Un autre regard sur l’information !

Crise financière : la dérive d’un capitalisme du désastre

La crise financière causée par les «subprimes» aux Etats-Unis se généralise puisque les banques de la planète sont interdépendantes. Alors que le gouvernement français tente de faire croire que le pays ne sera pas touché par cette crise, Golias s’est penché sur le livre de Naomi Klein, La stratégie du choc1, un grand et gros livre de 560 pages qui valent notre effort. Retour aux sources du capitalisme économique, ou quand le grand serpent se mord la queue…

A l’origine du « capitalisme du désastre » – c’est le sous-titre du livre -, il y a un économiste américain, Milton Friedman (1912-2006), chef de file de ce qu’on appelé l’à‰cole de Chicago. S’opposant aux thèses du keynésianisme et à  toutes les « politiques de relance », Friedman soutient le néolibéralisme radical, et ce que Naomi Klein appelle « la trinité néolibérale » : privatisations, déréglementation, réduction des dépenses sociales. Ses élèves chiliens, les « Chicago Boys », purent appliquer cette politique à  partir du coup d’à‰tat de Pinochet, en septembre 1973. L’expérience du Chili fut la première application concrète d’une théorie, mais d’autres suivirent que l’auteur nous décrit, chapitre après chapitre.

La thèse de Klein est qu’il faut un  » choc  » pour que les dirigeants politiques d’un pays puissent imposer aux populations une politique aussi antisociale. Le coup d’à‰tat au Chili et la terreur instaurée par le régime militaire constituent l’exemple le plus spectaculaire. Mais, dès 1973, les militaires uruguayens s’emparaient, eux aussi, du pouvoir et appliquaient les mêmes méthodes économiques. L’Argentine suivait en 1976. Pauvreté et torture se diffusaient en Amérique latine. Pourtant, personne n’avait compris la liaison entre violence et néolibéralisme. Friedman reçut d’ailleurs, en 1976, le prix Nobel d’économie pour ses travaux « originaux et importants ». […]

Femmes-prêtres : un religieux rompt l’omerta

Cette année, six ordinations de femmes comme prêtres ont eu lieu aux à‰tats-Unis. Elles ont été présidées par un femme évêque du nom de Dana Reynolds. La dernière ordination en date a eu lieu le 9 aoà»t dernier à  Lexington dans le Kentucky. La nouvelle femme prêtre,s Janice Sevre-Duszynska, 58 ans, est très engagée dans des causes humanitaires.

Parmi les ministres ordonnés qui lui ont imposé les mains, on peut citer pour la première fois un prêtre catholique, le Père Roy Bourgeois, de la congrégation des religieux de Maryknoll. Cet ecclésiastique est d’ailleurs très connu pour ses engagements pacifistes. Le Père Bourgeois a prononcé l’homélie lors de la célébration d’ordination.

Les évêques des états-Unis et le Vatican sont dans l’ensemble plus que furieux. En effet, la présence d’un prêtre homme dont personne n’osera contester l’ordination – alors que Rome juge invalide en soi l’ordination sacerdotale d’une femme – constitue un précédent qui inquiète les évêques. Quant à  la personne même de Janice Sevre-Duszynska, elle incommode très vivement les prélats Pour l’anecdote, cette dame énergique et décidée arracha un jour des mains du cardinal Bernard Francis Law un micro pour prendre la parole et dire ce qu’elle pensait.
Un précédent qui fera date Religieux, le Père Bourgeois ne dépend d’aucun évêque ce qui explique qu’il n’a pour le moment fait l’objet d’aucune sanction canonique. Il faut savoir en effet que les religieux de Maryknoll sont de tendance franchement progressiste et que le supérieur ne devrait s’en prendre au Père Bourgeois que s’il est véritablement obligé de le faire par Rome même. Cette menace qui plane explique que plusieurs prêtres aient assisté incognito à  cette ordination, ne voulant pas que leur nom soit divulgué.

Quant au Père Bourgeois, il s’est senti le devoir de se mettre ouvertement en conformité avec sa conviction de l’opportunité d’ordonner des femmes. Une conviction qui fait de plus en plus son chemin. Selon Roy Bourgeois, exclure les femmes de façon systématique de l’ordination sacerdotale revient à  opérer une discrimination tout à  fait intolérable. Selon lui, le sexisme, comme aussi l’homophobie, constitue un véritable péché. Prétendre que la puissance d’amour de Dieu ne peut faire d’une femme un prêtre c’est la limiter et lui faire injure. […]

L’oecuménisme en berne

Lors de la visite du pape, l’oecuménisme et l’interreligieux ont été les grands absents.

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris tente d’expliquer ce phénomène : « nous avons essayé de trouver des solutions honorables, mais qui ne sont pas forcément à  la hauteur de ce qu’aurait souhaité le pape s’il était resté plus longtemps « . La pilule est un peu grosse à  avaler. Il est clair que malgré ses grandeurs, ce pontificat est certainement très en recul en matière d’oecuménisme à  l’égard des protestants, qui sont tout de même nombreux en France, nous le savons. Quant aux autres religions, l’idée avait germé de les associer au discours que le pape adressera au monde de la culture vendredi. Or ce beau discours, lequel pourtant ne relève pas les grands défis de la modernité, ne montre pas de vraie sensibilité aux chemins propres des autres religions et à  la recherche de sens en dehors des éléments spécifiques du judéo-christianisme.

Bernardins : la civilisation du pape en question

Malgré sa qualité intellectuelle, le discours du Pape est resté en deçà  de biens des attentes légitimes y compris de celles exprimées dans le discours d’introduction du cardinal Vingt Trois lui-même. Ce dernier (d’après nos sources, son porte plume), comme ce n’est d’ailleurs pas souvent son habitude posait un certain nombre de questions intéressantes.

En effet, « depuis un demi-siècle, l’Europe cherche sa voie et se construit plus ou moins laborieusement. Mais à  mesure qu’elle s’étend en accueillant de nouveaux membres, la confrontation des cultures se fait plus vive, l’interrogation sur les finalités plus urgente. Vers quel avenir va
notre continent ? Sur quelles bases anthropologiques et éthiques se développe notre union ? Pour quel service de l’humanité ? Nous sommes convaincus que la Sagesse chrétienne peut apporter sa contribution à  cette grande oeuvre ».

Ces questions sont en soi excellentes, et difficiles. Il ne s’agit certes pas d’y répondre de façon définitive et catégorique. Au contraire, elles exigent une quête intellectuelle et existentielle qu’il serait dangereux de vouloir interrompre trop vite. Néanmoins, on aurait au moins pu espérer que le pape leur donne une résonance plus forte et élargisse l' »horizon de sa perspective. Or, ce n’est pas le cas. Malgré sa qualité intellectuelle, le discours pontifical les contourne plutôt qu’il n’affronte ces questions dans leur radicalité et dans leurs exigences. Il est certain que les bases anthropologiques du christianisme et d’une annonce de l’Evangile doivent être élargies. Or, on ne trouve aucune voie en ce sens dans le discours de Benoît XVI aux Bernardins. Certes, le beau discours de Benoit XVI aux Bernardins nous livre un véritable discours de civilisation : car c’est bien de cela dont il s’agit, refonder une nouvelle civilisation et poser les bases d’un nouvel humanisme qui ne soit plus fermé à  la religion et à  la transcendance. Il s’inscrit ainsi dans le sens du choix même de son nom : Benoit. Saint Benoit, en effet, père du monachisme cénobite est aussi le patron de l’Europe. Il est à  l’origine d’une civilisation et l’ambition de Benoit XVI est bien de contribuer à  l’émergence d’une telle civilisation. Le ton serein et l’ampleur du panorama portant le discours des Bernardins s’inscrivent dans cette même intention. Seulement voilà  : construire une nouvelle civilisation suppose de l’audace et le sens du renouveau. Or, le Pape n’a pas vraiment répondu aux questions du cardinal Vingt-Trois; il contourne les nouveaux défis et reste rivé à  des certitudes anciennes.

IRAN : Israà«l prêt à  dégainer avec Bush

Plus on s’approche de l’élection présidentielle américaine, et plus la lutte entre les deux options possibles en Iran (militaire et diplomatique) devient serrée. Des officiels israéliens – comme récemment Ehoud Barak, ministre de la défense – disent que si l’Iran ne cède pas (sur la question de l’enrichissement de l’uranium), ils pourront employer tous les moyens, y compris la force.

Le président Sarkozy, lors du sommet de Damas, a été clair sur la détermination israélienne, en déclarant que  » L’Iran prend un risque majeur à  continuer le processus d’obtention du nucléaire militaire – ce qui est notre certitude – parce qu’un jour, quel que soit le gouvernement israélien, on peut se retrouver un matin avec Israà«l qui a
frappé « .

La guerre de Géorgie a eu un effet : dévoiler un plan d’attaque israélien. Le journaliste d’investigation étasunien Brian Harring a révélé que les forces russes ont, lors de leur contre-offensive (après l’attaque meurtrière géorgienne en Ossétie du sud), saisi un document en hébreu, décrivant un scénario d’attaque de l’Iran par les forces aériennes israéliennes à  partir de la Géorgie, ce qui aurait évité le survol – impossible pour eux – de l’Irak, et qui, de plus aurait réduit le trajet (1149 km au lieu de 1600 depuis Tel Aviv). Plus surprenant : le scénario prévoyait que les avions israéliens auraient reçu des emblèmes des états-Unis, à  la peinture à  l’eau, pour le temps de l’opération… Un tel scénario correspond à  un autre du même type, élaboré en 2006, avec l’accord de Bush.

La récente aventure militaire ratée de l’armée géorgienne en Ossétie du Sud pourrait avoir une conséquence : les états-Unis feraient peut-être eux mêmes le  » travail « , les conséquences politiques dans la région d’une action israélienne ne pouvant être que négatives. Toute action israélienne, actuellement, est bloquée : les à‰tats-Unis ont dès juin dernier, et à  nouveau en aoà»t, dissuadé Israà«l d’attaquer l’Iran, estimant improbable qu’une telle opération soit couronnée de succès.
Du côté des états-Unis, même si l’opposition de l’Etat Major à  une nouvelle aventure militaire au Proche Orient est connue, l’option militaire est toujours préparée. Il y a eu une manoeuvre navale massive sur le thème d’une action contre l’Iran, à  partir du 21 juillet, impliquant 12 navires, dont 2 porte-avions US et un britannique, le sous-marin français Améthyste et une frégate brésilienne.

Le Congrès (Chambre et Sénat) doit ce mois-ci discuter de résolutions invitant le président Bush à   » augmenter immédiatement et considérablement  » la pression sur l’Iran : par l’embargo sur les produits raffinés pétroliers (la capacité de raffinage de l’Iran ne couvre pas ses besoins en essence, et il doit en importer), et par l’embargo sur les opérations bancaires. L’adoption de ce texte serait un acte de guerre.

L’autre option : la diplomatie

L’autre option c’est évidemment la diplomatie et la négociation. C’est elle qui est officiellement privilégiée, c’est en leur nom que l’action israélienne a été refusée par les autorité étasuniennes, c’est en son nom que Javier Solana a déclaré que pour l’Europe il n’y avait  » pas d’autre voie  » que la diplomatie. C’est d’ailleurs dans ce cadre que pour la première fois, le numéro trois du département d’à‰tat, William Burns, assiste aux négociations entre l’Union Européenne et l’Iran, sans en principe y prendre part.

Le problème dans ces négociations… c’est que pour les états-Unis, il n’y a pas à  négocier sur la question du droit pour l’Iran de procéder à  l’enrichissement de l’uranium : les états-Unis considèrent que ce processus est destiné forcément à  produire des armes nucléaires. Alors que pour l’Iran, c’est un droit, dans le cadre du nucléaire civil, droit d’ailleurs reconnu par le traité de non-prolifération nucléaire, dont l’Iran est signataire. La participation des à‰tats-Unis à  des négociations sur de telles bases n’est-elle pas une manoeuvre pour rendre ensuite la guerre légitime, en disant  » vous voyez bien, on a essayé  » ? Que se passera-t-il demain si la résolution sur l’embargo était votée ? Il paraît clair qu’une attaque de l’Iran serait une catastrophe, pour l’Iran d’abord mais aussi pour Israà«l et les états-Unis, car l’Iran, comme le Hezbollah au Liban, peut se défendre. En fait, pour l’Iran, ce dont il s’agit, c’est du droit à  se faire reconnaître comme une puissance régionale, comme son développement économique, son haut niveau d’éducation (un des succès de la révolution islamique, y compris pour les femmes) l’y autoriseraient. Or, force est de constater qu’il existe un dialogue de sourds car il y a un volontaire travestissement par les puissances occidentales de la position iranienne “ droit inaliénable à  l’enrichissement pour le nucléaire civil, pas de nucléaire militaire “. Si les vrais enjeux de cette crise étaient mis sur la table, et connus de tous, elle ne se poserait même pas. Le problème est qu’on est ni aux états-Unis, ni en Israà«l, ni bientôt chez nous, dans cette situation : les médias sont influencés par le pouvoir et les lobbies, et ceux-ci peuvent y faire passer les mensonges qu’ils veulent, sans réelle réaction. C’est ce qui s’est passé lors du déclenchement de la guerre en Irak, avec les affirmations fausses sur les armes de destruction massives, ou sur les liens entre l’Irak et Al Quaïda.

Daniel Hofnung

Tapie : un arbitrage bien arrangeant

Bernard Tapie vient d’être entendu par une commission parlementaire pour s’expliquer sur la très étrange procédure retenue pour tenter de classer définitivement le dossier de l’homme d’affaires à  qui on ne saurait imputer toutefois les très graves déboires et les dérives inquiétantes constatées au Crédit Lyonnais. Sans revenir sur l’historique de cette affaire fleuve il est bon de rappeler quelques points marquants.

En appel, dans l’affaire qui l’opposait au Crédit Lyonnais sur l’exécution par la banque du mandat de négociation pour la vente d’Adidas donné par Bernard Tapie (B. T.), ce dernier avait vu sa thèse triompher et pouvait s’estimer gagnant avec une condamnation de la banque à  lui verser une très importante indemnité. L’affaire ayant été portée devant la Cour de Cassation, celle-ci a cassé l’arrêt de la Cour d’Appel et les éléments de sa décision pouvaient laisser penser que la Cour de renvoi aurait un nouveau regard sur le montage Adidas. C’est sans doute devant le risque de voir Bernard Tapie ramené à  une plus juste vision de la réalité qu’un contre-feu a été allumé avec le choix par les deux parties d’une procédure d’arbitrage.

Contre-feu et procédure d’arbitrage

C’est le fait pour les deux parties en conflit de s’en remettre à  une instance arbitrale, neutre par définition, dont elles s’engagent à  ne pas contester la décision. Cette structure échappe complètement à  la hiérarchie judiciaire : chaque partie choisit un arbitre et ces deux personnalités se mettent d’accord entre eux pour désigner un » troisième homme ». Le « tribunal arbitral » ainsi constitué peut entendre tout témoignage et réunir toutes les preuves jugées utiles. Au terme de ses travaux il prononce une sentence qui s’impose aux deux parties. Ce schéma est couramment utilisé dans le monde des affaires pour démêler des dossiers o๠le droit et les faits sont parfois inextricablement mêlés. C’est aussi une manière de se prémunir contre les aléas judiciaires, la fameuse imprévisibilité des magistrats qui n’ont pas toujours les connaissances techniques nécessaires pour démêler des affaires complexes ni les moyens nécessaires pour mener à  bien leur mission. Dans toute cette histoire c’est bien l’à‰tat, et par voie de conséquence le contribuable, qui paiera pour des fautes qui auraient été commises par une banque « nationalisée ».

Les affaires juteuses de B. T.

Bernard Tapie a racheté Adidas en 1990 aux soeurs Dassler pour 1,6 milliards de francs (240 millions d’euros). Le rachat est financé à  100% par une filiale du Crédit lyonnais et B. Tapie ne met pas un sou dans l’affaire. En revanche, il doit rembourser 600 millions de francs en 1991 et 1 milliard en aoà»t 1992. Les banques – françaises et allemandes – commencent à  s’affoler. C’est l’époque o๠B.T entre au gouvernement. La banque a les parts en nantissement mais elle ne saurait violenter un protégé du président Mitterrand : c’est quand même une banque publique ! Par ailleurs si B.T. veut poursuivre une carrière politique il lui faut « sortir des affaires ». Des pourparlers sont engagés avec un groupe anglais Pentland pour la vente en l’état d’Adidas pour 2,085 milliards de francs. Las ! ce dernier sur la base de renseignements inquiétants se défile. Et en décembre 1992 Bernard Tapie donne mandat au Crédit lyonnais de trouver un acquéreur pour le prix convenu avec Pentland. Avec ce mandat la banque contacte Robert-Louis Dreyfus, un homme d’affaire suisse qui contrairement à  B.T. accepte de se lancer dans l’opération mais avec de belles garanties du Crédit Lyonnais qui s’emmêle quelque peu dans le montage de l’opération en intégrant des sociétés off-shore (dont certaines ne seraient pas en fin de compte des « faux-nez » du Crédit lyonnais). Il injecte, avec les autres acheteurs, 500 millions de francs dans l’entreprise et change le management. Les résultats étant au rendez-vous il lève l’option d’achat consentie à  son profit par la banque. D’une affaire en quasi faillite il a fait une affaire rentable grâce au concours de la banque qui sauve ainsi les crédits consentis à  B.T.

Intervention de l’Elysée

A la veille de la saisine d’une cour de renvoi, et avec les éléments contenus dans la décision de la Cour de Cassation Bernard Tapie avait tout lieu de craindre un jugement beaucoup moins favorable que celui de la Cour d’Appel . C’est alors que la procédure exceptionnelle – étant donnée l’implication des finances publiques – a été mise en place. La décision de l’instance arbitrale suscite d’ailleurs quelques interrogations : elle ne pouvait, au vu des données qui viennent d’être évoquées, reconnaître un préjudice pour B.T. En revanche, elle a inventé un préjudice moral de 45 millions d’euros qui ajouté aux 285 d’euros de préjudice matériel (mais lequel ? ) aboutissent à  une indemnisation de 285 millions qui devraient être portée à  400 millions avec le jeu des intérêts.

On nous dit que l’Elysée ne serait en rien intervenu dans la gestion de ce dossier et que Bercy aurait simplement consenti ¦ par lassitude et « pour en finir » à  la procédure arbitrale. Sans doute, tout comme l’Elysée n’est pas plus intervenu dans cette affaire que le limogeage d’un haut fonctionnaire sur la base d’une intrusion de quelques manifestants très respectueux dans l’eden corse d’un ami très proche du Président. On voudrait bien le croire, pour l’honneur de notre pays.

Pérou : le révisionnisme du cardinal Cipriani divise l’Eglise

Le cardinal Juan Luis Cipriani Thorne, archevêque de Lima, est le premier membre de l’Opus Dei à  coiffer la barrette rouge. Il n’a cessé de défrayer la chronique en raison de ses compromissions avec Alberto Fujimori, à  l’époque président populiste du pays ensuite accusé de corruption mais aussi de crimes contre l’humanité.

Au sujet des violations passées des forces de l’ordre, il se permet aujourd’hui de dire qu’il ne fallait pas les dénoncer de manière idéologique! L’une des figures les plus estimés de l’épiscopat péruvien, un grand ancien, marqué par le Concile, Mgr Luis Bambaren Gastelumendi, un jésuite, qui fut notamment un remarquable auxiliaire et ami du cardinal franciscain Juan Landazuri Ricketts, a violemment critiqué ce révisionnisme de Mgr Cipriani soulignant que le thème des droits de l’homme était absolument essentiel pour rester fidèle à  l’à‰vangile.

Mgr Bambaren est allé plus loin : il accuse Mgr Cipriani d’avoir gardé le silence, alors qu’il était évêque d’Ayacucho, se gardant bien de dénoncer les très nombreux crimes qui se déroulaient dans son diocèse. L’évêque jésuite rappelle que les propos inacceptables du cardinal Cipriani dénonçant que le « Droit de l’Hommisme » ne reflète pas les convictions de l’ensemble de l’épiscopat péruvien mais de lui seul. On se souvient que Mgr Cipriani, alors en poste à  Ayacucho, n’avait pas hésité à  dire, alors qu’il était sollicité pour dénoncer les atrocités, que les Droits de l’Homme étaient une idiotie.
Le président de la conférence épiscopale du Pérou, Mgr Hector Miguel Cabrejos Vidarte, franciscain, fils spirituel du cardinal Landazuri, archevêque de Trujillo, bien que plus prudent que Bambaren, apporte un discret soutien à  ce dernier face à  la tentative du cardinal Cipriani de relire l’histoire. Cipriani est de plus en plus en minorité au Pérou malgré l’appui décisif que ne cesse de lui offrir le Nonce Apostolique, Mgr Rino Passigato.

rappelons que depuis son arrivée à  Lima, Mgr Cipriani a multiplié les provocations et provoqué un peu partout de très vives critiques. Il a tenté une OPA sur les universités catholiques ne dépendant pas de son autorité et pourchassé les théologiens de la libération, contraignant Gustavo Gutierrez à  trouver refuge chez les Dominicains. Pour l’anecdote, il est avec le cardinal George Pell, archevêque de Sidney, et ami de Benoît XVI, l’un des rares prélats à  se prononcer en faveur de la peine de mort.

Sarkozy enterre la laïcité à  la française (suite…)

Le président Nicolas Sarkozy a prononcé un discours très attendu à  l’arrivée du Pape Benoit XVI en France. Au-delà  de ce qui relevait de la politesse et des formules convenues, le chef de l’Etat français a voulu abonder dans le sens du Pape allant jusqu’à  déclarer que se priver des religions « serait une folie ». Plus précisément encore, « une faute contre la culture et contre la pensée ».

Une formule en partie équivoque car elle ne spécifie pas la nature de la contribution apportée, ce qui est dangereux. En tout cas, Nicolas Sarkozy donne d’emblée le ton, à  son habitude. La laïcité à  la française n’est plus guère de saison. La laïcité à  l’américaine est en train de lui être substituée. Le Président consomme donc le sacrifice de la vision française et républicaine de la laïcité en invoquant une nouvelle laïcité qui serait elle, positive !

En parlant de laïcité positive, le Président Sarkozy laisse entendre qu’il y a une laïcité qui ne l’est pas : il rallume donc à  sa façon une méchante polémique. L’historien à‰mile Poulat, spécialiste de la laïcité et de son histoire, n’a point tort alors d’écrire : « la question fondamentale pour l’à‰glise en France n’est point tant d’être visible, mais d’être audible, en sachant qu’il ne suffit pas de parler pour être entendu, mais qu’il faut trouver l’oreille d’autrui et lui dire des choses pour lui pertinentes ». à‰mile Poulat estime en outre que l’à‰glise sous-estime actuellement sa visibilité présente et le nombre considérable de moyens (en particulier des bâtiments) dont elle dispose encore et qui la rendent hors concours. La volonté qui se dessine ici ou là , de façon parfois vague et équivoque, d’une nouvelle synergie entre l’à‰glise et l’à‰tat, y compris sur le modèle le plus intransigeant possible, se heurte toujours à  une conviction forte ainsi exprimée par un homme vraiment très peu suspect d’anticléricalisme, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, pour lequel « la société française ne peut accepter qu’une religion tente de lui imposer un projet politique ». C’est sans doute ce qui fait que dans certains milieux catholiques la République en fait ne passe toujours pas, bien plus d’un siècle après le toast d’Alger de 1890 du cardinal Lavigerie.

Limites d’une visite

La foule fut bien au rendez-vous. Il est certain que les catholiques plus intransigeants savent rassembler. Lors même qu’il ne composent qu’une frange minoritaire de l’Eglise de France, ils font preuve de dynamisme, d’organisation et d’entreprise.

Faut-il donc s’extasier de ce voyage et se rallier à  ceux qui applaudissent l’intransigeance de Benoit XVI? Ce serait aller bien vite en besogne. La capacité de mobilisation du catholicisme plus identitaire et plus classique ne contredit pas la désaffection globale des églises, la crise des vocations, le vieillissement préoccupant du clergé, et l’évolution globale de la société occidentale. Autrement dit, pour significatif qu’il puisse apparaître, l’engouement pour le pape pourrait bien toucher en réalité seulement une partie de la population. On notera cependant, avec une certaine inquiétude, la façon dont le président Sarkozy aura bradé sinon définitivement jeté aux oubliettes la compréhension française de la laïcité, y ajoutant un adjectif qui est tout sauf anodin, et qui en fait en exténue radicalement le sens « positive ». Il s’agit d’un premier rendez-vous manqué de Benoit avec l’héritage historique de la France.

Les rendez-vous manqués du Pape avec la France

Le cardinal Tauran l’avait annoncé quelques jours avant la visite du pape. Il  » remettra les pendules à  l’heure « . Le travail s’est déroulé comme prévu dimanche après-midi devant les évêques français médusés.

Dans son discours aux évêques, Benoit XVI a pris les accents du pire Joseph Ratzinger. Ne se souciant plus de bien balancer son discours, il assène de façon abrupte des vérités à  croire, en fermant durement la porte à  toute évolution possible par exemple pour les divorcés remariés. Selon le Pape : « on ne peut admettre les initiatives qui visent à  bénir des unions illégitimes ». Le Pape semble renouer également, si tant est qu’il l’ait jamais délaissé, avec un ton triomphaliste. Il insiste donc sur l' »honneur » qu’il y a être évêque. Il exhume ainsi une théologie toute médiévale de la dignité épiscopale.

Au sujet de la catéchèse, dans la ligne de ce qu’il disait déjà  dans deux conférences retentissantes à  Paris et à  Lyon il y a … 25 ans, Benoît XVI souligne qu’elle n’est pas « affaire de méthode, mais de contenu » tournant ainsi le dos à  la dimension existentielle et « humanisante ». Indirectement il s’en prend là  aux avancées de la catéchèse depuis le catéchisme progressif des années cinquante. Quel retour en arrière!

Au sujet de la liturgie, Benoît XVI défend son motu proprio, dont il dit percevoir les fruits (on devine lesquels). Il plaide en faveur d’un accueil bienveillant des traditionalistes adressant ainsi un reproche implicite aux évêques, comme si finalement c’était eux les obstacles à  cette réconciliation!
Au sujet de la famille, outre ce qu’il dit de façon appuyée au sujet des divorcés remariés, il entend bien aussi fixer des objectifs stricts aux évêques.

L’évocation du dialogue interreligieux aurait pu laisser espérer des tonalités plus conciliaires : il n’en est bien entendu rien puisque Benoît XVI insiste sur les impasses d’un dialogue o๠la bonne volonté ne suffit pas. Beaucoup d’évêques se sont alors demandés pourquoi le Pape parle encore de dialogue interreligieux, sinon parce qu’il ne peut tout de même encore brader plus ouvertement qu’il ne le fait l’héritage d’ouverture de Vatican II et de ses prédécesseurs. En attendant.

Au sujet de la laïcité, il attend encore des gestes concrets pour qu’elle devienne vraiment « positive ». Il a bien saisi la balle de Nicolas Sarkozy et la relance. Le Pape va loin : « il faudrait trouver une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs fondamentales sur lesquelles s’est construite l’identité de la nation ». Il rappelle « la mise en évidence des racines chrétiennes de la France » qui « permettra à  chacun de ses habitants de mieux comprendre d’o๠il vient et o๠il va ». Il y a là  quelque chose d’incontestable mais également d’inadmissible.

On se croirait revenu au XIX°siècle avec le pape Grégoire XVI. Le nom même qu’auraient choisi, comme par hasard Mgr Lefebvre et le cardinal Siri s’ils avaient été élus (selon leurs confidences).

Benoît/GrégoireXVI nous livre un témoignage éclatant de sa volonté de reprise en main intransigeants. La grande majorité des évêques, sidérée, applaudira d’ailleurs très mollement à  cet enterrement définitif du Concile.

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