Un autre regard sur l’information !

Les victimes des essais nucléaires français en colère

Le 13 février 1960, à  7 h 04, le général Ailleret, depuis le poste de tir d’Hamoudia basé à  quelques kilomètres du site de tir de Reggane dans le Sahara, déclenche la mise à  feu de la première bombe nucléaire française.  » Hourra pour la France « , s’écria alors De Gaulle. 209 autres explosions nucléaires se sont alors succédé, d’abord au Sahara puis en Polynésie jusqu’au 27 janvier 1996, date du dernier essai.

Les conséquences du programme français d’essais nucléaires sur la santé des populations et des personnels travaillant à  sa réalisation, ainsi que sur l’environnement, étaient tout à  fait prévisibles : les études sur les conséquences des explosions d’Hiroshima et de Nagasaki sont alors nombreuses ; de même les à‰tats-Unis, la Russie et le Royaume-Uni ont déjà  mis en place leur programme d’essais nucléaires¦ Malgré une bonne connaissance des risques, les responsables français se sont constamment contentés d’affirmer que leurs expérimentations nucléaires étaient  » propres  » !
Il aura fallu attendre quarante-huit ans pour que le gouvernement envisage une reconnaissance des conséquences de
son programme d’essais nucléaires. Quarante-huit ans et une mobilisation importante depuis plusieurs années des victimes regroupées au sein de l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires) en métropole et de Moruroa e tatou en Polynésie, et la création en juin dernier d’un  » Comité de soutien Vérité et Justice  » regroupant nombre de personnalités. Une proposition de loi commune – associant des membres des différents groupes politiques représentés à  l’Assemblée nationale et au Sénat -était en cours de réalisation. Du coup, le ministre de la Défense a voulu reprendre la main dans un dossier qui était en train de lui échapper, y compris au sein de son propre camp !

Opération  » déminage « 

Christiane Taubira, députée de Guyane, obtient de la part du groupe socialiste, une  » niche parlementaire  » le 27 novembre dernier. Pour la première fois, la question de la reconnaissance des conséquences des essais nucléaires va être débattue au sein de l’hémicycle. Pour couper court à  un débat qui risquait de tourner à  son désavantage, le ministre de la Défense réunit alors quelques députés de l’UMP pour leur présenter un avant-projet de loi. Et, le 25 novembre, par le biais d’une interview complaisante dans le quotidien Le Parisien, Aujourd’hui en France, Hervé Morin rend publiques les grandes lignes de son projet. Interview qui suscitera un emballement médiatique, et surtout un fort sentiment de colère parmi les victimes des essais nucléaires et ceux qui les soutiennent.

Hypocrisie gouvernementale

Le journal polynésien,  » Les Nouvelles de Tahiti « , publie l’avant-projet de loi du gouvernement. Celui-ci constitue une régression inacceptable car, contrairement aux dispositions prises notamment par les autres puissances nucléaires, il n’établit pas le principe de présomption légale. En quatre courts articles, l’avant-projet indique seulement que toute personne souffrant d’une maladie susceptible d’avoir été provoquée par une exposition aux rayonnements ionisants et ayant séjourné dans les zones d’expérimentations nucléaires françaises au Sahara entre le 13 février 1960 et le 30 juin 1967, et en Polynésie française entre le 2 juillet 1966 et le 31 juillet 1998, pourra demander une indemnisation. Mais, pour en être bénéficiaires, les personnes devront, d’une part, avoir subi une dose d’exposition aux rayonnements ionisants de l’ordre de 50 millisiverts ; et, d’autre part, les descendants et les ayants droit ne sont pas mentionnés ! De même, il n’est fait mention nulle part de la réhabilitation et de la sécurisation des sites d’essais nucléaires pour limiter les conséquences environnementales.

C’est en fait un décret pris en Conseil d’à‰tat qui déterminera les conditions à  remplir pour bénéficier d’une indemnisation. Une commission consultative sera créée pour recevoir et examiner les demandes, mais la décision finale de rejet ou d’acceptation dépendra seulement du Premier ministre ou du ministre de la Défense. La création d’un fonds d’indemnisation n’est pas envisagée car elle sera calculée selon les règles du droit commun.

Course de vitesse

Cet avant-projet est également en régression par rapport aux dispositions sur ce point du code de la Sécurité sociale et de la réglementation polynésienne sur les accidents du travail. En effet, depuis 1919, les victimes n’ont pas à  démontrer qu’un seuil d’exposition aurait été dépassé, la seule présence sur un site exposé suffit, a souligné Maître Jean-Paul Teissonnière, avocat de l’Aven et de Moruroa e tatou. Le gouvernement annonce son intention d’aller vite (vote par l’Assemblée nationale durant le premier trimestre 2009¦) pour éviter que se cristallise l’opposition à  son projet. Le ministère reçoit courant décembre des parlementaires et les associations pour présenter son texte, mais aucune véritable concertation n’est prévue. Une course de vitesse est engagée. Le résultat dépendra du rapport de forces que les associations (Aven, Moruroa e tatou, Comité de soutien Vérité et Justice) réussiront à  créer, notamment avec les parlementaires, pour qu’une véritable reconnaissance et une indemnisation soit accordée à  toutes les victimes : populations, vétérans, descendants¦

Patrice Bouveret

Pour en savoir plus : www.obsarm.org ; www.aven.org ; www.moruroaetatou.org

Incarnation

En cette période de Noà«l et de fin d’année, il est heureux de pouvoir consacrer un peu de temps à  ce mystère central du christianisme qu’est l’incarnation : Dieu se fait Homme et entre dans l’histoire.

Karl Rahner, grand théologien trop oublié, a voulu tirer toutes les conséquences de cette révolution extraordinaire. Dieu ne doit plus être cherché au ciel, qu’il faudrait scruter, mais sur la terre, parmi les hommes.

D’autres grands noms de la théologie, comme le dominicain français Marie-Dominique Chenu, ont analysé la révolution copernicienne que cela implique. C’est d’en bas qu’émerge l’Eglise et qu’elle ne cesse de naître et non pas d’en haut, qu’elle tombe comme un aérolithe.

Il faut donc discerner à  la base et dans l’histoire ce qui lui convient plutôt que de poser une sorte de modèle abstrait et prétendument intemporel et immuable, auquel elle devrait se conformer, parfois contre tout bon sens.

Et il nous plaît d’ajouter encore un troisième nom, celui d’un autre « Chenu », dont la pensée reste cependant elle aussi toujours jeune, Bruno, assomptionniste prématurément disparu. L’incarnation, c’est Dieu qui entre dans les cultures et se fait noir ou jaune, pas seulement de peau, mais aussi de coeur.

Comme l’écrivit un jour ce même Bruno Chenu, « il est des morts qui engendrent des vivants ». Il y a aussi des vivants qui enterrent leurs semblables, peut-être parce qu’ils s’enterrent d’abord eux-mêmes. L’église, assemblée christique, n’appartient pas à  ceux qui veulent l’enfermer entre les quatre murs de l’intransigeance et de l’étroitesse d’esprit.

Même s’ils portent la mitre, et dans leur tête la tiare. C’est le Dieu incarné que l’on oublie en confondant le message libérateur de l’à‰vangile avec une vision racornie et sclérosée, plus païenne que chrétienne en définitive.

Avant de ressusciter à  Pâques, naissons à  Noà«l. C’est toujours le même grand passage, d’un Dieu qui ne se donne qu’en humanité.

Joyeux Noà«l donc à  chacun et chacune de nos lecteurs et lectrices. Avec une pensée particulière à  ceux et celles qui sont dans l’épreuve.

L’humilité de Dieu

Nous voici donc arrivés à  Noà«l. Des associations, comme chaque année, nous appellent à  le célébrer  » autrement  » qu’avec d’indécents excès de bouffe ou de cadeaux. D’ailleurs, les premiers à  se rendre à  la  » crèche  » furent, d’après Luc, de pauvres bergers et pour Matthieu, des étrangers païens. On m’a rapporté une de ces histoires qui se transmet sur ces mages et qui nous redit le sens de ce que nous allons vivre en accueillant l’Emmanuel,  » Dieu-avec-nous « .

 » C’est au moment o๠Balthazar quitte l’Afrique. C’est l’effervescence dans la petite ville. Tout le monde voulait être là  pour voir partir la caravane. La rumeur disait qu’il partait à  cause d’une étoile. Une jeune fille de douze ans était là . Aïcha, c’était son nom, regardait le vieillard Balthazar et son escorte. Elle aurait tant aimé aller avec lui. Sur la place, une mère tirait son fils par la main en disant : « Ne regarde jamais cette étoile, elle t’attirerait toi aussi… »
-Moi, dit Aïcha, je voudrais tant voir l’étoile… Je la suivrais, je l’aimerais. Balthazar, emmène moi, je veux aussi aller là -bas.
-Tu es bien jeune, dit Balthazar, le savant qui savait lire dans les étoiles. Et puis, qu’offriras-tu ?
Aïcha baissa la tête, elle n’avait que ses mains, elle n’avait que son coeur.
Le vieux savant qui lisait aussi dans les coeurs lui dit : « Nous attendrons l’aube pour partir. »
Aïcha rejoignit sa mère dans leur petite maison. Elle lui confia son désir de partir, d’avoir un trésor à  offrir au Roi du Monde, elle aussi… La mère d’Aïcha filait le Chanvre. Elle écouta sa fille et son visage s’éclaira d’un
sourire. « Je sais, moi, ce que tu offriras. »
Elle alla vers un vieux coffre vermoulu. Elle en tira une tunique de soie, à  larges bandes de couleur. Aïcha, éblouie, regardait la tunique scintillante.
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Quand l’Opus Dei s’attaque à  un petit éditeur

L’Opus Dei s’attaque depuis 2007 à  une jeune maison d’édition, Après la Lune, pour un roman policier, Camino 999, de Catherine Fradier1, l’une des meilleures plumes actuelles du genre (Grand prix de Littérature Policière et Prix Sang d’Encre 2006). Le titre de ce thriller fait allusion au guide écrit par Mgr Escriva de Balaguer, le fondateur de l’Opus Dei, composé de 999 maximes spirituelles. Le roman, qui a reçu le Prix Polar SNCF 2007 et le Prix Polar Derrière les Murs, met en scène les relations troubles du pouvoir et de l’argent au sein de l’organisation religieuse sur fond d’enquête criminelle.

L’Opus Dei s’estime diffamée par l’intégralité de l’ouvrage et demande que l’auteure et l’éditeur, Jean-Jacques Reboux, soient condamnés solidairement à  30 000 euros de dommages et intérêts. En novembre 2007, la 17ème chambre correctionnelle du TGI de Paris a débouté l’organisation qui a fait appel de la décision. Le procès s’est tenu le 4 décembre dernier devant la cour d’appel de Paris. L’affaire a été mise en délibéré au 22 janvier 2009. En matière de liberté d’expression, les intentions de l’Opus Dei sont à  géométrie variable, préférant s’attaquer aux petits qu’aux gros (Da Vinci Code), au travail de fiction d’une écrivaine qu’au témoignage accablant d’un ancien membre (Dans l’enfer de l’Opus Dei, Véronique Duborgel). à€ travers ce procès, c’est la liberté d’expression et de création littéraire qui est mise en danger. Cette menace, si elle faisait jurisprudence, pourrait concerner demain tous les écrivains. Golias s’est entretenu avec l’éditeur et écrivain Jean-Jacques Reboux.
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Goà»tez mon hostie !

L’archidiocèse de Boston se lance à  présent dans une singulière initiative. Le cardinal capucin Sean O’Malley entend donner une image plus moderne et plus attrayante de l’Eglise. Dans ce but, il n’hésite pas à  proposer de rendre la communion également plus savoureuse au palais.

Selon ce cardinal, il faut que « la messe ait meilleur goà»t ». Il a donc pris l’étonnante décision de substituer graduellement aux hosties traditionnelles, une nouvelle « gamme » d’hosties contenant, outre la farine de fleur de froment habituelle, une graisse polyinsaturée agrémentée d’agents de saveur, donnant en particulier aux hosties un goà»t chocolaté. On se croirait dans le film de Jean Yanne Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, dans lequel effectivement un Paul Préboist curé de campagne propose des hosties de manière originale… A Boston, ce sera mon curé chez le pâtissier ! Outre la saveur chocolat qui aurait semble-t-il le vent en poupe, le cardinal de Boston évoque deux autres saveurs (pour le moment) actuellement testées : cannelle et
 » Ritz  » – sans doute au goà»t des biscuits pour l’apéritif de cette marque commerciale. Il en faut pour tous les goà»ts et certains préfèrent le sucré au salé. Cette initiative passablement ridicule aurait été
qualifiée de  » transubflavorization  » par la Conférence épiscopale américaine.

Alors que le Vatican n’a eu de cesse de persécuter nombre de missionnaires en Asie et en Afrique qui souhaitaient substituer aux espèces traditionnelles (occidentales) du pain et du vin, celles plus inculturées du riz et de l’alcool de riz par exemple, force est de constater que les responsables romains, laissent faire, dans le cas de cette hostie artificiellement goà»teuse.

Affaire Vingt-Trois : du buzz au pschitt !

Le cardinal de Paris André Vingt-Trois vient de présenter ses excuses pour des propos tenus, dans lesquels il semblait émettre un doute – se croyant spirituel – sur l’aptitude des femmes à  rendre des services dans l’Eglise. Interrogé en effet sur le rôle des femmes dans la célébration des offices, l’archevêque de Paris avait alors répondu : « Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui sont formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête. » La connotation misogyne du propos pour le moins déplacée n’échappe à  personne.

Quinze femmes ont donc décidé de saisir les tribunaux ecclésiastiques de l’officialité de Paris, créant d’une certaine façon la jurisprudence avec cette plainte. Elles s’appuient sur deux articles du droit canon : l’égale dignité des baptisés et la responsabilité de ceux qui causent le scandale en situation d’autorité. D’ailleurs, dans le droit canon comme dans la morale catholique la plus catholique, il existe la légitimité de faire des observations envers un frère ou une soeur qui s’égare et la possibilité de faire amende honorable. Auparavant de nombreux cathos d’ouverture (et pas tous des femmes) notamment associés aux réseaux du Parvis, avaient adressé une lettre ouverte à  Mgr Vingt-Trois. Radio Notre-Dame a également reçu de nombreux mails d’auditeurs outrés par ces propos odieux ponctués en plus d’un rire gras.
Le cardinal a daigné présenter ses excuses. Comme la plainte a été retirée, l’affaire ne concernera désormais plus la justice. […]

Les écoles de la République dans le collimateur

Les mouvements de protestation sont relatés sous l’angle des désordres occasionnés. La récente grève des enseignants l’illustre parfaitement, avec une focalisation de l’attention sur l’application de la loi sur l’accueil des enfants et la polémique qui s’ensuivit. La chronique ordinaire alterne faits divers et reportages convenus o๠l’on reste à  la surface des choses. La rituelle querelle du nombre de manifestants, par exemple.

Les journalistes rubricards, même dotés d’une vraie culture en sciences sociales, seront tentés, pris par la routine et les consignes internes à  leurs rédactions, d’adhérer aux divers stéréotypes concernant le monde de l’enseignement : fonctionnaires donc fainéants et surnuméraires, bénéficiant d’un nombre exagéré de semaines de vacances, militants de gauche manipulant leurs élèves.

Habillés pour l’hiver, les enseignants ne bénéficieront pas de la mansuétude réservée à  d’autres catégories professionnelles (les sportifs dopés, par exemple). Cela rentre en phase avec l’humeur anti-fonction publique observable au sein de la gent journalistique. Humeur qui se manifeste par des formes de méfiance envers le travail intellectuel, mais aussi par le relais complaisant des discours réactionnaires qui visent à  détruire le
 » mammouth « .

Les écoles publiques se voient en effet imputées de multiples  » maux  » sociaux (après les avoir construits en tant que tels) : déficit des dépenses publiques, échec de l’intégration de populations étrangères, violences urbaines, taux de chômage élevé, délinquance des jeunes. Il est plus facile de s’en prendre à  un bouc-émissaire que d’affronter les réels problèmes comme la désindustrialisation.
Il faudrait donc sabrer allègrement dans les dépenses. Précariser et ne plus recruter. Privatiser pour que le fonctionnement soit moins dispendieux. Il n’y aurait pas d’argent, du moins pour ce type de dépenses¦ Modifier la pédagogie pour diminuer l’esprit critique des élèves. Faire entrer les services de police et de gendarmerie dans les écoles pour y mettre bon ordre. à‰liminer les enseignements qui ne sont pas axés sur l’apprentissage d’un métier. Etc.
Le processus est déjà  bien entamé. Les gouvernements successifs, y compris ceux soi-disant de gauche, ont apporté chacun leur pierre pour, non pas construire et consolider l’édifice, mais le (di)lapider. Avec la complicité des grands journalistes dont un des éléments de l’identité professionnelle réside dans la distinction nette avec le statut de fonctionnaire, une des conditions pour obtenir la carte de presse.
Ainsi, au prétexte de se méfier d’un statut public supposé contraindre les fonctionnaires à  la propagande du gouvernement, les grands journalistes se contredisent. Comment les enseignants pourraient-ils fomenter les révoltes de leurs élèves s’ils sont à  la solde du ministre ? Qui plus est, leur fréquent anti-intellectualisme les conduit à  relayer toute réforme qui va dans le sens d’une détérioration progressive des écoles publiques, tant maternelles que primaires, secondaires et supérieures. De façon active, notamment en allant chercher des  » exemples  » à  l’étranger. Du coup, ils se font les propagandistes des gouvernants, toute réforme étant bienvenue quel qu’en soient le contenu et les effets. à” paradoxe !

Ils organiseront de faux débats sur le thème  » la France est-elle réformable ? « . La question des écoles privées confessionnelles ou commerciales et des grandes écoles sera soigneusement éludée. Bien des choses devaient être améliorées, mais fallait-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? La raison sous-jacente, c’est la préférence doctrinale pour les intérêts privés et la haine de la  » main gauche de l’à‰tat « , assimilée au socialisme voire au communisme. Il faut donc être conscient que les arguments rationnels qui rappellent l’utilité et l’efficacité des écoles ne peuvent convaincre de tels idéologues.
Dans quel état seront les écoles quand tout ce qui marchait sera mort et enterré ? Quand il suffit qu’un président ait souffert en tant qu’élève ahanant sur La Princesse de Clèves et soit à  l’écoute de cercles patronaux pour que certaines filières (sciences économiques et sociales) et types d’enseignement (culture générale) disparaissent des cursus et des concours de la fonction publique.

Quand la détestation des chercheurs et des  » intellos  » conduira dans dix ans à  la disparition de la recherche fondamentale de haut niveau en France. Quand les IUT, qui forment des techniciens supérieurs, pâtiront de la réduction des dotations budgétaires aux Universités. Quand les maternelles seront transformées en jardins d’enfants rares et coà»teux qui feront baisser le taux de natalité et revenir les femmes au foyer. Mise-t-on sur une forte réduction du chômage grâce à  cela ?
Sous couvert de réformer un service public de l’éducation aux effectifs jugés pléthoriques et mal placé dans des classements internationaux foireux (autant de prétextes), c’est à  une casse définitive que le gouvernement actuel s’est attelé. Une grande partie de la population sera ainsi privée de connaissances, de capacités d’adaptation, de chances de trouver un emploi. Lui opposera-t-on la répression après lui avoir interdit de s’en sortir ? On passerait du CNRS aux CRS¦ Quel progrès !

Jacques Le Bohec

Droits de l’Homme : l’incohérence du Vatican

La célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme invite sur leur situation dans l’à‰glise catholique, une des institutions qui a opposé historiquement le plus de résistance aux libertés modernes.

La Loi fondamentale promulguée en février 2001 par l’église catholique établit que le pape détient en sa personne la plénitude des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. Par conséquent, la culture des droits humains est absente de son organisation constituée d’une structure de classe (clercs et laïcs, à‰glise enseignante et à‰glise enseignée, hiérarchie et peuple de Dieu). Elle fonctionne sur le mode hiérarchique pyramidal (pasteurs et troupeau) et rejette la démocratisation sous prétexte d’être d’institution divine et d’avoir des fins spirituelles, ce qui choque de premier abord, étant donné le titre de chef d’à‰tat de la Cité du Vatican affiché par le pape.

Rejet de la démocratie sous prétexte d’institution divine

Ainsi, la transgression des droits humains dans l’à‰glise catholique n’est pas une pathologie de plus, mais bien une pratique structurelle, inhérente au paradigme ecclésiastique actuel, lequel n’a rien à  voir avec l’intention du fondateur ni avec les origines du christianisme. Le pape et les évêques catholiques défendent les droits humains dans la société et dénoncent leur transgression, mais ignorent et ne respectent pas les droits des chrétiens et des chrétiennes au sein de l’à‰glise. Ils défendent la liberté dans la société, mais oublient la liberté chrétienne reconnue de multiples manières dans les textes fondateurs du christianisme. Comment peut-on refuser la liberté aux chrétiennes et chrétiens quand, selon Paul de Tarse,  » c’est pour nous rendre à  la liberté que Christ nous a libérés  » (Galates 5,1). Voilà  l’incohérence du Vatican. Voyons-en quelques exemples.

Les femmes sont exclues du sacerdoce, de l’épiscopat et de la papauté et des postes de responsabilité ecclésiale, sous prétexte que Jésus fut un homme et qu’il peut être représenté seulement par des hommes. On convertit ainsi Jésus de Nazareth en personne machiste, alors que ce qu’il a lancé fut un mouvement égalitaire de femmes et d’hommes.
On oblige les prêtres à  être célibataires et à  renoncer au mariage alors que théologiquement et historiquement il n’existe aucun lien intrinsèque entre le sacerdoce et le célibat. On ne reconnaît ni ne respecte les libertés comme celle d’expression, d’investigation, d’enseignement et d’impression. Il y a des dizaines de théologiennes et théologiens condamnés pour leurs écrits et déclarations publiques, qu’on oblige en plus à  soumettre à  censure préalable tout ce qu’elles ou ils écrivent. Dans certains cas, des livres publiés  » avec les autorisations pertinentes  » ecclésiastiques sont retirés de la vente.

Les procès contre les théologiens et les théologiennes ne sont pas précisément un exemple de transparence et de respect des droits humains ; bien au contraire, les inculpés réalisent comment, dans ces dits procès, on méprise systématiquement les droits reconnus par la justice civile.
[…]

Juan José Tamayo*
*Directeur de la chaire de théologie et des sciences des religions, à  l’Université Carlos III de Madrid (Traduction Claude Lacaille)

Nous sommes prêts à  construire une église, le Seigneur, lui, nous appelle au large

Sympathique dialogue entre le roi et son conseiller prophète qui, en toute bonne foi, tombent d’accord pour construire une maison au Seigneur. Le temps des conflits est terminé, le roi a un palais, le pays est en paix.

Construire une église, une chapelle, rénover les lieux de culte¦ Des associations se créent, les dons sont mobilisés. L’intention est bonne et Natân ne pouvait qu’approuver :  » Va et fais tout ce qui te tient à  coeur, car le Seigneur est avec toi. »

Et voici que le Seigneur critique l’initiative : le texte n’est pas donné en entier, mais les traditions qui ont nourri les méditations des croyants donnent à  entendre que le Seigneur accompagne un peuple en marche et que jamais il n’a réclamé une maison enfermant ses grâces et son action.

La présence du Seigneur ne saurait être restreinte. Elle est au milieu de son peuple fidèle :  » Les méchants ne continueront plus à  l’opprimer comme auparavant « . Le Seigneur donne à  son peuple la stabilité politique, il raffermit la  » maison de son serviteur David « . Il peut donner une hiérarchie à  son Eglise, des témoins qualifiés, des lieutenants¦ Il est dans les églises. Il est dans l’Eglise. Il est par dessus tout disponible à  tous ceux qui l’invoquent, ici et ailleurs, au-delà  de toutes nos catégories, attentif aux pauvres, à  tous ceux qui souffrent. Noà«l pour tous les hommes de bonne volonté.

Jean Doussal

Le nouveau visage de l’ACO

Engagés dans la vie de tous les jours, dans les luttes et les mouvements qui en appellent au respect de la planète et de ses habitants, les hommes et les femmes de l’Action Catholique Ouvrière (Aco) mettent leur foi au service de la justice et d’une culture de paix. Ce qui les porte : une solidarité agissante, l’action collective, le choix de croire que la fraternité vécue à  la lumière de la foi chrétienne est source d’espérance et d’avenir pour notre monde.

Née en 1950, de la volonté de prêtres et de laïcs issus de la Joc et de la résistance, l’Action catholique ouvrière investit tous les terrains. Pour ceux qui l’animent, partout o๠il y a combat pour l’homme, l’Evangile est présent. œIl ne s’agit pas d’une organisation au sens habituel du terme, mais d’un mouvement qui renvoit à  un engagement dans la vie de tous les jours, dans le milieu du travail, la vie syndicale et politique, précise le secrétaire national Benoît Noblet. Lors de sa dernière rencontre nationale de 2006, l’Aco sortait sa résolution intitulée œFaire peuple : être acteur là  o๠on est, pour tisser des liens, aller à  la rencontre des plus isolés et des exclus de la société. œNous mettons notre foi dans l’action collective, pour un mieux vivre et lutter contre les injustices.

Les temps du partage et de la parole libératrice

Dans les quartiers, o๠la précarité gagne du terrain et les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux, les hommes et les femmes de l’Action Catholique Ouvrière participent à  des actions concrètes (aide aux devoirs ou alphabétisation) agissent au sein du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, à  ATD-Quart Monde. Citoyens engagés au sein de la cité, élus pour mieux défendre le logement social, en responsabilité au sein d’un centre communal d’action sociale, les militants de l’Aco sont présents partout o๠se joue le respect des droits de l’homme. Acteurs de fraternité, révélateurs de dignité, telle est en quelque sorte leur profession de foi qu’ils partagent avec les prêtres ouvriers. œIls sont notre famille, comme la Jeunesse Ouvrière Catholique, l’Action Catholique des Enfants, les religieuses en milieu ouvrier, commente Benoît Noblet. œOn va dans le même sens, mais chacun à  sa façon. Hommes et femmes de l’Aco en témoignent dans leur soutien aux migrants, victimes d’un marché mondial qui n’est pas étranger à  l’héritage du colonialisme. Aux côtés des sans-papiers qui ont occupé l’église de Massy (Essonne), dans les comités de vigilance, les parrainages des enfants et des familles en partenariat avec certaines municipalités. Et aussi dans les Cercles du silence qui se développent en France pour dénoncer les centres de rétention. L’un de ces rendez-vous mensuels, formés généralement sur la place publique, a été initié à  Béziers en avril 2008 par l’Aco.

Moments très importants, les Rencontres, œtemps de partage qui peuvent prendre différentes formes, ouvertes à  tout ce qui peut donner sens à  la vie et à  l’action collective. Et parce que la force du verbe peut soulever des montagnes, des lieux de paroles se tiennent régulièrement, comme aux Herbiers, en Vendée, avec des aides ménagères, techniciennes de surface et auxiliaires de vie trop souvent isolées.

Ceux qui participent à  la vie de l’Aco ont choisi de s’enraciner dans le monde des travailleurs, des sans-voix, des laissés pour compte, avec l’ensemble des collectifs et mouvements de la Mission ouvrière de France. C’est une des raisons pour laquelle sa revue Témoignage de novembre-décembre 2008 consacre son dossier aux élections prud’homales (3 décembre 2008) dont l’enjeu est celui de la justice au travail. L’école, le système de protection sociale, l’environnement otage d’un système économique en crise, rien de ce qui touche l’humanité ne saurait être étranger aux équipes de l’Aco. Questions abordées et débattues très largement, et avec des proches, Chrétiens en monde rural (CMR) ou Action catholique des milieux indépendants (ACI). Impliquée dans la vie de l’Eglise, l’Aco essaye aussi d’y faire entendre une autre voix. Après la nomination d’un curé de l’Opus Dei à  La Dalbade, un courrier critique, en date du 1er novembre 2008 était envoyé à  Robert Legall, archevêque de Toulouse, pour lui rappeler notamment que Toulouse a été la capitale du gouvernement en exil de la République espagnole, tandis que les membres de l’Opus Dei siégeaient parmi les ministres de Franco…
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