Un autre regard sur l’information !

Nazisme

Le complot visant à exclure les étrangers, ourdi en secret par une fraction du parti d’extrême droite allemand AFD, a suscité une grande protestation dans ce pays. Évidemment, on ne peut que s’en féliciter. Cependant la question n’est pas définitivement tranchée – et ce, même si on voudrait le croire.

 

D’abord, la montée de ce type de parti, dans ce pays et d’autres en Europe, est préoccupante. Elle s’alimente du discrédit des partis traditionnels, qui engendre le désir d’essayer autre chose, comme si ailleurs l’herbe était toujours plus verte. Mais surtout de l’amnésie dans laquelle vivent aujourd’hui les citoyens, préoccupés seulement de leurs intérêts à courte vue. On a oublié à quelles catastrophes ont conduit ces partis totalitaires. L’Histoire peut se répéter. Comme disait Santayana : « Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre. »

 

Ensuite, défilés et protestations ne suffisent pas pour se prémunir de tels retours. Ils ne dispensent pas de s’auto-examiner. Il est facile de pétitionner, de se poser en humaniste. Mais est-on soi-même irréprochable ? Fascisme, nazisme, xénophobie, racisme, pulsions agressives… tout cela est en nous-mêmes, même si nous ne voulons pas le voir. Qui ne s’est comporté un jour en petit tyran domestique vis-à-vis de sa femme, ou de ses enfants ? Ou, à défaut, de son chien ? Combien d’hommes publics sont démentis par leur vie privée.

Guérison du « lépreux »

Année B. 6ème Dimanche du TO, Mc 1, 40-45

Un nouveau midrash !

Je vous propose la transcription du Codex de Bèze pour ce passage1 :

« Et un lépreux se met à s’avancer vers lui, et le sollicitant, en disant : Si tu le désires, tu peux me purifier ! Et, pris de colère, ayant étendu sa main, il s’est attaché à lui, et il lui dit : Je le désire, sois purifié ! Aussitôt la lèpre l’a quitté, et il a été purifié. »

Cette transcription littérale du texte grec fait ressortir :

– Que l’acteur apparent du récit, Jésus, n’est pas nommé ! (contrairement à la traduction liturgique, erronée sur ce point).

– Que le récit n’est pas du tout lié avec ce qui précède, dans l’Évangile.

– Que la scène ne comporte aucun témoin (des disciples, une foule, etc.), ni aucune indication expliquant comment un lépreux, exclu de toute vie sociale, peut-être en contact avec un maître au milieu des foules de Galilée.

Ce récit miraculeux a donc tout d’une invention midrashique, mais une invention faite dans quel dessein ?

Le personnage de Jésus

Son nom n’est pas indiqué une seule fois dans le corps du récit ; « Jésus » est l’un des deux acteurs de l’invention de Marc. Connaissant la négligence que Jésus de Nazareth apportait au traitement de l’impureté, Marc va nous camper un personnage qui se colle à celui qui est tenu à l’écart de toute vie sociale, en se frottant à son contact. Un « Jésus » qui joue un rôle de guérisseur dans son combat avec la lèpre ou l’impureté rituelle qu’elle provoque, en se mettant en colère contre elles. Il se charge d’agressivité et de colère comme les combattants avant de s’engager dans un duel.

Bonjour de Gaza la détruite

La vie a un goût amer, la situation est de plus en plus dramatique… Au nom du groupe Gaza et de la communauté de Saint-Merry Hors-les-Murs, Laurent Beaudoin nous fait parvenir le message de Ziad Medoukh, poète et professeur de français palestinien. Pour la solidarité, la justice, pour que revienne la lumière.

 

Croyez-moi : ma détermination, mon courage, ma résilience, ma patience et mon optimisme n’arrivent pas à dépasser ma détresse totale. Après presque quatre mois depuis le début de cette agression horrible contre la population civile de la bande de Gaza, la situation sur place est de plus en plus catastrophique et terrifiante.  La vie est un goût amer, en fait, il n’y a pas de vie à Gaza. La vie est paralysée totalement.

 

Il n’y a rien, ni nourriture, ni eau, ni médicaments, ni électricité, ni gaz, ni lait, ni pain, ni fruits, ni légumes, ni viande, ni poulet, ni poissons, ni moyens de transport, ni logement, ni perspectives. Des milliers d’élèves sont privés de leurs cours et des dizaines de milliers d’étudiants sont privés de leurs études. Des milliers de fonctionnaires, d’employés et d’ouvriers sont privés de leur travail et de leurs salaires. Rien ne fonctionne à Gaza actuellement : aucune administration et aucun commerce.

 

Je suis malheureux, je souffre au quotidien comme tous les habitants de cette région, dévastée et laissée à son sort par une communauté internationale complice. Et je suis en train de supporter l’insupportable. J’ai décidé d’écrire ce témoignage pour partager ma peine avec vous les amis et les solidaires de bonne volonté, vous êtes mon seul réconfort dans cet enfer quotidien. Quand j’ai un accès à internet, j’essaie de donner des nouvelles, le problème est que pour arriver à un point internet je dois marcher deux kilomètres. Et devant ce point, il y a un monde fou, chacun a droit à trente minutes seulement, tout le monde veut avoir des nouvelles de sa famille au sud et le réseau de communication est souvent perturbé et détruit par les bombardements. 

« Les chars peuvent arriver dans n’importe quel quartier à tout moment »

Je vois vos très nombreux messages de soutien et de sympathie. Les personnes qui proposent des aides et des dons, je les remercie. J’ai toujours dit que le plus important c’est la solidarité morale et politique. Moi je suis un simple citoyen palestinien de Gaza, je vis comme tous les habitants, et je ne veux pas être privilégié avec mon réseau et mes nombreux amis et connaissances. Même si je ne réponds pas, le réseau internet est très faible, vos messages me soulagent, moi le citoyen palestinien de Gaza qui a tout perdu et qui essaie de survivre avec le peu d’espoir qui lui reste. C’est vrai que j’ai vécu beaucoup de guerres, d’agressions, d’offensives et de carnages. Mais je n’ai jamais vécu une situation horrible comme celle-ci depuis mon enfance. Actuellement, déplacé d’un quartier à un autre et d’une maison à une autre chez les proches et les cousins, car les bombardements se poursuivent jour et nuit partout dans cette prison à ciel ouvert et fermé, où les chars peuvent arriver dans n’importe quel quartier à tout moment.

 

Le problème est que dans chaque foyer, il y de trente à quarante personnes entre habitants et déplacés, et on doit faire face à cette situation exceptionnelle. Je suis devenu sans domicile et sans-abri et je dois tout accepter dans ces maisons d’accueil. Je ne peux ni lire ni écrire dans ces maisons, à cause du bruit, et la présence de dizaines de personnes. En plus, j’ai perdu mes ordinateurs et ma bibliothèque avec ses 3 000 livres en français, après la destruction de mon appartement début décembre dernier. Je n’ai rien pu récupérer de mes affaires, mes vêtements, mes diplômes, mes livres publiés, mes recherches et mes cours. 

« J’essaie de rêver et d’espérer un meilleur avenir, mais en vain »

Tout le monde rentre chez lui avant 17 heures, et on dort vers 19 heures, le soir on allume avec des lampes qu’on recharge le matin avec les panneaux solaires, heureusement il y a toujours du soleil à Gaza. Les panneaux solaires ont beaucoup aidé les habitants de Gaza pour avoir un peu de lumière en rechargeant leurs lampes, leurs batteries et leurs téléphones portables pendant cette période d’obscurité et de panne électrique, depuis le début de cette agression début octobre dernier. La nuit, je n’arrive pas à dormir, je pense à mon frère assassiné avec toute sa famille, et je pleure seul, je reviens à mes beaux souvenirs avant cette agression, j’essaie de rêver et d’espérer un meilleur avenir, mais en vain.

 

Moi qui remontais le moral des jeunes et des enfants de Gaza traumatisés, je suis sous le choc et traumatisé par la succession des événements tragiques qui ont frappé ma famille et tous les citoyens de Gaza ces derniers mois. Je ne trouve personne pour effacer mes larmes et pour calmer ma colère énorme. Mon cœur saigne tout le temps. Croyez-moi, je ne suis pas pessimiste, et j’aime beaucoup la vie comme tout le peuple palestinien, mais sur place, notre contexte est inimaginable, inacceptable et horrible.

 

Pour la nourriture, on mange un seul repas par jour et quelque fois un repas tous les deux jours, il n’y a rien sur les marchés pour manger, souvent une assiette de riz et quelques morceaux de pain, et si on boit une tasse de café ou du thé, c’est un luxe pour nous. Dans chaque maison, les hommes et les femmes s’activent pour préparer le repas en utilisant le feu de bois, parce qu’il n’y a pas de gaz. Ce n’est pas l’argent qui manque, mais les produits alimentaires essentiels, car depuis quatre mois aucun produit n’entre à Gaza et il n’ y a pas d’aides humanitaires qui arrivent dans le nord de la bande de Gaza. En plus, il n’y a aucune organisation internationale ou association locale pour s’occuper des personnes démunies et déplacées qui sont très nombreuses actuellement dans la bande de Gaza. Selon un dernier rapport des Nations-Unies, début janvier 2024, 90 % des habitants de Gaza souffrent d’’insécurité alimentaire. Sans oublier que les prix sont multipliés par dix, et les rares produits disponibles sont très chers. Une petite bouteille d’eau minérale coûte actuellement à Gaza 5 euros, auparavant son prix ne dépassait même pas 0,10 centimes. Un kilo de riz qui coûtait 2 euros est passé à 10 euros, un kilo de farine de 1 euro à 12 euros. Un œuf vaut 3 euros, alors que le plateau de 30 œufs coûtait 4 euros avant l’agression. Tout est très cher à Gaza, et rien n’est disponible sur les marchés. S’ajoute à tout cela, qu’il n’y a ni fruits ni légumes, tous les terrains agricoles au nord de la bande de Gaza ont été détruits.

 

Pour l’eau, pas d’eau potable pour boire, même l’eau à usage domestique n’arrive pas dans les robinets. On l’achète très cher dans quelques stations qui fonctionnent encore. Plusieurs puits d’eau ont été détruits. Plusieurs maladies contaminées touchent les habitants. Le pire est qu’il n’y a aucune autorité, aucun gouvernement et pas de services municipaux qui gèrent et contrôlent une situation très critique. Chacun se débrouille seul pour survivre. Par contre, les Palestiniens de Gaza sont solidaires entre eux, mais quelquefois les gens n’ont rien à donner, parce qu’il n’y a rien sur place. Le matin, le souci de chacun est de chercher de quoi nourrir sa famille, et on cherche de l’eau avec énormément de difficultés. Quand je marche dans les rues de Gaza, je deviens très malheureux. Dans chaque quartier, il y a des maisons, bâtiments, immeubles et infrastructures civiles détruits et endommagés. J’apprends chaque jour l’assassinat de mes cousins, proches, amis, collègues, voisins et étudiants, ça me rend très triste car je suis impuissant et je ne peux pas dire un mot de condoléances à leurs familles.

« Dans chaque famille, il y a des morts, des blessés, des déplacés et des maisons détruites »

Imaginez-vous, il n’y aucune boulangerie, ni magasin, ni pharmacie, ni restaurant, ni café ouvert. Et le pire est que les gens ici sont très tristes, ils sont préoccupés par leur quotidien tragique, ils pensent à leurs proches disparus et ils essaient de chercher de la nourriture et de l’eau pour leurs enfants, personne ne parle à personne, aucun échange, aucun sourire, tout le monde est sous le choc. Dans chaque famille il y a des morts, des blessés, des déplacés et des maisons détruites. Quelquefois, je me demande comment les gens ici font pour survivre et pour exister toujours.

 

Aucun hôpital ne fonctionne, tous les hôpitaux sont hors service, il y a seulement trois cliniques dans toute la ville de Gaza qui abrite 300.000 habitants et déplacés. Dans chaque clinique, il a seulement cinq ou six médecins bénévoles débordés qui reçoivent 5.000 patients par jour, sans vrais médicaments à donner, ou des médicaments périmés. Personnellement, je suis actuellement malade, je ne trouve aucun laboratoire pour faire des analyses, ni pharmacie ni hôpital pour me soigner.

 

L’armée la plus morale au monde a assassiné 27.000 Palestiniens de Gaza jusqu’à présent, parmi eux 22.000 enfants et femmes, et en a blessée 70.000. Sans oublier la destruction de presque 65 % des infrastructures civiles. Le problème est que cette armée lâche et criminelle n’a réalisé aucun des objectifs fixés par ce gouvernement d’extrême droite. C’est de la folie meurtrière et l’impunité totale, sans aucune réaction internationale officielle. Les Palestiniens de Gaza, malgré leur colère et leur malheur, apprécient beaucoup les manifestations de solidarité partout dans le monde pour dénoncer ce génocide répété et pour appeler à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza. Quatre mois très difficiles pour moi et pour tous les habitants de Gaza, avec des événements douloureux. Ces quatre mois étaient tous terribles.

« Je n’ai pas la haine »

Le mois d’octobre 2023, au début de l’agression, c’est vrai qu’il y avait des bombardements intensifs, mais j’ai été très occupé, j’accordais des interviews à des médias francophones, j’avais accès à internet, je donnais des témoignages quotidiens, j’avais des contacts réguliers avec les amis et les groupes de solidarité avec la Palestine dans le monde francophone, les marchés étaient ouverts et il y avait un peu de nourriture. Le mois de novembre dernier, la situation est devenue très compliquée, avec le début de l’opération terrestre, l’évacuation de ma famille au sud, et l’arrivée des chars dans mon quartier, j’ai été encerclé chez moi dans mon quartier dévasté. Le mois de décembre 2023 était un mois noir pour moi, avec l’assassinat de mon frère et toute sa famille, la destruction de mon appartement et notre immeuble, et mon obligation de quitter mon quartier pour trouver refuge chez des proches. Le mois de janvier 2024 a connu la poursuite des bombardements et l’arrivée des chars dans toute la ville de Gaza, et mon obligation de nouveau de chercher d’autres maisons pour y habiter.

 

J’aurais besoin de pages et de livres pour décrire notre quotidien très difficile sous les bombes, sous le choc avec cette situation humanitaire catastrophique et ce désastre sans précédent. Je ne crois pas encore que je suis toujours vivant, je vois la mort mille fois par jour, même si je n’ai pas peur de la mort, cependant je suis inquiet pour notre avenir. L’aspect positif qui me rend fier de moi :je n’ai pas de haine.

 

Amitiés palestiniennes de Gaza qui n’est plus Gaza, et de Ziad qui n’est plus Ziad.  Ziad Medoukh »

Morgan Ody : La loi Egalim
est à revoir complètement 

La FNSEA-Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles a levé ses barrages, après la montée des tracteurs sur Paris. Le gouvernement a annoncé quelques mesures, très éloignées des attentes du secteur agricole, voire totalement néfastes comme la suspension du plan « éco-phyto » qui prévoyait une diminution des épandages de pesticides. Mais la contestation des agriculteurs continue, notamment autour de la Confédération paysanne. L’une de ses dirigeantes du syndicat, Morgan Ody, qui est aussi maraîchère bio, livre à Golias Hebdo son analyse de la situation.

 

Golias Hebdo : Le gouvernement a négocié exclusivement avec la FNSEA. Quelle est la place de ce syndicat dans la mobilisation ? Reflète-t-il les revendications exprimées sur le terrain ?

 

Morgan Ody : Sur les points de mobilisation, on a pu voir que la FNSEA ne faisait pas partie des initiateurs de la contestation qui anime le monde agricole ces dernières semaines. L’inspiration est venue d’Allemagne, où les travailleurs et les travailleuses de la filière manifestent un peu partout. Suivant cet exemple, un mouvement spontané de ras-le-bol est né, démarrant dans le Sud-Ouest. Depuis, les deux premiers syndicats du secteur ont tenté de ne pas se laisser distancer. La FNSEA a cherché à tourner l’énergie du mouvement contre des normes environnementales, en avançant des mesures favorables aux céréaliers, par exemple, comme la fin des jachères, pour lesquelles la France avait déjà obtenu des dérogations. C’est ce qui s’est déjà produit en Allemagne : les gros agriculteurs ont utilisé le mécontentement de la profession pour marquer des points, sans se soucier des autres types d’exploitants.

 

En France, les revendications portent massivement sur la question de la faiblesse des revenus et sur la surcharge de travail. Quand on discute dans les rassemblements, les confrères et consœurs sont très nombreux à me confier leur souhait de faire de la production biologique, comme moi, mais qu’ils ne sautent pas le pas parce qu’au niveau des débouchés la seule demande qui leur est faite de manière obsessionnelle est le prix le plus bas dans un contexte de forte inflation. Il faudrait faire cette transition vers l’agroécologie, les acteurs de la filière ont à y gagner, l’environnement a à y gagner, les consommateurs aussi. Il faut mettre un terme au dérèglement climatique, et pour cela il est nécessaire que les politiques publiques permettent les changements que cela impose.

Fin de vie : début des hostilités

Le projet de loi gouvernemental sur le fin de vie, qui devrait voir le jour en février 2024, a le mérite de réussir une prouesse rare : unir les trois grandes religions monothéistes en France. Contre lui certes. Mais unies. Le 23 janvier dernier, les responsables des principales institutions religieuses en France (le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, le grand rabbin de France, Haïm Korsia) ont redit leur opposition à une nouvelle législation sur le fin de vie, arguant que la loi Claeys-Leonetti est déjà suffisante en la matière et reste en l’état à approfondir. Seul l’ancien président de la Fédération protestante de France, le pasteur François Clavairoly, se démarque. Il explique que « sa position avait évolué ». Opposé à l’euthanasie mais ouvert désormais à des possibilités de suicide assisté, il estime qu’il faudrait tirer « des leçons des législations mises en place dans d’autres pays ». Golias

La voie de François Cassingena-Trévedy

Notre monde ne connaît pas la joie. Paraphrasant Bernanos, on pourrait même dire que la civilisation moderne est une conspiration contre elle. De quelque bord qu’ils soient, les médias s’acharnent à nourrir notre tristesse, notre haine, en tout cas notre angoisse. Même lorsqu’elle invoque « l’esprit de Noël », notre société de consommation ne nous propose que des plaisirs égoïstes, fugaces. Le bonheur dont parlent nos philosophes à la mode a quelque chose d’inquiet, tel le parfum qu’on achète alors qu’un mendiant grelotte à la porte du magasin. Quant au sourire radieux de mes amis charismatiques, qui disent unanimement « être dans la joie », il me semble exprimer une réalité autre, à laquelle personnellement je me sens étranger. Tant pis si l’on me traite d’incrédule, d’homme de peu de foi.

L’essentielle fragilité de la joie elle-même

François Cassingena-Trévedy est moine à Ligugé, dans la Vienne. Son récent livre (Vers la joie et autres méditations, Tallandier, Paris, 2023), petit par sa longueur mais d’une immense portée, nous parle avant tout de la joie. On ne résume pas un livre sur la joie, encore moins celui-ci, car on ne peut séparer ce qui est dit de la manière dont cela est dit, ou plutôt suggéré. Transportons-nous plutôt dans un monastère. La cloche qui sonne les heures de la liturgie vient de se taire, on perçoit encore sa résonance dans l’air. Debout au milieu du potager, un peu ébloui par le soleil de midi, on se sent lourd sur ses pieds. On peut alors s’ouvrir à la joie, l’accueillir. Loin de prétendre définir la joie, l’auteur écrit : « Si forts que nous nous croyions, que nous nous voulions, reconnaissons-nous fragiles devant la joie, et saluons, pour commencer, comme un trésor, l’essentielle fragilité de la joie elle-même. » La joie n’est pas séparée du réel,« c’est-à-dire la création accueillie, respectée, aimée, dans ce qu’elle a de plus simple, de plus quotidien, de plus ordinaire – de plus natal, aimerait-on dire ». Il ne s’agit pas là d’une autre réalité dans laquelle le mystique serait appeler à sauter, bref : d’une transcendance de charlatans. La joie n’est pas non plus séparée de l’action, « car il n’est décidément de joie pour l’homme que dans un agir possible, patient, créateur, qui n’a rien à voir avec l’activisme (…)». Il reste à se plonger dans ce livre qui n’est ni un traité de philosophie, ni un livre de piété, mais un apéritif du festin auquel Dieu nous convie. Un apéritif qui ouvre la fête, et pas seulement un avant-goût.

Corruption au Vatican
et procès hors normes

La sentence rendue le 16 décembre 2023 par le Tribunal pénal de l’Etat de la Cité du Vatican dans le procès Becciu, pour spectaculaire qu’elle soit – un cardinal des plus en vue de la Curie condamné à la prison -, non seulement ne clôture pas l’affaire de « l’immeuble de Londres », mais pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Ce procès, qui a remué bien du monde et bien des aspects sombres de l’Etat du Vatican, laisse à tout le monde un goût amer. Il devait changer d’époque en instaurant un mode plus de notre temps – un procès pénal – pour sanctionner ce qui est présenté comme une somme de délits et de crimes concernant dix personnes et quatre sociétés dépendant de ces mêmes personnes.


Le procès Becciu apparaît dans les faits comme un procès hors des normes communément admises dans un Etat de droit. Il met au jour l’opposition de la Secrétairerie d’Etat (personnifiée ici par le cardinal Becciu, ex-numéro 3 du Vatican) aux réformes de la gestion financière du Vatican voulue par le pape et initiée par le cardinal Pell. Il révèle certaines mœurs de la Curie : réseaux personnels, culture de l’espionnage interne, utilisation discrétionnaire de fonds dont le volume donne le vertige.

Stanislas : des associations de défense des droits humains montent au créneau

Le croisement de l’affaire Oudéa-Castéra et des méandres du lycée Stanislas de Paris crée du remous, y compris en interne dans l’Eglise catholique. Nombre de fidèles et d’associations ou mouvements réclament un changement radical. C’est le cas des catholiques féministes du Comité de la jupe qui appellent à une révolution dans un communiqué du 25 janvier 2024. « L’enseignement proposé par l’Église catholique sur les questions de la sexualité et du genre infuse encore largement dans l’enseignement privé catholique et la société en général. La récente polémique autour de l’établissement Stanislas le place sous une lumière crue et appelle à une réaction de l’institution, pour réformer sa morale sexuelle et son approche de l’éducation à la vie affective. » Le message est clair, les lignes doivent désormais bouger : « Catholiques et féministes, nous demandons à l’institution et aux évêques de clarifier quelle éducation sexuelle et affective ils souhaitent pour les jeunes dont ils ont la charge directement ou indirectement, de l’enseignement catholique aux aumôneries paroissiales. Le Comité de la Jupe est prêt à entamer une discussion à ce sujet avec les évêques de France. Nous souhaitons que les jeunes générations soient éduquées aux valeurs catholiques d’amour, de tolérance et de justice, et non qu’elles baignent dans une culture misogyne et homophobe, qui n’a rien à voir avec l’Evangile et notre foi. »

Enquête au cœur du procès Becciu

Le 24 septembre 2020, le cardinal Becciu est destitué de toutes ses fonctions et prérogatives : le pape lui retire le Dicastère pour la cause des saints (où il avait été nommé en 2018), et lui interdit de participer au prochain conclave. De cardinal, il ne garde que le titre. Deux ans plus tôt, le 28 juin 2018, il avait quitté sa charge de numéro 3 du Vatican en tant que Substitut pour les Affaires générales de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège qu’il occupait depuis le 10 mai 2011. Le 25 septembre 2020, Angelo Becciu donne une conférence de presse pour exprimer son désarroi et crier son innocence. Une enquête est lancée, qui aboutit au procès instruit par le Tribunal pénal de l’Etat de la Cité du Vatican – 86 séances entre 2021 et 2023 – et à la condamnation de Becciu le 16 décembre 2023 à cinq ans et demi de prison.

 

C’est par un conflit entre l’IOR1, la banque du Vatican, et la Secrétairerie d’Etat que l’affaire dite « de l’immeuble de Londres » a été révélée en 2019. Celle-ci a besoin d’une avance de quelque 150 millions d’euros pour renflouer une opération de rachat d’un immeuble acquis à Londres dans des conditions hasardeuses. L’IOR refuse : elle n’accorde plus de prêt depuis la réforme financière mise en place sous l’égide du cardinal Pell. Nommé par François secrétaire à l’Économie le 24 février 2014,il avait le contrôle de l’ensemble des opérations financières, et droit de regard sur les opérations de tous les dicastères. Jusque-là, la coutume, à la Secrétairerie d’Etat, était une grande liberté dans l’usage – en fait un usage souvent discrétionnaire- qu’elle faisait de fonds très importants dont elle disposait. Le cardinal Becciu continuait à agir comme il en avait l’habitude.

 

Toute l’affaire s’inscrit sur un fond d’une résistance de la Secrétairerie d’Etat aux nouvelles règles. Le pape avait dû les imposer au cardinal-secrétaire d’Etat Pietro Parolin lui-même (nommé le 15 octobre 2013), et transférer à l’APSA2 les fonds gérés par la Secrétairerie d’Etat. Des accusations réciproques de surveillance téléphonique conduisent à l’élimination de Libero Milone, l’adjoint de Pell, professionnel issu du cabinet Deloitte3. Il avait tenté d’enquêter sur les transactions financières de la Secrétairerie d’Etat et spécifiquement de Becciu. L’opposition entre Becciu et Pell a pris un tour personnel, jusqu’à l’accusation de Becciu d’avoir transféré en Australie des fonds pour servir les accusateurs de Pell4, accusation réfutée, mais que Pell (décédé depuis en janvier 2023) a toujours maintenue.

Un modèle agricole à réinventer

A la demande de la rédaction de Golias, les responsables de Chrétiens en monde rural  (CMR) nous ont fait parvenir un décryptage très fin sur la crise paysanne. Nous le publions fidèlement et intégralement Un grand merci à ce mouvement ecclésial du CMR qui fait honneur à l’Eglise et à l’Evangile par la pertinence de ses travaux et la justesse de ses analyses, et ce, régulièrement depuis des décennies.

 

La colère du monde agricole qui s’exprime en France et dans d’autres pays européens touche et fait réagir le CMR – Chrétiens dans le Monde Rural. Par notre fort ancrage sur les territoires ruraux, par le nombre important d’agricultrices et d’agriculteurs dans notre mouvement, et par l’engagement de nombreux membres du CMR auprès des agriculteurs en difficulté à travers le réseau « Solidarité Paysans », nous nous inquiétons et nous nous sentons solidaires des paysans-nes dans leur diversité. Le CMR agit avec d’autres pour changer les choses.

 

Le monde agricole n’est pas uniforme et les écarts de revenus y sont très importants. Nous craignons fort que les solutions proposées par nos gouvernants ne creusent encore plus ces inégalités et désespèrent encore plus les plus fragiles. Nous témoignons que les paysannes et les paysans que nous côtoyons sont des personnes passionnées, expertes, créatives, innovantes… géniales !

 

Pourtant, les inégalités, les incertitudes croissantes, le piège tendu par un système qui pousse à s’endetter, la précarité, l’épuisement, la perte de sens, l’isolement, le sentiment d’abandon sont tellement perceptibles.

Qui écoute ?

Qui entend ces clameurs du rural et en tient compte ?

Quel acteur politique, quelle organisation du commerce mondial leur laisse réellement une place ?

La souveraineté alimentaire : un droit universel

Pour le CMR, le secteur de l’agriculture doit sortir de la logique de concurrence et de la course à l’exportation. La fonction essentielle de l’agriculture est de nourrir correctement chaque population avec une alimentation de qualité. On ne doit plus parler de concurrence déloyale entre pays basée sur des accords de libre-échange mais de souveraineté alimentaire. Nous réaffirmons le droit de chaque peuple à se nourrir lui-même. Bien sûr, cette protection doit être octroyée à tous les paysan-nes du monde entier. C’est là que se joue la dignité de chaque peuple, chaque personne.

Des agricultures

Il faut affirmer qu’il n’y a pas une agriculture en France mais des agricultures nécessitant des réponses différentes et adaptées. Or, aujourd’hui, les aides apportées sont proportionnelles à la surface des exploitations et ne tiennent pas compte des efforts de qualité, de l’emploi généré, du respect de l’environnement et de la biodiversité.

Responsabilités individuelles et collectives

Nous n’avons pas résolu le problème de la faim dans le monde malgré une agriculture intensive, bien au contraire nous dépossédons les petits paysans de leurs terres, de leurs cultures vivrières au profit des multinationales. Toujours plus grand, toujours plus, pour qui ? pour quoi ? Les façons de produire doivent être réinterrogées et permettre de rejoindre une agriculture plus résiliente, respectueuse, agroécologique et biologique.

 

Cet accompagnement dans des changements de pratique nécessite des moyens humains et financiers. Il en important de questionner également les consommateurs que nous sommes sur les conséquences de nos actes d’achat. La recherche permanente du plus bas coût, les slogans publicitaires tels que : « de la qualité et des prix bas » concourent et justifient les faibles rémunérations fixées et imposées aux ;producteurs d’ici et d’ailleurs. Cela ne peut plus durer !

 

L’ensemble des pouvoirs politiques, des élus locaux doivent s’interroger sur les priorités en termes de développement économique et la place accordée à la relocalisation de la production alimentaire. Une alimentation saine pour tous, pour une sécurité sociale alimentaire Comment accepter en France une agriculture qui propose des denrées alimentaires diversement accessibles selon le revenu des ménages ? En CMR, et avec d’autres, nous sommes sensibles aux initiatives et aux propositions novatrices autour de la sécurité sociale alimentaire. Elle repose sur la volonté de permettre à tout être humain d’avoir accès à une alimentation saine et de qualité, quels que soient ses moyens.

Les biens et ressources communes

L’agriculture est fortement impactée par le réchauffement climatique. De nombreux scientifiques (agronomes, hydrologues, climatologues) alertent sur les conséquences à court et moyen terme de nos systèmes de production. Tous parlent d’urgence. Nous ne pouvons rester dans le déni ou la sidération. Plutôt que de vouloir privatiser l’eau et la terre au profit de quelques-uns, il nous faut exiger le partage des ressources. Nous appelons consommateurs et producteurs à travailler ensemble sur les changements nécessaires afin de préserver et régénérer les biens communs : l’eau, l’air et la terre. Il est urgent de penser un système résilient où l’arbre et la haie, le sol vivant, la prairie, la culture de l’eau, soient une préoccupation de tous. Il en va de la Vie de nos contemporains et des générations futures.

 

Les récentes déclarations du Premier ministre augmentent notre inquiétude face aux mises en pause du projet Ecophyto et des « chartes de voisinage ». Elles visaient à réduire le recours aux pesticides. Quel effet aura cette décision sur la santé des personnes et sur la destruction déjà massive de la biodiversité. Nous voilà face à des reculs environnementaux inquiétants, qui vont à l’encontre de la nécessaire transition agroécologique. L’absence de perspectives d’accompagnement vers des changements de pratiques inquiète le CMR. Cette évolution est pourtant primordiale dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques.

La Terre : notre maison commune

Dans le livre de la Genèse (2,15) « le Seigneur prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder ». Ainsi, l’homme est placé dans le jardin cultivé, c’est-à-dire au service du sol pour servir et non pour « l’exploiter ». De même, il en devient le gardien pour le protéger. Alors, comme citoyens, mais aussi comme chrétiens, comment ne pas nous laisser interpeller par la Bible, les Évangiles, comment ne pas répondre à l’appel du pape François qui nous demande de prendre soin de « notre maison commune », de prendre soin des femmes et des hommes qui l’habitent !

 

Le CMR, ouvert à tous, lieu d’échange, de débat et de formation, réaffirme son soutien aux paysans et paysannes dans leur diversité. Jean-Luc Bausson, Margot Chevalier coprésident-e-s CMR

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