées par la force armée.

Une explication rassurante a été avancée : la hausse du niveau de vie en Chine et en Inde ; des hommes mangent plus et mieux, là -bas. Mais le phénomène ne date pas de deux ans et il se trouve que ces deux pays sont exportateurs de céréales, sauf en 2004 pour la Chine. Quant à  l’Inde, elle a importé en 2006, 6 millions de tonnes de blé, tout en exportant 4,7 millions de riz. Il faut donc chercher d’autres causes et, certes, des calamités naturelles ont joué un rôle dans certaines régions. Mais, plus encore, la conversion de produits agricoles en biocarburants a pesé lourd. Aux à‰tats-Unis, la production de maïs destinée à  l’éthanol est passée de 41 millions de tonnes en 2005-2006 à  79 millions de tonnes en 2007-2008.

Le rôle des bourses américaines

Or trois Bourses américaines (Chicago, Minneapolis et Kansas City) déterminent les cours mondiaux des produits alimentaires. Pourtant, la part des exportations dans la production mondiale des aliments est faible. Un pays comme la Chine absorbe la quasi totalité de sa production et n’intervient sur le marché que pour exporter en général, ou importer parfois, des quantités très limitées. Il n’empêche que les prix des marchés d’exportation sont fixés aux à‰tats-Unis – qui disposent, par contre, de grandes quantités à  exporter -, dans ces trois Bourses principales et déterminent les prix jusque sur les marchés locaux. Ainsi, le prix du maïs, du blé mais aussi du riz à  Mexico ou à  Tombouctou dépend de l’évolution du cours des céréales sur les marchés boursiers des à‰tats-Unis.
La hausse, entre janvier 2006 et mars-avril 2008, de 120 à  190 % des prix des céréales et des oléagineux, s’explique aussi par la spéculation financière. Jacques Berthelot, spécialiste de l’agriculture, relève ainsi une hausse de 31 % du prix du riz en la seule journée du 27 mars 2008. Ce n’est évidemment pas une pénurie soudaine qui peut expliquer de pareils phénomènes. Le New York Times du 22 avril 2008 soulignait qu’au moins 300 milliards de dollars provenant de Wall Street s’étaient investis sur le marché agricole. Une autre bulle spéculative qui, comme les autres, peut exploser un jour ou l’autre¦
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Coup de grâce !

Le cardinal-archevêque de Lyon se lance dans une opération risquée de type « Nouvelle Evangélisation » à  l’américaine qu’il souhaite d’envergure, et pour son diocèse et pour d’autres de l’Hexagone (cf notre article ci-contre). Dans ces mêmes colonnes, la semaine dernière, nous signalions à  nouveau le manque de discernement des évêques dans la reconnaissance des dites « Nouvelles communautés » (cf Golias hebdo n°59).

A présent nous venons de mettre la main sur le document, resté confidentiel de Mgr Rylko,président pour le conseil pontifical des laics dont dépend encore pour quelque temps les Béatitudes (cf l’intégralité de ce document sur notre journal en ligne golias.fr). Un document qui,non seulement confirme nos informations (cf Golias hebdo n°58), mais signe l’arrêt de mort de cette communauté charismatique dont on commence aujourd’hui à  connaitre les déviances (cf le numéro 114 de la revue Golias). On comprend mieux pourquoi les responsables (« bergers ») des Béatitudes ont du mal à  rendre public un tel texte, il est vrai accablant pour eux. Le coup de grâce ainsi donné par le Vatican à  la communauté des Béatitudes est la reconnaissance (implicite certes) de la validité de nos informations et du bien-fondé de notre grand combat éditorial dans cette affaire. Et
cela depuis trois ans. Un geste important aussi pour les nombreuses victimes de cette communauté aux pratiques psycho-spirituelles plus que douteuses. Puisse cette triste histoire servir de leçon à  nos chers évêques ! Mais ne nous faisons pas trop d’illusions non plus quant au fond.
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«Mega Church» pour «Dieu XXL»

Golias a déjà  eu l’occasion d’évoquer le retour du groupe de  » rock-pop-louange « . Glorious se présentant sous les apparences d’une ultra-modernité musicale branchée pour déverser à  des fidèles souvent déboussolés un message religieux voire spirituel fondamentaliste et simpliste (cf Golias hebdo n°50). On ne peut que rester perplexe face à  l’ambitieux projet, caressé et béni par le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules, en vue de la nouvelle évangélisation. Un projet qui, d’après nos informations, est destiné à  s’étendre au-delà  de son diocèse, dans la France tout entière. Sans compter le fait qu’il cache une réalité pour le moins préoccupante.

Relevons déjà  que les initiateurs de ce projet s’accordent à  eux-mêmes une compétence professionnelle dans le domaine de l’évangélisation ! Les concerts de louange que va multiplier Glorious relève en fait du  » training « , une sorte d’échauffement affectif intense, moins profond qu’incandescent, faisant avaler par le biais d’une surchauffe émotionnelle un message catéchétiquement étriqué et réduit à  sa plus simple expression. Il faudrait écrire simpliste. Bien entendu, le nerf de la guerre étant toujours le même, ce sont les fidèles qui sont à  nouveau sollicités sur le plan financier.

Le très vibrionnant archevêque de Lyon, faisant flèche de tout bois, qui dans le même temps ouvre grand, mais discrètement, les portes de la pastorale estudiantine à  l’inquiétante Opus Dei (Cf. Golias Hebdo n°51) : visiblement peu perturbé par le contenu même de ce qui sera distillé, se précipite une fois encore tête la première.

Toutefois, le plus insupportable est que les responsables de ce projet osent parler d' » ouverture au monde « , alors qu’il s’agit au contraire de déverser une catéchèse de la foi limitée à  la frontière de la tromperie. Très habiles au demeurant, les fondateurs de la démarche Glorious évoquent et invoquent aussi, pour tous ceux et celles qui les suivront, et toujours avec le même culot, comme un commercial impudent saurait le faire s’il osait se tremper dans l’eau bénite, la bénédiction de Dieu depuis toute éternité, un Dieu qui bénit généreusement !
Comme au pire temps des indulgences, sans cette l’honnêteté de le dire clairement, les responsables de ce nouveau concept d’évangélisation laissent entendre qu’en étant généreux, en faisant des dons importants, les bienfaiteurs recevront de nombreuses faveurs divines ainsi monnayées.

C’est sans doute cela l' » ouverture au monde  » et le professionnalisme !
Le ton sirupeux et racoleur de la lettre de mission pour le projet Glorious visant à  faire se desserrer les cordons des bourses parle de lui-même. Notons simplement au passage que Glorious souhaite recueillir dans un premier temps pas moins de 80.000 euros. Selon les initiateurs du projet, les  » paroisses doivent rejoindre le monde d’une manière nouvelle « , ce qui implique de s' » in-culturer « . On se demande, ou alors les mots non plus aucun sens, en quoi de pieuses mélopées fades doublées de messages fondamentalistes relèvent d’une inculturation dans la culture contemporaine. Sauf si l’on décode le projet Glorious dans la perspective de l’installation d’une  » Mega Church  » au coeur de la capitale des Gaules. Là , on comprend le pourquoi du comment d’un tel projet.

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Crise : les malheurs des «Banksters»

Les banquiers sont malheureux. Sans chercher à  faire pleurer sur une profession qui a sa part de responsabilité dans la crise systémique, il faut constater qu’elle est prise aujourd’hui dans l’étau d’une injonction contradictoire. D’une part, elle est accusée d’organiser la pénurie des crédits, alors qu’en période de crise les risques sont beaucoup plus élevés et qu’il faut retrouver les habitudes de prudence d’avant l’invention de la finance de marché avec ses produits dérivés, structurés et désormais considérés comme toxiques.

D’autre part, dans les crédits accordés, on reproche aux banques de ne pas répercuter complètement les baisses de taux des banques centrales. La BCE est en effet passée de 3,7 à  2,50, en quelques semaines, tandis que les crédits des banques de détail tournent autour des 6%. Mais les banques manquent de capitaux et doivent reconstituer leurs fonds propres, indispensables pour couvrir avec sécurité les crédits octroyés !
O๠en est donc la recapitalisation des banques ? En deux tranches successives, la Commission européenne vient d’autoriser la France à  mobiliser 21 milliards d’euros pour ce secteur. Elle a ainsi foulé au pied la doctrine libérale affichée avec ténacité depuis l’origine par le président Barroso et la commissaire européenne chargée de la concurrence, Neelie Kroes. Le principe de non intervention de l’Etat dans l’économie privée est d’autant plus bafoué qu’il s’agit d’une aide qui n’est pas considérée comme une attribution exceptionnelle à  une banque menacée immédiatement de faillite, mais à  des banques considérées comme fondamentalement saines (Les Echos, 9 décembre 2008).

[…]Hugues Puel
(19 décembre 2008)

Pour communier, tirez la langue !

Golias a pu présenter déjà  le nouveau préfet de la congrégation pour le culte divin, le Cardinal Antonio Caà±izares Llovera, jusqu’à  présent archevêque de Tolède, comme un conservateur autoritaire et un « second Ratzinger »(Voir Golias Hebdo n°59).

L’éminent prélat donne d’emblée confirmation de notre pronostic. Il est en effet revenu, dans le quotidien espagnol « La Razà³n », sur la question de la communion dans la bouche et à  genoux qui lui semble préférable : «Que signifie recevoir la communion dans la bouche ? Que signifie se mettre à  genoux devant le Saint-Sacrement ? Que signifie l’agenouillement à  la messe ? Cela signifie adorer, cela signifie reconnaître la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. C’est une attitude de respect et un témoignage de foi de l’homme qui s’abaisse devant Dieu parce qu’il sait que tout vient de Lui ; nous restons sans voix devant la gloire de Dieu, devant sa bonté et sa miséricorde. Voilà  pourquoi recevoir la communion dans la main en restant debout, ce n’est pas la même chose que de la recevoir dans la bouche en s’agenouillant. Ici, l’attitude a une grande importance. Nous devons parvenir à  retrouver une attitude qui témoigne du respect que nous avons lorsque nous recevons le Seigneur qui se donne en nourriture. C’est ce que souhaite le pape.» Au moins les choses sont claires.

L’objection de conscience du Grand Duc du Luxembourg ?

Le Grand Duc Henri du Luxembourg est bien connu pour son catholicisme intransigeant. Il refuse aujourd’hui un projet de loi constitutionnelle autorisant de façon partielle et mesurée l’euthanasie.

Il pourrait en fait payer son intransigeance au prix fort. Il s’expose en effet à  une limitation de ses prérogatives, et notamment le pouvoir de « sanctionner » la loi. Si le vote des députés est confirmé en deuxième lecture, les fonctions de la monarchie luxembourgeoise ne seraient plus que protocolaires, à  l’exemple de la Belgique. En effet, les députés luxembourgeois ont adopté le 11 décembre un projet de loi constitutionnelle qui réduit les pouvoirs du souverain.

On l’imagine volontiers, le Saint-Siège a tenu à  apporter son soutien à  l’objection de conscience du Grand Duc. A la suite de la décision du prince, le Premier ministre Jean-Claude Juncker (démocrate-chrétien) a proposé un changement de Constitution, permettant de débloquer la situation en réduisant considérablement le vrai pouvoir discrétionnaire d’un souverain qui ne semble pas disposé à  vouloir jouer le jeu de la décision démocratique.

Henri du Luxembourg souhaite suivre la voie inaugurée jadis par le roi Baudouin de Belgique lors du vote de la loi belge autorisant l’euthanasie légalement assistée, démissionnant pour la durée d’un jour pour ne pas avoir à  promulguer cette loi ! Il est appuyé également par la droite catholique conservatrice en France, en particulier avec les députés français Jean-Marc Nesme, Marc Le Fur, Dominique Souchet, Véronique Besse, Bernard Depierre et l’inévitable Christian Vanneste. La fondation conservatrice « Liberté politique » lance d’ailleurs une pétition de soutien à  cette initiative grand ducale.

On l’aura compris, le fond du problème demeure inchangé. La loi condamne souvent dans bien des pays de façon hypocrite des pratiques en fait tolérées secrètement. Quant à  l’Eglise, son absolutisation de principes rigides conduit souvent à  sa mise sur la touche (ce qui va arriver à  Henri du Luxembourg) et à  sa marginalisation, faute de prendre véritablement en compte les questions éthiques. Mais c’est surtout le refus de la décision démocratique au nom en définitive de principes théocratiques (même inavoués ou subtilement enrobés) qui suscite une indignation légitime.
Réginald Urtebize

La trilogie hôpital psy-rue-prison

Lors d’un débat télévisé, un psychiatre auteur d’un ouvrage au titre évocateur, « la sarkose obssesionnelle »1 rappelait que le degré de civilisation d’un pays se mesurait à  la manière dont il traite ceux de ses citoyens qui se situent « aux marges » : prisonniers et malades mentaux. Dans la continuité de notre précédent dossier («la diagonale du fou» – Golias hebdo n°56), nous prolongeons notre analyse sur la situation de la psychiatrie en France.

A cet égard, l’article du Monde du 6 décembre sous le titre « Psychiatrie : la régression sécuritaire » est particulièrement éclairant.
Pour l’auteur, Cécile Prieur, le discours tenu par Nicolas Sarkozy à  l’occasion de sa visite du 2 décembre, d’un établissement psychiatrique, restera dans les annales « comme un point de rupture, un moment de fracture entre la communauté médicale et les pouvoirs publics. Annonçant la multiplication des moyens d’enfermement au sein des établissements et un durcissement des conditions de sortie des patients hospitalisés d’office, le chef de l’Etat a surpris et choqué les professionnels du soin ». Et de souligner que ce discours qui s’inscrit dans une ligne que l’on ne connaît que trop bien, nourrie de compassionnel, d’improvisation et de coups de tête, est à  l’évidence « au mieux inadapté, au pire dangereux ».
Il est symptomatique que quelques jours après le drame survenu à  Grenoble (cf. Golias Hebdo n°56), le chef de l’Etat se précipite sur des solutions de type carcéral : création d’unités fermées avec vidéosurveillance, multiplication des chambres d’isolement, pose de bracelets GPS aux patients en promenade¦ On ne saurait mieux faire passer le message que tout patient hospitalisé sous contrainte est un individu dangereux dont la société doit se prémunir. Est-ce toutefois conforme à  la réalité ? Notre société fantasme sur la dangerosité des malades mentaux mais considère comme une fatalité les crimes commis par les truands (cf. par exemple la médiatisation du procès Ferrara, le nouveau Mesrine), les amants jaloux, les chauffards, voire cette délinquance « économique » qui, pour gagner quelques points de marges supplémentaire, est prête à  toutes les¦ imprudences. Sait-on que sur les 51.411 mises en examen en 2005 pour crimes et délits, 0,4% seulement ont fait l’objet d’un non-lieu pour irresponsabilité pénale (liée à  leur santé mentale).
Dans le cadre de la politique prônée par Nicolas Sarkozy, quel sera le sort réservé aux 600.000 personnes souffrant à  ce jour de schizophrénie ?
[…]

Grèce : tonnerre de Zeus !

 » Le pacte de Varkiza est rompu « . Il y a plusieurs mois, ce slogan est apparu sur un mur d’Athènes, lors des manifestations d’étudiants ; tout le monde était étonné et essayait de comprendre le rapport entre l’effervescence de 2008 et une référence critique à  1945, quand la toute-puissante Résistance a été amenée à  déposer les armes et à  participer à  un gouvernement d' » Union nationale « , qui a amené la Grèce tout droit à  la guerre civile et au retour de la droite et du roi au pouvoir¦

Aujourd’hui, nous pouvons mieux déchiffrer le sens dénonciateur du slogan ci-dessus, qui symbolise le refus de la jeunesse de se plier aux conditions et perspectives offertes par leur éventuelle intégration sociale. En effet, le projet social proposé depuis des décennies par les gouvernements successifs s’est résumé au triptyque : enrichissement-consommation-procréation ; et la participation à  ce projet s’est développée au profit d’une minorité de plus en plus restreinte, au détriment d’une majorité de plus en plus large, surtout chez les jeunes qui, d’emblée, aspirent à  une qualité de vie digne de ce nom.

Un climat de vaste corruption

En Grèce, ce phénomène est d’autant plus visible que l’économie du pays est de moins en moins productive et que les seuls bénéfices économiques réalisables sont de nature monétaire ou boursière, aux mains de quelques élites : politiciens, à‰glise, grande finance. Le tout dans un climat de vaste corruption au détriment du bien public, comme nous le révèlent les scandales répétitifs traduits en justice récemment. La jeunesse, dès les âges étonnamment bas de 14, 15, 16 ans, au seuil de l’émancipation en futures  » forces vives du pays « , refuse en bloc la participation à  cette  » société des deux tiers « , o๠le secteur public, qu’il s’agisse de la Santé, de l’à‰cole ou de la Ville, se dissout dans une juxtaposition des intérêts privés, et o๠la  » Sécurité  » oublie d’être  » sociale  » pour se confondre avec le seul  » ordre public « .
Ces jeunes, dès leurs premières manifestations de protestation, souvent violentes, ont rencontré cette violence voulue et orchestrée jusqu’au meurtre de la part des « forces de l’ordre » ; une violence fomentée par les provocations policières classiques (destructions aveugles, etc.) dans une tentative de confusion. Ils continuent néanmoins leurs protestations et occupations d’écoles dans la spirale de la terreur partiale et la reconnaissance, peut-être, de leur impuissance devant une arme à  feu. Mais une autre reconnaissance, très utile pour l’avenir, leur apparaît clairement : celle d’un régime qui confond – paradoxe verbal ou symbolique – les notions de « Démocratie » et de « République » en un seul mot, dèmokratia, sans l’obligation de prouver que cette « Démocratie-République » soit vraiment démocratique. Dans cette tournure des temps, les oppositions politiques ne se trouvent pas en mesure de « s’engager » activement, en tant que telles, à  côté de ce mouvement spontané ; par refus, soi-disant, de brider l’indépendance du mouvement des jeunes. Et ils les appellent à 
 » continuer leur lutte dans les écoles « ¦ […]
Antonis Vezyroglou
(notre correpondant à  Athènes)

Embryon : Rome ne sait plus à  quel saint se vouer !

Dans un nouveau document très récent, intitulé  » Instruction Dignitas personae sur certaines questions de bioéthique » sous la responsabilité de la congrégation pour la Doctrine de la foi mais approuvé par Benoît XVI, Rome entend « actualiser » (façon de parler) son enseignement sur les possibilités offertes par les progrès de la recherche médicale vis-à -vis de la fertilité humaine et des thérapies géniques appliquées aux cellules humaines. Analyse.

l s’agit de mettre à  jour mais aussi de confirmer dans toute son intransigeance un document similaire, publié en 1987, « Donum vitae ». Certes, la construction du texte est assez habile pour faire oublier l’aspect répressif inentamé de son contenu.Toutefois, le grand souci du texte est d’affirmer que « l’embryon humain a, dès le commencement, la dignité propre d’une personne ».

Le texte en tire donc toutes les conséquences, en l’occurrence le refus de toute technique ou acte qui, selon lui, transformerait l’embryon en un objet d’expérience, en particulier la fécondation in vitro par exemple, « o๠le nombre d’embryons sacrifiés reste très élevé, « au-dessus de 80 % ». Pour le Vatican, la fécondation doit strictement avoir lieu dans le cadre d’un rapport sexuel entre un mari et sa femme. Il faudrait à  présent aller plus loin et poser autrement la question : l’embryon est-il une personne ? C’est une question philosophique, et non pas théologique (qu’on se souvienne des débats médiévaux à  cet égard) et qui suppose des bases factuelles mises en évidence par la biologie.
Or, comme le montre le philosophe et savant Francis Kaplan1 :  » L’embryon n’a pratiquement aucune fonction vitale ; les fonctions vitales dont il a besoin pour être vivant sont celles de sa mère. C’est grâce à  la fonction digestive de celle-ci qu’il reçoit la nourriture digérée dont il a besoin et qui ne lui parviendrait pas si elle n’avait pas été digérée par elle ; c’est grâce à  la fonction glycogénique du foie de la mère qu’il reçoit le glucose dont il a besoin ; c’est grâce à  la fonction respiratoire de la mère que les globules rouges de son sang ont l’oxygène dont il a besoin ; c’est grâce à  la fonction excrétoire de la mère qu’il expulse les déchets qui autrement l’empoisonneraient. L’embryon n’est même pas un être vivant  » en puissance « , dans la mesure o๠on entend par  » être en puissance  » quelque chose capable de passer de cet état à  l’état d’être cette chose en acte, et uniquement par des facteurs internes. Une feuille de papier blanche n’est pas en puissance un dessin, en ce sens qu’elle ne passe de l’état de feuille blanche à  l’état de dessin que par le facteur externe que constitue le dessinateur. Par contre, un gland est en puissance un chêne, car le sol dans lequel il est planté ne joue qu’un rôle nutritionnel et il ne passe de l’état de gland à  l’état de chêne que par des facteurs internes. On pense souvent qu’il en est de même de l’embryon. »

En réalité, il n’en est pas ainsi : les travaux scientifiques les plus récents en embryologie – et dont on n’a pas encore mesuré toute la portée – montrent le rôle nécessaire de la mère (…). Et Francis Kaplan de poursuivre : «Dans un milieu seulement nutritif, l’embryon se multiplie à  l’identique ou d’une manière désordonnée. C’est donc à  tort qu’on dit que l’embryon  » se  » développe ; il est développé par la mère. Il n’est pas en puissance un être vivant ; c’est la mère qui est en puissance mère d’un être vivant.»
[…]

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