Un autre regard sur l’information !

Crise : les contradictions politiques de la relance économique en Europe

Début décembre, l’Europe annonce un plan de relance de son activité économique de 200 milliards d’euros. Autour du 20 novembre, le chiffre n’était que de 130 milliards. L’accroissement ne vient pas de l’apport de la Commission européenne qui, lui, n’a pas varié et demeure fixé à  30 milliards, mais de l’accroissement des contributions des Etats-membres qui avancent leurs propositions conçues dans un cadre exclusivement national. Ce plan européen n’en est donc pas vraiment un.

Fin novembre le gouvernement britannique a annoncé un plan de 15 milliards de livres (17,8 milliards d’Euros), mais surtout a décidé d’une baisse de la TVA de 2,5 points, soit 15%, ce qui représente le minimum accepté par l’Union Européenne. Cette relance espérée de la consommation britannique coà»tera 12,5 milliards de livres aux finances publiques. Gordon Brown présente cette mesure comme un modèle pour l’Europe, car la baisse des impôts est le moyen le plus efficace pour agir le plus rapidement possible sur la consommation.

Cet avis est généralement partagé par les économistes, mais, dans le cas présent, ceux qui conseillent le patronat britannique pensent que la défiance des consommateurs face aux effets dévastateurs de la crise peut en annihiler l’effet. De plus, même temporaire, cette mesure de réduction fiscale creusera la dette publique qui devrait approcher de 6% du PIB soit deux fois plus que la norme du traité de Maastricht. Mais on sait que la Grande-Bretagne n’est pas membre de l’Euroland !

De son côté, l’Allemagne de Angela Merkel refuse des solutions qualifiées de populistes et se réfère à  la sagesse économique qui a plutôt bien réussi à  ce pays depuis la grande réforme monétaire de 1947. Forte de sa réélection triomphale à  la tête de la CDU, la chancelière s’accroche à  l’orthodoxie de l’équilibre budgétaire et
du maintien d’une balance commerciale positive.
En refusant, pour le moment, tout plan de relance, l’économie allemande se dispose à  bénéficier de la relance chez les autres. Sans doute faut-il y voir davantage l’effet de la mémoire des inflations catastrophiques qui ont affligé le pays à  la suite de sa défaite dans les deux grandes guerres du XXème siècle, qu’un pur et simple machiavélisme. Pourtant, dans l’opposition, beaucoup pensent que, face à  la gravité de la crise de l’industrie automobile, une relance de la consommation des ménages serait absolument nécessaire. Mais un facteur, ignoré des Français, peut amortir la rigueur de la position gouvernementale, avec l’action possible des Là¤nder qui sont actionnaires des banques régionales et qui, plus proches du terrain, pourraient soutenir avec vigueur les activités économiques locales. […]

Hugues Puel

Espagne : la guerre des crucifix ou la nouvelle controverse de Valladolid

Saisi par un parent d’élève, le juge Alejandro Valentin du tribunal administratif de Valladolid a ordonné, pour la première fois, à  une école publique de la ville de « retirer les symboles religieux des salles de classe », en l’espèce des crucifix. Il faut savoir en effet que malgré la Constitution espagnole de 1978, assurant du caractère aconfessionnel de l’à‰tat et de ses institutions, les symboles catholiques demeurent très présents en Espagne. Tout nouveau chef de gouvernement jure encore fidélité à  la Constitution devant un crucifix, lors de sa prestation de serment. Une semblable guerre des crucifix avait déjà  éclaté dans les années 80 avant de s’endormir plus ou moins avec quelques réveils épisodiques.

Très affaibli par les critiques concernant sa gestion défaillante d’une crise économique redoutable et sans précédent, avec notamment une explosion du chômage, le gouvernement socialiste de Jose Luis Zapatero n’a défendu que très mollement la décision du juge d’ordonner le retrait des crucifix. Prenant des précautions, la ministre de l’Education, Mercedes Cabrera, n’a fait que déclarer timidement (pouvait-elle faire moins) : « La Constitution dit que l’Espagne est un pays aconfessionnel et par conséquent, l’école doit aussi l’être. » Selon le ministre : « les parents (…) ont le droit de demander qu’on retire les symboles religieux ». Ceci dit, cette même ministre n’envisage pas d’obliger toutes les écoles conservant des crucifix, à  retirer ces symboles, laissant ce type « d’initiative » aux conseils d’établissement de chaque centre scolaire. Par ailleurs, le porte-parole socialiste au Parlement, José Antonio Alonso, a simplement indiqué qu’il lui paraissait « souhaitable » que les symboles religieux disparaissent des écoles. Autrement dit, dans les faits, la libre décision est laissée aux écoles.

Comme on peut l’imaginer, les évêques ont en revanche adopté une position très dure et très intransigeante. Alors que le journal du Vatican l’Osservatore Romano a vivement réagi, estimant que la décision du juge espagnol constituait un acte de « haine antireligieuse », le cardinal franciscain de Séville, Mgr Carlos Amigo Vallejo, considéré jusqu’à  présent comme modéré sinon libéral, est lui aussi entré dans la polémique. Bien qu’avec retenue, estimant prudemment que cette décision judiciaire ne « favorisait pas la cohabitation » et qu’il fallait au contraire « respecter » tous types de symboles religieux. Il est vrai que le malheureux porporato s’est vu seconder depuis quelques semaines par un « dur » de la ligne de la plus intransigeante des tendances, Mgr Jose Luis Asenjo, nouveau coadjuteur et futur archevêque.

Quant au cardinal Antonio Maria Rouco Varela, on le devine aisément, il est monté au créneau selon son habitude en des termes très virulents. Pour l’archevêque de Madrid, également président de la conférence des évêques, si l’on veut retirer les crucifix des écoles « autant détruire l’Espagne toute entière ». […]

Apocalypse now

La série qui fait suite, sur Arte, à  Corpus Christi et à  L’origine du christianisme, a commencé mercredi soir 3 décembre à  21 heures. Une émission d’une rare qualité intelectuelle, qui invite les téléspectateurs à  se poser des questions, douter, chercher à  comprendre ce qui a pu se passer dans les quatre premiers siècles de notre ère pour qu’aujourd’hui, encore, de grands savants, exégètes, historiens, s’interrogent sur cette période fondatrice.

On ne peut donc que saluer la masse d’information progressivement présentée au télé-spectateur et la démarche qui consiste à  médiatiser une parole de scientifique trop longtemps frileusement réservée à  des spécialistes. On doit reconnaître aussi que la place laissée à  la prise de parole des chercheurs, la qualité des interventions, confèrent densité à  l’entreprise. Pour en tirer profit, le télé-spectateur doit alors mobiliser son attention et ne jamais perdre de vue qu’il lui faut effectuer un tri entre ce qui est information factuelle et ce qui est hypothèse explicative (par exemple, les destinataires de l’invective contre la synagogue de Satan). Surtout, il lui faudra se souvenir que malgré la cohérence thématique apparente, il ne regarde pas un dialogue entre chercheurs, mais un découpage pédagogique opéré à  partir d’interventions séparées. Les réalisateurs disent ne pas avoir voulu faire dialoguer les chercheurs pour éviter les controverses qui auraient forcé le télé-spectateur à  s’identifier à  un parti. […]

Les cathos «hérétiques» de Barack Obama

Malgré les trésors de diplomatie déployés par le cardinal Francis George, archevêque de Chicago et président de la conférence épiscopale des USA, ainsi que par Mgr Gerlad Kicanas, évêque de Tucson et vice-président, un homme d’ouverture, la situation est des plus tendues entre la hiérarchie épiscopale et le futur gouvernement Obama en train de se constituer.

ette tension s’étend d’ailleurs bien au-delà  de la petite cinquantaine d’évêques connus pour leur intransigeance extrême. Mgr Robert Hermann, administrateur apostolique de l’archidiocèse vacant de Saint-Louis (dont l’ancien fut l’ultra-conservateur Raymond Burke, transféré à  Rome) vient de déclarer que ce serait un honneur pour les évêques de mourir dans leur combat contre l’avortement.

De façon provocante, un cardinal américain de la Curie, Francis Stafford, vient de déclarer lors d’une conférence à  Washington que Barack Obama était un être « agressif, perturbateur et apocalyptique ». Ces propos relèvent de l’incident diplomatique puisque celui qui les a tenus est l’équivalent d’un ministre à  l’échelle d’un état.

De son côté, le Vatican est particulièrement irrité par la récente désignation de deux catholiques « libéraux » (= progressistes) à  des postes de confiance, ce qui en fait, selon lui, des alliés objectifs et scandaleux de la politique sociétale désastreuse (sinon criminelle) de Barack Obama. […]

L’Apocalypse commence sur Arte

La série qui fait suite, sur Arte, à  Corpus Christi et à  L’origine du christianisme, a commencé mercredi soir 3 décembre à  21 Heures. Avec ce programme, le spectateur est invité à  être critique et à  penser tout haut. Pour cela, il faut d’abord se rappeler que l’histoire des phénomènes religieux est une histoire particulière, non pas tant par ses méthodes qui sont celles de l’arsenal des sciences humaines, que par la nature de son objet. Celui-ci touche au plus intime de l’homme et porte toujours une charge importante d’affectivité. De plus, dans les religions faisant appel à  un événement fondateur, à  une  » révélation – apo-calypsis en grec « , l’histoire a tendance à  devenir norme, ce qui ne facilite ni la confrontation nécessaire des idées, ni l’élaboration de lecture nouvelles, d’hypothèses originales, capables de faire progresser la recherche et la compréhension.

L’historien des phénomènes religieux doit accomplir un double travail : d’une part restituer les faits à  travers les indices et les témoignages (ce qui va au delà  de la littérature même si elle est, surtout pour les deux premiers siècles, le passage obligé), d’autre part, restituer à  ces faits leur qualité de passé. A la différence du théologien systématicien ou dogmaticien (l’anti- ou l’a-théologie relève du même processus dogmatique si bien décrit par P. Legendre dans l’Amour du censeur : essai sur l’ordre dogmatique, Paris, Seuil, réédition 2005), l’historien fait de l’histoire ou d’une portion d’histoire un passé, un moment autre que le temps présent, il doit s’appliquer à  faire l’inventaire des différences. Dès la première phrase de l’émission, on aura compris que cet inventaire des différences (tant diachroniques que synchroniques) ne sera que partiellement réalisé. La voix off féminine qui introduit les douze émissions commence par une affirmation qui sera reprise, comme la clef de l’articulation, aux deux derniers épisodes :  » Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue. Entre le prophète juif crucifié par les romains, espérant la restauration du Royaume d’Israà«l et le Christ prêché dans l’Eglise catholique, apostolique et romaine, l’écart est devenu considérable¦Mais revenons en arrière « … L’objectif va consister alors à  mettre en scène un certain nombre d’interventions de chercheurs pour articuler cette intime conviction qui n’est, d’ailleurs, en soi, qu’une généralité évidente : comme toute religion, le ‘christianisme’ n’est pas tombé du ciel, le christianisme est une histoire et toute histoire est faite de fondateur et de fondements, de commencements et de suite, d’innovations et de mutations, de transformations et de retour à  l’ordre ancien. Et, comme le faisait remarquer Régis. Debray, souvent,  » ce qui rend possible le message rend probable sa perversion « . (Transmettre, Paris, 1997, p. 68).

Tout d’abord une précision : seul le premier épisode de la série traite effectivement de la question. Alors pourquoi ce titre pour l’ensemble de la série ? C’est sans doute dans la citation de Loisy placée en tête de l’épisode 1 sans que soit nommé son auteur, qu’il faut chercher un élément de réponse :  » Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue « . […]

Alexandre Faivre (historien)

Les secrets de l’opération Betancourt

Jacques Thomet, journaliste à  l’AFP, et ancien responsable du bureau à  Bogota, vient de publier un ouvrage o๠il révèle les faux pas de la France pendant la détention d’Ingrid Betancourt et son double jeu face au terrorisme. Entretien avec l’auteur du livre « Les secrets de l’opération Betancourt ».

Golias : En 2006, vous avez publié un livre critique sur l’affaire Betancourt; critique à  la fois sur les proches de cette dernière mais critique aussi sur les autorités françaises. Début novembre 2008, vous récidivez avec la publication d’un nouvel ouvrage « Les secrets de l’opération Betancourt »(Fayard »).Quel a donc été le véritable rôle des autorités françaises dans cette affaire. qui se sont immédiatement attribuées les honneurs de l’opération dés le lendemain de la libération d’Ingrid Betancourt le 2 juillet dernier ?

Jacques Thomet : La France n’a eu aucun rôle dans la libération d’Ingrid Betancourt, réalisée par un commando de neuf agents secrets de l’armée colombienne. Pis encore, Paris s’est en permanence opposé à  toute intervention de l’armée colombienne !

[…]

Mgr Vingt-Trois et les femmes : des mots, des rires et… des journalistes

La semaine dernière, Golias Hebdo (n°55) informait ses lecteurs des propos tenus par le cardinal archevêque de Paris concernant le rôle des femmes dans l’Eglise lors de l’émission politique «Face aux chrétiens» de La Croix, RCF et Radio Notre Dame, le jeudi 6 novembre. Nous revenons sur cette affaire en raison des vives et nombreuses réactions suscitées par de tels propos. D’autre part, nous publions ci-après la «lettre ouverte» de deux femmes théologiennes du diocèse de Lyon (voir aussi notre rubrique «Le blog des lecteurs»).

Question de Frédéric Mounier (journaliste à  La Croix ) :  » Un certain nombre d’évêques ont émis le souhait que des femmes puissent lire l’à‰criture, puissent jouer ce que l’on appelle le rôle de lectionnaire (sic*), qu’est ce que vous en dîtes ?  »

Réponse de Mgr Vingt-Trois :  » Les femmes lisent l’à‰criture tant qu’elles le veulent, je ne pense pas que ce soit une question très difficile. Ce qui est plus difficile, du peu que je connais à  travers le diocèse de Tours et le diocèse de Paris c’est que nous avons fait des progrès considérables dans la formation des cadres ecclésiaux. Ce qui est plus difficile c’est d’avoir des femmes qui soient formées, le tout ce n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête.  »

Le comique Jean-Marie Bigard n’aurait pas dit autre chose dans ses sketches. Mgr Vingt-Trois s’est donc cru très intelligent en tenant de tels propos alors qu’il se révèle – tel qu’il est finalement – un personnage peu reluisant. Il est d’ailleurs coutumier du fait. En effet, il y a deux ans, il comparait l’abbé Pierre, critique sur le rigorisme de l’à‰glise catholique en matière de sexualité, à  un pompier pyromane et à  un instituteur pédophile. C’était déjà  plus que limite¦

Aujourd’hui, dans le cadre de cette émission  » Face aux chrétiens « , il cible le rôle des femmes dans l’à‰glise.

On remarquera aussi que ses mots (qui se voulaient – paraît-il – d’esprit !) furent ponctués, en final, d’un rire gras, très gras même ! Un rire partagé et prolongé d’ailleurs par ses comparses-journalistes du moment. La bande son de l’émission que nous avons écoutée avec soin l’atteste et vient renforcer les paroles scandaleuses et blessantes de l’archevêque de Paris. » Des propos ignobles  » nous ont confié plusieurs femmes catholiques en responsabilité dans l’à‰glise.
[…]

Alliance contre nature

C’est bien une alliance « contre-nature » que les courants tradis (non lefebvristes) et les courants charismatiques ont scellée, tacitement au départ, et de plus en plus ouvertement aujourd’hui.

L’ anneau épiscopal obtenu par Mgr Marc Aillet, nouvel évêque de Bayonne , intronisé ce dimanche 30 novembre, présage un combat déterminé contre tout ce que l’à‰glise compte de chrétiens d’ouverture qui n’ont pas encore claqué la porte de l’institution.

D’autant que, dans le même temps, l’on vient d’apprendre la nomination épiscopale pour le diocèse du Mans, d’un prêtre de la communauté charismatique de l’Emmanuel, le Père Yves Le Saux (voir plus loin).

Rappelons que Mgr Marc Aillet est issu de la communauté traditionaliste Saint Martin et qu’il fut, jusqu’à  récemment encore, le vicaire général de Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon , membre de l’Emmanuel¦

D’un point de vue sociologique autant que théologique, ces deux tendances, « chachas » et « tradis » n’ont presque rien qui puissent les unir en positif. En revanche, elles vérifient une semblable posture de fuite du monde, d’enfermement dans un imaginaire décalé et de rejet d’une modernité qui fait peur et qu’il s’avère tentant de diaboliser.
[…]

Sans-papiers : la force de médiation d’un prêtre et d’un pasteur

Voici une histoire de sans-logis et de sans-papiers qui se finit, pour une fois plutôt bien, à  Cachan en 2006. Deux hommes d’à‰glise y ont beaucoup contribué, un pasteur et un curé1. ll a fallu beaucoup de ténacité et de travail à  une journaliste, Anne-Emmanuelle Kervella, pour reconstituer, à  deux ans de distance, en interrogeant les uns et les autres et en recoupant les témoignages, une histoire dépourvue d’archives.

Rappelons brièvement les faits. Entre 2000 et 2004, des sans-logis et des sans-papiers occupent, peu à  peu, un bâtiment désaffecté du campus universitaire de Cachan. Le 17 aoà»t 2006, le nouveau préfet fait intervenir les CRS pour évacuer le bâtiment ; l’administration offre aux familles des chambres d’hôtels – mais o๠elles ne pourront cuisiner – et il est prévu que les hommes célibataires sans-papiers iront en centre de rétention. Tandis que les hommes montent dans les cars de police, les femmes donnent le signal de la révolte en s’asseyant par terre, au coude à  coude, avec les enfants serrés contre elles. Les CRS sont ainsi neutralisés.

Par chance, la municipalité et son maire socialiste acceptent d’accueillir les squatters dans un gymnase tout proche. Ils y resteront entassés à  plus de 400 pendant presque deux mois. Le Conseil Général dirigé par un communiste apporta aussi son aide en ravitaillant le gymnase. Les squatters, presque tous musulmans, se sont tournés vers deux chrétiens pour servir de médiateurs : un noir, le pasteur Philippe B. Kabongo-Mbaya, d’origine congolaise, et un blanc, le curé de Cachan, Marc Lulle. Tous deux vont jouer un rôle capital dans le conflit qu’ils suivent au prix d’une présence quotidienne. Leur rôle est très différent de celui des associations qui soutiennent et conseillent les squatters : le DAL (Droit au Logement), RESF (Réseau à‰ducation Sans Frontières), la Cimade. Le rôle des deux médiateurs choisis par les squatters est autre. Le directeur de France Terre d’Asile le définit : « àŠtre les passeurs d’un dialogue qui aboutisse dans un premier temps à  calmer le jeu, et dans un deuxième temps à  négocier une issue convenable « .

Le préfet se retranche derrière la loi, avec en arrière plan un ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. La police harcèle les squatters par des provocations multiples autour du gymnase : femmes molestées, avec confiscation des téléphones mobiles, contrôles policiers pour piéger les sans-papiers à  la sortie du RER. Mais cette guerre des nerfs n’a pas ébranlé la détermination des squatters, même si, dans le gymnase, la situation sanitaire se dégrade : un cas de tuberculose est déclaré. De surcroît, 6 hommes ont commencé une grève de la faim. […]

LA DIAGONALE DU FOU

Le fichage des personnes hospitalisées d’office, auquel Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, avait renoncé en 2007 dans sa loi sur la prévention de la délinquance, est à  nouveau envisagé après le meurtre d’un étudiant à  Grenoble, par un malade schizophrène, ce qui suscite – entre autres – les inquiétudes des professionnels. Le chef de l’Etat a demandé en effet une «réforme en profondeur de l’hospitalisation psychiatrique» suite à  ce drame.

L’Elysée a donc mandaté trois ministres (Santé, Intérieur, Justice) pour « une réforme en profondeur du droit de l’hospitalisation psychiatrique » visant à  « améliorer la surveillance des patients susceptibles de représenter un danger pour autrui, dans le cadre notamment de la création d’un fichier national des hospitalisations d’office ». Quand il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait fait adopter début 2007 la loi de prévention de la délinquance. Ce texte comportait à  l’origine un volet santé mentale qui prévoyait de renforcer le rôle des maires dans les procédures d’hospitalisation d’office et, déjà , de créer un fichier national des patients hospitalisés d’office en psychiatrie.

Devant le tollé suscité par un tel projet parmi les professionnels de la psychiatrie, qui dénonçaient notamment un « retour en arrière » et un « amalgame entre les malades et les délinquants », Nicolas Sarkozy avait retiré le volet santé mentale de son texte. Pour
la magistrate Hélène Franco, du Syndicat de la magistrature (SM), ce « vieux serpent de mer qui ressort des cartons » est « une nouvelle stigmatisation d’une population déjà  en très grande difficulté ». Le professeur de santé publique, Antoine Lazarus, voit dans « la logique des fichiers la volonté de traiter les malades comme des délinquants ». Ce responsable du Groupe multiprofessionnel des prisons, qui réfléchit à  l’état de la détention en France, souligne « le nombre mineur de malades mentaux auteurs de meurtres (moins d’une dizaine par an) par rapport au nombre de crimes de sang (entre 600 et 1.000) ». « Sous prétexte de sécurité, on oublie leur statut de malade », déplore le Pr Lazarus, auquel l’idée d’un fichage rappelle « le marquage du fou dans l’Ancien Régime ».
Le drame de Grenoble est avant tout un effroyable et un épouvantable gâchis. […]

Georges Federman (psychiatre et psychanlyste)

Follow us on Social Media