Un autre regard sur l’information !

Dépenses indécentes pour Eglise pauvre

L’arrivée de Benoît XVI sur le sol parisien déclenche la polémique au sujet du coà»t du voyage et de son financement. Les libres penseurs, par la voix du président de la fédération nationale de la libre pensée, Marc Blondel, longtemps leader de Force Ouvrière, ont protesté soutenant que « les manifestations de caractère religieux prévues lors du voyage du Pape en France ne doivent pas être supportées par le trésor public ». Laïcité oblige.

Pour des raisons d’économie, les deux diocèses concernés ont fait appel le plus possible à  des bénévoles, afin de bénéficier d’avantages en nature. Bien que Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, ne manque pas d’astuce, la facture demeure cependant très lourde. Le seul volet parisien du voyage, devrait revenir à  plus de 1, 5 million d’euros. Quant au périple lourdais, il pourrait frôler les deux millions. D’o๠cet appel très large à  la générosité des fidèles, ce qui, en cette période de recul du pouvoir d’achat, tombe assez mal. Sans oublier les pertes en Bourse de l’épiscopat. […]

Newman : polémique autour d’un futur saint gay

Le cardinal Walter Kasper, en réponse aux évolutions libérales de nos frères anglicans, en particulier au sujet de l’homosexualité les renvoyait lors de leur récente assemblée à  Lambeth, à  la haute figure spirituelle du cardinal anglais Newman, dont on sait que la cause de béatification et de canonisation avance beaucoup à  Rome. Il faut savoir que Newman s’est converti au milieu de sa vie de l’anglicanisme au catholicisme. Notons, entre parenthèses, qu’il y a tout-de-même quelque chose de très choquant dans le cas qu’un cardinal ose proposer aux anglicans pour modèle celui qui s’est converti au catholicisme, traçant ainsi la voie d’un retour à  l’unionisme, c’est-à -dire en décalage par rapport au dialogue oecuménique à  la préconisation d’une conversion au catholicisme (et non pas d’une marche ensemble de tous les chrétiens vers l’à‰vangile). Donné comme un théologien jadis de sensibilité oecuménique, Walter Kasper a beaucoup déçu en s’alignant sur les positions réactionnaires et intransigeantes de la Curie romaine.

ctuellement le cardinal Newman, auquel Mgr Kasper fait allusion en ferraillant contre l’ouverture de la majorité des anglicans au sujet de l’homosexualité, repose à  l’oratoire de Birmingham, en Angleterre, à  côté de son compagnon de vie ! Autrement dit, Kasper invoque contre les gays une figure de l’Eglise considérée comme l’un d’entre eux et qui vivait avec un homme ! Les gays de toute l’Europe s’insurgent contre l’idée de séparer ce charmant couple du temps d’Oscar Wilde, qui repose côte à  côté dans la mort. en Angleterre, en particulier ; ils expriment leur attachement à  leur saint. Au sujet des velléités de l’Eglise de séparer les deux hommes, les gays britanniques dénoncent un vandalisme moral digne des profanateurs de tombe. Il faut savoir en effet que Newman avait exprimé son désir d’être enterré aux côtés de son compagnon du nom d’Ambrose St John. Quand ce dernier mourut en 1875, Newman cria sa douleur semblable à  celle de la mort d’un mari pour sa femme. Il n’est certes pas évident, surtout dans le contexte de puritanisme de l’époque victorienne, que Newman et son ami ait eu des relations sexuelles mais au plan affectif l’intensité de leur attachement réciproque relève bien de l’amour dont Wilde écrivait « qu’il n’ose pas dire son nom ».
Si Newman est effectivement canonisé, il ne sera cependant pas le premier à  faire l’objet de l’honneur des autels. On considère comme étant indubitablement de tendance homosexuelle Anselme d’Aoste, Alphonse de Liguori et… au XVIe siècle Philippe Néri, précisément fondateur de la congrégation de l’Oratoire dont dépendait Newman et dont l’écrivain et académicien Julien Green invoquait le patronage. En tout cas, pour le coup, le cardinal Kasper a été pour le moins fort mal inspiré. dans le choix du modèle proposé en exemple ! Cette occultation volontaire de l’homosexualité de Newman est perçue comme une énième tentative de l’Eglise, homophobe et rétrograde, de nier l’évidence. Interrogé en France sur la question, le cardinal Jean Honoré archevêque émérite de Tours et connaisseur de Newman, juge improbable que le prélat canonisable ait eu effectivement des relations sexuelles consommées avec son ami dans la mesure o๠il menait une vie d’ascèse. Mais, assez prudent, le cardinal Honoré s’est bien gardé de démentir la nature affectivement homophile de la relation entre les deux religieux, qui ne semble pas faire de doute.

LES DENIERS DE LA BOURSE : Comment l’épiscopat gaspille l’argent des fidèles ?

L’épiscopat français vient de perdre 600.000 euros en bourse. Enquête sur la manière dont les évêques gèrent l’argent des fidèles.

Le 21 aoà»t, le journal Le Monde, fait état du fonds de placement  » éthique  » que diocèses et congrégations sont invités à  souscrire. Le 27 aoà»t, le  » Canard enchaîné  » révèle que le Fonds aurait fondu de 12% depuis sa promotion. Le 8 septembre à  Angers, se tenait le procès d’une ex-religieuse réclamant à  son ancienne congrégation une compensation pour ses années de bons et loyaux services dans la congrégation. Tout cela appelle quelques éclairages inédits.

Le propos paraitra exagéré, et pourtant !¦ Il nous faut remonter aux origines de la Caisse instituant la Sécurité sociale du clergé (devenu CAVIMAC). Dans le numéro 119 de la revue Golias nous rendions hommage au prêtre Michel Brion, pour son petit livre de 1971 sur les  » ressources du clergé  » ; il y proposait une fondation pour assurer aux prêtres et religieux une retraite égale au Régime général « . En 1977, le Parlement débattait de la retraite du clergé et des congrégations, le lobbying de celles-ci aboutissant à  une retraite de base qui est et demeurera la plus faible de tous les régimes. Mais le culte catholique prend l’engagement d’augmenter progressivement les cotisations et d’assurer à  tous ses membres un complément de retraite.

Les engagements seront occultés, oubliés puis niés¦ En 1980 une religieuse – que le Vatican de Benoît XVI vient d’appeler à  lui après décernement du prix  » Femme d’Eglise et Finances  » – reprend l’idée de Michel Brion, mais en amputant l’intuition de sa partie la plus noble: éviter pour les prêtres et les religieux les recours aux fonds sociaux des autres régimes de sécurité sociale et de la solidarité nationale. Soeur Nicole Reille – c’est d’elle qu’il est question – devient donc prêtresse des fonds de placement étiquetés ISR (investissement socialement responsable). Dans chacune des nombreuses interviews qu’elle accorde, elle raconte fièrement :  » économe à  la congrégation Notre-Dame, j’ai monté en 1983, avec la société de gestion Meeschaert, un fonds d’investissement éthique,  » Nouvelle stratégie 50 « , pour compléter la retraite de nos religieuses. Les communautés se transforment de plus en plus en maisons de retraite, ça nous coà»te plus cher, et les ressources manquent ». Auprès des autres congrégations religieuses, auprès des diocèses, auprès du CCFD, elle sera l’infatigable apôtre des placements en bourse¦ Il ne s’agit pas ici de faire grief à  l’église de rechercher la bonne gestion de réserves financières normales et indispensables. Le problème soulevé ici est tout autre : des fonds que les congrégations et les diocèses devaient consacrer à  une retraite normale de leurs membres ont été détournés de leur destination première à  savoir la mise en place d’une retraite de base ainsi que d’une retraite complémentaire conjointement dues à  toutes les personnes qui oeuvrent ou ont oeuvré en tant que ministres du culte ou membres de congrégations religieuses. Conséquence : les autres régimes de Sécurité sociale doivent compenser la démographie vieillissante du clergé¦ Pire : beaucoup de religieux, moines et moniales sont poussés à  solliciter le Fonds national de solidarité tandis que leurs congrégations et monastères sont invités à  opérer des placements en bourse.

L’éthique financière de l’Eglise de France en question

Le pape arrive, et à  grands frais. Et pas tout seul. Car, juste avant, nos évêques ont vu débarquer de grosses pertes sur leurs comptes en Bourse. Ces deux évènements, sans lien entre eux, éclairent d’une manière forte les difficultés financières de l’Eglise de France et sa manière pour le moins contestable d’y apporter réponse.

La visite du pape coà»te cher. Pour un temps relativement court. Ce qui fait chère l’heure papale. A chacune de ses visites, l’escalade dans le grandiose fait penser à  ces réalisations olympiques pour lesquelles le pays qui en est responsable tient à  faire mieux que le précédent. La fille aînée de l’Eglise ne veut pas démériter et reconnaître simplement les limites de ses capacités financières. Rien n’est trop beau pour Dieu, entend-on souvent proclamé . Donc rien n’est trop beau pour son représentant, quitte à  le recevoir « au-dessus de ses moyens » ! Pour faire face, les autorités n’ont pas d’autres solutions que de tendre une fois de plus aux fidèles les paniers de la quête… Et donc au détriment du fonctionnement de la pastorale quotidienne de demain…
Certains financiers de l’Eglise, dont on finit par se demander o๠ils ont été recrutés, avaient cru trouver la solution moderne en plaçant une partie des finances de l’Eglise de France à  la Bourse, haut lieu du capitalisme s’il en est.

Le Monde du 22 aoà»t 2008 en avait rempli toute sa page trois, celle des affaires piquantes. Las, il semble bien que même les choix voulus « éthiques » (pas question de financer les laboratoires avorteurs ou les fabriques de bazookas) n’aient pas protégé l’argent ecclésiastique des déconvenues propres à  ce monde de requins. Après quelques mois seulement de placements, les pertes seraient de l’ordre de 600 000 euros, selon les informations parues dans le Canard Enchaîné. Mais ce n’est pas là , « éthiquement », le plus important. Tout le monde peut comprendre que les services d’Eglise ont besoin de financements et d’un minimum de « provisions » et donc qu’il y a à  « faire de la gestion ». Mais on est en droit tout de même de s’étonner que les évêques n’aient pas eu le souci de porter un témoignage un tantinet plus prophétique que celui de boursicoteur. Que l’argent des fidèles (il faut en rappeler la provenance !) soit protégé de l’inflation est légitime, surtout lorsqu’il y a des salaires à  assurer. Mais vouloir « gagner » de l’argent dans des actions d’entreprises fabriquant des yaourts ou des pneus de vélos, sous prétexte que ce sont des produits moralement acceptables, a quelque chose de gênant. Cette plus-value espérée, faite forcément sur le dos de quelqu’un, en général des salariés, mais aussi des consommateurs, mériterait au moins une petite réflexion « éthique » : des chrétiens, par conviction chrétienne, ont choisi de mettre leurs économies dans des « placements solidaires », et ils constatent que l’argent qu’il verse à  l’Eglise s’en va financer les jeux dangereux et moralement discutables des palais Brognard et Cie. Ce n’est pas d’abord cette modernité-là  que nous souhaitons voir entrer dans l’Eglise.

L’OPA des fonds privés sur les hôpitaux

La multiplication des acquisitions de cliniques par des fonds d’investissement étrangers est inquiétante à  plus d’un titre. En particulier lorsqu’un train de mesures annonce la privatisation progressive de l’hôpital public. Sacrifiés sur l’autel de la rentabilité, patients et personnels en feront les frais.

Connaissez-vous Blackstone ? Premier fonds d’investissement dans le monde créé en 1985 par deux anciens financiers de Wall Street, il faisait ses premiers pas le 22 juin 2007 pas sur le New York Stock Exchange, la principale Bourse américaine. La même année, Blackstone gérait 88,4 milliards de dollars (66 milliards d’euros) placés dans des entreprises aussi diverses que les marques Schweppes, Deutsche Télékom, les hôtels Hilton, Equity Office, numéro un de l’immobilier de bureau aux Etats-Unis, la chaîne Hospital Corporation of America, le plus grand groupe hospitalier du monde avec 273 établissements, majoritairement étasuniens…
Appétit qui ne connaît pas de limite, puisque le nouveau terrain de chasse de Blackstone est le tissu hospitalier privé français. Son fer de lance : le groupe de santé français Vitalia, créé en 2006, qui était fin 2007 en passe d’être à  la tête d’une cinquantaine de cliniques grâce aux 900 millions d’euros investis par Blackstone. La technique : mettre sur la table le minimum de cash pour racheter une entreprise, généralement moins d’un tiers, le solde étant couvert par un emprunt remboursé chaque année grâce aux profits de l’entreprise. La dette peut atteindre jusqu’à  80 % du prix de rachat, et la rentabilité de l’opération n’est acquise qu’à  la revente, cinq ans plus tard en général, à  un autre fonds d’investissement qui s’endette à  nouveau. Annoncé par la presse à  la mi-mai, Blackstone met en vente dès à  présent le groupe de cliniques Vitalia. Restructuration, développement et bénéfice de deux à  trois fois la mise initiale. Bref, ce qu’on appelle un système de « cavalerie », à  la limite de la légalité, sur lequel les banques ont longtemps fermé les yeux, d’autant qu’elles revendaient ces risques sur le « marché de la dette ». Tout ceci est parfaitement immoral (Bernard Tapie en connaît un bout sur la question), mais le terme a-t-il un sens dans les milieux d’affaires ?

Soljenitsyne ou l’expérience tragique du Goulag

Soljenitsyne n’a pas été, comme l’affirma Paris-Match, celui qui a « révélé au monde la réalité du système concentrationnaire soviétique » : d’autres l’avait fait avant lui. Il n’en reste pas moins un grand écrivain, auteur de L’Archipel du Goulag. L’itinéraire d’Alexandre Soljenitsyne serait-elle révélatrice de l’histoire du peuple russe au XXe siècle ?

Né en 1918 et marqué à  jamais par la religion orthodoxe, Soljenitsyne adhère au communisme dans sa jeunesse ; il se bat dans l’Armée Rouge avant d’être, en 1945, condamné à  huit ans de réclusion dans un « camp de redressement par le travail » pour correspondance contre-révolutionnaire. Après ses huit années en camp, il est envoyé en relégation perpétuelle au Kazakhstan avant d’être réhabilité en 1956, à  l’époque de Khrouchtchev qui lui permet de publier, en 1963 un
petit livre-choc, Une Journée d’Ivan Denissovitch, celle d’un détenu, un « zek ».

Soljenitsyne publie ensuite d’autres livres qui font de lui un grand écrivain russe, mais, surtout, il écrit, entre 1956 et 1967, son oeuvre majeure, L’Archipel du Goulag, qu’on a pu qualifier de « poème historique ». Il y mélange souvenirs personnels, textes officiels, témoignages recueillis de diverses manières. Ce livre fut écrit dans le plus grand secret, sur des feuilles d’une écriture minuscule, dispersées et enfouies à  divers endroits. Soljenitsyne souhaitait que L’Archipel ne parut qu’après sa mort mais, en 1973, la police soviétique saisit une copie de son manuscrit chez une de ses amies qui fut interrogée pendant trois jours puis se pendit. C’est ce qui décida Soljenitsyne à  faire publie son livre en France, en russe d’abord, puis les éditions du Seuil traduisirent le premier tome en français au deuxième trimestre 1974.

On peut « savoir » la cruauté d’un système, autre chose est de lire sa description précise, minutieuse, avec tous les détails qui font l’horreur du réel, par exemple le transport en train vers un camp, un récit d’évasion intitulé « Le chaton blanc », et aussi « Une bonne petite vie de relégué » qui correspond à  la réclusion de Soljenistsyne au Kazakhstan. C’est là  qu’il apprend la mort de Staline et, au lieu de sangloter comme les autres, il exulte : « Il est mort le dictateur asiate ! Il est clamecé, le salaud ! »

Soljenitsyne est un homme en colère ; il écrit avec son génie et cette colère. On a pu dire que Chalamov, dans ses Récits de la Kolyma, écrivait comme s’il était mort. La révolte de Soljenitsyne contre l’injustice rend ses récits paradoxalement tonifiants. A la fin de son tome 3 de L’Archipel, il avoue que le camp l’a fait « naître à  la vie spirituelle ». Signalons qu’en 1978 encore, Alexandre Adler commettait avec quatre de ses camarades communistes un livre intitulé L’URSS et nous, dans lequel on peut lire sous sa plume que la révolution industrielle de l’URSS ne s’est pas accompagnée, comme celle du capitalisme, d’une « paupérisation massive de la classe ouvrière et du peuple »(1) . Sans doute est-il utile de rappeler ces faits puisqu’aujourd’hui, Alexandre Adler est présenté comme un éminent observateur politique…

La vie après l’URSS

En 1970, Soljenitsyne reçoit le prix Nobel de littérature. Avec la publication en « Occident » du premier tome de L’Archipel, il est déchu de sa nationalité russe et expulsé d’URSS en février 1974. Mais la découverte de l’Occident horrifie notre écrivain et, dès juin 1978, il prononçait à  Harvard un discours dans lequel il condamnait les deux systèmes économiques communiste et capitaliste ; à  « l’Ouest », il dénonçait « une société massifiée, figée par l’invasion révoltante des publicités commerciales, par l’abrutissement télévisuel et par une musique intolérable. » Dans ce même discours, Soljenitsyne entendait remonter aux causes de la décadence occidentale : « L’erreur doit être à  la racine, à  la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu à  l’époque moderne. (…) Née à  la Renaissance et dont les développements se sont manifestés à  partir des Lumières. » Et de dénoncer la « conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse » qui fait de l’homme le centre de l’univers.

Il exposait ses idées pour l’avenir de la Russie dans un petit livre publié en 1990, intitulé Comment réaménager notre Russie. Il préconisait d’abord l’abandon de la domination russe sur les républiques périphériques ; compte tenu de l’inexpérience politique du pays, un pouvoir central fort lui semblait nécessaire et c’est pourquoi, rentré en Russie en 1994, il soutint Poutine tout en condamnant la guerre menée en Tchétchénie. Mais les idées de Soljenitsyne importent finalement peu en face de l’expérience tragique qu’il a su retracer, celle du Goulag.

1. Alexandre Adler et alii, L’URSS et nous, éditions sociales, 1978, p. 141. Ce livre, écrit par des intellectuels communistes, tentaient de prendre quelques distances – ô combien timides – avec l’appréciation politique de l’URSS par le PCF.

L’Armada du Pape

On se souvient de l’ « invincible armada » cette flotte envoyée en 1588 par le roi d’Espagne Philippe II en Angleterre pour y vaincre Elisabeth et combattre l’hérésie au nom de la vraie foi. Elle fut d’ailleurs vaincue par la détermination et l’ingéniosité des Britanniques (notamment du célèbre sir Francis Drake) : vraie, belle et terrible page d’histoire.

Aujourd’hui, une autre armada s’avance sur les flots, non plus au service du roi d’Espagne mais d’un souverain tout aussi catholique (et pour cause), le Pape Benoît XVI. Elle entend affronter la modernité, la sécularisation, le relativisme. Elle se compose en particulier de trois escadres : la Légion du Christ fondée au Mexique par le Père Maciel, l’Opus Dei et, en corps plus dispersés et parfois se déchirant, les traditionalistes. Le premier sentiment qui domine est que le Vatican s’est en quelque sorte fait prendre à  son propre piège. Beaucoup ont appuyé ces trois courants sans vraiment approuver leur orientation mais par calcul et par stratégie. C’est notamment le cas avec l’Opus Dei considéré, par exemple au Pérou ou au Chili, comme le bras armé contre la théologie de la libération. Bien évidemment, cette sinistre institution en a profité, car cela a favorisé sa reconnaissance, ainsi que l’extension de son influence, en particulier à  Rome même. Les traditionalistes, par exemple l’Institut du bon pasteur en France, ont eux aussi tiré profit de la volonté de concorde du cardinal Ricard archevêque de Bordeaux et de la volonté du Pape de rééquilibrer la liturgie dans un sens traditionnel.

L’ émergence et la consolidation de ces différents mouvements intransigeants constituent d’une certaine façon une illustration d’une vague plus générale du primat de la rentabilité et de l’efficacité au détriment de la profondeur et des nuances. Leur succès tient sans doute autant à  cet aspect qu’a leur contenu propre.

Les mules du pape : la trinité infernale de Benoît XVI

On se souvient de l’ « invincible armada » cette flotte envoyée en 1588 par le roi d’Espagne Philippe II en Angleterre pour y vaincre Elisabeth et combattre l’hérésie au nom de la vraie foi. Elle fut d’ailleurs vaincue par la détermination et l’ingéniosité des Britanniques (notamment du célèbre sir Francis Drake) : vraie, belle et terrible page d’histoire.

Aujourd’hui, une autre armada s’avance sur les flots, non plus au service du roi d’Espagne mais d’un souverain tout aussi catholique (et pour cause), le Pape Benoît XVI. Elle entend affronter la modernité, la sécularisation, le relativisme. Elle se compose en particulier de trois escadres : la Légion du Christ fondée au Mexique par le Père Maciel, l’Opus Dei et, en corps plus dispersés et parfois se déchirant, les traditionalistes. Le premier sentiment qui domine est que le Vatican s’est en quelque sorte fait prendre à  son propre piège. Beaucoup ont appuyé ces trois courants sans vraiment approuver leur orientation mais par calcul et par stratégie. C’est notamment le cas avec l’Opus Dei considéré, par exemple au Pérou ou au Chili, comme le bras armé contre la théologie de la libération. Bien évidemment, cette sinistre institution en a profité, car cela a favorisé sa reconnaissance, ainsi que l’extension de son influence, en particulier à  Rome même. Les traditionalistes, par exemple l’Institut du bon pasteur en France, ont eux aussi tiré profit de la volonté de concorde du cardinal Ricard archevêque de Bordeaux et de la volonté du Pape de rééquilibrer la liturgie dans un sens traditionnel.

L’ émergence et la consolidation de ces différents mouvements intransigeants constituent d’une certaine façon une illustration d’une vague plus générale du primat de la rentabilité et de l’efficacité au détriment de la profondeur et des nuances. Leur succès tient sans doute autant à  cet aspect qu’a leur contenu propre.

A bien des égards, ces trois escadres de l’armada pontificale se distinguent les unes des autres, par l’histoire, dans leur style et dans leur spiritualité Elles sont aussi géographiquement très situées, dans la mesure o๠la légion du Christ a fleuri précisément au Mexique alors que les tradis sont nombreux en France (pays dont était d’ailleurs originaire l’archevêque Marcel Lefebvre). L’Opus Dei se veut aujourd’hui très  » soft « , proche de l’institution, quitte à  sembler (le verbe est décisif) s’être ralliée à  une position ecclésiale plus modérée, en apparence.

Au travers même de leur très grande diversité, ces escadres ont cependant bien des choses en commun, à  commencer par une vision intransigeante et absolutiste de la vérité chrétienne, et une vision négative et hostile de la modernité et de ses acquis. Ces trois escadres sont en effet profondément, viscéralement et définitivement réactionnaires, en ce sens que loin de dialoguer avec le monde actuel, de saluer les éléments positifs ou les pierres d’attente, elles en fustigent les traits les plus significatifs et les plus dérangeants. Cela suppose la négation d’une juste reconnaissance de la liberté humaine et de l’aspiration de l’homme à  l’autonomie. L’idéal des lumières est non seulement vomi mais comme érigé en tentation diabolique. D’o๠la volonté récurrente au sein de ces escadres d’un contrôle des corps et des esprits qui s’apparente à  l’esprit des sectes et qui est très net dans l’Opus Dei.

On peut ainsi s’interroger sur comment Joseph Ratzinger, à  l’origine jeune théologien allemand modéré, sinon libéral, en est venu à  rallier des positions très intransigeantes, suite au traumatisme de mai 68. Sa vision simpliste et effarouchée du monde contemporain l’incite à  favoriser comme Jean Paul II les mouvements et les courants qui sont susceptibles de faire bloc et de s’opposer à  l’évolution en cours. Cela ne veut sà»rement pas dire que le théologien cultivé et subtil que demeure le Pape Benoît XVI approuve forcément jusqu’au bout l’ensemble des outrances de ces trois escadres. Il s’en inquiète certainement, mais doit les ranger au milieu des pertes et profits, comme un risque à  courir pour en conjurer un encore plus grand, celui que fait peser le modernisme, sans oublier la sécularisation et le relativisme, présentés comme sources de tous les maux.

[…]

USA : Joe Biden, la bête noire des fondamentalistes

Le candidat républicain à  l’élection présidentielle des Etats-Unis, Barack Obama, vient d’annoncer le nom de son colistier, en l’occurrence un sénateur de grande expérience de 65 ans, Joe Biden, expert éprouvé des questions internationales. Fait important, ce dernier est catholique convaincu et pratiquant. Il a été élu pour la première fois sénateur du Delaware sous la présidence Nixon en 1972. Très engagé dans les questions sociales, il ne fait pas mystère de son esprit d’ouverture sur un grand nombre de questions comme le libre accès en conscience à  l’avortement ou la reconnaissance des unions gay

Autant dire qu’il risque de se faire des ennemis du côté des catholiques traditionalistes et intransigeants, dont le point de référence aux à‰tats-Unis est l’archevêque Raymond Burke, en poste jusqu’il y a peu à  Saint Louis et récemment « promu » à  Rome, à  la tête du tribunal suprême de la signature apostolique. De tendance franchement intégriste, l’archevêque Burke est ami et protecteur de l’institut très baroque du Christ Roi Souverain Prêtre et de son fondateur, un prélat français (autoproclamé « Monsignore »!) Gilles Wach. D’ailleurs, nous y revenons plus bas, Mgr Burke, comme par hasard, se croit obligé de rappeler qu’il était un devoir pour les prêtres de refuser la communion à  des hommes politiques favorables au libre choix en matière d’avortement.

En tout cas, Joe Biden se veut l’héritier d’une tradition de liberté et d’ouverture. Il pourrait être l’aile ouverte, encore majoritaire heureusement, du catholicisme américain. Il est certain que Barack Obama devra convaincre 48 millions d’électeurs catholiques américains, qui pourront faire la différence, en sachant que la frange conservatrice est de toute façon perdue pour lui.

Quelques évêques semblent donc décidés à  partir en croisade contre Barack Obama. A commencer par Mgr Burke et par Mgr Charles Chaput, archevêque de Denver, coutumiers du genre. Fait rassurant s’il est confirmé, c’est le cardinal Francis George lui-même, archevêque de Chicago et Président de la Conférence des évêques, qui aurait demandé à  Benoît XVI de faire en sorte que Burke quitte les à‰tats-Unis tant son outrance l’exaspère. Or, George est plutôt classé comme conservateur, c’est dire.

Euro 2012 : le stade Jean-Paul II en question

L’épiscopat polonais semble assez réservé quant à  l’idée de donner le nom du Pape Jean Paul II à  un stade. Il s’agirait d’ailleurs du grand stade national en vue du championnat d’Europe de football de 2012. Mgr Kazimierz Nycz, actuel archevêque de Varsovie appelle à  cet égard à  la prudence.

Les députés les plus conservateurs de Pologne ont déclaré avoir demandé au ministre des Sports de Pologne, Miroslaw Drzewiecki, dans une lettre envoyée à  la mi-juin, de soutenir l’idée de donner le nom de Jean Paul II au futur stade. Le leader du projet, Artur Gorski a déclaré aux journalistes que la proposition avait été faite pour marquer le 25e anniversaire d’une messe célébrée au Stadion Dziesieciolecia, à  Varsovie, lors du pèlerinage du pape en juin 1983 dans son pays natal, alors dirigé par les communistes. Selon lui, donner au stade le nom du Pape polonais serait une façon de rendre hommage à  jamais à  Karol Wojtyla pour sa contribution à  l’effondrement du communisme.

De plus, enfant, le souverain pontife était également connu sous le nom de « Lolek le gardien de but » lorsqu’il jouait au football dans sa ville natale de Wadowice, non loin de Cracovie. Beaucoup de catholiques estiment cependant qu’il s’agirait d’un scoop peut-être discutable. « Bien entendu, notre pape avait un lien avec cet endroit, mais je ne vois pas pourquoi tout ce qu’on construit devrait porter son nom », a déclaré Henry Zielinski, rédacteur en chef de l’hebdomadaire de l’archidiocèse catholique romain de Varsovie Idziemy. « Peut-être que tout ce que veulent ces politiciens, c’est être en bonne place dans les sondages ». Dans le cas particulier de la Pologne, de plus en plus

Follow us on Social Media