Un autre regard sur l’information !

Régimes spéciaux : quelle équité ?

L’argument mis en avant par le gouvernement Fillon pour justifier la réforme qu’il veut imposer est l’équité. Un arguement, pourtant, qui ne résiste pas à  l’analyse.

Il n’y aurait pas équité parce que les salariés de la SNCF partiraient plus tôt à  la retraite que les autres salariés, avec une retraite complète, et avec un financement très élevé de l’Etat. Ce discours à  sens unique est martelé depuis des mois. Depuis la réforme Balladur, qui n’a pas été remise en cause par la gauche plurielle, les salariés du privé voient leurs retraites calculées sur les 25 meilleures années, et non plus les 10, ce qui va leur faire subir les à  coups des périodes de chômage. Les cheminots ne sont pas responsables de ce recul social.

Xavier Léon-Dufour : la mort d’un Maître en exégèse

Xavier Léon-Dufour vient de nous quitter. Ce jésuite, grand bibliste, a marqué les recherches et débats théologiques avant, pendant et après le Concile. Né en 1913 et ordonné en 1943, il a notamment été professeur d’à‰critures Saintes à  Fourvière et au Centre Sèvres. En hommage, voici ce qu’il écrivait en conclusion de son superbe commentaire de l’Evangile de Jean.

« Grâce au IV e évangile, je commence à  entrevoir la profondeur de Jésus de Nazareth. Plus encore, je suis conduit à  découvrir qui est Dieu. Certes, déjà , je savais par Marc que Jésus appelait Dieu son Père « Abba ! » et qu’il s’isolait la nuit pour prier dans le silence, mais je ne me doutais pas qu’entre Jésus et son Père existait une relation incessante au point que rien ne pouvait arriver à  Jésus sans que le Père ne soit appelé à  être de la partie. (¦) Si je traduis comme d’habitude le (texte du Prologue) par « le Verbe s’est fait chair », je durcis la représentation d’une personne divine se décidant à  venir habiter sur la terre; mais cette traduction ne rend pas le sens du verset : il faut y entendre non pas un verbe pronominal, mais une modification qui modifie un état : alors que le Logos « était » Dieu (…)

Québec : l’archevêque demande pardon !

Dans une lettre qui a fait la manchette de plusieurs quotidiens francophones au Canada en date du 21 novembre 2007, l’archevêque de Québec Marc Ouellet a lâché timidement une phrase inusitée au sein de la hiérarchie de l’Eglise catholique : « Pardon pour tout ce mal » ! Le cardinal Ouellet reconnaît par la même occasion que « la société québécoise traîne une mémoire blessée dont les mauvais souvenirs
bloquent l’accès aux sources vives de son âme et de son identité religieuse ».

Si le «pardon» de Mgr Ouellet peut paraître courageux et appréciable au regard de plusieurs dossiers scandaleux, son geste a été jugé avec une grande sévérité par l’opinion québécoise en général et ce sur plusieurs tribunes. Patrick Lagacé du quotidien La Presse ne s’est pas gêné de qualifier le geste de Mgr Ouellet « d’arrogance » avec « une miséricordieuse hypocrisie ». Les «erreurs du passé¦ avant 1960 » de la part de l’Eglise catholique semblent avoir causé un tort irréparable à  la société québécoise dans son ensemble !

« Venez, famille de Jacob, marchons à  la lumière du Seigneur ! »

Distraits et indifférents, nous pensons aux autres à  ceux qui sont loin¦ Et si le message était pour nous, actuel !

Isaïe entrevoit un futur étranger au présent. Au temps de l’auteur le Royaume du Nord est menacé de disparition, tandis que le Royaume de Juda a pour souci de se ménager la protection de l’empire assyrien. Or voici que l’avenir est substitué au présent en pensées et en paroles : il est vu, porteur d’une espérance universaliste. (…)

Téléthon: ils remettent ça!

De nombreux catholiques sur le terrain se réjouissent d’une offensive tous azimuts, actuellement en cours dans l’Eglise, contre le relativisme et les « dérives liberticide du pluralisme éthique ». Benoît XVI vient en effet de donner le ton par des propos très abrupts dans lesquels il souligne que les majorités peuvent se tromper.

Selon lui, « la société civile et laïque se trouve dans une situation d’égarement et de confusion ». Il en résulte des « conséquences énormes et graves ». La racine de tous les maux lui semble facile à  identifier : le relativisme éthique, dans lequel plonge notre société.

On se souvient l’an dernier de la querelle autour du Téléthon lancée par le diocèse de Fréjus-Toulon et relayée par Mgr André Vingt-Trois de Paris. Cette intervention d’évêques conservateurs était particulièrement négative dans la mesure o๠les catholiques constituent un pourcentage important des donateurs. Se priver de leur concours constituerait un manque à  gagner important avec des conséquences tragiques pour les myopathes et leur famille.

Pour la nouvelle campagne du Téléthon 2007, l’évêque de Metz, Mgr Pierre Raffin, est intervenu récemment, refusant en des termes abrupts d’apporter son soutien attendu, surtout en terre concordataire comme le diocèse de Moselle, à  la campagne du Téléthon.

Bref, dans les discours comme dans les stratégies, il s’agit bel et bien d’une reconquête du terrain des consciences, et aussi d’une autorité politique perdue.

Scouts d’Europe:les divisions du Motu Proprio

Le refus des dirigeants des scouts d’Europe de créer des unités célébrant également avec l’ancien Missel dit de Jean XXIII (de 1962) suscite une vague de réactions négatives et des entreprises de résistance à  la base. Le mouvement des guides et scouts d’Europe compte 26.000 membres environ. De tendance conservatrice, et parfois proche de la droite extrême, le mouvement a voulu au fil des années se refaire une virginité pour des noces retrouvées avec l’épiscopat français.

Pour le moment, il n’est pas très bien vu de célébrer selon l’ancien rite, en raison d’un certain surmoi conciliaire qui demeure malgré tout et de possibles réactions négatives des évêques : la très grande majorité de l’épiscopat hormis des exceptions bien connus (NN SS Rey, Cattenoz, Aumônier, Centène, Planet…) ayant été jusqu’à  présent hostile à  la nouvelle légitimation de l’ancien rite, y compris des prélats peu suspects de progressisme comme NN SS Vingt-Trois ou Raffin, l’évêque de Metz qui présente l’abbaye de Solesmes (messe de Paul VI en latin) comme le vrai modèle liturgique.

Si le contexte devait changer, avec un épiscopat muselé ou s’étant lui-même censurer par obéissance, comme le préconise l’archevêque de Toulouse, il pourrait en aller bien autrement. Dans cette hypothèse le mouvement serait définitivement marqué comme traditionaliste, ce que ses dirigeants redoutent.

Bregantini, l’évêque anti-mafia élargi!

Mgr Giancarlo Bregantini, évêque de Locri-Gerace, en Calabre, vient d’être promu archevêque de Campobasso, chef-lieu du Molise. Né en 1948, ce prélat très estimé est connu dans la Péninsule pour son engagement social et sa lutte contre la corruption.

Il s’agit en réalité d’une fausse promotion destinée à  écarter cet évêque trop engagé dans le débat social au profit d’un successeur moins marqué. Il faut noter que si Campobasso est un siège archiépiscopal (d’o๠d’un point de vue formel le caractère de promotion de ce transfert), le diocèse ne demande pas le même investissement et compte moins d’habitants que Locri-Gerace. Campobasso n’est pas un diocèse qui compte en Italie.

La « promotion » de Mgr Bregantini a donc été décidée, et imposée assez brutalement à  l’intéressé, par le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation des évêques, sans même consulter le Nonce Apostolique en Italie, Mgr Giuseppe Bertello, suspecté pour ses sympathies à  l’endroit de l’aile progressiste de l’à‰glise italienne et très lié à  Mgr Bettazzi (longtemps évêque prophétique d’Ivrea).

Les pauvres de Calabre ont perdu un avocat, un ami, un pasteur. Les maffias un ennemi. Elles peuvent sabrer le champagne en paix.

Banlieues: état des lieux

La flambée de violence qui a embrasé les quartiers des villes françaises en octobre-novembre 2005 a fait place à  «l’eau qui dort». La rémission est provisoire et les répliques sont probables.Les «émeutiers» étaient simplement des Français, citoyens de nos villes, bref des électeurs potentiels, la plupart descendants de migrants venus des Antilles et de l’Afrique subsaharienne.

Certains observateurs ont lié cette flambée de violence à  l’inefficacité de la politique de la ville or, celle-ci n’a jamais prétendu être une potion magique. Cette politique n’avait pas pour ambition de reconstruire, seule, les conditions d’un «vivre ensemble» dans des sociétés et des villes de plus en plus fragmentées.

La politique de la ville visait surtout la prise de conscience de l’urgente nécessité de réformer les politiques publiques sectorielles (éducation, santé, social, économie et emploi, culture, etc.), les représentations politiques et les administrations. Celles-ci n’en ont rien fait. S’il y a échec, il est là  !

Les pouvoirs en place ont-ils trop à  perdre de procéder à  de tels changements préférant, de loin en loin, quelques flambées mal réprimées plutôt qu’une vraie réforme bien anticipée ? Espérons qu’elle s’imposera rapidement sans trop de dommages collatéraux ! Mais plus on tarde, plus on s’y expose, et durement !

Peter Phan: le mouton noir de la théologie américaine

Les milieux les plus intransigeants du Vatican semblent avoir trouvé une nouvelle bête noire en la personne du Père Peter C. Phan, l’un des intellectuels américains les plus brillants.

A la base de la doctrine sociale de l’à‰glise se trouve la conviction selon laquelle l’homme est invité par Dieu à  participer à  l’oeuvre créatrice : il est co-créateur. Cette vision exclut d’emblée une conception trop statique qui ne rendrait point hommage à  la part créative de l’homme, simple défenseur et serviteur d’un ordre abstrait intemporel et fixé arbitrairement par le menu par un Dieu parthénonien.

Selon Peter Phan, il est en effet fondamental de bien articuler globalisation, christianisme mondial et mission chrétienne pour permettre un nouveau visage de l’à‰glise, témoignant aujourd’hui de l’amour et de la présence du Christ dans ce monde-ci.? Le théologien est invité à  penser autrement dans le contexte actuel et dans la perspective du futur la mission de l’à‰glise en dialogue constant et fraternel avec les autres religions et les traditions spirituelles.

On imagine l’inquiétude que suscite dans les milieux les plus conservateurs une telle perspective. Il est facile de crier à  l’hérésie mais les pourfendeurs professionnels seraient avisés de commencer par se demander s’ils sont au fond aussi chrétiens qu’ils l’imaginent.

Cattenoz en pleine crise


L’archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, s’est illustré ces derniers temps par sa volonté de défendre le caractère vraiment catholique de l’école du même adjectif, rompant du même coup avec la tradition d’ouverture et d’accueil et le souci de valorisation du pluralisme cultivés dans de nombreux établissements.

Tout récemment, dans un article au ton apocalyptique, l’archevêque de la Cité des Papes sonne à  nouveau le tocsin. Selon Mgr Cattenoz, « la situation est dramatique : nos aumôneries peinent à  rejoindre les milliers de jeunes de nos lycées, de nos facultés, de nos écoles supérieures; plusieurs lycées de notre diocèse n’ont plus ou n’ont jamais vraiment eu de présence chrétienne, l’à‰vangile n’y est plus annoncé.
L’archevêque d’Avignon n’a pas tort de noter l’ampleur de la sécularisation.

En revanche, il ne suffit pas de multiplier de pieuses incantations, ni de se rabattre sur un certain fondamentalisme de mauvais aloi. Le simplisme des analyses et des suggestions pastorales de Mgr Cattenoz ne vaut peut-être guère mieux que l’éternelle chanson « tout va très bien Madame la Marquise ».

Un peu à  l’exemple de certains prédicateurs évangélistes au prosélytisme intempérant, l’archevêque Cattenoz part en guerre et en chasse avec une bible comme gourdin. Il y a des méthodes évangélisatrices plus sympathiques et plus authentiques!

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